‹ Origines catholiques du théatre moderneChapitre 65 sur 69 · THADÉE · texte numérisé non relu

THADÉE

a Jamais encore notre Maître n'avait été aussi honoré,

JUDAS

« A quoi bon j)areillc profusion ? ()a aurait pu employer cet argent à ([U(>hpie chose de {dus utile !

534 ORIGIXES CATIIOLIOUES DU THEATRE MODERNE TIIO.M.VS

« Je suis tenlé drtre aussi de cet avis [Madeleine s'agenouille el parfume les pieds du Sauveur).

JÉSUS

« Pourquoi murmurez- vous ainsi entre vous ? Pourquoi ]>làmez-vous ce qui a été inspiré par la reconnaissance d'un cœur aimant ?

JIDAS

« Répandre avec tant de profusion un baume si coûteux ! Quelle prodigalité !

JÉSUS

« Ami -Judas, regarde-moi bien ! Ainsi donc, tu appelles prodigalité ce qu'elle lait pour honorer ton Maître !

JUDAS

'« Je sais que vous n'aimez pas les dépenses superilues. On aurait pu vendre ce parfum bien cher et les pauvres auraient été secourus.

JÉSUS

« Judas, la main sur la conscience, est-ce purement la pitié pour les pauvres qui t'émeut à ce point ?

JUDAS

« On aurait pu tirer au moins trois cents deniers de ce parfum ! Quelle perte pour les pauvres et pour nous !

JÉSUS

« Vous aurez toujours des pauvres parmi vous, mais pour moi, vous ne m'aurez pas toujours... Laissez-la faire ; ce qu'elle vient d'accomplir envers moi est une bonne œuvre, rar si elle a répandu ce parfum sur ma lète, c'était pour me rendre par avance les honneurs de

LA lŒXAISSANXE

la sépulture. En vérité, en vérité, je vous le dis, dans tout lunivers où cet Évangile sera prêché, on racontera à sa louange ce qui vient de se passer. {A Simon) Merci pour ton hospitalité. Le Père du Ciel t'en récompensera.

SIMON

« Maître, ne parlez pas de récompense 1 Je sais ce que je vous dois.

JÉSUS

« Il est temps de partir. A vous tous qui habitez cette maison hospitalière, merci ! [Aux disciples) Pour vous, suiA'ez-moi. (Les disciples le suivent).

PIERRE

(( Maître, nous irons où vous voudrez, mais, de grâce, pas à Jérusalem 1

JÉSUS

» Je vais où m'appelle la volonté de mon Père, mais loi, Pierre, s'il te plaît de rester, demeure.

PIERRE

(( Seigneur, là où vous serez, je resterai; là où vous irez, je vous suivrai.

JÉSUS

« Suis-moi ».

Plus proche encore de l'Evangile, pénétrée et, pour ainsi dire, tout imprégnée de l'Ecriture, est la scène si émouvante du Cénacle, c'est-à-dire de rinslitution de l'Eucharistie (Tableau V, scènes I et II). Nous empruntons ici le résumé descriptif de M. l'abbé Prolois (1) :

(1) Article cité, Univers «lu 10 décembre 1900. — Cf. M"" Kmilc l'aii;^, traduclion citée,]). TiO cl siiiv.

« Jésus est à table au milieu de ses apôtres. Après quelques paroles tirées textuellement de l'Evangile, il dépose sa tunique, se ceint d"un linge que Jean lui présente, et verse de l'eau dans un bassin. Commence alors le lavement des pieds pendant lequel on entend un chœur d'anges invisibles. Ils chantent : « 0 humilité, ô amour ! Voyez le Maître qui s'agenouille aux pieds de ses disciples ! Il remplit envers eux l'office de serviteur I oh! souvenez-vous de sa charité ! Aimez comme il a aimé » !

« Jésus remet son vêtement, et se tenant debout au milieu des apôtres, il les regarde tour à tour : « \'ous êtes purs, dit-il, mais non pas tous ». Il s'assied, prononce encore quelques mots, puis se lève de nouveau. Il prend le pain, le bénit et le rompt, et faisant le tour de la table, il en donne à chacun une petite partie. Revenu à sa place, il prend la coupe remplie de vin, la bénit, et parcourant une seconde fois les rangs, il y fait boire tour à tour ses disciples. Il faut voir les apôtres, après qu'ils ont communié, incliner la tête, croiser les bras sur la poitrine, et se recueillir dans la prière, l'adoration, l'action de grâces. Pendant ce temps, des chœurs célestes exécutent un cantique très doux. L'émotion est i\ son coml)le, la salle frissonne, des larmes coulent de bien des yeux.

« De retour ;i son siège, le (Mii'ist se rassied, Jean lui dit : « Maître bien-aimé, non, jamais je

n'oublierai votre amour! .Maître, vous savez combien je vous aime ! » Et il appuie sa tête sur le cœur de Jésus. « 0 Maître plein d'amour, répètent les autres disciples, nous vous resterons toujours unis ! » Judas, lui, faisant en quelque sorte bande à part, paraît préoccupé et maussade. « Hélas ! dit tout à coup le Christ, il en est un parmi vous qui doit me trahir ». Stupeur des apôtres, qui prennent très exactement les attitudes indiquées par Léonard de Vinci dans son admiral)le tableau de la Cène. « Est-il possible I s'écrie Pierre. — Quoi ! Seigneur, dit André, l'un de vos apôtres? — Oui pourrait être traître parmi nous? dit Simon. — Ditesnous le nom de cet infâme, demande Jacques. — Pour moi, j'aimerais mieux mourir que de commettre un tel crime ! » dit Thadée. Judas ose demander lui-même: « Est-ce moi, Maître ? » Jésus lui répond tout bas : « Qui, c'est toi I » Jean interroge Jésus à voix basse : « Seigneur, qui estce ? » Et Jésus lui répond sur le même ton : « Celui auquel je vais donner un morceau de pain trempé ». Puis il donne le pain à Judas en disant: « Ce que tu as l'ésolu do faire, fais-le j)rom[)tement ».

« Ace moment, Judas se lève comme mù par une mystérieuse puissance, son regard s'attache une dernière fois et brusquement sur son maître, il se détourne ensuite tout d'une pièce et avec la démarche d'un halluciné il (piitt(; la salle. Cette sortie

est d'un effet des plus saisissants. Les apôtres, qui n'ont pas entendu Jésus le nommer, se demandent pourquoi il s'en va et supposent que le ^laître l'a envoyé acheter quelque chose ou porter quelque aumône aux pauvres. Judas parti, le Christ se lève et invite les apôtres à réciter avec lui un hymne d'actions de grâces. C'est un beau spectacle que celui de ces hommes, les yeux levés vers le ciel, avec Jésus au milieu d'eux, rendant gloire à Dieu. Suit un moment de silence. Le Christ parait songer. Les disciples l'entourent et le regardent avec tristesse. 11 leur adresse des paroles d'encouragement et leur renouvelle son commandement de s'aimer les uns les autres. Après quoi, tous s'éloignent ».

D'autres scènes nous offrent le développement dramatique, par voie d'induction et de vraisemblance, des indications de l'Evangile. Telle la scène simple, naturelle, et par là poignante, mais courte et nettoyée, pour ainsi dire, de l'odieuse et prolixe trivialité des mystères du moyen âge, où Jésus, dans la maison de Caïphe, nous est montré livré aux insultes des valets (Tableau IX, scène VII).

« Jésus, assis an milieu de la li-oupe des soldais.

LES VALETS, ù louv de l'nle

^< Ce tronc n'est-il pas trop dur pour loi, grand roi ? — Nous te saluons, dominateur nouveau. Mois assiedsloi donc solidement, je crains (pie lu ne londjes ! (//

cherche à faire lomber Jésus). — Tues un grand prophète ; dis-nous donc, grand Élic {Il le frappe)^ dis qui t'a frappé ! Est-ce moi ? Es-tu sourd ? (// le secoue) Dors- tu ? Il est sourd et muet ! Beau prophète ! (// le [ail tomber de son siège. Jésus tombe tout de son long à terre). Hélas 1 hélas ! voilà noire roi à bas de son trône ! Qu'allons-nous devenir à présent ? Nous n'avons plus de roi ! Tu es vraiment digne de compassion, homme extraordinaire 1 Allons, aidez-moi à le replacer sur son trône ! {Ils le relèvent). Relève-toi, roi puissant, reçois de nouveau nos hommages 1

UN ENVOYÉ DE CAÏPHE, entrant « Eh bien, comment va le nouveau roi?

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