Existe-t-il une planète transneptunienne
Pour beaucoup d'astronomes, l'existence d'une planète transneptunienne ne fait aucun doute; toutefois, les raisons mises en avant pour justifier leurs assertions sont loin d'avoir d'égales valeurs. Remarquons aussi, en passant, que la plupart des solutions proposées datent d'une époque où l'on croyait fermement à l'existence des familles de comètes. Or nous avons vu (n" 86) qu'à part celle de Jupiter, les familles de Saturne, d'Uranuset de Neptune sont nées dans l'esprit de ceux qui les ont imaginées. Si l'on tient compte des inclinaisons, la famille dite transneptunienne parait aussi hypothétique et ce n'est pas avec de telles indications qu'on arrivera à fixer la position de la planète cherchée,... si elle existe. ■ Laissons toutes ces rêveries pour revenir à de plus sûres réalités. La méthode de Le Verrier est longue et compliquée; elle exige des calculs laborieux qu'on pourrait éviter en employant les procédés graphiques si en honneur actuellement.
C'est ce qu'a compris tout récemment ^L Pickering, en attaqiiant le problème par une méthode inverse de celle du grand géomètre. Appliquée à Saturne, la solution graphique montre très nettement les perturbations que cette planète subit dans sa marche et pourrait fort bien nous servir à découvrir Neptune si nous ne le connaissions pas.
De même, les anomalies d'Uranus indiqueraient la position de la planète transneptunienne, sa distance au Soleil, sa masse, etc.
Bien qu'il nous semble prématuré de tabler sur les perturbations nécessairement faibles d'Uranus et surtout de Neptune dont la découverte est relativement récente', il est cer-
• Après la découverte de Neptune, on s'aperçut que Lalande avait recensé la planète comme étoile les 8 et 10 mai 1795. Gore assure qu'on aurait pu
tain que le procédé graphique sera bien un jour de nature à élucider la question. Devançant peut-être un peu cette époque encore lointaine, M. Pickering- afiirme que la planète hypothétique devrait être actuellement dans la constellation des Gémeaux. Mais, sur la voûte céleste, elle ne serait représentée ([ue par une faible étoile invisible à l'œil nu, un astre de treizième grandeur, de onzième tout au plus, et sans disque apparent. Comme, en outre, la marche dune telle planète serait nécessairement d'une excessive lenteur, sa présence ne pourrait être décelée qu'après un grand nombre dannées.
D'après les calculs de l'astronome américain, la planète transneptunienne serait à la distance ol (et non 60, comme l'indiquerait la loi de Bode), c'est-à-dire qu'elle circulerait autour du Soleil à près de 8 milliards de kilomètres ; sa masse vaudrait deux fois celle de la Terre.
Citons, pour mémoire, d'autres tentatives fondées sur des méthodes toutes ditférentes et, faut-il l'avouer, qui m'ont semblé bien artificielles : M. Dallet place la planète transneptunienne à la distance 47 ; le professeur Todd admet le chifTre de o2 , M. Hans Lau croit à la présence de deux astres troublants; M. Forbes est de l'avis de ce dernier, mais il précise la position de la seconde planète hypothétique, qu'il n'hésite pas à éloigner de 16 milliards de kilomètres du Soleil. Attendons; la photographie céleste nous ménage peut-être quelque surprise.