‹ Origine et progrès de la puissance des Sikhs dans le Penjab, et histoire duChapitre 4 sur 9 · I .'invasion de Nadir Shah rébranla jusque · texte numérisé non relu

I .'invasion de Nadir Shah rébranla jusque

(1) Ce chapitre appartient au capitaine Murray, qui a le mérite d'avoir le premier réo ni dans un récit complot tous les fragmens et matériaux qui existent sur l'histoire du Penjabà cette époque. (Noie de Fauteur.)

*6 -u dans ses fondemensdéja minés par la puissance naissante des Mahrattes; d'un autre côtelés incursions de l'abdali (1) Ahmed Shah bien qu'elles dussent venir au secours de. la foi musulmaneet qu'elles fussent heureuses à réprimer la réaction indienne qui menaçait de dominer l'islamisme , n'en contribuèrent pas moins à accélérer la chute de la race de Timour qui fut dès-lors toujours traitée avec mépris et indifférence. La cour de Delhi cessa d'être considérée comme la distributrice des grâces , des honneurs , des punitions. Les gouverneurs et officiers soumis en apparence à son autorité jouissaient tous en réalité d'une indépendance complète; les provinces étaient séparées de la métropole et un esprit de désaffection s'emparait de toutes les populations de l'empire. L'histoire de THindoustan, à partir de cette époque , n'est plus celle d'un pays soumis à un pouvoir unique, il faudrait' pour chaque province une histoire particulière, entrant dans le détail des transactions au moyen desquelles les nababs, lesradjas, les princes, les sectes, les nations, (i) Secte musulmane.

associations de chefs cherchaient tous à détourner le pouvoir, à déplacer l'autorité royale, à rivaliser les uns avec les autres. Les pages qui suivent ont été consacrées à réunir et montrer les effets d'une telle situation dans le Penjab, à tracer l'histoire du prince qui préside maintenant aux destinées de cette province , qui gouverne un vaste territoire avec une vigueur et une autorité inconnues dans la partie de l'Inde qui a su rester indépendante des Européens.

Yahia (i) Khan, fils de Zakaria (2) Khan, ordinairement nommé Khan Behadour . (3j , occupait la vice-royauté deLahor, etleszemindars (4) jàts (5) du Penjab, ruinés par de longues exactions et réduits enfin au désespoir, n'avaient plus d'autre ressource que le pillage pour soutenir leurs familles. Comme lien d'u->

(1) Transformation arabe de Johann es.

(a) Zacharias.

(3) Titre d'honneur qui signifie brave.

(4) Officier civil de l'empire mogol, chargé de recueillir les impôts. Ce mot vient du persan zemin, terre, district, dar , qui tient, qui gouverne.

(5) Nom d'une tribu hindoue.

Sigrzedby GoOgk

— fanion entre eux et motif d'excitation contre leurs oppresseurs, ils rétablirent dans leurs coutumes et leurs cérémonies le rituel des Sikhs. Ils proclamèrent la foi et les doctrines de Govind- Siogh, le dernier gourou ou guide spirituel des Sikhs, et prirent le Pahul(i)àe l'initiation,

(1) L'initiation en buvant le Pahul est un rit établi par Gourou Govind, et il est ainsi décrit parKhoushwaktRaï. Le candidat et l'initiateur lavent leurs pieds dans l'eau, jettent du sucre dans le liquide , l'agitent avec un couteau en chantant cinq quatrains. Voici le premier : « J'ai « bien voyagé , j'ai vu bien des dévots , des iôghts et des « îôtis, boni mes saints, livrés aux austérités, hommes ravis « en contemplation de la divinité par leurs pratiques et te leurs pieuses coutumes ; chaque contrée je l'aï traver- <t fiée, mais je n'ai vu nulle part la vérité divine-, sans la a grâce deDieu, ami, le sort de l'homme n'a pas le moin- « dre pris. » Lesautres quatrains reproduisent les mêmes idées. Entre chaque couplet on chasse la respiration et on boit le breuvage fait du sucre et de l'eau sale qu'on n'a pas cessé d'agiter. On le boit en s'écriant ; a Wah .' wak.'Govind Sikh ! ap Ai gourou tchela. » {"Wali ! wah ! Govind Sikh ! il est son maître et son élève à lui-même. ) Telle est la cérémonie qui consacra le néophyte. On raconte que quand Gourou Govind eut cinq disciples, il accomplit cette cérémonie avec eux. {Note de l'auteur.)

mystérieuse cérémonie de cette religion. De longs cheveux, une longue barbe, Ja renonciation absolue au tabac, l'usage de celte locution sacramentelle pour le salut : Wah Gow- TQtt Dj'i ke fateh (victoire au gourou Dji), voilà ce qu'ils consacrèrent; ils annoncèrent que le soc serait changé contre l'épée des vengeurs, et que les maximes et préceptes de Gourou Govind prévaudraient contre les doctrines plus pacifiques des vêdas et des castras de l'Hindoustan. L'esprit de lasecte rajeunie se manifesta d'abord par des associations secrètes etdes actes isolés de déprédation. Des hommes armés, divisés par bandes de dix ou vingt hommes, appelés dkarwi dans le dialecte de la provinee, c'est-à-dire hommes de grands chemins, infestaient les routes, attaquaient les villages ou pillaient les villes , suivant que leur position particulière leur taisait une loi de recourir à ces moyens d'existence , ou leur permettait de s'enrichir de la sorte. D'abord la négligence do gouvernement favorisa la prospérité de ces associations et bientôt les chefs les plus heureux - parvinrent à se procurer des chevaux, à mon-

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ter, à armer leurs soldats. Leur exemple el leurs succès rendirent leur parti populaire parmis les jeuns gens et les aventuriers, de sorte que le nombre des pillards s'accrut de jour en jour, jusqu'à ce point que les chefs arrivèrent à avoir des dehras, ou camps en guerre ouverte contre le gouvernement, et cherchèrent la gloire dans des entreprises hardies qu'ils exécutaient d'ailleurs sans grands périls; car la terreur qu'ils inspiraient, les richesses et la réputation qu'ils acquirent leur donnèrent de rapides moyens d'augmenter leur puissance.

Les troubles perpétuels de l'empire mogol , les intrigues et l'incapacité de la cour du vice-roi de Lahor les encouragèrent à continuer leurs déprédations, non seulement parce qu'ils n'avaient à craindre aucun châtiment, mais encore parce qu'ils trouvaient des avantages certains à prendre du service sous différens chefs. Aussi quelques-uns d'entre eux eurent-ils bientôt une espèce de troupe organisée régulièrement, etnon contens de ravager le pays ouvert, s'approchèrent des réservoirs sacrés des Sikhs à Amritsar et se maintinrent dans leur voisinage. Les diffë-

rentes associations étaient unies par des intérêts communs non moins que par la foi religieuse ; el une alliance générale pour la 'défense ou les entreprises qui érigeaient de puissans efforts fut presque dès l'origine conclue entre les chefs.

Le fléau s'était déjà répandu et avait acquis quelque importance que le gouverneur Yahia Khan ne songeait pas encore à le combattre.

A la fin , cependant, l'argent ne venant plus au trésor au milieu de tels désordres, il fit entrer en campagne un détachement des troupes du gouvernement sous les ordres de Djaspat Raï, frère de son dewan ou premier^ministre, Lakhpat Raï. Il alla d'abord à la rencontre d'un détachement d'insurgés sikhs qui ravageaient le pays et faisaient paître leurs troupeaux dans le voisinage de Yaminabad, au nord de Lahor. Le détachement fut vaincu , Djaspat Raï fut tué et ses troupes dispersées. Lakhpai Raï sortit cependant de Lahor pour venger la mort de son frère; les insurgés reculèrent devant lui en s'enfonçant .dans l'angle ft. E. du Penjab, mais là ils furent atteints et

reçurent un châtiment sévère. Le ministre ramena avec lui quelques prisonniers qui furent décapités sur le Ghora Na.kh.as> ou marché aux chevaux, en dehors des murs de Lalior.

Ce lieu est appelé maintenant par les Sikhs Chahid gandj (la place des martyrs), en mémoire de cet événement , et un sàmadh. , où tombeau à été érigé sur celte place en l'honneur du Bbaï Djarou Singh. Après cette victoire parut Une proclamation , rédigée au nom du gouverneur Yahia Khan, qui condamnait à mort tout individu qui invoquerait le nom de Gourou Govind , la tète de ses disciples fut mise à prix. Ces rigueurs, ces proscriptions sommaires arrêtèrent les progrès du prosélytisme des Sikhs , et refroidirent considérablement l'enthousiasme des sectateurs du gourou. Quelques-uns coupèrent leurs longs cheveux, taillèrent leur barbe pour éviter la dénonciation ou la mort } d'autres passèrent le Satledj , s'enfuirent dans la province voisine de Sirhind où ils trouvèrent protection et sécurité dans les vastes solitudes qui B'étendeni à l'ouest dePatiala etNaba.

Peu de temps après cet événement, le jeune frère de Yahia Kkan, nommé Shah Newaz Khan, s'insurgea contre lui et parvint à s'établir dans les deux provinces de Lahor et de Moullan et même à s'emparer de Yahia Khan et de ses principaux officiers. Un Hindou nommé Kaonra Mal succéda à Lakhpat Rai , mais Adina Beg Khan, qui était élevé sous Zacharia Khan , fut laissé à son poste, et gouverna avec beaucoup de vigueur le district de Djalahdhar Douab; il réunissait dans sa main le pouvoir civil et militaire. Yahia Khan parvint en fugitif à Delhi et porta plainte devant le visir, son oncle, Kamar-oud-dinKhan, qui fut en même temps informé que Shah Newaz Khan , redoutant les conséquences de sa conduite , avait ouvert une correspondance avec l'Abdali Ahmed Shah. Celui-ci venait de s'emparer de Caboul et de Peshaver sur le soubadhar (i) de Delhi, NasirKhan, événement qui avait jeté l'alarme dans la capitale. Le visir, profitant des avantages <jue lui donnaient les liens du sang, en appela aux sentimens de son neveu et lui adressa

(i) Gouverneur.

une remontrance sévère sur sa trahison , désirant, disait-il, lai épargner la honte de servir Ahmed, le yasoul (massier) de Nadir et le voir t rester fidèle à l'honneur héréditaire de sa famille. L'orgueil du jeune homme fut touché, et bien qu'incertain sur les suites qu'on donnerait à la plainte de son frère aîné, il se prépara à repousser les Douranis qui s'avançaient déjà et rompit toute correspondance avec Ahmed Shah. Sans s'effrayer de ce changement de Shah Newaz Khan , l'Abdali passa Flndus près du fort Attok, en 1747* en envoya son chapelain, Sabir Shah , devant lui à Lahor, espérant que ses négociations ou ses intrigues pourraient ramener Shah Newaz Khan à ses premiers sentimens, et voulant, à tout événement , préparer une réception amicale à son armée. Mais Shah Newaz Khan , maintenant inébranlable dans sa fidélité à la cour de Delhi, prépara tous les moyens de défense que ses faibles ressources laissaient à sa disposition. Il donna un gage de son attachement à son souverain en faisant mettre à mort l'agent de l'Abdali. Ahmed ghah irrité de cette violation du droit d^s gens

commise sur la personne de son ambassadeur et de son confident, passa le Ravi, marcha immédiatement contre Shah Newaz Khan et l'attaqua dans la position retranchée qu'il occupait sous les murs de Lahor. La résistance ne fut pas longue, les ouvrages furent bientôt enlevés par les guerriers douranis, et Shah Newaz Khan obligé de se réfugier à Delhi. Lahor se rendit au bout de quelques jours et elle fut abandonnée aux Ahdalis qui lui imposèrent une forte contribution.

Ahmed Shah, lorsqu'il étaîtà Delhi à la suite de Nadir Shah, avait bien jugé de l'état des choses à la cour. L'incapacité de Mohammed Shah , la puissance menaçante , les querelles et les intrigues des grands émirs , le peu d'obéissance qu'obtenait le pouvoir royal dans la capitale comme dans le reste du royaume, avaient frappé son esprit; la confusionqui régnait partout , comme dans une ville prise d'assaut , devait faire réfléchir un. ambitieux préoccupé du soin d'établir sa fortune. Le succès incroyablequi couronna ses premiers efforts dans l'Afghanistan, toutes ses ressources invariablement employées

à bâtir l'édifice de sa future grandeur, lui firent espérer , après tout ce qu'il avait vu et entendu à Delhi, que les circonstances étaient favorables pour tenter d'élever son empire sur les ruines de la famille de Timour. Aussi quand il fut maître de Lahor il résolut de marcher immédiatement sur Delhi , et , passant le Biah et le Satledj, il s'approcha de Sirhind.

Le visir Kamar-oud-din Khan ne manquait pas de courage ; il fit des préparatifs pour repousser l'attaque dont il était menacé. Ayant convoqué les principaux chefs du Radjpoutana avec leurs contingent respectifs , il donna le commandement nominal de l'armée au prince Ahmed, fils aîné du roi, et avec ces forces et les troupes de la capitale , il vint occuper une position retranchée au village de Manoupour , distant de neuf milles de Sirhind. Le shah abdali, ayant reconnu la position, jugea qu'il n'avait pas assez de monde pour attaquer ; mais il vint camper dans le voisinage, et entreprit de vaincre l'ennemi par la famine : des détachemens furen t envoyés pour couper les convois et intercepter les communications avec^la capi-

taie. Des escarmouches continuelles et des engagemens partiels occupèrent les deux armées pendant un mois sans amener de résultat décisif. Enfin une circonstance Se présenta qui changea la face des choses : le visir fut tué, pendant - qu'il faisait sa prière du soir , par un boulet de l'artillerie des Douranis, et alors l'armée de Delhi se trouva sans général. Les chefs radjpouts, qui étaient venus sur son invitation et avaient été contenus jusque-là par son influence et l'éclat de son nom, n'ayant de confiance dans aucun autre que lui , commencèrent à déserter l'étendart royal pour se retirer chacun dans son pays. L'Abdali , informé de ces état de choses , jugea que le moment était venu de prendre, l'offensive, et il ordonna une attaque, malgré l'infériorité numérique de ses troupes. Une terreur panique s'empara de l'armée impériale et le désordre commençait à se répandre dans le camp , lorsque Mir (l) Manou , fils du visir décédé , sentant que tout allait se décider, amena des troupes fraîches sur les points les plus menacés, chargea à leur tète et repoussa les Dou-

(■) Abréviation du mot émir.

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ranit avec une grande vigueur. Ahmed Shah»

abandonnant ses desseins pour le moment , se retira dans le Penjab pour réparer ses pertes. Il ne fut point inquiété dans sa retraite, et il repassa près d'Attok sans faire aucune tentative pour se maintenir à Lahor. C'est ainsi que le Penjab fut recouvré pour l'empire mogol. Le gouvernement de Lahor et du Moultan fut donné par la cour de Delhi au mir Mauou, avec le litre de Mouyanoul Moulk (i) : c'était une juste récompense des services qu'il avait rendus dans cette circonstance.

L'invasion des Abdaïis et l'emploi que furent obligés de donner à leurs troupes les deux partis qui se disputaient l'empire, favorisa les tentatives que faisaient les Sikhs pour relever leur puissance. Leurs déprédations restaient impunies; ils commençaient à reparaître, et même s'aventuraient à satisfaire leurs préjugés religieux par des visites secrètes aux lieux consacrés par leur foi à Àmritsar. Le nouveau gouverneur de Lahor confirma Kaonra Mal dans son poste* et il jugea que les désordres causés par les asso-.

(i) Le défenseur de l'empire.

fcialions des Sikhs et les fanatiques de dette secte qui ne cessait de s'accroître, étaient un des premiers objets qui devaient attirer son attention. Un parti de Sikhs avait eu l'audace d'élever quelques ouvrages eu terre qu'ils appelaient Ram Rouni (agrandi depuis, ce lieu , se nomme maintenant Ramgarh ) , dans le district et le voisinage immédiat d'Amritsar : c'était de laque les pillards sikhs s'élançaient pour courir le pays dans toutes les directions. Mir Manou assiégea et prit Ram Rouni, et des détachemens établis dans le pays pour maintenir la tranquillité avaient ordre d'arrêter tous les Sikhs, de leur couper les cheveux et la barbe. Grâce à ces mesurés énergiques, la confiance publique sembla renaître ; les Sikhs furent encore réduits , pour leur sûreté personnelle , à quitter le pays , et ils ne purent plus faire autant de prosélytes à leur foi et à leurs coutumes.

Ahmed Shah ne s'était retiré que pour réparer sesforces; il ne pouvait abandonner ses desseins sur l'Hindoustan. Dans la saison qui suivit sa première invasion, c'est-à-dire après les

plaies de 1748 , il passa de nouveau l'Indus et vint distraire Mir Manou de ses plans destinés à rendre son établissement plus solide et à cor- ' riger les vices de son administration. Craignant de ne pouvoir repousser l'attaque avec ses seules ressources, Mir Manou demanda du renfort à Delhi, et pour gagner du temps il envoya au camp abdali un ambassadeur chargé de négocier les conditions de la retraite du shah. Il appuya ces mesures en sortant lui-même dé Lahor et venant asseoir son camp à Soudhara, sur la rive méridionale du Tchenûb. Ces préparatifs et le caractère bien connu du vîce-roi de Lahor ôtèrent à Ahmed Shah l'espérance de s'ouvrir par la force le chemin de l'Hindoustan ; il se contenta de la promesse d'un tribut à percevoir sur les quatre districts de Parsarour , Goujrat, Siâl Kot et Aurengabad , qui furent assignés à Nadir Shah, et il reprit la route du Caboul.

Les succès et l'influence croissante] de Mir Manou excitèrent la jalousie des grands de Delhi , et au lieu des récompenses qu'il avait droit d'attendre, il fut privé du gouvernement /du Moultan, qui passa aux mains de Shah

NewazKhan. Le vice-roi, qui avait pour lui la possession , notait pas homme à supporter patiemment une telle injure , et il envoya son ministre Kaonra Mal pour s'opposer au nouveau gouverneur. Shah Newaz Khan s'avança jusqu'àla frontière du Moullan avec les forces qu'il avaitréunies pour assurer son investiture; mais se trouvant précédé , il ne put pénétrer plus loin. Pendant six mois il se maintînt dans ses positions sans arriver à obtenir aucun résultat décisif, et enfin il hasarda une bataille dans laquelle il fut défait et tué. Mir Manou éleva pour ce service Kaonra Mal au rang de radja, et l'investit sous ses ordres du gouvernement du Moultan et des districts avoisiuans.

Comme on pouvait s'y attendre , Mir Manou refusa de payer à Ahmed Shah les tributs stipulés. Celui-ci eut donc un prétexte pour repasser encore l'Iudus, ce qu'il-fit dans l'été de i75i-5a , et s'avança jusqu'aux montagnes du Tchenâh. Soukh Djiwan,Hindou de naissance, fut envoyé par lui à Lahor pour réclamer l'exécution des traités. Mir Manou répondit que cet engagement lui ayant été arraché parla force, il

- sa - .

ne pouvait se croire obligé, mais libre d'agir selon les circonstances. Il offrit cependant de payer ce qui pouvait êlre dû, à la condition que l'armée des Douranis se retirerait immédiatement. Mais il n'attendit pas qtie cette ofire fût acceptée pour appeler Adina Beg Khan et le radja Kaonra Mal avec leurs troupes, et il s'établit dans un camp retranché à Shabdara, dans les environs de Lahor. Il vint lui-même à la rencontre de l'Abdali , et se retira ensuite devant lui du côté de l'est, à mesure que ses alliés approchaient de Lahor, où lui-même avait établi un camp retranché sous les murs de la ville. Quatre mois durant il se maintint dans ses positions sans se laisser tromper à aucune des tentatives que faisait le shah pour l'attirer hors de ses retranchemens. Le blocus était cependant sévère, et bientôt les provisions commencèrent à manquer.

On fut réduit , pour nourrir les chevaux et le bétail , à prendre la paille des toitsj les grains et la farine s'élevèrent à un prix exorbitant . Un conseil de guerre fut convoqué ; Adina Beg exposa qu'on ne pouvait espérer de la cour de Delhi ni secours ni renforts , et qu'il fallait ris-

quer une action avant que les vivres fassent complètementépuisés , comme on devait s'y attendre si le blocus durait encore quelques jours. Le radja Kaonra Mal fut d'un avis opposé; il fit observerque les troupes da vice-roi n'étaient composées que de nouvelles levées, qui ne pourraient tenircontre les vétérans éprouvésdu shah. Il ajouta que tout le pays avait été fourragé et dévasté r el que le manque de provisions ne se faisait pas moins sentir dans le camp des Douran^ppie dans le leur; que dans vingt jours au plus les chaleurs allaient commencer, et que les troupes du shah , habituées à d'autres climats, né pourraient supporter le soleil et le vent dans la plaine et seraient forcées de se retirer, ou de venir, à leur grand désavantage, attaquer les fortifications du camp. On ne pouvait douter que l'avis du radja ne fûfpréfifrable et plus prudent; mais le vice-roi était jeune, il avait l'impatience et l'impétuosité de son âge , il trouva l'opinion d'Adina beg plus conforme à ses désirs. En conséquence, le matin du 12 avril 1762 l'armée de l'fahor sortit de ses lignes et prit position sur un plateau élevé,

où était établie une tuilerie. Le shah fit aussitôt ses préparatifs de combat. Son artillerie reçut ordre dé se porter en avant, et l'après-midi était déjà avancée que la. canonnade durait encore, lorsque le shah, voyant quelque confusion dans les rangs de l'ennemi, le fit charger par un corps de cavalerie d'élite. Mir Manon fut obligé de rentrer dans ses retranchemens. Dans cette retraite l'éléphant de Kaonra Mal passa sur un tombeau antique qui s'ouvrit sous son poids.

Avant que le mahonj, l'eût tiré de cet elttroit dangereux, le radja fût surpris et tué par un cavalier dourani, et sa perte, quand elle fut connue au camp de Mir Manou, occasiona une terreur panique et une désertion si générale que le vice-roi fut contraint de rentrer dans la ville. Dans ces circonstances, Adina beg Khan se retira brusquement avec ses troupes, et le viceroi, jugeant bien que les fortifications de la ville n'étaient pas tenables , dut céder aux circonstances et offrir sa soumission au shah.

L'abdali , heureux de terminer ainsi la campagne, lui envoya son principal officier, Djehan Khan, pour l'introduire en sa présence. E le

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traita avec courtoisie et respect , et saisit toutes les occasions de lui témoigner son admiration pour la résolution, l'habileté et la rigueur qu'il avait déployées dans toutes les circonstances. II exigea une forte somme pour l'indemniser des frais de la campagne et lui rendit la viceroyauté de Lafaor et du Moultân.

' Avant de déposer sa toute-puissance, Ahmed Shah se réserva l'occupation du Cachemir et y envoya un fort détachement sous les ordres d'Abdoulla Khan , qui pénétra dans la vallée et y établit son auloritésans opposition. L'Hindou Soukh Djiwan, un khatri de Caboul, futnom- - mé au gouvernement du pays, et la saison des pluies approchant, le shah repassa l'Indus et ramena son armée dans le Caboul.

Mir Manou ne survécut pas long-temps à ces événemens; il mourut d'une chute de cheval.

Sa veuve, femme d'esprit et d'adresse, fit proclamer son (ils comme successeur à la viceroyauté de son père-, et s'empara de l'administration en son nom. Dix mois ne s'étaient pas écoulés que cette espérance fat encore trompée : l'enfant mourut' de- la petite vérole. Alors la

princesse se ut proclamer elle-même el eavay» des agensà Delhi et dans le Caboul pour se faire reconnaître- Au visir de Delhi elle fit offrir sa fille en mariage, et celui-ci se rendit sur les bords du Sallerîj pour célébrer la cérémonie.. Cette conduite assurait la position présente de la princesse , et bientôt elle manifesta son autorité par un acte de cruauté qui a terni sa réputation. Accusé d'avoir voulu s'emparer de la vice-royauté, Bhekarï Khan , officier distingué du dernier vice-roi, fut arrêté par son ordre et, amené dans l'intérieur du palais , où il mourut sous les coups de bâton. La part que prit la princesse à cet événement accrédita le bruit, alors très généralement répandu, que ce crime fut commis pour venger une de ces injures personnelles que les femmes ne pardonnent jamais.

Le vice-roi féminin n'était pas capable de déployer une grande activité contre les associations des Sikhs, qui se mêlaient, à son grand déplaisir^ des choses du gouvernement. Leur nombre et leur audace croissaient rapidement f et les bandes de ces pillards barbus se mon-

traient chaque jqpr, traversant les divers districts du Penjab, «'emparant des troupeaux , dévastant les terres cultivées, à moins qu'on ne les rachetât par des contributions. Le désordre, l'anarchie et la confusion s'étendaient dans la province comme dans les autres parties de l'Hindoustaa.

Ce ne fut que quatre ans après, c'est-à-dire dans l'été de 1755-56, que l'abdaïi Ahmed Shah entreprit une nouvelle campagne. Dans toutes ses invasionsprécédentesilavait toujours élé arrêté par les gouverneurs des provinces, toujours la cour de Delhi avait fait quelques efforts , ou au moins manifesté quelque inquiétude de ses progrès ; mais alors , tel était l'état de faiblesse et de désordre de l'empire que personne ne s'offrit pour arrêter sa marche , qu'il traversa le Penjab et pénétramèmejusqu'àla cité impériale sans rencontrer le moindre obstacle. Ses troupes pillèrent Mathra, menacèrent Agra, et le shah , après s'être* uni par un mariage à la famille de Timour, força la capitale à> fui payer «ne lourde contribution et confisqua à son profit les biens des grands et des principaux habi-

lans. Une fuis sa cupidité satisfaite il se retira , laissant le trône des Mogols dans des mains aussi' faibles et un état aussi déplorable qu'il l'avait trouvé. Mais il s'empara du Penjab et du Sirhind, donna le gouvernement de ces deux provinces à son fils Timour , auprès de qui il laissa son confident Djehan Khan avec quelques troupes , et rentra dans le Caboul.

Après la mort de Mir Manou, Adina beg Khan avait maintenu dans une entière indépendance le gouvernement du Djahlandhar Douab qu'il occupait, il s'en était approprié les revenus et les avait employés à accroître ses ressources. Un des premiers actes du jeune Timour fut de mander Adina, comme son vassal, à la cour de Lahor. Mais le vieux guerrier, afin de gagner du temps , allégua la nécessité de sa présence flans sa province pour réprimer l'audaee toujours croissante des Sikhs qui étaient venus camper près de lui, l'impossibilité d'abandonner son poste, lorsqu'il fallait de grandes forces en permanence pour assurer la .tranquillité du pays. Le prince afghan ne pouvait se contenter de ces excuses , il envoya un

détachement de ses troupes pour s'emparer de la personne d'Adina beg. Mais celui-ci se renforça par une alliance avec les Sikhs dont il prît un corps considérableà sa solde, et appuyé par eux se retira devant les Afghans jusque dans les montagnes du nord. En état de guerre déclarée avec les Douranis, son esprit fertile en expédiens sut créer dans ce pays des moyens et * des ressources que tout autre que lui n'eût pas su découvrir. Il appela à son secours lés Mahrattes dont la réputation pour les entreprisés et les aventures périlleuses était alors clans tout son éclat. Us étaient campés aux portes de Delhi. 'Adma beg convint avec eux de la somme qui leur serait payée chaque jour en échange 'de leurs services et leur assigna une part sur le bùtîn que les alliés pourraient faire*. L'expédition fut commencée avec Vivacité et Malhar Rao Holkar, avec quelques chefs de la nation , se dirigea immédiatement sur le Pèhjab où Adina beg, suivi d'une foule de pillards sikhs, le joignit au passage de Satledj. On marcha rapidement sur Lahor. Le prince Timour et Djehan Khan étaient trop faibles pour arrêter

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ce torrent envahisseur, ils se retirèrent aussitôt sur l'Indus, Maïs ils furent inquiètes dans ]eur retraite et la plus grande partie de leurs bagages tomba aux mains de l'ennemi. Les Mabrattes se mirent alors à ravager toute la contrée , leur principal corps yetourna à Delhi, mais un détachement de leurs troupes continu» • d'occuper Lahor.

Adina beg Khan ne survécut pas long-temps à ces événemcns. Il mourut en 1708 après avoir joué un rok long et important dans .les affaires du Penjab et del'Hindoustan. Son habileté,- son expérience, ses connaissance&étendueslejfirant distinguer de bonne heure des vice-rois qui.se succédèrent à la vice-royauté de Lahor. Il sîé-r. leva sous eux par degré jusqu'à ce.pointi-qufi ses services, furent enfin récompensés piff; Je. gouvernement d'une province agitée maiijin che. Dans un temps de désordres et de^ffioultéa incroyables il se maintint dans sa position gt rendit le pays prospère. et heureux. Au miiieu des querelles sanglantes des nations qui prçtenH daient à l'empire, des conflits de tousjes par.-» lis, des intrigues de chefs tous plus puisfcans.

que lui, il sut gagner quelque chose à chaque changement, et proÛter de toutes les occasions d'agrandir ou de consolider son pouvoir avec une adresse et une activité qui lui valurent une haute réputation de sagesse. Il était passé maître dans les arts et les subtilités de la diplomatie indienne. Il occupa les Sikhs el s'assura contre leurs déprédations en les pavant quelquefois, pour leurs services v >' aurait même acheté leur neutralité s'il eut été trop faible pour les réprimer. Lorsqu'il paraissait complètement. ruiné par les Afghans ahdalis, il les fit attaquer par les Mahrattes et avec l'aide de ces ajliés chassa le prince qui l'avait réduit à une telle extrémité et le ministre qu'il soupçonnait d'être l'instigateur de toutes ces intrigues. On ne peut que faire des conjectures sur le' rôle qu'il aurait joué dans la grande querelle engagée en (re les Mahratles et les Afghans abdalis, la.iport.l'ayaot sauvé delà vengeance ou de la pitié politique du shah. 11 ne laissa ni postérité -ni successeur pour perpétuer sdrmom et son autorité , maïs sa .usëinçira -vit-' datas Je l'ieojab.et il est regardé même parlés iftrkhs

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comme le dernier gouverneur mogol de leur pays.

Les Mahrattos étaient alors là plus grande puissance de l'Inde j leurs armées traversaient le pays depuis le Dekhan jusqu'à l'Indu* et l'Himalaya} il n'y avait personne qui osât ïesat-^ Laquer. Les sonbahdars musulmans, qui avaient assuré leur indépendance pendant le déclin de l'empire mogol, tremblaient pour leurs principautés et paraissaient n'avoir d'autre alternative que la soumission et le paiement du tebout à là puissance prépondérante, ou leur complète extermination. Dans cet état de choses , la réapparition de l'abdati Ahmed > Shah à Test de llndus fut pour, beaucoup de personnes une espérance de salut et de secours. Shoudja-otioV- Doula, à Oudh, le fameux Nadjib-oud-Dotiln, qui gouvernait Delhi et le Douab du nord , les chefs Rouilla et toutes les familles musulmanes établies dans le Douab ou à l'ouest de la Jum- Ha, accoururent sons l'étendart du shah et Vincent sons sa conduite combattre pour leur , foi et leur indépendance. Les Malirattes se retirèrent devant le shah de Lahor à Delhi, pillant

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et ravageant toute la contrée qu'ils traversaient. Les fertiles plaines du Sirhind présentaient donc une apparence de dévastation qui engagea l'abdati , aussi bien pour se renforcer que pour s'unir aux chefs musulmans de l'Hindoustan , à passer la Jumna à Bouria, dans le Douab. Là il rencontra et battit un détachement mahratte commandé par Dattadji Sindhia, qui périt dans l'action. Peu de temps après MalharRaoHoUtar fat surpris par deux généraux afghans qui dispersèrent ses troupes et même s'emparèrent de sa personne. Lorsqu'arriva la saison des pluies, I'abdali fit cantonner son armée dans le DoiAb, entre Sekandra et Anoupshahar ; car tout le pays autour de Delhi et à l'ouest de la Jumna avait été ravagé et complètement dévasté par les Mahrattes.

La cour de Pouna, informée de l'arrivée du shah et des défaites essuyées par Dattadji Sîndhia et Malhar Rao llolkar , fit de grands préparatifs pour s'efforcer de soutenir sa su prétnaUe dans l'Hindoustan. Tous les vassaux de l'empire furent convoqués, et une immense armée s'avança vers Delhi sous le commandement de

Sadhasio Rao Bhâo , ordinairement appelé le Bhâo, à qui s'étaient joints Wiswas Rao, fils «îné de Peshwa , et les chefs des principales familles raahrattes. Dans leur marche les chefs virent encore grossir le nombre de leurs soldats, et une multitude innombrable atteignit Delhi, pillant sans remords tout ce qui se présentait et ne rencontrant aucun obstacle sur son passage.

La Jumna, qui séparait les deux armées, n'était pas encore guéable; aussi le Bhâo, après une courte halte à Delhi , tourna vers le nord , du côté de Karnal, où son armée fut arrêtée pendant quelques jours au siège de Kounjpoura, possession d'une famille pathane, sur la rive occidentale de la Jumna. La place fut prise d'assaut, après une résistance opiniâtre conduite par le chef de la famille , Nidjabat Khan , qui périt dans la dernière action. L'armée mahratte redescendit alors vers Panipat, ce qui permit au shah de passer la Jumna avec sa cavalerie le 23 octobre. Le Bhâo ne se crut pas en état de se mesurer en rase campagne avec le shah : il éleva donc des retranchemëns et prit position

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aux environs de Panipat, où il attendit l'attaque de l'ennemi. L'Abdali, renforcé par la jonction des forces confédérées de Oudh, Rohilkand, et de tous les chefs mahométans du haut Hindoustan, bloquâtes Maltraites dans leur camp et chercha à couper leurs convois. Pendant trois mois les deux armées restèrent en présence, occupées à des escarmouches et des combats partiels, et le shah continua- son blocus. A la fin la famine commença à se faire sentir dans l'armée du Bhâo, et la détresse s'accrut à un tel degré qu'il fut forcé de hasarder une bataille. Le 7 janvier 1761 , dès le point du jour , il fit sortir ses troupes de leurs positions retranchées, et se prépara à une action décisive. Les Mahrattes furent complètement défaits; le Bhâo, Wiswas Rao et quelques-uns des pfccipaux chefs mahrattes furent tués dans le combat. L'histoire mentionne peu de batailles où il se soit fait un aussi grand carnage que dans celle-ci. Le chiffre le plus faible de la perte essuyée par les Mahrattes porte le nombre de leurs morts à plus de 100,000 (sur 200,000 ) : mais si l'on considère la distance où ils étaient de leur*pays, et les

terribles vengeances que le pays ravagé par eux avait à exercer, on s'étonnera moins d'une telle perte. L'effet moral produit par cet échec sur la nation mahratte l'abattit encore pins que ses pertes réelles. Ils avaient envoyé tontes leurs troupes à cette expédition , et leur défaite dut alors être considérée comme le renversement de leurs ambitieuses espérances et la destruction deleur pouvoir.

L'abdali, après cette importante victoire, séjourna pendant quelques jours à Delhi pour y régulariser les affaires de l'Hindoustan. De là il se rendit à Caboul en passant par le Fêujab, après avoir nommé Khaja Obeid et Zein Khan gouverneurs de Lahor et de Sirhiud, qu'il réunit définitivement à son empire.

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Ahmed Shah ne fit pas un long séjour dans lePenjab, rappelé comme il le fut dans son propre pays par les troubles qui y éclatèrent. Le gouverneur qu'il laissa à Lahor n'était pas "autre chose qu'un commandant militaire d'avant-poste, recueillant les impôts et levant les contributions comme il pouvait pour l'entretien de ses troupes et les besoins généraux du shah. L'imparfaite occupation du territoire , la faiblesse du détachement laissé sous les. ordres du • apuverneur afghan Khaja Obeid, furent très favorables aux Sikhs qui s'élevèrent

(1) Quelques faits da 11 » ce chapitre ont été ajoutés au récit du capitaine Murray. Ces faits nous ont été fournis par le Mémoire du capitaine Wade , qui a pris ses ren seignemens sur l'origine de la famille de Randjit Singh aux meilleures sources.

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iiu milieu de tous ces desordres; la négligence avec laquelle ils étaient surveillés leur permit d'accroître leurs forces dans différentes parties de la contrée , et de développer leur puissance et leurs ressources. Entre tous , les ancêtres de Randjît Siogh , le roi actuel du Peujab , se distinguèrent par leurs entreprises hardies et s'acquirent une réputation qui devait croître de jour en jour. Cette famille ne se vante pas d'une grande antiquité ; le premier de ses membres dont la tradition fasse mention est un petit zemindar, nommé Disou, un djàt de la tribu de Sânsi ; il habitait Soukar Tchak , village du" district de Manjha. Son patrimoine possédait deux charrues et un puits. On sait peu de chose de ce personnage, si ce n'est qu'il fut le père de Nodh Sing, dont le fils Tcharat Singh commença la fortune de saàjfamille par l'établissement d'un serdari ou cour princière. Ses descendans Maha Singh et Randjit Singh en ont étendu la souveraineté sur un grand et fertile pays.

Nodh Singh fut le 'premier de la famille qui embrassa la. religion des Sihks : il épousa la

fille de Goulab Singh, zemindar de Midjithîa , qui était déjà initié aux rites de cette croyance et fit du Pahul la condition du mariage. Nodh Singh accepta; après son mariage il abandonna la terre paternelle , et ayant enlevé ou s'étant procuré par quelque autre moyen un cheval , il se réunit au corps formé par Kapour Singh de Goujrat, qui avait pris le litre de Feïzoullapouria. ,

Nodh Singh mourut en 1 75o, Tcharat Singh , suivant la vie aventureuse de son père, mais ne voulant pas servir dans un rang inférieur, fit alliance avec ses beaux*- frères. Dal Singh et Djodh Singh , et avec leur aide leva un corps ' de partisans qu'il entretint du fruit de ses" entreprises toujours heureuses. Son épouse était ueGàdjaraoli,. village situé un peu au nord de Lahor; par l'influence de sa famille, il obtint la permission d'élever dans le voisinage* un .petit fort qui devait lui servir de place de sûreté pour le dépôt de ses richesses ,' pour sa famille et ceux qui s'étaient attachés à sa fortuné. Ce poste, par son voisinage de Lahor, servait de point de ralliement à-d'autres asso-

OfllG. ET PROGR. &

-HO - ' dations sikhes; aussi en 1763 , attira- t-il l'attention de Khadja Obéïd, qui vint avec des forces pour l'enlever et éloigner Tcharat Singh du voisinage. Mais les Sikhs attachaient trqp d'importance à ce poste pour ne point essayer de le conserver, et un corps nombreux vint le défendre. -Lorsque le gouverneur approcha de Gadjaraoli, ils jetèrent des hommes d'élite dans la place , et le reste tenant la campagne inquiéta son camp. Khadja Obeïd avait amené à cette expédition unxorps de troupes sikhes qui entretenaient une correspondance secrète avec leurs coreligionnaires et finirent par passer à

* l'ennemi. L'armée du gouverneur, saisie d'une terreur panique, se dispersa, Khadja Obeïd loimême eut à peine le temps de monter à cheval et de s'échapper, lorsque les Sikbs entrèrent dans son camp et s'emparèrent de tous ses bagages.

Après celte défaite, le gouverneur'afghaa osa à peine sortir des murs de Lahor ; et le Dal sikh, ou assemblée des -chefs, fut publiquement convoqué à Âmritsar, où les ablutions et

' les autres cérémonies du Diwali étant accom-

plies ,il fat résolu d'iaveâtirDîaudiala, place occupée par Nirandjani Gourou, Hindou quiavait fait sa soumission et pris du service sous Ahmed Shah , et à cause de cela avait encouru la haine vindicative des sectateurs de Gourou Govind.

La nouvelle de ces événemeos éveilla l'attention d'Ahmed Shah qui , en novembre 1762, se montra de nouveau sur l'Indus. De là, il partit avec un détachement d'élite dans l'espoir de surprendre , par une de ces marches rapides auxquelles il devait ses succès , les Sikhs qui avaient investi Djaudiala dont le siège durait encore. Mais quelques heures avant son arrivée, les Sikhs furent instruits de son approche , et , levant leur camp , se dispersèrent dans plusieurs directions; un grand nombre, d'entre eux passa le Satledj. Le shah rejoignit son armée à Lahor, et ordonnna à son gouverneur de Sirhind d'observer les mouvemens des Sikhs , de convoquer les serdars et les djagirdars (1) musulmans avec leurs contingens ,et d'attaquer l'ennemi. Bientôt après, le shah fut

(1) Le iljagij'dar est celui qui occupe un territoire reçu en récompense de sca sefïices, soit à pernéluité, soit à vie.

informé par un courrier que l'armée silthe était à Kbs Rahira , sur la rire méridionale du Satledj (dont, le cours à partir de Firoz va se dirigeant de l'est à l'ouest), et que Zein Khan avec les musulmans de Baraich et Maler Kolila (i) observaient leurs mouvemens.

Le shah ordonna aussitôt à un fort détachement de cavalerie de prendre des vivres pour trois jours; etquittant Lahor dans le plus grand secret, il marcha en personne contre l'ennemi. Le soir du deuxième jour, il passa le Satlèdj et fit une halte de quelques heures à Loudiana.

Au point du jour, le matin suivant , il joignit Zein Khan, qu'il trouva déjà engagé avec les Sikhs; car ces derniers,, comptant sur leur supériorité numérique, avaient voulu battre le gouverneur de Sirhind et déjà attaqué son camp. L'apparition des bonnets de peau de mouton des gardes-du-corps du shah , décida du gain de la bataille ; les Sikhs furent battus et mis en fuite; on les poursuivit jusqu'à Hariana Barnalla et le carnage fut terrible ; 25 ou 3o,ooo hommes, dit-on, perdirent la vie dans

(i) Noms de tribus.

celte occasion , mais un vieux musulman de Mater Kotila , qui s'était trouvé à cette bataille, assuiw au capitaine Murray que la perte des Sikhs. ne dut .pas dépasser 12,000 hommes.

L'absence de toute espèce de registres , la formation- irrégulière des armées indiennes, qui ne sont jamais qu'une association de chefs, exagérant tous le nombre de leurs troupes r rend difficile , sinon impossible, d'estimer avec quelque certitude les pertes essuyées dans un combat. Toujours est-il que ce -désastre est qualifié dans les traditions sikhes de ghalou g-hara, c'est-à-dire carnage sanglant. AlaSingh de Patiala , chef de la famille des Pli oui (1), fut fait prisonnier à Barnala et amené par le shah à Lahor. Là, à la prière du ministre Shah Wali Khan , il fut relâché sur sa promesse de payer un tribut , et son courage lui ayant assuré la.faveur«du shah, il fut honoré du titre de radja- et congédié avec de magnifiques habit» d'honneur.

Le shah, irrité contre les Sikhs à cause des difficultés qu'ils lui avaient suscitées, non moins

(1) Le ph est aspiré dans ce mot.

que par son zèle fanatique contre les idolâtres et les infidèles , signala son passage à Amritsar par la démolitidn du temple' sikh de Hartnandar et du réservoir sacré. Le temple tut renversé par la poudre , et le réservoir, dont les matériaux furent mutiles et transportés aussi loin que les circonstances le permirent, firf souillé par le sang et les entrailles des vaches et des taureaux,. sacrilège encore plus grand aux yeux des disciples schismatiques de Gourou Govind qu'à ceux des Hindous orthodoxes de la religion de Brahma.

L'attention du shah se tourna ensuite vers le Cachemir,- dont le gouverneur Souk Djiwan avait le véj.es impôts depuis neuf ans, sans en rien reverser dans le trésor royal. La coopération de. Randjit Oio, radja de Djammou, ayant été assurée non sans quelque difficulté, un fort détachement partit de .fcahor sous* les ordres de Nour-oud-din , et le radja' le con- ' duisit à travers les montagnes, de Pir Penjal jusque dans la vallée de Cachemir qu'il soumit après une résistance opiniâtre. Souk Djiwan fut fait prisonnier et puni par la perte des yeux.

Ahmed Shah , après avoir pris ces préoauliops qui devaient lui assurer la possession du pays à l'est de l'Indus, retourna à Caboul vers la fin de Tannée 1762. Il préposa l'Hindou Cabouli Mal au gouvernement de Lahor. m

A peine l'Abdali était-il parti que les Sikhs reprirent les armes. Un gourmatta, ou concile de la secte , fut tenu publiquement à Amritsar, d'où une armée se dirigea sur Kesourf ou Kasour) , qui fut pris et saccagé : un butin considérable fut la proie des vainqueurs. Enflammés par, ce succès, ils réunirent des forces plus considérables et résolurent d'attaquer Sirhiod. Ils parurent devant la place au nombre de quarante mille, et campèrent en deux divisions à l'est et à l'ouest de la ville. Dans le mois de décembre 1763, le gouverneur Zein Khan sortit des murs pour risquer une bataille : elle s'engagea à Pir Zein Manaïra , village distant de sept milles de Sirhind. La fortune favorisa les Sikhs, et les généraux musulmans périrent dans l'action. La ville .de Sirhind fut .emportée et les maisons rasées; car l'acharnement des Sikhs était excité au plus haut point contre ce lieu,

par le souvenir que la femme et le jeune fils Jeteur maître Gourou Govind y avaient été inhumainement mis à mort par Vizir Khan , officier d'Aureng-Zeb. Pas une maison ne resta debout ; et çjest encore une action méritoire aux yeux d'un Sikh d'emporter trois briques des ruines de Sirhind pour les jeter dans le Satledj ou la. Jumna.

Cette entreprise audacieuse rappela Ahmed Shah à Lahor; il y revint en janvier 1764 : c'était, la Septième fois qu'il envahissais PHindoustan. A son arrivée les Sikhs se dispersèrent et cherchèrent un refuge dans les déserts, à l'ouest et au sud" de Paliala et Nabab. Ala Singh, radja de la première de ces villes , avait obtenu la concession des ruines de Sirhind du chef Djonmla Bhaï Boudha Singh , à qui la ville avait été abandonnée du consentement unanime des chefs qui l'avaient prise. Lé radja lui donna en échange- quelques' riches villages. Grâce à l'influence du ministre Shah Wali Khan, Ala Singh obtint du shah la ratification du marché.

Tant de désordres sans cesse renouvelés, exci- '

tèrent les regrets de l'Abdali ; mais les moyens ou le temps lui manquaient' pour remédier à ces maux : il reprit la roule du Caboul sans avoir rien faitpour punir ou réprimer les Sikhs. Il était à peine parti qu'ils se rassemblèrent de nouveau et osèrent attaquer Lahor. Caboulî Mal fut obligé de fuir. La ville ainsi conquise fut partagée par les vainqueurs en trois divisions qui échurentàl^hna Singh, GoudjarSingh et Sobha. Ahmed Shah revint pour punir cet outrage et s'avança jusqu'au Satledj ; mais les Sikhs ^e replièrent devant lui jusque' dans les déserts situés au sud d'Ingraon , et il ne put rencontrer d'ennemis sur qui exercer sa vengeance. A son arrivée sur les bords du Satledj , Amar Singh , petit-fils dû radja Ala Singh (i), mort récemment, vint an-devant de lui et re-

(i) Amar Singh dy Pafiala élait fils de Sardol Singh , qui survécut à son père deux ou trots ans, suivant Khoushwakt Raï, Lorsque Amar Singh vint auprès d'Amed Shah, il reçut ordre de se raser la tète et la barbe avant d'être introduit devant le roi. Par un nazarana (ou présent) d'un lakîi de roupies, il obtint la permission de ne pas se conformer à cet ordre. Khoushwakt dit que le

çut arec l'investiture lé titre de Maha Radja Radjagan Bfahinder Behader, qui est maintenant porté par le chef de la famille Paliala. Sur ces entrefaites un desta, ou corps de douze mille hommes de l'armée du shah , quitta soudainement le camp sans en avoir reçu l'ordre et retourna à Caboul. Le shalj. se mil à leur poursuite pour les punir; mais sa retraite fut inquiétée par des partis de Sikhs qui lui enlevèrent beaucoup de bagages, voltigeant sur ses flancs et son, arrière-garde jusqu'à ca qu'il .eût passé le Tchenâb. ».

Le shah ayant ainsi abandonné la campagne, les Sikhs ne se virent plus disputer la possession du Penjab. Ils, s'étendirent dans le pays et l'occupèrent définitivement. Chaque serdar, selon ses forces, s'emparait de tout ce qu'il renr contraît, ne reconnaissant aucun supérieur, ne soumettant ses actes au contrôle d'aucune autorité. Ils ne furent plus troublés 1 dans leur con-

tifte de Mdhinder fut obtenu du shab^Alanofcu temps de Saheb Singh ,'et que le titre de Maha Radja Radjagau- Beliader fut celui conféré à Amar Singh par Alimed Shah. (Notedeluuleur.)

quête par aucune année Tenue de l'ouest, où Ahmed Shah continua de régner jusqu'à sa mort, occasiônée en 1773 par un chancre au visage. Son lils et son successeur. Timour occupa paisiblement le trône pendant vingt ans, et ne lit aucune tentative pour recouvrer Lahor et le Penjab : ce pays, avec la province de Sirhind et tout le territoire à l'est jusqu'à la Jumnn, devint la possession des chefs et des associations qui avaient jusque-là vécu de brigandage et étaient, pour la plupart, de basse extraction et entièrement dépourvus de toute éducation et de toutes lumières.

Les serdars, ou chers delà nation sikhe, s'étaient iàit suivre dans leurs campagnes par leurs paréos, leurs amis, des volontaires, et même des mercenaires, mais en petit nombre. La plupart d'entre eux se considéraient comme des associés intéressés au succèfcd'une même entreprise, el regardaient les terres nouvellement conquises comme une propriété commune dont chacun devait avoir- sa part , selon l'aide qu'il avait apportée. Les associations s'appelaient misais, voulant dire par là qu'elles formaient une

con fédéra tion de puissances égales entre elles, sous des chefs de leur choix. Le chef conduisait à la guerre, et rendait la justice en temps de paix; il était respecté et traité .avec déférence par les serdars inférieurs; mais ilsneseconsidéraient. comme' obligés à l'obéissance que quand ils y trouvaient leur bénéfice réciproque ou que le bien du misai l'exigeait. Les parties confédérées eurent chacune'spn titre particulier. On comptait alors douze misais principaux , qui pouvaient mettre en campagne 70,00.0 chevaux. En voici le dénombrement :

i" Le Bhangi-misal , à la têAVduquel étaierft Hari Singh, Djhandi Singh et Gandha Singh , qui étaient d'abord tous trois jàts et cultivateurs dans le Douab. Lé misai prit son nom de l'usage que faisaient ses*membres du bhang-, matière dont la fumée enivre et qu'on prépare avec les .résidus du chanvre. Son territoire dépend aujourd'hui du royaume C i™™. * de Lahor. 10,000

2° Le Ramgarrhia-misal. Il tire son nom d'un village situé à l'est de Lahor.

Sou chef, Djasa Singh , avait d'abord

été thoka, ou charpentier. Ses possessions font maintenant partie du

royaume de Randjit Singh 3,ooo

3" Le Ghanm'a- misai, gouverné par Djeï Singh , jàt de Ghanni. Il est situé aussi à Test de Lahor. Son territoirre appartient à Randjit Singh. . . 8,000

. 4" Le Nahria-misal. Il prend son nom de JVakri, pays situé au sud-ouest de Lahor et limitrophe du Moultan. Il eut quelques chefs, tous .jâts agriculteurs, de basse extraction. Son territoire a été occupé , et il n'existe plus

comme corps distinct 3,000

5° Le Alouwala,-misal , gouverné par Djasa Singh , kalal ou massîer. Il acquit une grande considération parmi les Sikhs, et seS partisans lui donnèrent le titre de 'Badskah'(i). Cette provin.ce s'étend sur les deux rives du Satie dj ,

et son chef actuel, descendant de Djasa Singh, a placé la partie située sur la rive

• (i)-f est sans doute une altération du persan pâdishali, qui signifie souverain.

orientale sons la protection anglaise.

(Test un grand de la cour de Randjit Singh qui le traite avec distinction, mais le soumet à de continuelles exactions pour ses terres du Penjab. .... 3,000

6° Le Daltala-mieal , gouverné par Tara Singh Gheïba, berger de Dali, village situé sur le Ravi, à Test de Lahor. Ce chef tira son surnom de - Gheïba de son adresse à mener paître ses chèvres et ses agneaux au milieu des torrens. Les possessions de Tara Singh font partie maintenant du royaume de Randjit Singh; mais le Roupour et quelques autres serdars de ce misai, ayant des possessions situées à l'est du Satledj , sont sous la protection anglaise. ' 7,500

7° Le Nùfian fVala-misal, gouverné par Sangat Singh et Mohar Singh , les porte-étendard du dal, ou armée sikhe: circonstance d'où il tire son nom.

Les familles de ces deux chefs 'sont éteintes, et Ambala, une de leurs pos-

sessions, est en conséquence tombé sous le sceptre des Anglais. Shahabad , appartenant à des chefs soumis, est sous la protection anglaise. ..',..... 12,000

8" Le FeïzOulîappurifi-misaly appelé quelquefois Singhapouria , gouverné ' par Kapour Singh et Koushhal Singh, de Feïzoullapour, village près d'Amrilsar. Son nom mahométan a été changé par les Sikhs en Singhapour. Les chefs étaient des zemindars. jâts. Kapour Singh était appelé Nabab par, les siens- Leurs possessions , sitaées à l'ouest du Satledj, ont été occupées, mais celles qui étaient à Test sont encore adminisnistréespar leurs descendant sous protection anglaise a,5oo

g" Le Krora Singhia-misal, gouverné par Krora Singh, et après lui par Bhagaïl Singh, tous deux jâts. Krora Singh. n'a. pas. laissé d'héritier.. Les. possessions de Bhagaïl Singh dans le Pepjab ont été occupées par Uandjjt Singb, mais sa veuve occupe 'Tcjûlandi et

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vingt-deux antres villages à l'est du ' Satledj sont sous protection anglaise.

Tchitcherouli , obéissant à un chef subordonné, est aussi sous protection anglaise. . -. 12,000

i o° Le Shahidet Nihang-misal, gouverné par Karani Singh et Gour Baks h Singh. Ce nom, qui signifie martyr , fut acquis à cette province par les premiers chefs, ancêtres de celui qui, fut décapité par les Musulmans à Damdà- ' dama, à l'ouest, ée Patiala. Le territoire situé à l'est du* Satledj est sous protection anglaise. ..'........ a,ooo

ii°. Le Phoolkia et Bhaïki<t-Tp.isali gouverné par le radja Ala Singh, et ensuite par Radja Araar Singh, sou petit-fils de Patiala. Phool fut aïeul jât des chefs de Patiala, Nabab., Djind et Keïthaï, placés tous sous la protection anglaise . . 5,ooo

12°. Le Soukartchakia-misal , gouverné par Tcharat Singh , ancêtre de Raodjit Singh, roi actuel de Lahor,

dont les aïeux étaient zemindars jàts

de Soukar-Tchak . 2,5oo

Total .... 69,500 Dans cette liste le misai de Tcharat Singh occupe la dernière place. 11 fut formé probable-' ment après que l'heureuse défense de Gadjraoli et la défaite de Khadja*Obeïd eurent élevé la réputation de ce chef. Chaque misai agissait indépendamment des autres ou de concert avec eux , selon que la nécessité ou des inclinations particulières en décidaient ; cependant il y avait le plus souvent une assemblée de chefs appelée sarhat khaba tenue deux fois par an à Amritsar pendant les fêles deBeîsakhi etDewali, qui tombent en avril et octobre. Alors après les bains dans le réservoir sacré on tenait généralement un gourmatta, ou réunion particulière. Là on soumettait à la sagesse de rassemblée les grandes expéditions et les questions d'une importance extraordinaire. Si les forces réunies de quelques misais entraient en campagne pour quelque entreprise de pillage ou , pour lever le Rakha (Black Mail)} l'armée prenait le-ttlre de Dai du hhalsa Dji.

Lorsque les circonscriptions territoriales des nuab furent arrêtées, le -premier devoir des chefs fut de partager les terres, les villes, les villages entre ceux qu'ils regardaient eux-niêmes comme avant feit la çonrniête en coshroqn (êhymil) avec eux. Chaque sarfcqrida PW efeef de*la plus petite troupe Je cavalerie qui servait sous l'étendard du misât, demanda. sa- part, proportionnée à sa puissance et à ses efforts, et comme ils ne recevaient aucune solde et qu'il n'y avait .pas d'autre récompense à leur offrir, on dut recourir à ce moyen pour Les satisfaire. Les serdaT$'s(ou parts des chefs) étant déjà désignés, le reste fut partagé en pattis ou parcelles pour chaque sarkanda, et ceux-ci furent subdivisés , à- leur tour entre .les ebefs inférieurs selon le nombre de chevaux qu'ils avaient mis en campagne . Chacun reçut sa part comme associé à titre égal et la posséda dans une indépendance abfiotue. ;'■..: ...;;.

Il était impossible qu'un tel état de choses subsistât longr^emps dans b) ïenjab^ pap plus qu'il n.'avait subsisté eu Angleterre, en France et dans d'autres contrées de l'Europe, tors-

Jiiirz^t.yGoOgle

qu'elles furent congwses de ht mime manière par . des hordes de guerriers associes qui ne reconnaissaient ni gouvernement ni autorité régulière. Quand la crainte d'un ennemi et-d'urt danger communs furent écartés et que les chefs de hardisaventuriers devinrent propriétaires territoriaux, des discordes et des guerres intestines commencèrent selon lé caractère, l'ambition ou l'avarice de chacun. Les causes de querelles ne firent jamais défaut dans la confusion des confédérations de cette espèce. Les haines qui partageaient chaque territoire favorisaient les desseins des ainbiteux; leur secours était sollicité" par l'un' des partis., et souvent i|s trouvaient . moyen de les renverser tous deux. S'il s'agissait délimites, d'injures reçues, de torts 1 réels oU imaginaires , le chef convoquait ses parens et ses vassaux, pour qu'ils eussent à lui fournir les moyens de se (aire rendre justice. L'honneur leur faisait une loi de ne pas lui manquer lors-iqu'il invoquait le tckàta; .mais dan» le cas d'une division intestine du misai , chacun -était libre.de choisir son parti, et aucun défi partis ne trouvât mauvais d'appeler du secours de

l'extérieur. Lorsqu'on av^ recours au tckara, il était d'usage que le chef ou la personne qui le réclamait payât une roupie par katkî, ou par selle. Dans les autres cas le' service était gratuit; le pillage q^ait la seule récompense qui indemnisât ceux qui s'étaient rangés sous l'étendart du chef. La vie passée et les habitudes des Sikhs leur avaient ôlé tout scrupule sur le rôle, la conduite ou le caractère de leurs associés. Les plus grands criminels étaient admis dans leurs rangs , et c'était un point d'honneur de ne jamais rendre les réfugiés qui étaient venus leur demander asile, quel que fut le crime .qui leur fut imputé. Aussi la.pral.iquc du gaha, c'est-à-dire l'usage de se faire justice par soimême autant qu'en ayant recours aux autorités, était-elle fréquente chez les Sikhs; aussi chaque propriétaire de village entourait-il sa propriété d'un mur et d'un fossé; aussi dans les villes ou places occupées en commun, les maisons des associés et de tous ceux qui étaient exposés à la cupidité ou aux pas* sions haineuses des autres étaient-elles bâties comme des forteresses , et souventfeae espèce

de citadelle , élevée dans la propriété même , en était séparée par un retranchement intérieur, pour se défendre des trahisons des serviteurs.

Le mode de possession que nous avons décrit s'appelle patidari, c'est ainsi que possède chaque associé d'un rang moindre que celui de serdar, jusqu'au simple cavalier qui se monte et s'équipe à ses propres frais ; tous ils régularisèrentlaconditiondëleurJ9afz,en éloignant, chassant, ou même, selon leur plaisir, maltraitant tous les zemindars et en s'insurgeant contre eus. La plainte de ces derniers ne pouvait être écoutée ni obtenir justice d'aucun supérieur. Dans le cas d'une querelle entre égaux, on s'en rapportait au jugement du sarkanda, et si sa décision n'était pas -satisfaisante, on pouvait faire appel au serdar général. Cependant le mode le plus ordinaire de faire écouter ses griefs était de réunisses parens et ses amis et de demander une prompte satisfaction. Un patidar ne pouvait vendre son fief à un étranger, mais il pouvait l'engager dans un cas pressant, et à sa mort désigner son héritier. L'aide réci-

proqae pour la défetise était le lieu qui unissait le patidar à son chef et la seule condition de son investiture.

Cependant , outre le patidari, il existait en-' core trois autres espèces de fiefs, nés des circonstances ou créés par elles. Ils désignaient la position de différens chefs par rapport aux misais dont ils faisaient partie. C'étaient le misaidari, le tabadari et le djagirdari.

Des corps de force inférieure, ou des chefs puissans s'attachaient quelquefois avec leurs soldats à un misai , sans s'engager dans les conditions de l'association ou de la dépendance. Les terres ainsi assignées étaient considérées comme la récompense de leur coopération , et elles étaient tenues dans une indépendance complète ; on les appelait misaldaris. S'il était mécontent de son chef, un mîsaldar avait le droit de se placer lui et sa propriété sous la protection de celui dont il préférait la suzeraineté. Un tahadar était un vassal d'une autre sorte; il était complètement réduit à la condition de serviteur. Les terres qui étaient ;sa récompense pouvaient lui être reprises sous prétexte de for-

faiture, désobéissance .ou rébellion, un caprice du serdar pouvait le dépouiller pour le pins .léger motif.

La troisième classe desiiefs, on djaffirs^ était donnée à des parens, à des serviteurs, à des soldats entretenus qui avaient bien servi; ces tenanciers étaient soumis à un service personnel d'une certaine durée eux et leurs quotas , ou contingent, équipés et armés à leurs frais», suivant les conditions de l'octroi.. Us dépendaient , encore plus du serdar que les tabadars. Ces deux sortes de fiefs n'étaient héréditaires qu'avec sa permission ; leurs terres faisaient partie du territoireassignéau serdari, et il va sans dire .que le misai ou association n'avait rien avoir dans les arrangemens entre le seigneur et le vassal.

• Les établissemens et les concessions religieuses et charitables faîtes aux gourous sikhs, aux soudiis et baïds , les dotations pour les temples et les distributions d'aumônes .et même pour les pirxadas musulmans , ne demandent ici aucune mention particulière,, car ils n 1 ont rien qui les distingue de toutes les institutions

du n^ême genre qui existent dans l'Hindoustan supérieur.

Ces explications étaient nécessaires pourdonner une idée de l'état des choses qui résulta pour les deux provinces de Lahor et de Sirhind de l'occupation des Sikhs, lorsqu'elles leur furent enfin abandonnées par les Afghans comme elles l'avaient été par les officiers mogols de Delhi. Le lecteur européen sera sans doute frappé de l'analogie de cette situation avec celle de l'Angleterre , telle que les traditions nous la représentent lorsque les Saxons vinrent l'occuper; avec celle de la France , lorsque Cl avis elles francs s'emparèrent de la plus belle partie, de la Gaule. Les formes de gouvernement les plus grossières sont toujours celles que les tribus ignorantes ont appliquées; et si le philosophe éprouve quelque plaisir à' voir ce qu'ont produit ces tentatives d'indépendance universelle et d'égalité entre les individus , ne donnent-elles pas aussi le droit d'accuser de témérité celui qui oserait dire que chaque classe de la société peut trouver le bonheur, la satifaction , la paix dans un pays gou-

verné par quelques milliers de souverains « comme le furent les malheureuses provinces de Lahor etdeSïrhind, lorsque les Sikhs les eurent conquises.

Disi-orJtj e^t division! des Silthi. — Élévation cl chute Je divers rleh. — Histoire <le Tcharat Singh cl Malia Singh , aoccW de HjTidjil Singh. — itandjit Singh prend la clircaioii de» affaires.

En résumant la suite des événemens dans le Penjab , l'historien n'a plus désormais à raconter que les discordes et les divisions qui s'élevèrent entre les nouveaux conquérans j et comme ces querelles n'offrent ordinairement que fort peu d'intérêt et de variété, il faudra faire choix parmi ces événemens de ceux qui sont nécessaires» l'histoire, qui ont produit les circonstances actuelles, ou, en d'autres termes, faire mention surtout de ceux dans lesquels les ancêtres de Randjtt Singh, ou lui-même, ont joué un rôle.

Le radja de Djammou, nommé Randjit Dio, était en mésintelligence avec son 'fils aine Bridj Radj , et désirait le dépouiller de ses droits à la succession en faveur de son plus jeune fite, Mian Dalel Singh. Pour assurer ses droits, Bridj Radj se révolta et invoqua le secours, de

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Ttbarat Singh , lui dtf'rant un tribut annuel «oosidéxable , à condition qu'il l'aiderait à déposséder son père. Tcharat Singh , animé par une vieille haine j-octre Raiidjù Di», accepta l'oflre qui lui était faite, et, se fortifiant Jurmême de l'alliance de Djeï Singh du Ghanî-misal , s'avança avec ses troupes et celles de son allié dans les montagnes, où il campa à Oudachar sur la rive du Basant!. Le radja , informé des desseins de son fils, avait fait ses préparatifs de résistance. Il se réserva à lui-même la défense de la capitale et rassembla ses forces 1 contre l'invasion. Elles se composaient des auxiliaires de Tchamba, Nourpour, Baschar et Kangra dans les montagnes, auxquels il avait réuni, outre ses propres troupes , les forces confédérées du Bhangi-misal sons les ordres de Djhanda Singh , qu'il détermina à lui prêter son secours. Les deux armées étaient campées sur les deux rives opposées du Basanti , lorsque , dans une escarmouche entre les Sikhs auxiliaires, Tcharat Singh fut tué : son fusil éclata entre ses mains (i).

(i) Khoushwakt Ruï donne les mêmes détails sur la

Il avait quarante-cinq an, et s'était élevé de la condition de simple dharvi, ou homme de grand chemin , au rang de se.rdar d'un misai indépendant , avec un territoire dont le revenu est estimé à trois lakhs de roupies. Il laissa une veuve avec deux fils , Maha Singh et Sahadj Singh, et une fille, Rarîj Kounwar. L'aîné de ses fils, Maha Singh, alors âgé d'environ dix ans , succéda à son serdari ; mais sa veuve et Djeï Singh Ghani prirent aussitôt la direction des affaires. C'est par leur ordre que fut assas- ,siné Djhanda Singh Bhangi, qui était le principal appui du parti du radja de Djammou et l'ennemi déclaré des misais de Soukar Tchaki et de Ghani. Un assassin fut tenté par une forte somme , et il réussit en blessant mortellement le chef Bhangi à l'instant ou il se rendait sans

mort de Tcharat Singh , qu'il dit être arrivée à Oudoutchak , sur te Basautar, dans une escarmouche entre les deux armées campées depuis six mois sur les rives du fleuve. Le même auteur confirme l'assassinat de Djhanda Singh , mais il dit qu'il était & cheval avec deux ou trois soldais. La date qu'il assigne à ces événemene est la même que celle donnée par le capitaine Munay. {Note de Fau-

escorte au camp de Djamraou. Les Sikhs de Soukar Tchaki et de Ghani, satisfaits de cette exécution, abandonnèrent peu de temps après l'entreprise ou ils s'étaient engagés. Les troupes bhangis levèrent aussi leur camp après la mort de leur-chef. Bridj RadjDioful ainsi laissé seul pour débattre ses droits avec son père; cependant avant le départ de Maha Singh il accomplit avec lui la cérémonie de l'échange des turbans {dastarbadH) et lui jura une amitié fraternelle pour la vie. Ces choses se passaient en 1774 (i).

(1; Le capitaine Wade donne la date de 1771 comme celle de la mort de Tcharat Singh , et il dît qu'elle eut lieu dans une bataille générale contre les Sikhs Bhangis, à Sahawara, près Djasar Dodeh, dans le Douab de la Ritehhua. Il s'accorde à reconnaître que la mort de Tcharat Singh fut causée par l'explosion de son fusil, mais il rapporte que Dj ha nda Singh fut tué dans un combat par un homme de son parti. Ces différences, excepté celle de la date, sont de peu d'importance; mais il est singulier qu'un événement comme celui-là ait été rapporté d'une manière si diverse à ces deux officiers. L'autorité du capitaine Murray parait préférable , et sa version a été suivie. Le capitaine Wade diffère encore du capitaine Murray

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Quelques Serdaià inférieurs du misai récefn-* ment formé de Tcharat Singh , méprisant la jeunesse de Maha SÎDgh , ou mécontens de la régente, essayèrent île se rendre indépendant. L'un (feux, Dharam Singh, tut le premier qui osa commettre on acte de rébellion ouverte. Il réclama, le secours et l'assistance de Ghanda Singh , successeur deDjhanda Singh au serdari du Bhangi-misal, mais il fut déçu dans ses espéranots et dépouillé de ses terres pur contumace pour crime de fbr&iture avant que personne fut venu à son aide (i). Les autres sêrdars furent effrayés par cet exemple. , Les circonstances paraissaient favorables pour le

sur la date de la naisance de Maba Singh. Le capitaine "Wade la place en 1737 , ce qui donne à Maha Singh quatorze ans en 1771 , lorsque Tcharat Singh mourut, auîvant la version du capitaine Wade. Le capitaine Murray fixe la naissance de Maha Sing en 1764, ce qui lui donne dix ans en 1774. (Note de f auteur.)-

(i)Kboushwakt Raidit que Ghanda Singh, le chef du £ % Bhangi-misal, ayant été invité par Dharam Sing à l'aider contre Maha Singh, répondit : a Pourquoi dépouiller ce « jeune homme et donner ses biens à un esclave? » 1 ' ■ (iVofe de fauteur. )

mariage de Maba Siiigh qui fut en efie%pélébré en 1776. Il s'unit à la fille de Cadjpat Singh, de Djind , à qui ilétait déjà fiancé. Djeï Singh T accompagné d'unenoinbiyeuse escorte des Sikhs de Soukartchaki : et Ghanl, passa le Satledj avec le bardt à Badfonkh , où le jeune chef rencontra sa fiancée. Ub grand . nombre de»

serdars de la nation se rendirent à cette cérémonie pbnr Lui faire honiiRur; en effet OU ne peut se-dispenser deprêÉerson concours dansde telles occasions, Tabscence est regardée comme un .grava oubli, une hante inconvenance. .

Maba Singh prit.part ensuite. comme associé de Djeï Singh à une entreprise dirigée contre Rasoul Nagar, appelé aujourd'hui RamNagar par les Sikhs, situé, sur. la rive orientale, da Tchenab, et occupé alôcs par Dar Mohammed-, jàt musulman* qui était le chef de Tancienne tribu de Tnhatta , nommée aussi quelquefois Maritcharia d'une vjlleconsidérablesituée dans son territoire, dont quelques habitans avaient embrassé l'islamisme. Le motif de l'attaque était que la tribu avait dérobé au Bhangi-misàl une grosse pièce, d'artillerie abandonnée dans a

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sa retraite par le shah Ahdali, et laissée en dépôt à la tribu Tchatta parce qu'il était impossible de lui faire passer le Tchenab(i), Ce canon fameux est connu aujourd'hui sous le nom de Bhangi Top : on le réclamait pour le khaha ou la nation sikhe, et c'était une assemblée de chefs qui devait lui donner une destination.

Rasoul Nagar fut assiégé et bloqué pendant quatre mois, sans que les Sikhs Bhangis, occupés pendant ce temps à piller , à s'assurer des terres ou à lever des tributs dans les districts de Moultan et de Bahawalpour, songeassent à secourir leurs alliés. La place tomba donc entre les mains de Maha Singh ... qui s'acquit par ce premier fait d'armes une si grande réputation, que plusieurs serdars indépendans ou attachés au Bhangi- misai, lui offrirent leurs services , aimant mieux le suivre à la guerre et

(i) Khoiishwakt Raï dit que !e Bhangi Top fut pris par Tcharat Sing à Lehna Singh , mais que l'affût ayant été brisé pendant qu'on le conduisait à Gadjraoli , on le laissa en dépôt chez les zemindars de Rasoul Nagar (ville du prophète) , jusqu'au moment où on viendrait le reprendre. La restitution de ce canon aux Bhangis était donc * une violation de la parole donnée. ( Noie de t auteur. }

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Vivre sous sa protection et son commandement que sous celui de tout autre chef.

Deux aus après cet événement , le 2 novembre 1780 , un fils naquit à Maha Singh ; ce fils tenait par sa mère à la famille Djind , on le nomma Randjil Singh. Il fut attaqué presque à sa naissance de la petite vérole. La maladie prenant une tournure défavorable , la vie du n 011veau nése trouva en danger; selon la coutume asiatique, le père fij d'abondantes aumônes aux pauvres, invita une multitude de Urah mânes et de saints personnages à prier pour lui , et envoya des présens aux temples de Kangra et deDjawala Moukhi. L'enfant recouvra la santé, mais en perdant un œil, circonstance d'où lui ' vient le surnom de Kana, c'est-à-dire borgne, et son visage conserva les traces indélébiles de la maladie. A cette époque, Maha Singh essaya de régulariser le gouvernement du pays qu'il tenait de son héritage ou de la victoire, chercha à étendre son influence et ses relations. Les Bhangis ayant perdu leurs principaux serdafs, avaient tenté de s'établir dans le Moultan, d'où ils avaient été repoussés par une armée d'Af-

ghans qui reprit sur eux la ville de MouUan , et même les chassa plus tard de Bahawalpour et de Mankera. Il résulta delà que le Bhangi-misal n'eut plus réellement d'existence indépendante, tandis que la fortune et la renommée croissante de Maha Singh lui permettaient d'étendre son influence et de s'enrichir, des dépouilles 'des Bhàngis. Il dut cependant agir avec prudence avant de s'engager dans une guerre ouverte avec ses frères sikhs , car^l savait que la poursuite de tels moyens d'agrandissement susciterait beaucoup de mauvais vouloir contre lui, et provoquerait probablement une ligue redoutable contre sa puissance. D'un autre côté, l'empire des Afghans était encore trop formidable et trop bien uni pour qu'il pût espérer de s'agrandir aux dépens de cette nation. Mais son esprit ambitieux n'hésita pas long-temps à trouver le moyen de potfrsjuivre avec succès l'exécution de ses plans.

Radja Randjit Dio de Djammon était mort , et son fils Brîdj Radj Dio lui avait succédé. Ce prince insouciant et débauché excita de tels méconteutemensdans sa principauté qu'il four-

lût à Maha Singh un motif d'intervention dans ses affaires. En effet, celui-ci, lente par les circonstances, demanda un tributet voulut forcer son coreligionnaire à devenir son vassal. Il s'avança dans les montagnes avec une armée, et Bridj Radj dépourvu de tout moyen de résistance , s'enfuit dans la montagne de Trikota Dévi, montagne à trois pics où se trouvait un asthan ou temple de Bishan Dévi à qui les dévots hindous font des offrandes de cacao, qu'ils espèrent devoir être plus agréable à cette bienveillante divinité que des têtes de boucs. La ville de Djammou était à cette époque très prospère et très riche ; car, par suite des divisions du Penjab, beaucoup de riches marchands étant venus y chercher un asile, y établirent des relations avec les montagnes où ils n'avaient pu pénétrer jusque-là (i). Djammou était bien

(i) Kliousliwakt Raï donue les noms de plusieurs famillc-3 réfugiées à Djammou pendant les troubles «lu Penjab; entre autres Malika Zemani, reine de Delhi , et une des veuves de Mir Manon. Hari Singh, le fils de Kaonra Mal avec d'autres membres de sa famille, y vivait aussi. Dilpat Raï , fils de Lakhpat Raï , s'y était aussi établi avec les débris de plusieurs autres familles nobles de Delhi et de la

situé pour ce dessein, car sous Randjit Dio f cette classe de personnes fut bien accueillie et put vivre en toute aisance et sécurité. Maha Singh et les siens pillèrent la ville , ravagèrent tout le territoire de Djammou et ne revinrent qu'après avoir fait, dit-on, un immense butin, tant en espèces qu'en objets précieux de toute sorte (1).

Cette conduite de Maha Singh , quoiqu'elle l'enrichît , lai fit beaucoup d'ennemis. Les Sikhs Bhangis, qui avaient toujours entretenu des rapports très étroits avec Djammou, furent vivement irrités, mais ce qui était encore plus préjudiciable peut-être pour la naissante fortune

couvdu vice-roi. Randjit Dio traitait tous ces réfugiés avec beaucoup de distinction , et il recommanda particulièrement à son fils de leur continuer la même bienveillance. Bridj Radj cependant ne fut pas plutôt élevé au pouvoir qu'il les soumit à de dures exactions. On dit qu'il obtint ainsi de Hari Singh 5o lakhsde roupies. (Noie de l'auteur.) (i ) Khoushwakt Raï évalue le butin fait à Djammou à deux crores de roupies, mais ce chiffre parait exagéré. Il dit aussi que Bridj Radj fut tué datis un combat contre un détachement Bhangi. Son filsTcheït Singh lui avait succédé lorsque Maha Singh prit la ville et la saccagea.

de Maha Singh , ce fut le déplaisir de son vieux mentor et gardien Djeï Singh que ses succès lui attirèrent. Ce chef était alors à l'apogée de sa puissance et doué d'un caractère impérieux. Maha Sîngh à son retour des montagnes se rendait avec son butin à Amritsar pour j offrir ses respects à Djeï Singh et faire ses ablutions dans le réservoir sacré. Le vieux chef le reçut avec une froideur et un déplaisir marqué , à tel point que quand Maha Singh, prenantl'atlitude d'un inférieur, s'approchaavecun pot de confituresà la main, et le pria de lui dire quelle pouvait être la cause de son mécontentement , protestant , quant à lui , de ' ses sentimens de reconnaissance filiale pour Djeï Singh, et offrant toutes les satisfactions qu'il était en son pouvoir de donner, Djeï Singh alors étendu sur son lit, et posant ses pieds sur Maha Singh , lui dit qu'il en avait assez de la sentimentale conversation de la Bhagti ( danse d'enfans) (1). Maha Singh se

(i) Suivant Khousbwakt Rai , Djeï Sing donna ordre de tirer sur Maha Singh. Son fils Gour Bakhsli intercéda en vain pour faire retirer cet ordre. II dit avisai que Maha

relira' indigné d'une telle réception et .résolut d'avoir raison de oette iqsulte.il monta à cheval , et avec quelques cavaliers s'échappa d'Amritsar où le pouvoir et l'influence de Djeï Singh étaient souverains et retourna dans ses états pour y chercher les moyens d'exécuter ses desseins. Trop faible pour entrer seul en campagne contre les misais des Ghanis et des Bhangis, il chercha des alliés et sut se faire un ami de Djasa Singh , serdar du Ramgharia-misal , chassé depuis peu de ses possessions du Penjab par une liguedes Alouwalas etdes Ghanis; ces, derniers surtout s'étaient enrichis à ses dépens. Ces agensfurent aussitôt dépêchés à Djasa Singh pour le rappeler, pour lui donner l'assurance, de secours s'il était disposé à faire quelques efforts pour recouvrer ses possessions perdues. Le chef déchu vivait alors de brigandage dans le pouah de la Jurana et du Gange , et les villes de Hansi et de Hisar lui servaient de places de sûreté. Satisfait des offres de Maha

Singh se relira aussitôt et fut poursuivi à coupa de fusil jusqu'à Melljithta , mais qu'il échappa heureusement sai» et sauf. {Note de l'auteur. )

=b V GqogIe

Singh etcoDvaincu de leur sincérité, il ne tarda pas à rentrer dans le Penjab avec toutes les forces qu'il put réunir.

, Les troupes combinées de Maha Singh et de Djasa Singh apparurent tout à coup à quelques milles de Battala, la capitale de Djeï Siugh où il avait fixé sa résidence. Là vinrent se réunir aux agresseurs Sansar Tchand , radja de Kot Kangra dans les montagnes, Arnar Singh Bagteh et quelques autres tributaires du serdar Ghani, mécontens de lui et gagnés par les intrigues de Maha Singh. Djeï Singh fut sommé de rendre la part qui lui était échue du Ramgharia-misal, et, sur son refus, les envahisseurs s'apprêtèrent à occuper et ravager le pays. Djeï Singh réunit les troupes de son misai et mettant son fils Gour Bakhsh Singh à la tète de 8,000 chevaux, il lui donna mission de punir et d'expulser l'ennemi. Une bataille s'engagea dans laquelle Gour Bakhsh s'exposa avec une folle témérité et perdit la vie. Ses soldats dispersés s'enfuirent et bientôt après, les vainqueurs, maîtres de Battala forcèrent Djeï Singh humilié à traiter delà paix. KHe lui fut

garantie par. le jeune chef qu'il avait insulté sous condition de rendre à Djasa Singh les terres dont on l'avait dépouillé et à Sansap Tchand le fart de Kangra qu'on lui avait pris par stratagème. Ces conditions acceptées, les alliés continuèrent d'occuper la ville de Battala; mais avant la fin de l'année , Sada Kounwar , veuve de Gour Bakhsh Singh réussit par un complot tramé avec les habltans à expulser la garnison victorieuse et à reconquérir la ville.

Djeï Singh avait placé toutes ses espérances sur la tète de Gour Bakhsh, et quoiqu'il eût deux autres fils, Bagh Singh et Nidhan Singh, il les traitait avec négligence , car toutes ses affections se reportaient sur la famille de son fils mort. Sa veuve Sada Kounjvar avait- pris une grande influence et l'ascendant le plus entier sur le vieillard, et comme elle était d'un esprit ambitieux et hardi, elle obtint qu'un apanage séparé de quelques villages entre Sohnan, et Hadjipour serait réservé aux. fils survivans, tandis qu'elle-même préparait tout à Battala dans ses intérêts et ceux des enfans qu'elle avait do Gour Bakhsh, un fils et une fille. A sa sugges-*

lion une négociation fut ouverte pour les fiançailles de cette fille Mehtab Koumvar, avec Randjit Singh le jeune fils de Maha Singh. Elle espérait arriver ainsi à une réconciliation durable, et parle moyen de cet allié» tout puissant s'assurer à elle-même le gouvernement du serdari à la mort de son beau-père. Le consentement de Maha Singh ne se fit pas attendre et la Mangni) ou cérémonie des fiançailles, fut accomplie dans l'année 1785. Par là te pouvoir et la renommée de Maha Singh s'accrurent encore, car l'amitié du serdar de Ramgharia et celle du radja de Kangra à qui son secours avait assuré le recouvrement de leurs possessions perdues, ajoutée à l'influence qui résultait de ses étroites relations avec le Ghani-misai, le mettaient dans une telle position qu'il n'y avait personne dans le Penjab ou dans la nation sikhe qui pût rivaliser d'autorité avec lui ou réunir des forces égales aux siennes. Le résultat fut favorable à la prospérité du pays, et le Penjab, pendant quelques années, jouit sous l'influence de ce chef d'un repos et d'une tranquillité qui lui étaient depuis long-temps inconnus.

3,g,:zéaby GoOgk

Jusqu'en 1791 Maha Singh continua d'adminislrer en paix le territoire qu'il availacquis et exerçant son pouvoir au bénéfice de ses alliés. En cette année mourut Goudjar Singh, chef sikh duGoudjrat,et Saheb Singh son 61s succéda à son serdari. La sœur de Maha Singh avait été donnée en mariage à Sabeh Singh par Tcharat Singh , mais les liens de la parenté ne purent rien contre l'ambition et le désir d'agrandissement qui travaillaient l'esprit de Maha Singh. 11 jugea le moment convenable pour faine reconnaître son autorité dans le Goudjrat en réclamant un tribut- Saheb Singh refusa d'obéir, alléguant que son père était un des chefs du Bhangi-misal et n'avait jamais servi sous le drapeau du Soukar Tchaki- misai dont il ne pouvait reconnaître la suzeraineté. En recevant cette réponse Maha Singh fît avancer son armée et assiégea Saheb Singh dans le fort de Squdharp. Dans sa détresse, Saheb appela à son secours lesfihangis, et Karnm Singh Don lou vint avec ses troupes pour faire lever le siège. Trop faibles pour se mesurer en rase campagne avec Maha Singh , lesBhnngis s'établirent aux envi~

rons de son camp el l'inquiétèrent beaucoup pour la sûreté de ses convois; mais un détachement des Soukar Tchakis prit et pilla le camp des Bhangis, ce qui permit à MahaSinghde pousser le siège avec vigueur. Il était depuis trois mois devant la place lorsqu'au commencement de i 792 il tomba sérieusement malade* Le siège fut aussitôt levé et le chef, transporté à Goudjraoli sa principale résidence, y expira dans la vingt-septième année de son âge. Il était brave, actif, prudent plus que ne le sont les hommes aussi jeunes que lui et il a laissé parmi les siens la réputation d'un serdar accompli. Il échappa à la tutelle de sa mère à l'âge de 17 ans, et quelque temps après ayant découvert ses intrigues avec un brahmane, il la lu a lui-même de sa main; acte de justice barbare qui ne parait pas avoir entaché sa réputation ou nui à sa gloire aux yeux de ses contemporains.

Ma ha Singh ne laissa qu'un fils, Randjit Singhle roi actuel, alors âgé de ia ans, sa mère fut régeute et assistée du ministre de son époux, Lakhou ou LakpatSingh. SadaKoumrar,

— sala belle-mère du chef mineur, exerçait aussi une grande influence sur les affaires, et Tannée suivante, c'est-à-dire en 1793, la mort de Djeï Singh laissa le Ghani-misal sous sa direction, tout ayant été préparé de longue main pour l'exclusion des fils de ce serdar.

* On prit peu de soin de l'éducation de Randjit Singh : on lui laissa satisfaire toutes tes passions et tous les désirs de sa jeunesse , ses premières années s'écoulèrent dans les plaisirs et dans les divertissement de la campagne. 11 n'a pas encore appris à lire ou à écrire dans aucune langue que ce soit. Il était encore en tulèle lorsqu'un second mariage l'unit à Radj Kounwar, fille du chef Naki Khadjan Singh.

Ce fut à 17 ans, comme son père, que Randjit Singh prit en personne la direction des affaires et congédia son ministre. Plus lard, parles conseils de Dal Singh, oncle maternel de son père, qui nourrissait depuis long-temps des sentimens haineux contre le ministre, fiandjit Singh chargea Lakhou d'une expédition contre là ville de Kitar; l'ancien ministre y fut tué

dans une querelle avec les zeinindars et l'on soupçonne que cette mort fut le résultat d'un complot. L'exemple de son père sanctionna un autre acte de cruauté commis par Randjit Singh. La régente avait été accusée de mauvaise conduite, on disait même que le dernier ministre n'était pas le seul complice de ses débauches; on dit qu'en recevant la preuve évidente de ces faits, Randjit Singh ordonna, ou au moins permit qu'on la mît à mort; et le vieux chef Dal Singh passa pour avoir fait exécuter la ■ sentence par le poison (1). Randjit Singh , d'après l'avis de Sada Kouirwar , ne confia à personne les affaires de son serdari; les difficultés qu'il rencontra, et les moyens qu'il employa pour les surmonter, et tirer parti de chaque circonstance dans l'intérêt de sa

(i) Ces particularités sont extraites du Mémoire du capitaine Wade. Le capitaine Murray dit simplement a qu'il renvoya son ministre et fit assassiner sa mère, » Le capitaine Wade donne l'année 1787 comme celle de la mort deMahaSing, et prétend qu'il était né en J7Ô7. N'ayant pas tes moyens de prononcer entre ces deux assertions, j'ai suivi l'autorité du capitaine Murray. (Notedé Fauteur.)

fortune, forment le sujet des chapitres suivans (i).

( i ) Khonsbwakt Raï ne dit rien sur le sort de la mère de Randjit Sing , mais il admet que le ministre fut assassiné; il ajoute que Randjit Singh conversa pendant longtemps de la haine contre la race entière des Mo ut a Sadi , fine voulut en employer aucun. (Note de Couleur.)

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