MORGUE
Fortune.
Ele est à toute riens commune Et tout le mont tient en se main :
L'un fait povre hui, riche demain ; Ne point ne set cui ele avanche.
Pour chou ni doit avoir fianche Nus, tant soi haut montés en roche, Car, se chele roë bescoche, Il le convient descendre jus (1).
(Jr il se trouve précisément que remploi de Tallégorie est un des caractères particuliers de la salie, (jui la distingue de la farce et la i"a])})roche
(Ij Vers 7GG-781.
au contraire en ce point de la moralité. Bien que cet usage soit loin encore d'avoir dans la pièce d'Adam de la Halle l'importance excessive qu'il a prise dans la sotie postérieure, où il a malheureusement acquis la valeur d'une forme presque consacrée, il est curieux de noter son apparition dans le Jeu de la feiiillée. Nous avons déjà remarqué plus haut, dans le rôle du dervé, l'emploi de la fatrasie, dont M. Emile Picot a mis en lumière, avec un peu d'excès peut-être, le lien étroit avec la sotie. Selon le même savant, ce genre dramatique était appelé aussi Jeu de pois piles (1). Or il est deux fois question de pois piles dans l'œuvre d'Adam, et deux fois par rapport à la folie. Saint Acaire, s'écrie un des personnages que l'on invite à vénérer les reliques du saint qui guérit les fous :
Donne me assés de poi piles, Car je sui. voi, un sos clames (2).
Et le père du dervé dit en parlant de son fils, qui veut se jeter sur lui :
Aimi ! or tien che croquepois (3).
11 semblerait même résulter de ces deux passages que la purée de pois piles était considérée comme un aliment propre aux fous, peut-être
(1) Mémoire cilé, pp. 237, 211, 212, 243.
(2) Vers 343-311.
(3) Vers 1087.
416 OR[Gl\t:s CATIIOLIOUES DU TIlÉATRIi MODERNE
comme un remède à la folie, tel qu'autrefois l'ellébore. Nous ne proposons d'ailleurs que timidement cette explication (le l'origine d'une expression plus tard très usitée dans la littérature comique, et encore employée au xvii'' siècle parmi les comédiens de rilôtel de Bourgogne.
Presque tous les érudits qui se sont occupés du Jeu de la feuille e ont remarqué l'analogie qui existe entre cette pièce et les comédies d'Aristophane. Si l'on admettait notre conjecture, cette ressemblance s'expliquerait assez naturellement. La comédie ancienne des Grecs, à laquelle le génie d'Aristophane a donné une si grande valeur poétique, est un genre littéraire directement issu des fêtes de Bacchus, de la partie de ces fêtes où éclatait en mascarades bouffonnes et en joyeux sarcasmes la liberté extravagante de livresse, qui est une jolie passagère. Considérées de ce côté, les réjouissances dionysiaques, avec lesquelles la comédie d'Aristophane a conservé un lien si étroit, peuvent être regardées comme une vraie fêle des fous. Aussi, par comparaison, le nom de soties conviendrait-il assez l)ien aux satires dévergondées du poète attiquc et à ses attaques directes contre les hommes et les choses de son temps. On trouve même dans son Plains une conception allégori([ue assez semblable à celles dans lesquelles nos .so//t'i' se plurent souvent à s'enlciincr dans la dernière période de leur existence. Si Ton admettait ces rapproche-
menls, que Ton pourrait })eut-èLre pousser plus loin, ce serait un nouveau témoignage de la lumière que peuvent jeter l'une sur l'autre l'étude de la littérature grecque et l'étude de la littérature française du moyen âge.
OUIOINES l>L' TlIKATllK.
La plus ancienne Farce.
Les histrions ambulants de la décadence romaine : musiciens, faiseurs de tours, danseurs de corde, montreurs de bêtes, chanteurs de chansons, mimes et pantomimes, survécurent à la chute de Tempirc d'Occident et se perpétuèrent dans nos régions durant la période barbare. Ils charmèreni alors les rois mérovingiens et les seigneurs francs, comme les héritiers de l'aristocratie gallo-romaine, et continuèrent aussi de faire les délices, h certaines fêtes, des foules urbaines ou rurales. L'assimilalion, très rapide en somme, des deux races, l'une plus ou moins conquérante, et l'autre plus ou moins conquise, paraît s'être manifestée, entre autres résultats, dans le mélange, puis la confusion progressive de ces histrions de provenance latine avec ces chantres épiques et lyriques, originaires de Germanie, que les Anglo-Saxons désignaient par
le nom de scâpas, et qui, dit M. Gaston Paris (1), (( allaient, errant de petite cour en petite cour, chantant leurs hôtes et répandant en tous sens les œuvres éclosesen tel ou tel lieu ». De ce mélange sortit la très importante et multiple tribu des j'ociilatores ou jongleurs, dont le rôle fut si considérable dans la production et dans la diffusion de la poésie française du moyen âge. Mais si les jongleurs, à l'exemple des scôpas, s'élevèrent au huitième, au neuvième siècle, à la dignité de rapsodes et même de poètes épiques, ils ne répudièrent point pour cela l'héritage moins noble des histrions delà décadence romaine et continuèrent, en le modifiant selon les exigences nouvelles des temps, selon les transformations des mœurs et du langage, d'exploiter l'antique répertoire de leurs tours et bouffonneries variées, oh, selon toute vraisemblance, ni l'élément satirique, ni, ne fût-ce que par l'imitation et la pantomime, l'élément dramatique ne faisaient défaut. On peut même, on doit supposer dans le répertoire des histrions de l'époque romaine et de l'époque barbare, puis des jongleurs du haut moyen âge, toute une tradition, tout un bagage, de temps à autre renouvelé et rafraîchi, de comédie improvisée.
Dans le domaine de la poésie épique, les jon-
(1) L(i Lilléralure française an moijen âi/e, p. 'J(t.
glcurs étaient de bonne heure devenus auteurs, ou, comme on disait, trouvères. Ils le devinrent aussi, à la suite des grands seigneurs qui n'avaient pas dédaigné de cultiver Tart courlois, dans le domaine de la poésie lyrique-artistique. Ils ne craignirent pas d'aborder la poésie morale et didactique. Enfin, ils se mirent peu à peu en peine d'élever jusqu'à une forme fixe et littéraire les gences les moins nobles de leur répertoire, leurs imitations grotesques, singeries, lazzis, querelles et bouffonneries traditionnelles.
Un curieux et significatif exemple de cette transformation poétique des improvisations comiques des anciens jongleurs nous est offert par Rutebeuf dans son dit de Vllerberie, vrai monologue dramatique, mêlé de vers et de prose, où est mis en scènCj pour la plus grande joie de l'auditoire, le boniment audacieux, emphatique, des charlatans et guérisseurs ambulants. Ecoutons-le, poète et prosateur, selon la traduction de M. LéonClédat (1):
Seigneurs, qui ci êtes venus.
Petits et grands, jeunes et vieux, Bonne forlune vous avient,
Sachez pour vrai ; Je ne vous veux pas décevoir, Bien le pourrez apercevoir
Avant que parte...
(1) Ihik'bcul, i>. 142 cl suiv.
Vous ne savez qui vous voyez ; Taisez-vous et vous assoyez,
Voici mes herbes :
Je vous dis, par sainte Marie, Que ce n'est point de friperie,
Mais nobles choses...
Toute fièvre, même la quarte, Guérit en moins d'une semaine
Sans faute aucune ; Et je guéris aussi la g-outte, Tant soit-elle basse ou soit haut^, Je l'abas toute... Et de la dent Je guéris manifestement Par un tout petit peu d'onguent.
Que vous dirai-je ?
Oyez comment je fais l'onguent, En le disant ne mentirai,
C'est vérité :
Prenez graisse de la marmotte, De la fiente de la linotte.
Mardi matin, Et de la feuille du plantain...
Delà poussière de rélrille, De la rouille de la faucille
Et de la laine.
Et de l'écorce de l'avoine.
Pilez, premier jour de semaine,
Vous en ferez Un emplâtre : du jus lavez La dent, et l'emplAtre mettez
Dessus la joue.
Dormez un peu, je vous le dis.
Si, au lever, il n'y a boue,
Dieu vous détruise !
Or, oyez ce dont me chargea Ma dame, qui m'envoya çà.
(( Belles gens, je ne suis pas de ces pauvres prêcheurs ni de ces pauvres herbiers qui vont par devant les églises, avec de pauvres chapes mal cousues, qui portent des boîtes et des sachets et étendent un tapis. Car tel vend poivre et cumin et autres epices, qui n'a pas autant de sachets qu'ils en ont. Sachez que de ceux-là je ne suis pas, mais je suis à une dame qui a nom Madame Trote de Salerne, qui fait un couvre-chef de ses oreilles, et les sourcils lui pendent avec des chaînes d'argent par dessus les épaules ; et sachez que c'est la plus sage dame qui soit dans les quatre parties du monde... Taisez-vous, de par Dieu !...
« Ur, ôtez vos chaperons, tendez les oreilles, regardez mes herbes que ma dame envoie en ce pays et en cette terre ; et parce qu'elle veut que le pauvre y puisse aussi bien arriver que le riche, elle m'a dit d'en donner pour un denier ! Car tel a un denier dans sa bourse qui n'y a pas cinq livres. Et elle me dit et commanda que je prisse un denier de la monnaie qui aurait cours dans le pays et dans la contrée où je viendrais : à Paris un parisis, à Orléans un orléanois, à Etampes un étampois, à Bar un barrois, à Vienne un viennois, ii Clermont
un clermondois, à Dijon un dijonnois, à Màcon un inàconnois, à Tours un tournois, à Troycs un tressien, à Reims un reincien, à Provins un provenésicn, à Amiens un monsien, à Arras un artésien, au Mans un mansois, à Chartres un chartain, à Londres en Angleterre un esterlin ; pour du pain, pour du vin à moi ; pour du foin, pour de l'avoine à mon roussin ; car celui qui sert l'autel doit vivre de l'autel. Et je dis que s'il y avait si pauvre, ou homme ou femme, à n'avoir que donner, qu^il s'avance : je lui prêterais l'une de mes mains pour Dieu, et l'autre pour sa mère, à la condition que, d'aujourd'hui en un an, il fît chanter une messe du Saint-iEsprit, je dis nommément pour l'àme de ma dame, qui ce métier m'apprit...
« Ces herbes, vous ne les mangerez pas ; car il n'y a si fort bœuf en ce pays, ni si fort destrier qui, s'il en avait aussi gros qu'un pois sur la langue, ne mourût de maie mort, tant elles sont fortes et amères ; et ce qui est amer à la bouche est bon au cœur. Vous me les mettrez trois jours dormir en bon vin blanc ; si vous n'avez du blanc, prenez du vermeil ; si vous n'avez du vermeil, prenez du châtain ; si vous n'avez du châtain, prenez de la belle eau claire ; car tel a un puits devant sa porte, qui n'a pas un tonneau de vin dans sa cave. Vous en boirez à jeun treize matins. Si vous y manquez un matin, prenez-en un autre ; si vous y manquez le quatrième, prenez-en le cinquième, car ce ne sont
pas des sortilèges. Et je vous dis, par le supplice que Dieu infligea à Corbitaz, le juif qui forgea dans la tour d'Abilant, à trois lieues de Jérusalem, les trente pièces d'argent pour lesquelles Dieu fut vendu, que vous serez guéri de diverses maladies et de diverses infirmités ; de toutes fièvres, sans excepter la fièvre quarte ; de toutes gouttes sans excepter la palatine, de Tenflure du corps... Car si mon père et ma mère étaient en danger de mort, et s'ils me demandaient la meilleure herbe que je leur pusse donner, je leur donnerais celle-ci. C'est ainsi que je vends mes herbes et mes onguents ; qui voudra, en prenne : qui ne voudra pas, les laisse ! »
On ne peut douter que les scènes comiques de ce genre ne fussent fort du goût des divers auditoires des jongleurs du temps de Rutebeuf : seigneurs et dames dans leurs hôtels et châteaux, bourgeois aussi et bourgeoises dans leurs maisons à pignons sur rue, et enfin simple populaire en pleine place publique ou en plein marché. Les clercs eux-mêmes ne laissaient pas à l'occasion d'en prendre leur part de plaisir. Il y avait alors, parmi de notables différences, plus d'un rapport et plus d'un lien entre la société dont ils faisaient partie et celle oîi s'exerçait l'activité des jongleurs : tel, par exemple, le cas, qui est précisément celui de Rutebeuf, du passage d'un état et d'un milieu à l'autre par suite de vocation déchue ou d'études manquées ;
telle encore la similitude dévie desdits jongleurs avec celle de ces clercs errants, de ces étudiants buissonniers nommés fjoliards, qui s'en allaient de ville en ville, d'école en école, plus curieux de courir librement après la science que de s'en saisir fortement une fois. pour toutes, et qui, l'estomac ouvert et l'escarcelle vide, payaient cà et là le vivre et le couvert, obtenus d'bôtcs bienveillants, par des contes, chansons et bouffonneries latines ou même, au besoin, françaises. Les fêtes, si nombreuses au moyen âge : fêtes d'Eglise et de saint patronage, fêtes de famille, fêtes de saisons, fêtes de cités et de localités, fêtes de corporations et de confréries ; et aussi ces grandes assises commerciales tenues périodiquement, ici et là, sous le nom de foires, étaient les occasions naturelles du déploiement des talents multiples et du répertoire varié des ingénieux héritiers des histrions romains et des scôpas francs. La création, à la fin du douzième et au treizième siècle, notamment dans les grandes cités françaises du nord-est, en Artois, en Flandre, de véritables milieux intellectuels et d'associations littéraires et académiques, connues sous le nom de puis, fut un nouvel encouragement au mouvement indiqué ci-dessus et qui portait les jongleurs, devenus trouvères, à donner une forme plus fixe et plus littéraire à leurs anciennes scènes d'imitation bouffonne et d'improvisation comique. C'est dans l'une de ces cités, à Tournay, que
nous rencontrons, composée et représentée entre 12GG et 1290, non plus seulement un monologue dramatique, comme le dit de rHerberie de Rutebcuf, mais une scène dialoguée à deux personnages, une saynette ou jeu intitulé : Du Garçon et de r Aveugle, qu'un heureux hasard nous a conservé sur les deux derniers feuillets du manuscrit 24366 du fonds français à la Bibliothèque nationale. M. Paul Meyer l'y recueillit et le publia en 1864 (1). Cest un monument précieux, sinon par sa valeur intrinsèque, quoique la verve n'y fasse pas défaut, du moins par son caractère et par sa date. L'aveugle se présente en scène en chantant comme faisaient et comme font les mendiants :
Secourez-nous, seigneurs barons ;
Que Dieu, fils de Marie, Vous mette tous en sa maison
Et en sa compagnie !
Voir je ne vous puis mie.
Que pour moi vous voie Jésus-Christ Et tous ceux mette en paradis
Qui me viendront en aide !
Puis il continue dans le rythme narratif ou didactique de huit syllabes :
Ah ! Mère de Dieu, sainte Marie, — Vierge souveraine ! Quelle heure esl-il ? — Je n'entends personne ;
(1 Jahrbiïcii fur romunische iind englisclie Literalur, t. VI, p. 163 et suiv.
Traiment, je me tiens pour bien misérable, — de n'avoir pas seulement un garçon — pour me reconduire à la maison. — Quand même il ne saurait pas bien chanter, — il saurait tout au moins demander du pain — et me conduire aux riches hôtels. — Hélas ! combien je suis disctteux ! — Il ne manque plus rien à ma misère.
Or parle le garçon^ dit la rubrique :
Seigneur, vous n'allez pas bien droit. — Ou'allez- A'ous faire en ce cellier ?
Or parle l'aveugle :
Ah ! Mère de Dieu ! Venez à mon aide ! — Qui estce qui me remet si bien dans ma voie ?
Or parle le garçon :
Prudhomme, que Jésus me donne joie ! — Ce n'est qu'un pauvre Iriqiiemer (saute-ruisseau, vagabond, sans doute).
Or parle laveugle :
Pour Dieu! je crois que c'est un noble cœur. — Qu il vienne à moi ! je lui veux parler.
Or parle le garçon :
Me voici.
l'aveugle
Veux-tu te louer ?
LE GARÇON
Seigneur, pourquoi serait-ce faire ?
l'aveugle Pour me promener sans encombre — à travers la
cité (.le Tournay. — Tu prieras, moi je clianlerai ; — nous ramasserons assez d'argent et de pain.
LE GARÇON
lié 1 par le corps de saint Gillain ! — vous me prenez, je crois, pour Foubert (pour un sot). — Je vous le dis en toute franchise : — il faut que j'aie un petit écu par jour, — tout le temps que j'irai avec vous: — et je n'en rabattrai rien.
LAVEUGLE
Voyons, beau doux ami, ne me querelle pas 1 — Comment t'appelle-t-on ?
LE GARÇON
Jeannet.
l'aveugle
Eh bien ! Jeannet, maudit sois-tu, — si je ne te donne pas volontiers ce salaire I — Si tu te rends habile en mon métier, — tu deviendras un grand et riche homme.
LE GARÇON
Allons, je n'ai pas peur, je suis certain — d'y être bientôt un grand maître. — Je prierai Dieu qu'il envoie bien grief tourment — à tous ceux qui pour le pauvre aveugle — débourseront la moindre maille. — Car ce serait toute perte pour eux.
l'aveugle
Que dis-tu là, beau doux Jeannet ? — Ta raillerie me met en colère.
le garçon
Ne faites pas attention, beau doux sire, — ce que j'en dis, c'est pour me moquer de ces vilains (peut-être en disant cela désignait-il les .spectateurs) — Chantez, je
VOUS aiderai de bon cœur, — et chacun nous donnera <]u pain.
Or ehanlenl ensemble, dit la rul)rique :
Mère de Dieu, qui vous sera
Dévol toute sa vie, Bonne récompense en aura ;
En votre compagnie
Sera, Dame jolie.
l'aveugle [continuant seul la chanson),
Pour tous mes bienfaiteurs vous prie Et pour ceux qui le fils du roi Servent sans vilenie.
LE GARÇON {mendiant)
Hé ! pour l'amour de Dieu ! ne nous abandonnez pas ! — Donnez-nous un morceau de pain ! — Beau sire, attendez-moi un peu ici. — Je vais aller demander à ces grands hôtels. — Seigneurs, pour le Dieu céleste, — faites charité à un pauvre aveugle ! — [Revenant à son maître) Sire, je ne puis rien avoir ; — allons-nous-en, Dieu leur tasse honte !
l'aveugle
Ils n'ont quoi donner ; mais, dis-moi, — Jeannet, si personne ne t'a rien répondu.
LE GARÇON
Bien du tout, sire, mais j'ai entendu — qu'ils ricanaient méchamment.
l'aveugle
Jeannel, par importunité — tu aurais fini par attraper quelque chose.
LE GARÇON
Sire, que Jésus-Christ me guide ! — Je m'y entends^ je suis maître en ce métier. — Chantez, nous aurons à manger, — car ma parole viendra bien à bout d'eux.
Or, dit la rubrique, ils chaulent tous deux ensemble :
Du roi de Sicile dirai,
Que Dieu lui soit en aide !
Car chacun jour est en combat
Contre la gent maudite.
Or, a chevalerie Mandée à lui par tout le monde ; Tous ceux qui nulle chose n'ont
Iront à son armée.
LE GARÇON
« Hé ! par le tribut dû à sainte Sophie ! — Sire, si de rien nous pouvons vivre, — nous serons cette nuit tout à fait ivres ; — voyez comme chacun nous apporte ! — Par tous les saints ! ni huis ni porte — n'aije encore vus aujourd'hui s'ouvrir. — Nous pourrions bien ici de faim mourir — avant que personne rien nous apportât. — Par la foi que je dois à saint Vasl I — Je ne me mêlerai plus de conduire un aveugle. — Il n'en arrive rien de bon. »
L'aveugle, pour calmer son compagnon et le mieux engager à son service, entre alors imprudemment dans la voie des confidences :
l'aveugle
Jeannet, par la foi que je te dois, — la chaîne ne peut pas tomber du premier coup. — Si nous n'avons rien
reçu à celte heure, — nous n'en sommes pas moins très bien pourvus — de quoi nous procurer à boire et à manger. — Quand bien môme je renoncerais à mendier mon pain, — je serais en état de vivre fort joliment, — tant j'ai amassé de deniers !
LE GARÇON
Alors, vous me ressemblez fort peu, — sire, car si j'avais deniers, — je mettrais tôt vous et moi fort à l'aise. — Tant que cet argent pourrait durer — vous cesseriez de mendier votre pain ; — il serait tout à vous sans aucun doute.
l'aveugle
« Jeannet, pour avoir si bien parlé, — tu auras part à tout ce que je possède — dorénavant, je te le dis de bon cœur ».
Devenus de si bonne intelligence, maître et valet se mettent à s'entretenir familièrement et tombent bientôt dans la conversation la plus licencieuse. L'aveugle se permet, au sujet d'une amie qu'il a, des propos tellement grossiers que le garçon s'en montre ou feint de s'en montrer scandalisé, et en prend occasion de jouer à son maître un très mauvais tour.
LE GARÇON
Seigneur, vous parlez vilainement, — ne dites plus de si laides paroles.
l'aveugle Personne ne m'entend que toi seulement, — jjcau doux .Jeannet, que je sache.
Sire, alLendez-moi en cet endroit, — je vais satisfaire un petit besoin. [l\ feint de s'éloigner, puis dit à l'aveugle en déguisant sa voix et comme s'il était un passant ) : — Truand, Dieu vous donne mauvaise élrenne, — pour vous apprendre à parler de façon si désordonnée ! — Mais vous allez le payer cher. — Tenez, voilà pour la peine. (Il lui applique un fort soufflet).
l'aveugle (a Jeannet qui est censé revenu) Jeannet, dis-moi si je n'ai pas une plaie au visage.
LE GARÇON
Une plaie ! mais d'où viendrait-elle ?
l'aveugle
C'est à l'instant que cette cruelle paye — m'a été donnée par je ne sais qui.
le garçon
Par tous les saints ! J'étais ici près. — Pourquoi ne m'avez-vous pas appelé ?
l'aveugle
Ah ! cher Jeannet, doux ami, —si j'avais murmuré un seul mot, — il m'aurait aussitôt donné un tel coup — qu'il y aurait paru pendant toute ma vie.
le garçon
Sire, ne vous efTrayez pas, — il y a des herbes qui guérissent très bien les coups.
l'aveugle
Tant mieux, Jeannet, mais tous les os — de la joue me font cruellement soulfrir.
Le méchant valet lui promet alors de le guérir, en s'attribuant des connaissances médicales et même une cure merveilleuse qui rappellent le dil de VHerberie. L'aveugle, dont la confiance est maintenant tout à fait gagnée, se fait conduire par ce serviteur fidèle à son domicile, lui remet la grande bourse qui contient l'amas de ses deniers, et lui dit de prendre ce qu'il voudra pour aller aux provisions. Le valet s'empare aussi, sous un prétexte quelconque, de la housse ou robe de l'aveugle. Puis, prenant à témoins les spectateurs de la dextérité de sa friponnerie, dont il se propose de « humer» le produit avec ses camarades, il déclare que ce tour ne lui suffît pas s'il n'en bafoue ouvertement la victime. Il crie donc son vol à l'aveuiïle, saisi de désespoir et de colère.
l'aveugle
Ha I ha ! Dieu ! quelle est ma détresse ! — Où est la mort, qu'elle tarde tant à venir ? — Que ne me prendelle ? Toutefois avant ce moment, — certes, demain, j'attendrai quelque part ce garçon ; — et alors je kii donnerai cent coups, — par la foi que je dois à mou amie Margot !
LE GARÇON
Fi de vous ! Ne suis-je pas au large ? — Je ne fais pas cas de vous plus que d'une ordure. — Vous êtes félon et envieux. — Si ce n'était pas par égard pour ces compagnons (sans doute la compagnie, les spectateurs), — vous auriez déjà reçu mille oreillons. — Mais h
OIIKMNES DU THKATllE. — 28.
434 ORIGINES CATIIOLIOUES DU ÏIIÉATRE MODERNE
cause d'eux je vous en fais grâce. — Si cela ne vous convieul pas, attrapez-moi.
<( C'est une l)agalellc, dit .M. Gaston Paris, signalant et appréciant cette petite pièce (1), d'ailicurs gaie clans la grossièreté de plus d'un de ses traits, mais dont le principal intérêt est son existence même. Xous ne saurions pas sans elle qu'on jouait des farces au treizième siècle (le mot farce lui-même n'apparaît que plus tard), et elle permet de conjecturer quau moins dans le nord de la France, on en jouait dès lors beaucoup, qui ne nous sont pas parvenues ».
Le jeu du Garçon et de r Aveugle est, aux yeux de M. Gaston Paris et de tous les critiques autorisés en pareille matière, le plus ancien échantillon, arrivé jusiju'à nous, du genre de la fdrce dramatique. Mais ce ne fut que plus tard, comme l'indique très justement le savant académicien, que ce nom de farce fut appliqué à l'un des genres du théâtre comique au moyen âge. Comment et par quelle voie progressive ce mol vint-il alors s'adapter à ce genic ? C'est une question dont l'examen, même ral)idc et superficiel, n'est pas sans intérêt pour l'histoire et l'intelligence de ce théâtre.
L(î mol farsa, tiré du verbe farcire par les écrivains de la basse latinité, eut pour sens premier celui (pi'il consci've encore aujourd'hui dans sa forme
I) Ouvrage ciU-, ni». r.):j-l'.)l.
lïançaisc en langue culinaire. Mais ce sens avait alors une étendue plus grande, comprenant tout mélange d'éléments divers, surtout d'éléments hétérogènes, toute introduction d'un ingrédient nouveau dans une matière primitive. Les tropes introduits au neuvième, au dixième siècle, avec une abondance exubérante, dans les offices monastiques, et d'où les premiers drames liturgiques sont immédiatement issus, étaient donc, quoique sérieux et pieux d'inspiration et de texte, de véritables farcitures, de vraies /V/rsa?, A aussi juste, à plus juste titre encore, le mot put-il être, fut-il, en effet, appliqué plus tard, au onzième, au douzième siècle, à l'introduction de paraphrases françaises dans certains textes latins de la liturgie.
Telles furent notamment les épîires farcies [cpislolse favcilœ), dont la farcihire française, d'abord en prose, fut ensuite rédigéQ en vers. Ce sont, dit à ce propos M. Gaston Paris (1), « les Actes des Apôtres, qui, s'ils ne furent pas traduits anciennement, ont cependant donné à la poésie française le thème des plus anciennes farcitures en langue vulgaire, relatives à la fête de saint Etienne. Le premier martyr était le patron des diacres, et, à cause de cela, le jour de sa fête, une certaine liberté était donnée, dans l'église même, à la jeunesse cléricale. Elle en profita de très bonne heure pour intercaler
1) Ouvrage ciU-, [tagc 'i')\K
entre les phrases du chapitre des Actes, dont on donnait à l'office lecture en latin en guise d'épître, des strophes françaises monorimes qui reproduisaient le récit contenu dans ce chapitre. Nous avons plusieurs versions de ces « épîtres farcies », dont une ou deux remontent au douzième siècle. D'autres épîtres farcies se rapportent aux fêtes de saint Jean l'évangéliste, des saints Innocents ou de l'Epiphanie, toutes fêtes voisines de celle de saint Etienne et chères aussi aux écoliers ».
Dans les fêtes des clercs et des écoliers, et aussi dans leur vie et leurs coutumes habituelles, en dehors même de ces fêtes, ceux-ci, entre autres épanchcments de leur activité intellectuelle et de leur verve, se plaisaient à composer et à chanter des chansons latines en vers rythmiques. Ils s'amusèrent, un beau jour, à y joindre des refrains en langue française, ce qui constituait pour eux une nouvelle et agréable espèce de favsa. Telle la chanson dans laquelle Ililaire, au nom de ses turbulents condisciples du Paraclet, se plaint de l'intei-ruption des leçons d'Abélard, irrité de leur indiscipline :
Lingue servi, lingua perfidise, Rixœ motus, semcn discordiœ, Quam sit prava sentimus hodie.
Subjacendo gravi sentenliœ :
Tort a vers nos li mestre...
Telle encore la chanson du même, relative à la
cérémonie joyeuse de l'élection et de la glorification comiques d'un Pape des écoliers : de Papa scolastico.
Papa summus, Paparum gloria, Papa jugi dignus memoria ; Papae plaudit scolaris curia, Papse dari non est injuria.
Tort a qui ne li dune (1).
On voit aisément de quelle façon, par cette bizarre juxtaposition de deux idiomes et par quelques-unes des circonstances dans lesquelles les clercs et les écoliers en faisaient usage, une idée joyeuse et comique s'est attachée au mot farsa. Jusqu'à quel point l'élément bouffon et satirique se développa dans certaines de leurs fêtes, où se mêla de fort bonne heure et, en dépit des décrets et pénalités des conciles, persista longtemps d'âge en âge l'antique tradition païenne des Saturnales ou d'autres coutumes analogues, c'est ce qu'on aurait peine à croire, si les extravagances auxquelles ces réjouissances donnaient lieu n'étaient pas établies par des documents positifs. C'est à bon droit qu'on leur appliqua le nom générique de Fêle des fous. Beaucoup d'éléments dramatiques ou quasi-dramatiques s'y agitaient dans un mélange désor-
(1) Hilarii versus et ludi. Édition Champollion-Figeac. Paris, Tcchener, 1838, in-8», pp. 14 et suiv., 41 et suiv. Sur Abélard et son école du Paraciet, qu'il nous soit permis de renvoyer nos lecteurs à notre volume intitulé : Sainl-GUdas de Ruis. Aperçus d'histoire monastique.
donné d'usages et d'inventions burlesques, formant, pour ainsi dire, comme un vaste et grotesque pot pourri de toutes sortes de farcitiires ou, pour user de l'expression du poète Guillaume de Digulleville, qui nous montre, dans la première moitié du quatorzième siècle, le mot en pleine possession du sens, sinon encore dramatique, du moins comique, de toutes sortes de farceries (1).
Parmi les éléments et ingrédients de ces fêtes, a figuré assez souvent une parodie dont le caractère est suffisamment indiqué par son nom de sermon joijeiix et qui, latine d'abord, puis française, ou mélangée de l'un et de l'autre idiome, finit par constituer un genre poétique traité par les jongleurs comme par les clercs, et est venue prendre place à côté du monologue dramatique et de la farce proprement dite, non sans une notable influence sur cette dernière, dans le théâtre comique de la dernière période du moyen âge (2).
La fêle des fous, propre d'abord surtout aux clercs, eut comme un prolongement laïque dans les associations joyeuses, temporaires ou permanentes, (|ui semblent bien en être issues d'assez
(1) F. GodoCroy, Diclionnairc de l'ancienne larujue française, au mot farrerie : « Je ne sçay que ce signifie, — ne me semble que farcerie. »
(2) On lira sur re i)oinl cl sur i)iusieurs aulres, avec plaisir et avec profit, l'intéressante thèse latine de M. C.-M. des <iranges : De arenicn soliloquio in nostro medii xvi ihealro. Paris, Emile Bouillon, 18'.»7, in 8».
bonne heure, et dont, à la lin du moyen âge el au delà, on constate l'existence dans un grand nondjre de villes françaises (1). Telle, entre toutes, la Société parisienne des « Enfants sans-souci », dont le chef portait le titre significatif de « Prince des sots » et son lieutenant celui de « Mère sotte ».
Ces associations, nous le savons, donnèrent dans leurs divertissements périodiques, dans leurs f'arcerics, une place importante à des compositions et représentations dramatiques de divers genres. Parmi celles-ci figurèrent des jeux comiques imités de ceux des jongleurs-trouvères du treizième siècle, qui, d'ailleurs, avaient peut-être eux-mêmes, dans leur période de floraison, été admis par les clercs, entre lesquels parfois ils se recrutaient, à prêter leur concours littéraire, musical et mimique à la fête des fous. C'est par l'introduction, de jour en jour plus goûtée, dans cette fête cléricale et dans ses dérivés, de jeux ou scènes comiques, semblables ou analogues à celle (la Garçon cl de l' Aveugle, que s'explique, croyons-nous, rallrihulion spéciale aux pièces de cette sorte, dans le courant du quinzième siècle, du terme en soi plus général et plus compréhensif de farce, qui devint peu à peu l'appellation propre de ce genre dramatique et qui l'est demeurée depuis.
(1) Cf. Pclil (le Julloville, Les Comédiens en France (in nioijen âge, p. 1 13 cl suiv.
A ce fait linguistique comme au développement de ce genre dramatique et de notre ancien théâtre comique en général, ne contribua pas peu, tout conduit à le croire, une autre société parisienne, celle des clercs de la Basoche, fort étroitement apparentée, d'une part au monde universitaire, par conséquent ecclésiastique, de l'autre aux Enfants sans-souci. Les farcitures et farceries de toute espèce, etles jeux dramatiques en particulier, occupaient une place considérable dans les cérémonies et réjouissances basochiennes, et il n'est pas douteux que les membres de cette confrérie judiciaire se piquaient volontiers de littérature et de poésie et aussi d'invention comique. Un de leurs divertissements favoris, les causes grasses, était comme le pendant des sermons Joyeux des autres clercs.
« On ne sait, dit à ce propos M. Petit de Julieville (1), à quelle époque les clercs de la Basoche commencèrent à plaider au carnaval, tous les ans, ces causes fictives et plaisantes qu'on appelait « causes grasses », parce que les jours gras étaient le temps choisi pour ce divertissement ; plus tard, l'expression a pris un autre sens, du genre ordinairement licencieux de ces plaidoiries. Cet usage fut peut-être antérieur (chez les Basochiens) à celui des représentations théâtrales, et, dans ce cas, la mise en scène d'un plaidoyer burlesque put
O) Ouvrage (.'ilé, p. 90.
devenir urf acheminement très naturel à la mise en scène d'une farce quelconque ».
Pas plus que pour les moralités, nous n'avons Tintcntion d'entreprendre aujourd'hui l'étude complète et critique des farces du moyen âge, à leur époque d'épanouissement et de floraison, c'est-àdire au quinzième et au seizième siècle. Ici encore, nous renvoyons le lecteur aux excellentes pages déjà publiées sur ce sujetpar M. Petit de Julleville (1) et par M. Wilhelm Creizenach (2). Nous nous bornerons, pour l'instant, à quelques remarques générales, qui nous paraissent venir à l'appui de ce qui a été dit ci-dessus de ce genre dramatique et des origines du nom qu'il porte.
Parmi les farces dont le texte nous est parvenu, un bon nombre se rapportent clairement aux anciens jeux et scènes comiques des jongleurs, dont ils nous attestent bien la persistance et le développement dans le théâtre des Enfants sans-souci et des Basochiens, ou de leurs congénères. Telles sont, à n'en pas douter, des pièces comme cellesci : « Farce joyeuse à trois personnages, c'est à savoir : un aveugle et son valet et une tripière. — Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse, d'un chaudronnier, c'est à savoir : l'homme, la femme et le
[1) La Comédie el les mœurs en France au moyen âge, chap. iv, V et VI. — Répertoire du Ihéûlre comique, p. 104 el siiiv.
(2) Geschichle des neueren Dramas, t. I, p. 377 et suiv.
chaudronnier. — Farce nouvelle à cinq personnages des femmes qui font refondre leurs maris, c'est à savoir : Thibault, Collart, Jeannette, Percette et le fondeur. — Farce joyeuse à deux personnages, c'est à savoir : un gentilhomme et son page, lequel devient laquais. — Discours facétieux des hommes qui font saler leurs femmes à cause qu'elles^ sont trop douces, lequel se joue à cinq personnages. — Farce nouvelle du meunier et du gentilhomme à quatre personnages, c'est à savoir : l'abbé, le meunier, le gentilhomme et son page. — Farce nouvelle, très bonne et forl joyeuse, à trois personnages, d'un pardonneur (vendeur de fausses reliques), d'un triacleur (charlatan, vendeur de thériaque) et d'une tavernière. — Farce nouvelle à trois personnages, c'est à savoir : le sourd, son valet et l'ivrogne, etc., etc. »
Pour d'autres farces, au contraire, la tradition comique des jongleurs serait tout à fait insuffisante pour en expliquer l'origine et le caractère. Celles-ci portent manifestement la marque, à divers degrés, de l'inlluence de la société cléricale et scolaire. I Cette marque se reconnaît surtout dans certains emprunts faits par la farce aux genres voisins, mais plus savants, de la moralité et de la sotie, notamment dans la façon de concevoir et d'exprimer la satire, appliquée non plus seulement aux mœurs I et conditions des hommes, mais aux institutions et I aux événements contemporains, et dans l'introduc-
tion de personnages allégoriques. Telles sont, par exemple, les pièces suivantes :
« Farce joyeuse à cinq personnages, c'est à savoir : trois galants, le Monde qu'on fait paître et Ordre. — Farce nouvelle moralisce des gens nouveaux qui mangent le monde et le logent de mal en pire, à quatre personnages. — Farce morale à cinq personnages, c'est à savoir : Métier, jMarchandise, le Berger, le Temps et les Gens. — .Jeu extraordinaire fait par Jean Destrées et joué la nuit des Rois 1472. Les personnages de la pièce s'appellent Va- Partout, Ne-te-Bouge, Tout-le-Monde, le Vacherde-Chauny, deux dames, le Bon-Temps, un gendarme ».
Le passage et le séjour de la farce dramatique dans les réjouissances de la fête des fous, parmi les parodies bouffonnes et les farceries quasi-liturgiques, ne sont pas sans avoir laissé leur marque, non seulement sur le mot qui la désigne, mais sur le texte môme de certaines pièces de sa période de floraison.
C'est ainsi que la farce du Pèlerinarje de mariage se termine par une procession et des litanies burlesques, tout à fait analogues aux antiques joyeusetés farcies des clercs et des écoliers en liesse : l'un des acteurs
De femme pleine de tempête, Qui a une mauvaise tète Et le cerveau contaminé.
Libéra nos^ Domine...
l'acteur
Des hommes qui par jeux méchants •Vendent leurs robes aux marchands Pour être au jeu très obstinés.