Causos de rexcentricité des sntellites. — Si
nous passons des orbites des planètes à celles des satellites, nous allons rencontrer une variété plus grande encore dans les excentricités.
Tantôt nous avons all'aire à des corps circulant sur des circonférences presque parfaites comme les 5 satellites les plus rapprochés de Jupiter, dont le plus excentrique, Gallisto, oll're une excentricité de 0,007 seulement; tantôt, nous voyons des satellites, comme le VIII<î de la même planète, nous donner l'impression d'un véritable astéroïde avec son excentricité de 0,380 égale à celle d'Occlo. Citons encore le cas de Thémis dans le système de Saturne; ce mondicule, le plus petit de ses neuf compagnons, est tellement excentré par rapport à Titan et à Hypérion, ses deux voisins, qu'il en arrive à couper leurs orbites au cours de sa révolution (V. l\g. 125).
A quoi tiennent de telles dilTérences d'excentricité? A des causes évidemment multiples et plus complexes encore que celles qui régissent les orbites planétaires ; mais , les perturbations mises à part , il doit y avoir une raison prépondérante parmi toutes les autres pour expliquer cette diversité.
Plusieurs auteurs ont invoqué les inclinaisons sur l'écliptique ; il suffît de jeter un simple coup d'œil sur le tableau des excentricités pour être fixé sur la valeur d'une semblable hypothèse. L'inclinaison, par exemple, pour les satellites directs de Saturne, rapportée à l'écliptique, est comprise entre 27 et 29 degrés; or, à côté de fortes excentricités comme celle d'Hypérion (0,104), nous relevons des excentricités très voisines de zéro, comme celles des quatre premiers satellites.
' Laplace a donné pour les e.xcentricilés une formule analof^ue à (40); il suffit dans cette dernière de remplacer tg^i par e- ou 'E,{m\/a e-) = Const.
Il faut donc chercher autre chose : la clef du mystère est ailleurs et un raisonnement simple va nous le fournir. Nous avons vu maintes fois que ce qui atténue l'excentricité, c'est la résistance ; un astre circulant sur une orbite plongée entièrement dans un milieu peu résistant, un amas de météores, par exemple, tendrait vers le mouvement circulaire. Or tel fut le cas de certains satellites qui, détachés de leur lentille planétaire, ont continué à suivre une trajectoire dont le plan était voisin de Téquateur de cette même lentille. Imaginez maintenant qu'après le décrochage de notre satellite, la lentille vienne à basculer d'un certain angle, le corps détaché, avant ou pendant le mouvement de bascule, continuera à suivre sa trajectoire initiale : il ne circulera donc plus dans un milieu résistant d'une façon continue ; tout au plus le traversera-t-il à ses nœuds pendant un temps plus ou moins long; et nous voici ramenés à la théorie que j'ai développée à propos des comètes et des astéroïdes (V. n"' 97 et 98 et fig. 92).
Ainsi, les excentricités n ont rien à voir avec le plan de l'écliptique, qui est relatif à la Terre, ni même avec le plan général du maximum des aires; elles sont plutôt fonction de l'angle que forme l'orbite du satellite avec le plan équatorial de sa planète, dernier vestige de la direction, dans l'espace, du plan principal de l'ellipsoïde planétaire, à la fin de sa condensation.
Venons maintenant aux vérifications. Le premier satellite rencontré à partir du Soleil est notre propre Lune, dont le plan de l'orbite offre un angle de 18^19' avec notre équateur. Nous devrions donc, si la théorie est exacte, trouver une excentricité en rapport avec cette grande inclinaison,... et c'est bien ce que nous constatons : l'excentricité de notre satellite est très forte, puisqu'elle atteint 0,0549, soit 1/18.
Nous allons constater tout le contraire pour les deux satellites de Mars : l'inclinaison, par rapport à l'équateur de leur planète, est d'environ 2 degrés; donc, faible excentricité : Phobos et Deimos (( décrivent des orbites très sensi-
blement circulaires », nous dit ï Annuaire du Bureau des Longitudes.
Passons à Jupiter : les cinq premiers satellites ont des mouvements soumis à de grandes variations en raison de leurs actions mutuelles; « mais leurs excentricités restent toujours très faibles, ainsi que les inclinaisons sur l'équateur de Jupiter. »
Mais, à partir du M'' satellite, les inclinaisons atteignent de grandes valeurs : 27°, 29°, ']0°, et les excentricités marchent de pair : (1,1 5o, 0,207, 0,380. Même pour le satellite rétrograde, qui s'écarte à 22 degrés environ de l'équateur jovien, l'excentricité est encore très forte. Voici un petit Tableau qui met en regard les inclinaisons et les excentricités ; en le consultant, on saisira mieux les relations indiquées ^