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tj appliquée au Bouddlia et au bouddhisme, une correction irréprochable.
Il est clair que le dieu Vishnou-Rrishna et maître Gautama sont des personnages peu mblables. Il n'en est que plus remarquable que m et l'autre soient honorés du même titre, lavagat « bienheureux », et il faut bien qu'il i soit pas indifférent, puisqu'il a imposé son )m à la religion du Yoga vishnouïle, la secte ïs Bhâgavatas, c'est-à-dire des adorateurs ; Bhagavat Sans doute, théoriquement, le Duddha n'est qu'un homme ; Yishnou-Krishna est pas seulement un dieu, il devient l'exposant î Brahman, l'âme universelle. Et pourtant, itre les deux, l'abîme n'est pas si infranchisible qu'il paraît; plus d'un pont mène d'une ve à l'autre.
Il ne faut pas oublier que le Yoga vishnouïte, dépendamment des influences secondaires qui it pu s'y exercer, résulte essentiellement d'une Lsion entre le Yoga fondé sur le système hée du Sâmkhya et la dévotion populaire à ishnou-Krishna. Cette antinomie native réagit
i part et d'autre en tendances opposées.
Isolé en système autonome, le Yoga reconnaît ïï dieu ; mais il lui donne le nom d'îévara,
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abrégé sans doute du titre modeste de « yôgeé yara», « maître, prince du Yoga »; il ne lui assigne aucun rôle actif. Il le définit comme un type supérieur de ces purushas, « esprits », que le Sâmkhya admet en nombre infini. Sa seule fonction est de servir la vie religieuse des ? adeptes : la dévotion, l'abandon à Isvara, est lej moyen sûr, immédiat, d'atteindre la perfection « Il porte en lui le germe de l'omniscience, dit| Patafijali ; n'étant pas limité par le temps, il a été le maître dès le principe ». Visiblement ce | Dieu mal venu, qui peut trop et trop peu, obéit au double courant, de direction inverse, que| provoque et maintient la diversité des origines. De lui-même, le système théorique tend à diminuer le Dieu, il le réduit à un rôle moins incompatible avec ses prémisses. De son association avec la religion populaire, il l'a conservé timidement, atténué et inutile; des instincts négatifs du Yoga avec lequel ils ont fusionné, les Bhâgavatas gardent dans leur façon de parler des inégalités et des inconsistances qui d'abord surprennent. Ce même Yishnou-Krishna qui recueille des hommages si hyperboliques, reçoitj parfois le simple titre de « yogîsvara » ou « yoges| vara », qui est ailleurs attribué à des person-/j
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âges humains ou réputés tels et, en tout cas, de îcond plan. La qualification même de Bhagavat est nullement, d'origine, un nom divin; c'est la gnomination respectueuse réservée par la vieille LUgue au précepteur religieux. Quoique final eenl promu Dieu suprême, Krishna est, d'a- 9rd, présenté sous les traits d'un héros humain; • s'il reçoit ce titre, c'est sans doute dans son Me de maître semi-divin, tel que, malgré son pothéose, il apparaît encore dans la Bhagaadgîtâ.
Inversement, dans le bouddhisme, le conte fait rèche aux affirmations doctrinales. Si le ouddha n'est en bonne théorie qu'un homme, i légende constamment le transforme en un tre de pouvoir surnaturel. Il est le « Mahâpu- Lisha», un titre qui, sous une action converente de la terminologie sâmkhya et de la traition vé;dique, est fréquemment attribué à ishnou-Nârâyana. Est-ce Krishna ou le Boudha Gautama qui dit : « Si une feuille, une fleur, n fruit, un peu d'eau m'est offert par dévotion, 3 tiens pour agréable ce don de l'homme verbeux »? Combien d'exemples dans les récits ouddhiques d'une pauvre et faible offrande qui, arce qu'elle est faite à un Bouddha, est récom-
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pensée de la délivrance immédiate, voire d'une promotion prochaine à la suprême dignité de Bouddha! C'est exactement, la chose sans le mot, la «bhakti », cette dévotion souveraine dont le nom s'appuie peut-être sur celui de « bhagavat », qui, en tout cas, anime et pénètre si curieusement le culte de Vishnou-Krishna ; c'est \q pranidhâna^ la « prière » à îévara, que préconise Patanjali et qui, en un sens à peine J j-^j détourné, est consacré par la terminologie du 1 f\^
bouddhisme. i px-
Le Dieu des Bhâgavatas reçoit à son tour a oo]
l'épithète caractéristique du Docteur boud-jftai dhique. C'est sous le titre de huddha^ comme 1 ] ayant la parfaite intelligence de toutes choses, | ^jq qu'est à plusieurs reprises présenté, par oppo-|i|g sition à l'esprit individuel qui est encore en 1 j^^ marche vers la lumière, cet esprit suprême que, jl yjc comme je vous l'indiquais, le Yoga de l'épopée 1 j.g superpose aux vingt-cinq catégories du Sârhkliya . | ^^^ Sans doute, il s'agit d'exposés de la doctrine qui j ^^ peuvent être relativement tardifs. Le verbe hudh et ses dérivés ont cependant dans le Yoga un ^ ^^ rôle trop significatif et trop ancien, je le rappelais \ i ^ç tout à l'heure, pour que cette rencontre puisse i |^a paraître négligeable. m eu
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C'est ici, en face de conclusions qu'il importe 3 préciser, que les conditions où se présente , tradition littéraire se dressent défavorables
déconcertantes : des livres qui nous rendgnent, non seulement nous ne pouvons dater irement la rédaction, nous voyons qu'ils reètent des données d'âges divers. Il ne faut pas Lagérer ces difficultés ni s'en faire un refuge )ntre les déductions un peu vagues, mais cerines, où nous sommes conduits.
Les affinités sont indéniables. Quelques réacons qu'il ait pu à son tour, tardivement et dans
détail, exercer sur eux, personne à coup sûr 3 prétendra faire sortir du bouddhisme le shnouïsme ni le Yoga. Le bouddhisme est sùîment l'emprunteur. Mais s'agit-il, comme trop sèment on incline à l'admettre, d'emprunts de asard, accidentels, successifs?
La réponse est dans les faits mêmes; elle it surtout dans ce fait décisif que, entre les 3UX systèmes religieux que séparent d'ailleurs int de divergences, qui n'ont conscience entre IX d'aucune parenté, la concordance se pour-
suit en deux courants parallèles, doctrine et légende.
Pour le décor légendaire, plus l'apothéose d'un maître, tout humain répugne aux tendances normales du bouddhisme, plus il est naturel de penser qu'il en a reçu le germe du dehors : c'est le passé qui reparaît sous le vernis nouveau dont on a prétendu le couvrir.
Le bouddhisme n'est pas une religion naturaliste qui cristallise spontanément autour de ses croyances les mythes traditionnels. Il ne s'est pas davantage approprié capricieusement | des dépouilles étrangères; car si sa légende se meut dans le cercle des images, des noms, des notions du vishnouïsme, si elle y trouve et si elle ne trouve que là son explication, elle ne reproduit fidèlement, elle ne calque, même pour les démarquer, aucun des récits qui en cons^ tituent le fonds propre. Elle n'en offre que des variantes, équivalentes par leur nature, par leur signification générale, très différentes par les détails. L'air de famille est évident, la filiation immédiate inadmissible, par conséquent l'emprunt accidentel exclu. Ce sont des doctrines, des tendances, des dénominations communes qui encerclent les deux traditions d'un lien gui ne saurait donc être de hasard.
Entre le bouddhisme et le vishnouïsme, le ga fait le pont; c'est lui qui nous donne, si je is ainsi dire, le moyen terme. De l'associan qu'il forma avec le vishnouïsme popure, comme: il a, dans sa formule scolastique, tlservé une notion théiste embarrassée et illo- [ue, c'est lui qui, dans le bouddhisme, a en- LÎné tout un bagage non moins étranger, non 3ins antipathique logiquement à la secte noulle, — titres, croyances, et mythes. Dès poque oîî nous reportent ces mouvements dées, le vishnouïsme s'était complété en optant Krishna. Si enthousiaste que fût, dès :^s, son culte, le souvenir de son humanité pposée préparait la tradition à se reporter r un docteur même plus voisin et plus authenue. Le Yoga, lui, sous Faction du Sâmkhya, pouvait qu'incliner à ramener sur la terre s privilèges divins. Tout conspirait à faciliter passage.
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En résumé, s'il n'eût pas préexisté une reli- )n faite de doctrines Yoga, de légendes vishuïtes, de dévotion à Vishnou-Krishna adoré
SOUS le titre de Bhagavat, le bouddhisme ne serait pas né ou, en tout cas, il se présenterait à nous sous un aspect différent. La secte des Bhâgavatas satisfait à tous ces postulats. Estce à dire qu'elle ait nécessairement existé dèspuge avant le bouddhisme, telle de tous points que! le b le Mahâbhârata la représente? C'est ce que jèln'av
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n'entends point affirmer. Nous avons marqué les contacts ; les dissidences aussi portent leur enseignement. Rend
Dans l'épopée, les Bhâgavatas professent unjQwe Yoga qui, comme base philosophique, accepte P'^^ expressément les dogmes du Sâmkhya. D'autre ^^ S part, ils s'appuient sur le panthéisme brahmanique; ils identifient leur dieu, Vishnou-Krishna, avec r « âtman », Tâme universelle des upanishads. Deux points par où lé bouddhisme se distingue radicalement.
S'il est un dogme es.sentiel au Sâmkhya, c'est le dualisme dans lequel, à l'esprit, ou plutôt j aux esprits éternels, purusha^ il oppose l'eur semble, également éternel, de la réalité activé et sensible, la prakriti, celle-ci reposant sur le mélange à doses diverses des trois gunas oui ^ « qualités », trois éléments qui en oonstituentfc^"^* la trame. Or, purusha,prakriti, gunas ^ sontéga-®^^^'
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Lent étrangers au bouddhisme. Il n'admet ni disme ni existence substantielle; il condamne me expressément la « doctrine de la réalité
efïets », c'est-à-dire le Sâriikhya. Si de bons es ont cru découvrir entre le Sâiiikliya et >ouddhisme des affinités spéciales, c'est pour voir pas distingué, comme il est nécessaire, re Sâmkhya et Yoga^ ou pour avoir conclu p vite, soit de notions secondaires, soit de dances qui gouvernent tout l'esprit indien, e le bouddhisme emploie certaines expresns, certaines formules qui se retrouvent dans Sâmkhya, cela n'empêche que, loin d'en être nanation directe, il accuse à son égard une position expresse, ou tout au moins, une comte indépendance.
)' autre part, le bouddhisme enseigne un phétnénalisme intransigeant; rien pour lui deperinejit ; il ne voit que des faits qui se succèdent ds que n'unifie aucune personnalité, aucune 3stance. Son dogme fondamental est Vanâtitâ. Gomme il ignore les constructions ontoçiques du Sâmkhya, sa négation emphatique
l'âme (âtman), ne proteste-t-elle pas pareilneut contre tout rapprochement avec le brahiïsme védique? A l'opposé des Bhâgavatas
3f) CONFERENCES AU MUSÉE GUIMET
qu'englobe l'orthodoxie, il faut se souvenir que le bouddhisme récuse l'autorité des écritures védiques, qu'il, se pose en système irrévocablement hérétique et dissident.
Les tendances morales du Yoga ont pu aisément, transportées sur le terrain métaphysique, inspirer le nihilisme bouddhique. A force de réprouver toute préoccupation égoïste, de refuser aux objets sensibles toute importance, de répéter qu'il faut les considérer, avec leur cortège de plaisir et de douleur, comme s'ils n'étaient pas, l'esprit, surtout l'esprit hindou, peut sans peine en arriver à nier toute existence objective. Cette négation de la personnalité s'accorde, logiquement, bien mal avec les notions de responsabilité, de récompenses et de châtiments prolongés à travers la transmigration.
Comme les autres doctrines populaires, c'est pourtant sur ces notions que repose le bouddhisme. On a peine à imaginer que la métaphysique destructive qu'il y soude par une alliance paradoxale, puisse jaillir d'une autre source que de ces images morales transposées en dogmes spéculatifs.
En tous cas, le Yoga d'où s'est détaché le; bouddhisme, n'était, on le voit, indissolublement^
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ndii ni avec le Sâmkhya, ni avec le panthéisme dique. Antérieur à la date oii le Yoga shnoLiïte a reçu les formules définitives que )us a transmises l'épopée, le bouddhisme eh présente donc comme une lignée indépendante ; corresponde une époque ou à un milieu où ôga et Vishnouïsme, déjà associés, étaient en- )re plus fluides, si je puis dire, et plus plas- :jues. Ses variantes théoriques et ses variantes gendaires s'accordent pour l'attester.
Je l'ai dit, le Yoga, le Sâmkhya, les cultes apulaires appartiennent à la même couche de e religieuse, extérieure par ses origines à la adition védique. Ils ne T'ont ralliée que peu à eu sous l'action suivie de la classe sacerdotale iii, de leur absorption, s'est fait un instrument e règne. A l'heure où se constitua le boudhisme, le travail qui a fondu en proportions iverses, dans le cadre de sectes multiples, des [éments flottants et divers, était sans doute acore inachevé. A rencontre de ces synthèses ui seules ont été fixées dans les livres, il aurait oursuivi à sa manière l'évolution du Yoga; ou lieux peut-être, il exprimerait une réaction 'indépendance contre la synthèse en voie de opérer, contre l'influence brahmanique dont lie était l'ouvrage.
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Il est aisé d'entrevoir comment il a pîi naître à aine vie propre.
JL'Inde a de toiït Jtemps prisé très haut l'ascétisme. De bonne heure il y reçut une organisation minutieuse. Il s'y est étendu en cori-. fréries innombrables, orthodoxes ou non orthodoxes ; elles sont séparées souvent, — observances, préférences de culte ou thèses spécu- | latives, — par rdes dissidences très menues.
Infini dans ce pays de caste aux instincts particularistes, ce fractionnement a favorisé les coni— , binaisons de doctrines les plus capricieuses. Oé cette vie religieuse, l'enseignement brahmanique nous a transmis les règles classiques.
Jusque dans le détail, elles coïncident avec celles qui sont imposées au mendiant bouddhique, ©es'moines furent, sansi doute, dès avant le Bouddha groupés en communautés locales. Son originalité consista surtout, semble-t-il, à limiter les macérations, à tenir, comme il aimait à le dire, une voie moyenne entre le relâchement des mondains et les mortificatioris féroces des pénitents. Encore semble-t-il, même en celaî, avoir obéi aux inspirations du Yoga. Le boud-i
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Msme; est esSientieHement, enirei tant d'autres, m ordre monastique émjergéî de' cette mêlée louYantei
. C'est ainsi qu'il unit un apport traditiénnel L large avec l'impulsion très personnelle d-un lief, que ses- db£trmes tïHéoriques s'embarassent de tant de légendes qui- de nature leur ont étrangères, voire de tendances qui les conrarient. D'y chercher un système parfaitement iquilibré, coordonné et déduit, sortant tout armé fë la réflexion spontanée d'un penseur, autant vaudrait -prendre les lois de castes pour un système juridique élaboré dans le silence du îabinet.
La mémoire de ces commencements ne s'est Dàs évanouie sans laisser de traces. Gautama iébute dans la carrière religieuse en allant demander leur direclion à^ deux maîtres, Arâda Kâlâma et Udraka Râmaputra. Ee peu qui nous Bst dit de leurs enseignements suffit pour faire reconnaître en eux de vrais yo gins, professant dès théories du Yoga. Ee premier aurait seulement, d%près un témoignage qui, après tout, peut avoir sa valBur, professé un Yoga qui exclu ai t la théorie des gunas, q ui se rapprochait donc déjà du bouddhisme par une commune opposilion au Sâriikhyn.
4iJ CONFÉRENCES AU- MUSEE GUIMET
Postérieures de quelque deux cents ans à la mort de Gautama, n'est-ce pas par un souvenir persistant de ces origines que les inscriptions d'Aéoka, le plus ancien document bouddhique daté avec certitude, appellent les fidèles bouddhistes, yuta, dhammayuta (yuktas, dharmayuk^ tas)? C'est avec le sens « d'effort », que yoga a pris place dans la langue religieuse. Est-ce par hasard que le roi désigne ainsi les fidèle^, || foi par un terme apparenté à « yoga », comme « ceux qui s'efforcent », qui « s'appliquent avec effort à la religion »? C'est sous l'empire des | mêmes idées, soulignées dans le système yoga par l'importance qu'il attribue au vîrya^ à « l'énergie », que parâkrama^ « courage, héroïsme », est avec insistance appliqué par Asoka à la pratique religieuse. Et dans la seule de ses inscriptions m le Bouddha soit expressément désigné, le titre de hhagavat accompagne fidèlement la mention du Saint.
La secte des Jaïoas était volontiers considérée' | jadis comme une branche détachée du bouddhisme naissant; elle passe maintenant pour antérieure au bouddhisme. Presque dans le même temps, c'est à peu près sur le même terrain d'où est sorti le bouddhisme qu'elle-
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ORIGINES BOUDDHIQUES 4i I
ême a grandi; comme lui elle confine au >ga ; elle a aussi emprunté au krislinaïsme des spiratlons et des catégories légendaires ; elle ; rencontre avec le bouddhisme dans la formule ême de plusieurs doctrines, dans les titres uractéristiques de ses Saints, Malgré tout, les vergences s'accusent graves, nombreuses. La [•ofession de foi bouddhique s'exprime en une •rmule triple; le jaïnisme fait de même, mais, ndis que le bouddhiste prend son refuge dans Bouddha, l'Eglise et la Loi, le jaïna se réame de la Vérité, de la Sagesse et de la Vertu; , comme 'le bouddhisme, le jaïnisme organise . vie monastique, c'est en exagérant sans mesure s austérités ; loin de nier l'âme, il en dote toutes s créatures ; ses thèses directrices sont celles Il Sâriikhya.
On peut juger par là, ce qui se vérifie dans Inde par tant d'exemples, combien le morcelsment religieux y est facile, combien la logique es dogmes y tient à l'origine peu de place, ectes et castes, dans rorganisation religieuse [ dans l'organisation sociale, obéissent à des estinées très pareilles. Dans l'un et l'autre dlieu des variations accidentelles, des diver- 3nces locales, des désaccords légers suffisent
^iili;.:;Kfe;?:H--:y?a:ë:g^Mga<a^^
42 CONFÉRENeES AU MUSÉE GUIMET
à multiplier les fractionneinents; rarement des idées générales et des vues réfléchies. Même en ce qui concerne le bouddhisme, il ne faut pas (jue l'expansion où il s'est épanoui éveille trop \ d'illusions. I
Je eojiclus.
Gautama fut un yogin formé parmi les pra- ' \ tiques d'un Yoga qu'achevait en secte reli-',| eiexise le civtte de Vishnoii-Krishna, rous une \ forme dont les Bhâgavatas du Mahâhhârataj | nous offrent un type voisim quoique plus dé- '| fini et plus avancé. Sans doute il professait|.' j certaines doctrines particulières ; surtout, il exer-/^ çait un prestige personnel qui semble avoir élé!| puissant II s'inspirait d'une charité touchante. I Fondateur d'ordre, il fut aussi un entraîneur i de foules. Autour de la fraternité monastique, | les laïcs se groupèrent étroitement. Ils appor-l talent des besoins religieux qui, nulle part, ne,^| sont plus ardents que dans l'Inde. La sécheresse des théories ne leur suffisait pas. Enseignement et légende, les deux courants se pour suivent dans la tradition ; mais ils y ont existé! côte à côte, dès l'heure où la secte s'est vraimen,,,,
constituée ; leurs sources communes se eon- ; fondent dans la perspective fuyante des lointains. ; Dans des couclies d'adeptes diverses, les deux tendances ont pu, suivant les circonstances, recevoir par la suite une impulsion inégale, se fortifier de prédilections particulières. Elles ]n'ont pu se mêler que parce qu'elles élaienl: contemporaines d'origine, parce qu'elles étaient unies déjà dans le milieu d'où sortit le Maître. G'est de là que, en proportions diverses, au prix d'adaptations nécessaires, mais d'un même mouvement, elles ont, grâce à l'apport des moines avec leur système, des fidèles avec leurs dévotions et leurs contes, passé dans la religion ^naissante.
' Ce que le bouddhisme semble avoir innové, idans ses négations tempérées d'agnosticisme, 1 explique la fortune qu'il a faite beaucoup moins que la noblesse des doctrines morales qu'il a toutes reçues de 1 a tradition hindoue. Aussi bien dans l'Inde ses succès, s'ils ont été brillants, sont demeurés éphémères. Chose curieuse, peutêtre est-ce, pour le remarquer en passant, la même cause qui a compromis, le bouddhisme |: dans son pays et l'a servi au dehors. Il repoussait l'orthodoxie védique ; dans l'Inde, il a
44 CONFÉRENCES AU MUSEE GUlMET ' .
reculé, puis disparu devant les croyances qui, sorties du même berceau, pénétrées de germes similaires, ont pu s'appuyer sur la classe brahmanique dont elles acceptaient les directions et exploitaient le patronage ; au dehors, en revanche, il a pu se répandre d'autant plus aisément qu'il était plus libre des scrupules qui mettaient les brahmanes en garde contre la communication trop large de leurs doctrines et la contamination des barbares; il était moins indissolublement lié au sol.
Quoi qu'il en puisse être, notre curiosité remonte volontiers aux débuts, humbles souvent, presque toujours obscurs, des créations mémorables. Puisse la vôtre m' excuser de vous avoii^^ retenus si longtemps parmi ces détours, aui ' cahots de ces sentiers âpres, hélas! comme ceu>?l qui mènent à la source des grands fleuves. r,
Chalon-s.-Saône. - Imprimerie Française et Orientale, E. BERTRAND