‹ Origine Thyroïdienne Du Rhumatisme Chronique Progressif Et DéformantChapitre 24 sur 27 · Thèse de Bordeaux · texte numérisé non relu

Thèse de Bordeaux

matisme. La maladie suivait sa marche progressive et le malade n’était pas resté plus de huit jours sans avoir de douleurs articulaires. Il était incapable de marcher sans fatigue et restait au lit toute la journée. Nous l’avons mis au traitement thyroïdien. Un quart de pilule d'extrait thyroïdien (capsules de corps thyroïde de la Pharmacie centrale de l’Assistance publique dosées à 10 centig. par pilule), puis une demi-pilule,enfin une pilule ; très rapidement, les douleurs se sont atténuées et la marche a été possible. Le malade a pu descendre au jardin. Après dix jours nous avons interrompu la médication par prudence, le pouls-étant descendu à 14 comme pression et le nombre des pulsations s'élevant à 120. Les douleurs reparurent et la reprise du traitement dans les mêmes conditions les firent cesser.

Il faut d’ailleurs savoir que ce n’est souvent qu'après un temps assez long que se font sentir les bénéfices de la médication. L'observation du D° Capemas (obs. XV) est à ce point de vue intéressante. Il s’agit d'une femme de 50 ans atteinte de rhumatisme déformant localisé aux articulations des deux mains et du pied droit et qui avait déterminé au bout de deux ans une impotence presque absolue des membres intéressés. Elle est soumise au traitement thyroïdien : 20 centigrammes d'extrait thyroïdien par jour. C’est au bout de six mois que la médication détermine une amélioration notable du rhumatisme avec diminution de l’embonpoint et des troubles fonctionnels des articulations intéressées.

Depuis deux ans la malade continue la médication

thyroïdienne vingt jours par mois, sans accidents de

NT

thyroïdisme et grâce au traitement, le rhumatisme se trouve enrayé dans son évolution.

Un point reste donc établi et définitivement acquis : c’est que le rhumatisme chronique, progressif et déformant, au moins dans certaines formes, est amélioré par le traitement thyroïdien.

Il existe plusieurs préparations thyroïdiennes :on peut donner aux malades du corps thyroïde de mouton et l’administrer à l’état frais sous forme de pulpe. Dans ces conditions on obtiendrait les meilleurs résultats.

Malheureusement il n’est pas facile de se procurer des glandes fraîches tous les jours, en tout temps et en tous lieux. D'autre part la glande thyroïde se trouvant enveloppée de tissu cellulo-graisseux, il est relativement difficile d'isoler la glande et de doser ainsi très exactement la médication. Il est préférable dans ces conditions de se servir de poudre desséchée ou thyroïdine qui s'administre en capsules ou tablettes de 0 gr. 10; cette quantité correspond de 0 gr. 27 à 0 gr. 28 de glande fraîche. Il faut savoir que les préparations que l’on trouve dans le commerce ne correspondent pas toutes au même poids de glande fraîche et par conséquent s'assurer pour chacune d’elles de leurs équivalences.

On commence par donner un quart de pilule, puis une demie, au bout de quelques jours on arrive à une pilule. On continue la médication une vingtaine de jours par mois environ. La médication thyroïdienne est dangereuse et il faut surveiller de très près le

malade.

Chez tout malade mis au traitement thyroïdien, on

fera tous les quinze jours une analyse d'urine complète et on notera tous les jours le volume des urines. On prendra tous les jours de même la pression artérielle et le nombre des pulsations. Enfin le malade sera pesé tous les huit jours.

Les principaux phénomènes d'intoxication accusés par le malade sont : les palpitations, la syncope, l'insomnie, le tremblement et la diarrhée.

Il faut savoir, en outre, que la médication est formellement contre-indiquée chez les tuberculeux et les cardiaques.

Lorsque le pouls atteint 120, la pression artérielle 14, que le volume des urines monte au delà de 2 litres, que le rapport azoturique descend au-dessus de 80 0/0; il est bon de suspendre momentanément le traitement et de ne le reprendre qu'après quelques jours d’interruption.

Dans ces conditions on ne verra pas survenir d'accident.

Il est un médicament qui, lui aussi, améliore le rhumatisme chronique : c’est l’iode employé sous forme d'iodures alcalins, iodure de potassium ou de teinture d’iode. Lasègue préconisait exclusivement la teinture diode (1). Il insistait beaucoup sur la différence d’action qu'il y a entre la teinture d’iode et l’iodure de potassium. « De ce que l’un des remèdes a été actif ou impuissant, on n’a pas le droit de conclure à l’activité ou à l’inefficacité de l’autre. »

Page 1