‹ Origines bouddhiques [microform]Chapitre 2 sur 3 · MMM · texte numérisé non relu

MMM

issivement, l'action des croyances qui naissent, transforment et se mêlent derrière ce parait d'immuabilité prétendue.

3' autre part, la littérature de l'Epopée et des ires de lois. Là, foisonnent des dieux et des f os divins, nouveaux ou renouvelés par leur portance imprévue, des notions, des légendes uvelles. Elle puise visiblement à la source ^ante et populaire. Cependant, quels qu'aient : ses premiers essais, la littérature épique ne uis est parvenue que sous une forme très naniée. Dans la vie et dans les livres, la sse sacerdotale a usé des avantages que lui îurait son double privilège religieux et littére: elle a étendu son empire sur les sectes et systèmes ; elle nous les présente organisés, is la primauté nominale du Véda, en une :hodoxie qui n'est intransigeante que sur le apitrè de la prééminence des brahmanes. Pour e période d'histoire religieuse qui, des temps plus lointains, descend peut-être jusqu'aux enons de l'ère chrétienne, l'épopée, le Mahâbhâ- :a, est une mine de renseignements à peu près iqùe. Elle n'en est que plus précieuse. Mais nment prendre une vue un peu nette de ce ig passé à travers un mélange confus de

vl'-S/ Wi0î'-^^^'-

cultes et de doctrines, parmi les contradictions des théories qui s'enchevêtrent, sous les raccords d'une rédaction qui, toujours tendancieuse, peut obéir successivement à des inspirations changeantes? C'est là, cependant, que subsiste aveô quelque chose de l'animation, des complicatiohs de la réalité, la trace des croyances dont léÉ f ne réactions et les conflits ont pendant une période décisive composé la trame de la vie hindoue.

La tradition ritualiste et spéculative des brâti-j manas, la tradition épique du Mahâbhârata, voilà donc nos deux courants d'information. Â mon avis, par les idées qu'ils reflètent, ils correspondent à deux couches parallèles dans le temps autant ou plus qu'à deux périodes successives. Mais ils supposent de l'une à l'autre des communications, de l'une sur l'autre déà influences,qui obscurcissent les faits spontanés. Plus que tout le reste l'incertitude de la chronologie trouble notre regard. La date relative des ouvrages est elle-même souvent douteuse.

Elle est toujours insuffisante: les idées transmises par un livre peuvent, surtout en un paiys tel que l'Inde, où il n'existe guère de productions rigoureusement individuelles, être beaucoup plus anciennes que sa rédaction, et une

'ï-cTs -

icyclopêdie comme le Mahâbhârata est faite î morceaux dont l'ancienneté est aussi inégale je les remaniements en ont pu être sensibles. Le bouddhisme se présente, lui, avec un Duble avantage: il est daté; il possède des écriires indépendantes, sur la rédaction desquelles e s'est pas étendu le niveau de l'orthodoxie râhmanique. On ne peut guère douter que le ôuddha n'ait enseigné vers la fin du VI© siècle v:ant notre ère; on ne peut douter davantage ùe, dans toutes leurs lignes maîtresses, sa docine et sa légende n'aient rapidement achevé e se fixer telles qu'elles nous sont accessibles. Dans ces conditions, vous voyez assez combien ous devons nous attacher aux enseignements ui, ressortant directement de la comparaiàon ^s diverses doctrines, ont chance de suppléer H quelque mesure à l'absence de chronologie psitive; VOUS' voyez combien, parmi ces comlarâisons, celles dont le bouddhisme fournit i matière, marquant un point fixe dans le ëmps, ont particulièrement de valeur, ir y a iè longues années qiie j'ai essayé d'ouvrir ce ilon en analysant les divers épisodes quicdns- Ituent ce que j'ai appelé la « légende du îèuddhà ». Je ne vous cacherai pas que, à la

ém

est réel Ces sens

prendre dans sa teneur générale, je reste fidèle à ma thèse d'alors; je dois moins encore me dissimulera moi-même que, en paraissant accorder trop de crédit au système d'interprétation

mythologique alors en faveur, j'ai fait à ma je c

thèse quelque tort; j'ai effarouché, plus que L

de raison, je pense, les esprits justement pré- Boi

venus contre certains enivrements de la mytho- ima

logie comparative. Surtout, j'avais négligé de , ou,

montrer d'assez près sous quelle impulsion et " mei

par quel mécanisme s'étaient, dans le boud- que

dhisme, et du fait même de ses origines, ren- f ori

contrés les doctrines qu'il professe et les contes > lige

qui y détonnent Nous sommes aujourd'hui à 1

mieux armés pour déterminer le point de sou- dai

dure. Si je reviens à ce sujet, ce n'est ni enté- ne

tement nï égotisme. Et s*il y a plaisir pour iin de

travailleur vieillissant à relier les étapes de sa sei

tâche dans l'unité de certaines idées directrices, tri

vous me pardonnerez peut-être d'estimer que le po

rendez -vous de cette maison hospitalière m'en II

offrait une occasion favorable. toi

Il f

Le Bouddha, Gautama ou Sâkyamuni, est cer- . jjg

tainement un personnage historique et réel; il et

t cependant dans la tradition le héros de eits mythiques d'origine et de caractère, est ce que je voudrais d'abord vous rendre nsible par un exemple contre lequel on n'a,

crois, élevé que des objections fragiles.

Le moment décisif dans la carrière du Duddha, et après lui de tous les Bouddhas laginaires conformés à son image, c'est l'heure 1, ayant reconnu l'insuffisance des enseigneents auxquels il s'est fait initier, ayant trouvé le les macérations ont sans fruit épuisé ses rces, il s'asseoit au pied de l'Arbre de l'Intel- |ence, de l'arbre fatidique oii doit se révéler

lui la lumière de la vérité parfaite, ce qui ms la langue technique s'appelle la bodhi. Il B l'obtiendra qu'après avoir résisté aux assauts B Mâra. Mâra, chef des dieux de la région des ms, voit son empire menacé par la pure docine qui va se lever sur les hommes. Il tente our détourner ce danger un effort suprême.

mène à la lutte toute une armée démoniaque, )us les bataillons monstrueux de la légende; rmés des engins les plus formidables, ils mdent sur le Docteur parmi l'éblouissement e la foudre et les éclats d'un tonnerre qui branle les mondes. Le Saint demeure inébran-

lable dans sa sérénité lumineuse, et. finalement [^^ ji,

Mâra se retire vaincu, désemparé.

Peinte dans certains récits des couleurs les

et p(

indoplus crues, animée des images les plus brutales, varié

cette lutte est ailleurs présentée dans un cadre plus calme, sous un aspect moral : un dialogue où Mâra essaie en vain de détourner Gautama de son dessein en lui montrant la voie plus aisée de la vie mondaine et des rites sacrificiels. Certaines descriptions du conflit violent se complètent elles-mêmes d'une scène de tentation où Mâra, dont l'effort s'est brisé à la puissance du Saint, dépêche vers lui, sans plus de succès d'ailleurs, ses filles, Soif, Volupté et Concupiscence. Enfin nombre d'anecdotes dispersées dans les écritures nous montrent Mâra s' approchant sournoisement, sous des déguisements variés, du Bouddha ou de quelqu'un de ses disciples, suggérant aux uns ou aux autres telle pensée contraire à la bonne doctrine, puis fuyant dès qu'il est démasqué. Encore ces interventions tendent-elles presque toujours à épouvanter plus qu'à séduire. De ces deux inspirations, laquelle est la plus

religi

varia

j'esti

trave

cette

reçu

que

ij^'on

tatei

qu'u

gina

mati

avet « m( Mor mêr aspi « d(

conforme aux origines? fdhi

Le vieux duel atmosphérique des ténèbres et

fon

héros lumineux remplit les hymnes védicpés pénètre toutes les mythologiés de langues o-européennes ; sous des transformations iéeSjMl se' prolonge dans les épopées et les gions plus récentes. J'en avais dénoncé une iante dans la scène bouddhique. J'estimais, — time encore, — que, sous les surcharges et à vers les incohérences d'une version rajeunie, te origine seule rend compte de la place qu'a ue le récit, et des bizarreries dont il faut bien 3 nous trouvions la clé. D'autres, au contraire, nt voulu voir en Mâra que le prétendu teneur; toute la mise en scène épique ne serait 'un décor de fantaisie surajouté par l'imalation pieuse, jalouse d'orner et prompte à itérialiser la grandeur du Maître, ^âra signifie le « Destructeur»; il se rattache ec un sens causatif au verbe « mar » , notre aourir». C'est au fond un autre nom de la )rt. Mais, chez les bouddhistes, Mâra a en 3me temps un autre nom encore et un autre pect. Il s'appelle Kâma, « l'amour » ou le désir ».

Qu-il y ait au regard des doctrines bqudiiques une convenance étroite entre les deux nctions, c'est ce qui ne saurait vous échapper.

Car, d'une part, fondé sur la foi à la trans migration, le bouddhisme prétend avant tou donner les moyens de se soustraire au cycle deî renaissances, par oonséquent de se soustraire ait mort, mâra; et, d'autre part, sa morale repose sur cette idée fondamentale que c'est la des truction de ces liens de la concupiscence pai lesquels nous sommes rivés et ramenés à li vie, la suppression de la « Soif » ou du « Désir » du kâma enfin, qui assure seule cette délivrance Sous ce jour, «Mâra» et «Kâma» ne font vrai ment qu'un, et l'on a bien raison de dire qu'i y a là toute une allégorie qui est rigoureusemen conforme aux principes du système.

Est-ce à dire que le bouddhisme l'ait créée d( toutes pièces? Il a pu tout aussi bien incline à ses fins une tradition que lui léguait le pass et dont il lui fallait éteindre les dissonances. N ou; n'en pouvons décider qu'en remontant aux ori gines. Mâra est d'ailleurs une figure reli gieuse intéressante, comme un autre Satan, t 1 ^<^ qui plusieurs croient reconnaître une parent'i à IV directe avec celui de notre tradition chrétienne Son histoire vaut sans doute d'être esquissée

M les/ Il r pluî bon ne i rist

cett lias

lOLl

qui Ma] , que cha à M

vis( rh(

Dé

# tra

OIMGINES BOUDDHIQUES 11

Mâra est un personnage bouddhique; c'est dans V écritures bouddhiques que se fixe son nom.

n'est pourtant pas inconnu de la littérature us ancienne. Côte à côte d'ailleurs, les textes mddhiques nomment Mrtyu. L'un et l'aiUre ! font qu'un; les traits et les épithètes'caractéstiques l'attestent; on ne l'oubliait pas.

Or, Mrilyii, génie de la Mort, est familier à tte vieille tradition brahmanique des brâhma-

18 el des iipanishads que je vous rappelais ut à riieure. Il y est armé de ces liens (pâsa) li sont l'arme distinctive de Mâra. Gomme âra dans le bouddhisme, il y est fréquemment lalifié de « Pâpman », le « Mal » ou « le Mêlant ». Souvent « Pâpman » tout seul y équivaut Mrityu. Et si, à l'origine, ce « mal » a surtout se la catastrophe physique qu'est pour tiomme la mort, il passe de bonne heure à acception morale: une notion de péché se lie Mrityu.

Du « Mrityu-Mal » brahmanique au « Mâraésir », source du Mal, des bouddhistes, la 'ansition est à peine sensible: comme « Mâra » 'est qu'un synonyme enté sur « Mrityu »,

« Kâma » n'est qu'un équivalent greffé sur « Pâpman ». Pâpman désigne parfois, de façon vague, un esprit malfaisant C'est par cette étape sans doute que Mrityu en arrive à être assimilé à Vritra, l'ennemi védique du divin Indra ; tout de même les bouddhistes appellent Mâra du nom de Namuci, un autre démon des ténèbres et, comme tel, identique à Vritra. En ce point encore, le parallélisme se poursuit.

De tout temps, l'horreur de la mort, le souci de prolonger la vie jusqu'à ses limites extrêmes se traduit, aussi bien dans les hymnes que dans les œuvres liturgiques, avec l'ardeur qu'on peut attendre d'un sentiment si universel. Cependant les hymnes, vous le savez, ne professent pas encore cette croyance à la métempsycose qui était destinée à conquérir dans l'Inde un empire incontesté. C'est dans la littérature liturgique qu'elle s'insinue ou s'impose; dès qu'elle y prend pied, on nous parle de victoire sur la re-mort laf ou simplement la mort (mrtyu ou punarmrtyu). de La formule est fréquente. Qu'on en fasse re, honneur à un rite ou à quelque secret mystique, en la délivrance de la mort se présente comme le prix d'une lutte où Mrityu est frappé. Il re

L'image s'inspire-t-elle de cet aspect démo- d€

niaqi

âNa

terra

nari(

plus

pràt

brât

Dev

géni

auri

dan

l'im

de

son

rin

de

cor]

ce !

sac

aque de Mrityu identifié à Pâpman, à Vritra, >^amuci? Ge qui est sûr, c'est que, sur le vieux :rain de la tradition hindoue, un pareil scério se déduisait spontanément des tours les us familiers. Qu'il s'agisse de justifier une atique ou d'en exalter l'efficacité, sans cesse âhmanas ou upanishads supposent entre 3vas et Asuras, entre génies de la lumière et nies de la nuit, une lutte oii cette pratique irait fixé la victoire. C'est tout spécialement ms leur lutte à qui s'assurera le privilège de mmortalité que, en souvenir du vieux mythe 5 la conquête de l'ambroisie, dieux et démons nt ainsi affrontés. N'est-ce pas justement pour mmortalité que combat le Bouddha sous Tarbre ! rintelligence? Condensée sans doute, el •mme stéréotypée, c'est une mise en scène de genre qui inspire la phraséologie des écoles cerdotales; là, comme en d'autres rencontres, formule reflète en raccourci toute une floraison ; récits bien vivants dont l'imagination populai- , — les hymnes védiques et les chants épiques 1 font foi, — a largement multiplié les doublets. Tous les termes, tous les éléments, tous les îssorts de la lutte mythique, — sans parler e rinspiration qui les amis en jeu, — existaient

avant le bouddhisme. Il ne l'a donc pas tirée de quelque métaphore de hasard. Le Mrityu- Pâpman brahmanique est antérieur au Mâra- Kâma du bouddhisme; c'est de lui, bien avant qu'il fût identifié avec Kâma, que procèdent ces images de combat titanesque. Le bouddhisme en a donc recueilli l'héritage avant qu'il ait pu modeler en anecdotes édifiantes le rôle de Kâma, lui-même secondaire.

C'est bien l'armée des légions ténébreuses, non, comme on le voudrait, une armée symbolique de passions et de vices, qui, dans la forme primitive du récit, assaille le Bouddha. Et c'est pour cela que les textes, comme s'ils entendaient prévenir toute méprise, en font expressément l'armée de Mrilyn, c'est-à-dire de Mâra considéré, non dans un rôle moral, mais dans son personnage initial, génie de la mort et de la destruction. Aussi bien ces textes, ceux que l'on tient pour les plus autorisés, ceux que l'on invoque pour le ramener à une origine tardive, font au combat mythique des allusions certaines qu'on a trop oubliées. Le bouddhisme n'est pas une religion naturaliste; il ne crée pas de mythe. Il n'a pas inventé une scène qui s'accorde visiblement si mal avec le tour tout moral qu'il tendait à imprimer à la situation.

MiMii

Sans doute, de prime abord, il semble tout mple que la piété des disciples ait introduit ans la vie de Gautama un merveilleux de ren- 3ntre, des fantaisies brodées à plaisir pour arer un grand nom. La popularité appelle la igende; nul ne l'ignore. L'explication pourrait iiffire si nous avions affaire à des données ccidentelles, incohérentes. Mais il n'en est rien, t nous sommes en présence d'un type défini, î Bouddha théorique, dont les traits surhulains se lient et s'harmonisent dans l'unité d'un ycle plus ancien.

Gomment se fait-il que le bouddhisme qui ffecte des allures rationalistes, qui exclut tout ieu digne de ce nom, ait, si aisément et si vite, ff ublé de travestissements mythiques, d'un rôle lus qu'à moitié divin, le personnage de son andateur, réel et récent? Telle est la question apitale que, avec bien d'autres indices, pose cet pisode de Mâra et qui m'a contraint à vous y rrêter.

N'existe-t-il pas un terme moyen où se reoignent ces facteurs discordants?

Gautama a repoussé les assauts de Mâra; il ! cont( s'est rendu maître de l'Arbre de l'Intelligence; Vo

' - fi *

ce ne sont que les préliminaires de sa tâche: \^^^^ il lui reste à entrer par un effort décisif de sa passi pensée en possession de la vérité totale, de l'Illumination qui le fera Bouddha. Cette seconde

phase de la scène n'est pas moins instructive que la première. C'est progressivement que le Saint s'élève à ce faîte, au prix d'une concentration extatique. Il lui faut traverser quatre degrés de contemplation, par lesquels, de la réflexion pénétrante et sereine, il s'élève à l'indifférence absolue, supérieure à tout sentiment de peine ou de plaisir, supérieure enfin à toute conscience. C'est le chemin même qui pour tous mène à l'affranchissement. Or, cette théorie n'appartient pas plus en propre au bouddhisme que l'aventure légendaire qu'elle couronne. Non seulement toute cette construction mystique est familière au Yoga, elle est, par la conception de l'âme qu'elle suppose, aussi logique dans ce système qu'elle l'est peu dans le bouddhisme qui nie l'âme; la formule même de la tradition bouddhique conserve des expressions qui n'ont vrai-

;nt de sens que dans la langue du Yoga. C'est

Yoga que le bouddîiisme a reçu les quatre

titemplations ou dhyânas.

Vous connaissez, et vous en avez pu ici même

ir plus d'une image, ces ascètes étranges, im-

ssibles, au regard absorbé, qui, presque nus,

averts de cendres, attendant de la charité

Dntanée une nourriture grossière, attirent par

chemins de l'Inde la curiosité du voyageur

la vénération des foules. On les désigne sou-

Qt du nom de Yogis. C'est une façon de parler

peu imprécise. Exactement, les yogins sont

; adeptes du Yoga.'

VTais, qu'est-ce que le Yoga?

Les Hindous catégorisent et cataloguent à ou-

uice. C'est ainsi qu'ils ont, dans la période

)rganisation de leur littérature, arrêté un cadre

six systèmes philosophiques, auxquels, dans ir souci de tout subordonner à l'organisation âhmanique, ils ont, en dépit de contradic- •ns souvent irréductibles, déféré uniformément . brevet d'orthodoxie védique. A côté du pan- 3isme idéaliste de la Pûrvamîmâihsâ, élaré par la traditio*n sacerdotale, à côté du ihkhya qui, avec son réalisme, le dualisme

ses deux principes coéternels, en est la vivante

Itoute la ce

antithèse, le Yoga a sa place marquée dans cette|sànGC énnmération dont je puis ici négliger les autres termes.

C'est dans les sûtras ou « Règles » de Patafi-ltion jali qu'il a, — vers le Ile siècle avant notre ère, où el admet-on volontiers, — reçu sa forme classique. Essentiellement, le Yoga est une méthode de concentration et d'extase. Il n'en dédaigne pas lia di les moyens physiques ; il recommande, parlconn

infér exaci

exemple, des manières étudiées de s'asseoir ; on en distingue parfois 84; mais un commentateur bien informé nous fait connaître que c'est là une réduction charitablement opérée par le dieu âiva ; il y en avait à l'origine 8.400.000. jpas Puis, ce sont des suppressions progressives de

le d tiqu( tèm( qu'u

la respiration. On s'applique à fixer le regard avec une insistance qui mène à l'hypnose. La surenchère des maîtres successifs va multipliant et détaillant ces exercices. Moins compliqués à l'origine, ils sont mis au service d'une morale très pure, d'un idéal de contemplation subtil mais élevé. Le Yoga se flatte d'assurer aux adeptes d'abord des pouvoirs miraculeux variés, puis, à un degré supérieur, prix d'une indifférence parfaite à l'égard dû plaisir et de la douleur, cette libération irrévocable de la renais- fsae;

et p gra\ l'int de [ les dan dan le 1 text pou 'A

■làiâiÉiiÉiliii

■il

oe qui est, en Inde, l'objectif commun de tes les doctrines. Cette délivrance, le Yoga conçoit, si je puis dire, comme une rétrac- 1 de rame dans son isolement éternel par elle échappe à toute contamination du monde 3rieur de la matière et de l'activité. C'est ctemenl Fidéal consacré par le Sâriikhya ; différence ne réside que dans les moyens: la inaissance pour le Sâriikhya, pour le Yoga dégoût des choses et l'entraînement mys- Lie. De vieille date, en effet, les deux sysles nous sont donnés comme ne faisant un par les bases théoriques. Ils n'en sont > moins distincts par leur inspiration première par leurs sources. En fait, un dissentiment Lve les sépare: le Yoga reconnaît et appelle itervention d'un dieu, pour lequel il n'est point place dans le Sâiiikhya. C'est donc que, entre deux, il y a une ample marge d'indépentiee; ils ont pu, ils ont dû obéir à des tentices et engager des alliances diverses. Tout monde d'ailleurs accorde, je pense, que les :tes définitifs des divers systèmes marquent ur tous le terme d'une évolution prolongée.

^ envisager le Yoga dans son manuel contré, on se persuade vite que la théorie des

20 CONFÎÉRENGÉS AU MUSEE GtJIMET

qualte méditations est loin d'être le seul point par oii il confine au bouddhisme. En bonne théorie, pour le bouddhisme, la perfection hiorale importe seule, puisque seule elle conduit au salut; pourquoi donc revendique-t-il pour ses adeptes les plus éminents en science et en vertu des prérogatives, merveilleuses jusqu'à l'ab surde, qui ressemblent de si près aux pouvoirs magiques dont se glorifie le Yoga? Ce n'est pas par hasard que, à l'exemple du Yoga, il distingue en quatre ordres les saints plus ou moins avancés dans ses voies; que, de part et d'autre, la même métaphore Z>A«mz, «terre»

soulignée par l'identité de certains noms tout fantaisistes, sert à jalonner les étapes du progrès religieux. Je vous fais grâce du détail. Ce qui est surtout significatif, c'est l'inspiration com mune qui est la sève même des deux doctrines; l'une et l'autre mettent au salut les mêmes conditions : détachement absolu, destruction de toute «soif», de tout «désir». Il n'est donc pas sur prenant que les huit modes (angas) du Yoga se reflètent dans les \\m\ m.oàes (angas) àe h «voie» bouddhique, les deux énumérations, à la fois, diverses et similaires, culminant dan? le même terme final, samâdhi^ « ooncentration >; ou «extase».

Un oonsi îiest Il im

Pa perd supe:

et d' irelig orgai desti l'hisl Sâriil à ce1 je v( Hienl temp mani qu'aï ritio]

Da lïiîer célèl chan

^n peu abstraites, un peu incertaines dans leurs séquences chronologiques, ces coïncidences suffisent pas. G^est un avertissement précieux, mporte de le préciser.

ar ses ramifications lointaines, le Yoga se d dans l'antiquité la plus Tiaute; Il sort des erstitions et des pratiques mêlées de magie i'asèèse que développent un peu partout les gions rudimentaires. Entre ces débuts et son anisation scolastique, le Yoga a traversé des tinées diverses, soumises aux vicissitudes de stoire. Côte à côte avec la spéculation iikhya et les cultes populaires, il appartient ette couche de la vie religieuse qui, comme wus l'indiquais tout à l'heure, issue directeat de sources profondes, mais masquée longips par la tradition partiale de la classe brâhnique et de sa littérature ritualiste, ne fait assez tard, par les chants épiques, son appaon dans les documents littéraires.

)ans le Mahâbhârata, le Yoga figure au preîr plan. Vous vous souvenez de l'épisode àbre qui, sous le nom de Bhagavadgîtâ (« Iç tnt du Bienheureux »)5 a conquis dans l'Inde

.^î'SKl^

22 CONFÉRENCiES MV' MUSEE GUIMET

une popularité immortelle et suscité en Occidenlj^oml: des admirations si enthousiastes. Vous vous ensystè rappelez le cadre étrange. Les deux arméeé|ives ennemies sont en présence sur le champ dé bà-Lj^p taille où vont se livrer les combats suprêmes. iQ^dj Au moment de se lancer dans la mêlée, où sonr/egt rôle doit être décisif, le héros -des PânçlRvas,Lava1 Arjuna, prévoyant les destructions fratricides, jp^r 1 ne peut maîtriser sa pitié. Son bras hésite. G'estLQ^ç alors que Krishna, le dieu-héros qui a consentiijg^jjg à lui assurer la victoire en se faisant le conduc-| j| , teur de son char de guerre, le réconforte etlj^ygj, le ramène au combat. Il lui. expose que toutes k p^j ces apparentes tueries sont un détail négligeable L^^^^, au regard de la sagesse qui sait la vie indestruc-L ^^ tible dans son foyer un et universel, qu'il siedL^ ^j au sage de s'élever dans une indifférence trans-L ^^ cendante au-dessus de ces contingences misé-L^^^g râbles. Ce qui est enseigné là avec suite, c'estL^g la doctrine qui, plus ou moins développée, r^^^^ revient en vingt autres parties du Mahâbhârata ; c'est, à vrai dire, le système qui L inspire et domine l'épopée, au moins dans sa forme définitive; c'est le Yoga. Non le pur Yoga technique, un Yoga plus vivant, qui sert de support à la religion de Vishnou-Nârâyanâ 3xpr(

e si

orm

bu il

a ne

.X>v-^v^>:'-jr-;:;j-;:;:.^vs^^^^^y^.j^i,:^l;1'^

OïllGlî^ES BOUDDHIQUES 23

ibinée avec le culte de Krishna : tout un :ème qui s'appuie sur les théories spéculas du Sârhkhya, mais qui prétend, en même ps, absorber le panthéisme orthodoxe en lant son dieu dans le suprême brahman.

it le Yoga vishnouïte de la secte des Bbâatas, un nom, Mesdames et Messieurs, qui,

le Bhâgavata purana, a pénétré jusque dans re comédie contemporaine, et fait son chemin s... « le monde où l'on s'ennuie. »

se débat visiblement entre des inspirations 3rses ou même contradictoires qu'il cherche amasser en un tout cohérent. Tour à tour, il Ite la puissance du sacrifice et la vertu de ^nose, la nécessité suprême de la moralité, détachement, et les effets incomparables de dévotion, de l'abandon complet, la bhakti^ ers Vishnou ou Krishna; il glorifie la prale du sacrifice et le quiétisme; il proclame torité absolue du Sâriikhya, et ne craint pas surajouter aux vingt-cinq catégories qui en nent la charpente, un vingt-sixième étage

il case, comme si la chose allait de cire, lotion contradictoire de son dieu transfiguré

brahman universel. Image singulièrement ressive de la mentalité religieuse des

Hindous, très peu capable d'enchaînemeiits vSO-.

lides, mais puissamment intuitive et mystique.

Quoi qu'il en soit, ce système, très notable^

puisqu'il a présidé à la constitution de l'Epopée,

a ses deux pôles dans le Yishnouïsme et dans; le Yoga. De son côté, la tradition bouddhique,' avec la succession de ses docteurs intermittents, descendant du ciel pour enseigner la terre, — ? autre forme de l'idée des avatars vishnouïtes,— avec son Mahâpurusha Cakravartin, proche parent de Vishnou-Nârâyana, avec tous les traits épars de la légende merveilleuse de Gautama se meut certainement dans une atmosphère Krishnaïte. On peut différer sur l'importance, la date, l'interprétation du fait; on ne peut, je pense, le supprimer. Plus ou moins altéré et déformé, un certain héritage vishnouïte surnage emporté dans les courants bouddhiques Comment et pourquoi? Si le bouddhisme tient r„ au Yoga par 'des attaches certaines, ce Yoga vishnouïte, mêlé intimement au mouvement général des sectes et des croyances, nous promet, à cet égard, des lumières. C'est là, évidemment qu'il nous faut regarder.

R dhi:

des qui mei Bhi im]:

frui en vol( une logi |cep que àl'i

pre

val( dan terr lieu niti

Ramené à sa formule la plus simple, le boudisme prêche le salut par l'abnégation, par la struction de la concupiscence, cette chaîne i lie l'homme à la misère d'être. Là, il se ;ut exactement sur le terrain du Yoga. La Lagavadgîtâ ne se lasse pas de glorifier cette passibilité qui s'affranchit de Faction et des lits amers que l'action, inéluctablement, porte renaissances. Les deux systèmes attribuent lontiers à la science, à la gnose, vidyâjfiâna, e efficacité qui, à vrai dire, n'est dans la yique rigoureuse ni de l'un ni de l'autre, qui

pendant, se traduit dans la puissance décisive e, de part et d'autre, on reconnaît au samâdhi, 'intuition totale. Les deux doctrines expriment connaissance de la vérité à son degré suême par le même verbe, hudh^ «savoir», qui ' bifurque sous des formes exactement équilentes, bodhi et buddhl. Elle^ se rencontrent ns les mêmes notions, les mêmes mots, au 'nie comme au début du chemin. Un état bienureux, mais assez mal précisé, libère défitivement les hommes de la transmigi^ationj

fût,

" Il

le ] seir l'ur bhc

en puissance dès cette vie, en fait après la mort des deux parts, il reçoit les mêmes noms éânti, nirvana. Que n'a-t-on dit du Nirvana?! On en a, à mon sens, fort exagéré l'importance 'j et l'originalité dans le bouddhisme. Etymolo^ giquement, le mot n'évoque qu'une idée de bienêtre et de paix. En dehors du bouddhisme, c'est seulement dans le cercle du Yoga qu'il se re- 1 ^^ trouve. L'audace négative du bouddhisme et de J^^'^ ses théories qui suppriment l'âme, est bien pour î ^^^ faire croire que ce n'est pas lui, mais le Yoga j ^^ qui a frappé cette enseigne engageante et l'a in- j^^' troduite dans la langue religieuse. Le bouddhisme, sans doute, n'aurait pas créé lui-même un terme que, pour l'harmoniser avec son nihilisme, il s'applique souvent par des jeux étymo- 1 sat logiques à détourner de son interprétation légi- 1 riv time. 1 I

Le Mahâbhârata dit quelque part du rishi Mudgala: « Puisant sa force dans l'énergie de la contemplation i, obtenant la buddhi suprême, ! il parvient à la perfection immuable qui a nom nirvana »«; il suffirait de substituer bodhi à buddhiyipovLr que cette phrase d'inspiration yoga

nei

de

ent

Page 1