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CHAPITRE XI

124. Los plnnètes intri^-niercuriollos. — Le Verrier croyait à l'existence , en deçà de Mercure , d'une ou de plusieurs planètes relativement petites, ou même d'un anneau d'astéroïdes : il pensait que c'était la seule manière d'expliquer les perturbations observées dans le mouvement de cette planète, « si bien faite, avait dit Moestlin en 1577, pour décrier la réputation des astronomes. »

Riccioli avait de même écrit plus tard : « Aucune planète n'a paru avoir des mouvements aussi compliqués ; le Mercure céleste est aussi impénétrable pour les astronomes que le Mercure terrestre pour les alchimistes. »

Et tout ceci était encore vrai au temps où Le Verrier entreprit d'éclairer la question.

Le savant géomètre n'ignorait pas que, pratiquement, dans les mouvements des planètes autour du Soleil, il faut tenir compte de leurs attractions mutuelles. Un astre comme Jupiter n'est pas sans influence sur le mouvement de Mars ou de Saturne; il fallait donc déterminer avec précision toutes les « perturbations » qui dérangeaient la route de Mercure, et c'est la tâche effrayante que s'imposa Le Verrier. Il fut bientôt amené à cette conclusion que, pour rendre compte des écarts constatés, il fallait augmenter la masse de Vénus de un dixième de sa valeur ; et cela était impossible, puisque du même coup on altérait celle de la Terre, qui, elle, est intangible; nous la connaissons en effet, très exactement, grâce à notre satellite, la Lune.

Il y avait toutefois une autre solution : admettre que la masse troublante se tenait entre Mercure et le Soleil.

Et peu à peu, on était ainsi conduit à l'existence d'une planète intra-mercurielle.

Pour élégante qu'elle fût, la solution n'en était pas moins hasardée : il était invraisemblable qu'une planète de ce genre, de la grosseur de Mercure, peut-être, eût échappé à l'observation. La même remarque était valable pour un groupe d'astéroïdes.

En vain se flatta -t-on, dans les années qui suivirent, d'avoir observé des points noirs sur le disque solaire ; les derniers espoirs se sont évanouis avec les progrès de la photographie céleste qui se montra rebelle à enregistrer des planètes intra-mercurielles, pendant les minutes fugitives des éclipses totales.

De temps en temps, une voix s'élevait pour conseiller aux astronomes de chercher dans une autre direction : il a été suggéré, en effet, que les changements de vitesse de la comète d'Encke, lorsqu'elle passe près du Soleil au cours de sa révolution, pouvaient être dus à la présence d'un milieu résistant. Mercure ne tourne-t-il pas, lui aussi, dans la lumière zodiacale?

On a objecté à cette théorie que, dans ce dernier cas, les effets devraient être cumulatifs , alors que les perturbations dans le mouvement du périhélie se traduisent par des avances ou des retards qui atteignent 38 secondes d'arc par siècle.

Nous pourrions répondre que si la couronne extérieure n'est pas homogène, mais composée de couches à densités alternativement faibles et fortes se précipitant chacune à leur tour sur le Soleil , nous aurions en partie l'explication du mystère.

Plus récemment, quelques savants ont penché vers une autre solution proposée par Einstein, qui a mis en honneur le principe de la relativité. Mais le fond de la méthode est connu depuis longtemps. Si nous admettons que la loi de la gravitation newtonienne n'est qu'approchée , toute addi-

tion k la formule de Newton nous donnera une correction susceptible d'expliquer certaines anomalies apparentes, tels le mouvement de Mercure et l'accélération lunaire.

Il suffît, en effet, d'admettre que la loi répond à la forme

,^ ^. où n est très petit, au lieu de — ^ pour obtenir le

résultat cherché. Il est vrai que la solution proposée par le physicien allemand a l'avantage de relier la mécanique des atomes à celle des corps célestes; mais il faut attendre pour se prononcer sur la valeur d'une théorie qui pourrait bien, au fond, n'être cjue le résultat d'une habile disposition de formules mathématiques.

Généralernent , d'ailleurs, nos théories scientifiques ne durent guère plus de cinquante ans, au cours desquels de nouveaux faits lentement accumulés rendent nécessaires de nouvelles conceptions.

En attendant, je reste persuadé, ainsi que je l'ai avancé autrefois, que les perturbations de Mercure pourraient fort bien s'expliquer au moyen des variations de densité de la lumière zodiacale. Bornons là ces considérations; les développer davantage nous entraînerait hors de notre sujet.

125. La distance de Neptune. — On sait que Neptune a été découvert grâce aux calculs de Le Verrier. A la même époque. Adams résolvait le problème par une méthode quelque peu différente. Dans les deux cas, il s'agissait, après avoir fait la part des perturbations d'I ranus attribuables notamment à Jupiter et à Saturne, d'assigner une position exacte à la « troublante » d'Uranus. Cela n'était possible qu'au moyen d'hypothèses accessoires dans lesquelles entrait la distance présumée de la planète inconnue. Les planètes extérieures ne s'éloignant guère de plus de 2° du plan de l'écliptique'. Le Verrier vit dans cette circonstance une

1 Nous avons déjà dit que les plans des orbites planétaires varient au cours des siècles par rapport à l'écliptique ; ces valeurs avaient été calculées par Lagrange et Le Verrier (V. plus loin, n» 126, à la fin).

raison plausible de la fixer sur ce plan; enfin, il lui supposa une excentricité faible et, utilisant la loi de Bode, il pensa ne pas commettre d'erreur sensible en la plaçant à une distance double de celle d'Uranus et voisine, par conséquent, de 38 unités astronomiques.

Or, quand Neptune fut découvert, lorsqu'on en vint aux vérifications, il fallut s'avouer qu'à part la position de la planète dans le ciel, et qui avait été déterminée à 52' près, tous les autres éléments trouvés par les deux calculateurs s'écartaient assez notablement de la réalité.

La loi de Bode n'avait jamais été aussi en défaut; au lieu du nombre 36 ou 37 admis par Le Verrier et Adams, ou même de 38 indiqué par la progression, la distance de Neptune est moindre que le double de celle d'Uranus et le calcul indique la valeur de 30 beaucoup plus faible ; Neptune tourne donc plus près du Soleil qu'on l'avait d'abord supposé (V. fig. 132).

Par le fait même, nous lavons déjà remarqué, notre loi des intervalles (n° 72) ne s'applique pas plus à Neptune qu'à Mercure. C'est que, dans les deux cas, ainsi que je l'ai fait observer \ des causes étrangères ont dû intervenir. Pour Mercure, il est évident que la résistance très forte du milieu a contribué à son rapprochement du Soleil ; mais un raisonnement analogue ne saurait être invoqué pour Neptune.

Il a dû même exister, dans ces lointaines régions, des conditions tout à fait opposées. Neptune, situé aux confins nécessairement raréfiés de l'ellipsoïde nébulaire, a dû, dès l'abord, circuler dans un milieu faiblement résistant. Pour quelle raison s'est-il donc rapproché? C'est ici, sans doute, qu il faut faire intervenir cette particularité constatée dans plusieurs nébuleuses spirales et que nous avons déjà mentionnée au début de cet ouvrage-.

Les bords de la nébuleuse solaire ont dû, tant qu'a duré l'accroissement, être sillonnés d'amas météoriques tournant

' V. la note 1 de la page 173.

^ V. Il» 26, p. 69 et 70.

dans le sens rétrograde. Mais, dès la fin de la traversée du nuage cosmique, au moment où des amas planétaires pouvaient commencer à se former, les météores rétrogrades, par le jeu même de la condensation , se sont rapprochés de la masse centrale; dans leur chute spiraloïde, ils sont venus heurter les météores à marche directe et le résultat fut le

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Fig. 132 destinée à montrer les écarts des distances des planètes relativement à la loi de Bode. Ces écarts sont surtout visibles pour Saturne, Uranus et Neptune. (Les ordonnées sont proportionnelles aux intervalles des orbites planétaires.)

rapprochement rapide des parties périphériques de la nébuleuse. Neptune, englobé dans cette couronne éminemment instable, ne pouvait faire autrement que de participer à la condensation, en se rapprochant lui-même du Soleil.

Peu après, une stabilité relative laissa les choses en l'état, et c'est alors que put jouer cette fameuse loi des intervalles, déduite logiquement du principe de la gravitation newtonienne.

23 — Cosmogonie.

Si une telle interprétation des faits répond à la réalité, les mêmes phénomènes ont dû manifester leurs etl'ets d'une façon analogue pour une planète située au delà de Neptune. Reste à savoir si cet astre hypothétique existe réellement.

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