Études médicales, t. IL, p
Après des expériences multiples, Lasègue affirmait que mème à des doses qui dépassent celles qu'on a prescrites habituellement, l’ingestion de l’iode est exempte d’inconvénients. Lasègue prescrivait des doses progressivement croissantes de 8 à 10 gouttes, deux fois par jour, et 5 à 6 grammes. Ce qu'avait vu le clinicien était parfaitement exact. Il est classique actuellement de donner la teinture d’iode à l’intérieur dans le rhumatisme chronique et l'efficacité du médicament est reconnue par tous. Nous avons trouvé inutile d'apporter de nouvelles observations montrant la réalité du fait.
Or. comment agit l’iode et par quel mécanisme améliore-t-il le rhumatisme chronique ?Il a une action élective sur la glande thyroïde et stimule l’activité de la glande. Il n’y a pas là une simple hypothèse, mais un fait prouvé par l’expérimentation. Garnier soumet deux cobayes à des injections sous-cutanées de liqueur de Gram. L'un vit un mois, l’autre onze jours seulement. Dans les deux cas on trouve des modifications très marquées de la glande ; les vésicules étaient très dilatées et atteignaient des dimensions considérables, souvent deux ou trois communiquaient ensemble ; par endroits, la matière colloïde avait diffusé en dehors des vésicules ; la paroi cellulaire soulevée au milieu de la vésicule nageait dans la matière colloïde ; mais les amas cellulaires “étaient peu nombreux, c’était une transformation colloïde complète, sans régénération concomitante de son tissu. Chez l’un de ces deux cobayes, il y avait
1. Marcez Garnier. Thèse de Paris, 1899. La glande thyroïde dans les maladies infectieuses,
Le FE
déjà un début de sclérose ; Le tissu conjonctif était épaissi au pourtour des vaisseaux et au milieu de ces fibres on voyait des vésicules en voie de disparition.
Pour reconnaître la part qui revient à l’iodure de potassium contenu dans la liqueur de Gram, conjointement avec l’iode, M. Garnier soumet deux autres cobayes à l’action de cette substance. Ils reçoivent chacun 5 centigrammes d’iodure par jour; l’un meurt au bout de treize jours, l’autre survit et est sacrifié le quinzième jour.
Dans ces deux cas la thyroïde paraît peu altérée. A peine existe-t-il dans un cas un léger degré de congestion et un peu d’exagération de la sécrétion avec issue de la matière colloïde en dehors des vésicules. C'est done bien à l’iode même que revient la plus grande part dans la suractivité sécrétoire obtenue par l'injection de la liqueur de Gram.
L’iode excite cette sécrétion mais son action est brutale, le tissu conjonctif rapidement prolifère et la selérose se développe.
Dans lerhumatisme chronique déformant que voyonsnous ? L'iodure de potassium a peu d’action, la teinture d’iode agit efficacement.
On est en droit de conclure que le rhumatisme chronique guérit parce qu'il y a suractivité glandulaire du
corps thyroïde.