‹ Origine et progrès de la réformation a La Rochelle; précédé d'une notice sur Philippe VincentChapitre 1 sur 15 · DELEGUE AU SYNODE GENERAL · texte numérisé non relu

DELEGUE AU SYNODE GENERAL

Si quis episcopatuni desideral, bonum opuj desiderat ; opus non dignitatem ; laborem non delicias ; opus per quod humilitate decrescat, non intumescat fastigio.

Daniel Colonius.

Cette devise résume toute la carrière de réminent prédicateur et du grand citoyen , dont la vie fut mêlée à la lutte suprême des Rochelais , sous la mairie de Godcjjroy et de Jean Guiton. Orateur chrétien, écrivain, député, Philippe Vincent s'est montré constamment a la hauteur des devoirs variés qui s'imposèrent a sa féconde activité. Sans appar-

tenir à la Rochelle par sa naissance, il consacra à cette cité une vie laborieuse et noblement employée. Cette grande et austère figure mérite donc, à ce titre, une place d'honneur dans un essai sur les premiers temps de la Réforme rochelaise, qui revendique Vincent comme son historien et l'un de ses plus complets représentants.

Philippe Vincent était fils d'un pasteur de Saumur, Jean Vincent. Orphelin dès l'âge de trois ans, il fut élevé par sa mère Claude Bouchet et son beau-père Périlleau, ministre du saint Évangile. Philippe fut envoyé « aux collèges et académies tant françaises qu'étrangères » et, après avoir reçu cette forte éducation, qui semblait alors le privilège des familles protestantes , il se consacra au ministère évangélique.

En 1620 , d'après une décision dit synode de Saumur , il devint le collègue de Périlleau, dans la paroisse de l'Isle-Bouchard {Indre-et-Loire'). Puis , à la mort de ce ministre , il fut appelé parle synode de Castres, en 1626, à desservir l'Eglise réformée de la Rochelle.

Pendant vingt-cinq ans que dura son ministère

dans cette ville , il fut entoure de la charité et de l 'affection de son troupeau.

Aussi versé dans la pratique des affaires publiques que dans les matières religieuses , il mérita la confiance de ses concitoyens qui, en 1627 , sur le refus de Salbert , l 'envoyèrent en Angleterre et en Hollande, avec David et de Hinsse, pour demander des secours et chercher un appui, sans sacrifier l'inviolable attachement des Rochelais a la patrie française. Dans cette mission délicate , il se montra dévoué, prévoyant , actif et énergique. Le discours qu'il adressa le 24 juillet 1628 au roi d'Angleterre a été inséré dans le trésor des harangues publié en 1654.

« Sire , la douleur qui nous oblige à remplir de nos cris les oreilles de Votre Majesté , et à les réitérer si souvent , doit bien être du tout extrême. Nous voici encore à vos pieds pour les mouiller de nos larmes et Dieu veuille que bientôt nous ne venions point jeter les derniers soupirs , aux nouvelles de la désolation de notre pauvre ville. Nous ne saurions vous le céler , Sire , la connaissance que nous avons qu'elle est aux derniers abois , nous met dans le désespoir ; voyant différer de jour à autre le secours que V. M. nous avait fait espérer devoir être prêt, il y a plusieurs semaines.

Sire , la ville de la Rochelle vous ayant supplié très humblement par nos bouches qu'il vous plût la recevoir en votre protection, vous la lui avez solennellement accordée. Depuis elle a eu à diverses fois toutes les assurances possibles tant de la bouche que de la propre main de V. M., qu'elle n'en serait point abandonnée. Ensuite par un miracle de constance , elle a tenu bon jusqu'ici , c'est-à-dire un an entier , combattant les horreurs les plus épouvantables de la famine , pour donner tout loisir à V. M. de lui envoyer le secours qu'il lui a plu lui promettre. Voire lors que toute l'Europe a cru qu'elle en devait désespérer , puisque l'ayant eu à sa vue plusieurs jours il s'en était retourné , sans avoir rien effectué , non pas même tenté , cela ne l'a point ébranlée. Et combien qu'on ait pris l'occasion de lui ouvrir diverses propositions d'accommodement , auxquelles son extrême nécessité semblait devoir lui conseiller d'entendre, elle a mieux aimé risquer sa dernière perte , que de manquer aux promesses que nous avions jurées pour elle à V. M. ou de témoigner quelle eut quelque défiance de la certitude des nôtres. Après tout cela , Sire , sera-t-il lu en l'histoire de votre règne , qu'elle soit périe entre vos mains et n'ait tiré autre fruit de la bonne volonté que V. M. a témoigné avoir pour elle et de l'assurance qu'elle y a mise , sinon de s'être rendue irréconciliable à son Roi , par devers lequel autrement elle eut espéré de trouver grâce ? Pardonnez , Sire , à des gens qui se voient sur le seuil du tombeau , s'il leur échappe des gémissements. C'est l'ordinaire de ceux qui sont proches de leur fin, d'achever leur vie par des soupirs. Or c'est là, où nous en sommes, si, après les remises précédentes , il suit le moindre délai. Au nom de Dieu , Sire ,

tandis qu'il nous reste encore quelque haleine et avant que tout à fait nous soyons expirés , commandez que votre secours se hâte de courir à notre aide

L'unique sujet de nos appréhensions vient de la lenteur et des continuelles remises , qui font reculer nos espérances d'un jour à l'autre, et d'une semaine à la suivante. Après le retour de votre flotte, nous nous consolions sur la promesse qu'on faisait à V. M. qu'elle partirait dans quinze jours. Il en était coulé plus de vingt , qu'on y en ajouta quatorze ; après cela diverses autres remises , de sorte que voici le deuxième mois tout complet. Bon Dieu , Sire , quel long temps à des gens qui n'ont point de pain. Nous savons les bonnes inclinations que V. M. a pour notre bien. Aussi avons-nous des preuves très certaines de la passion avec laquelle M. le duc de Buclungham, votre grand amiral , s'y emploie et pareillement MM. de votre conseil. Mais ne serons-nous pas excusables , si voyant que les effets en sont traversés par tous ces délais , nous entrons en appréhension que V. M. ne soit pas bien servie et qu'il y ait quelque main cachée qui arrête clandestinement ce que le zèle des autres tâche d'avancer ? C'est l'ordinaire de la misère d'être soupçonneuse et peut-être que nous le sommes ici à tort

Que si en cette occasion, Sire , vous voulez bien discerner ceux qui vous y serviront fidèlement d'avec les autres (si aucuns y en avait) que V. M. tienne , s'il lui plaît , pour indubitable , que tous ceux qui , sous quelque prétexte que ce puisse être , conseilleraient la moindre remise , ont une très mauvaise intention , n'y ayant celui qui ne sache les horribles nécessités où est notre ville et qu'un seul jour de délai peut être la cause de sa ruine. Ayez y donc égard ,

Sire, nous vous en conjurons , par les larmes et cris pitoyables de plus de douze mille pauvres languissans que la faim dévore, et qui sont tout prêts de périr ; par l'intérêt de plus d'un million d'autres , qui sans doute se verront écrasés dessous nos ruines et se trouveront le couteau à la gorge , dès le lendemain de notre perte , par la gloire de votre sceptre à l'abri duquel nous sommes venus nous mettre , et lequel il vous a plu nous tendre pour nous assurer , par ce titre magnifique de Défenseur de la Foi , qui oblige V. M. de subvenir à ceux qu'on opprime en haine d'icelle , enfin par la foi et parole royale , laquelle il a plu de votre grâce nous engager. Ne permettez pas , Sire, que notre sang innocent rejaillisse sur votre couronne , pour la ternir ès-siècles qui viendront après nous et dès à présent crier contre V. M. devant Dieu et devant les hommes. Et ici, Sire, nous ployons le genou devant V. M. avec de très ardentes prières à Dieu, à ce qu'il lui plaise nous faire trouver de plus en plus grâce devant vous, tellement que nous mêmes, qui maintenant vous supplions , nous venions rendre nos très humbles reconnaissances, comme à notre grand libérateur duquel, après Dieu, nous tiendrons le bien , l'honneur et la vie et en recommanderons la mémoire à nos enfants afin qu'ils les célèbrent après nous. »

Plus tard, pendant le siège, il fut chargé des négociations avec Richelieu. Lorsqu'il fut impossible de prolonger davantage la défense, il contribua de toute son influence à la reddition de la place.

Après la chute de la Rochelle, Vincent fut délégué à la cour par les protestants en 16} 2 et en 16)) , et V annaliste Col lin , si avare d'éloges , constate qu'il fut bien accueilli par Richelieu. En 164s, le synode de Charenton le députa auprès dît Roi. Les secrétaires d'État le félicitèrent par lettres de 164s à 16 4P , de son zèle pour obtenir de ses coreligionnaires le prompt acquittement des lourdes charges qui leur étaient imposées. Invité par le frère du ministre Le Faucheur , à rechercher des ingénieurs et des artificiers pour la République de Venise, Vincent soumit cette demande à La Vr illier e qui l'approuva et l'encouragea. Le 8 juillet 1646, Mazarin lui-même lui écrit pour « louer grandement son zèle an service du Roi. »

Philippe Vincent continua à remplir avec zèle et distinction, prudence et fermeté, les devoirs du saint ministère. Il mourut à la Rochelle, le 12 mars 16 ji , laissant un fils Frédéric de son premier mariage avec Claude Maulvault , et cinq enfants d'un second lit , de son union (y janvier 16)6) avec Elisabeth Thévenin, qui lui survécut.

Elisabeth Vincent épousa Daniel Brunei ; Anne

s'unit à Nicolas d'Hariette , Suzanne se maria avec le pasteur Jacques de Tandebaratz. On ignore les alliances de Philippe et Magdelaine Vincent.

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