TOUS
« Bon voyage. Ion règne est fini » (1).
Une scène analogue, fort remarquable, et d'un caractère, pour ainsi dire, sliakspearien, est celle du reniement de saint Pierre. (Tableau IX, scène
(1) Traduelioii cil6e, [>l^. 10'M03.
V). Enfin, il en est où l'aulcur a non seulement pu, mais dû se livrer davantage encore à son inspiration propre, soit sur le fondement de la tradition catholique, comme dans la belle scène des adieux de Jésus et de la Sainte Vierge à Béthanie (tableau III, scène V), soit par une tentative d'iniluclion psychologique, comme dans le monologue <lu désesi)oir définitif de Judas (tableau X, scène VII) :
La scène se passe dans un bois.
JUDAS
« Où fuir pour cacher ma honte ? L'obscurité d'une forêt n'est pas assez noire, les trous des rochers ne sont pas assez profonds pour me cacher. 0 terre, engloutismoi... 0 mon Maître I 0 le plus parfait de tous les hommes, je vous ai vendu ! Je vous ai livré aux outrages et à une mort ignominieuse 1... Et il a toujours été si bon pour moi ! Gomme il me consolait lorsque parfois de sombres pensées s'emparaient de mon àme! Avec quel amour il m'a averti, alors que je roulais déjà dans ma tête un projet de trahison ! 0 maudite avarice, c'est toi qui m'as perdu ! Je ne suis plus digne d'être le disciple, l'apôtre de Jésus, je n'oserai plus jamais paraître devant l'un de mes frères. Repoussé de toute société humaine, partout honni et partout détesté mrme de ceux qui m'ont entraîné, j'errerai seul, dévoré par le feu brûlant du remords. Oh ! si seulement je [)ouvais voir encore une fois son visage ! Je m'attacherais à mon Maître, si je le revoyais, comme un naufragé s'attache à l'unir^uc planche (pii peut le sauver... Mais il est au cachot ; il a peut-être déjà péri
viclime de la riireur de ses ennemis. Oh 1 non, non, je ne le reverrai jamais... Il est mort, et c'est par mon crime ! Malhenr à moi 1 je suis devenu le rebut de Thumanité, il n'y a plus d'espérance pour moi. Mon crime est trop grand pour que j'en puisse jamais obtenir le pardon. Jésus est mort, et c'est moi qui l'ai perdu !... Oh ! dans quelle heure fatale ma mère me mit-elle au monde!... Supporterai-je plus longtemps le supplice que j'endure ? Non, je n"v puis résister. Je vais me défaire d'une vie maudite. (// ôle sa ceinture el se la passe autour du cou). Viens, serpent, enlace-moi 1 KtoutTe le traître ! «
(Le rideau tombe) (1).
Le principe qui a servi de guide dans la composition du drame actuel de la Passion d'Oberammergau, à savoir la fidélité la plus grande possible au texte ou du moins à l'esprit de l'Evangile, a permis une expression, émouvante dans sa simplicité, des caractères, si variés et si significatifs, des personnages du divin récit. Toutefois, notre drame a le mérite propre de quelques idées ou développements heureux. Ainsi, ce sont les marchands du Temple qui, furieux de l'affront mérité reçu par eux de Jésus-Christ, se chargent de gagner Judas. Ilérode et Pilale nous sont présentés avec une remarquable vraisemblance, non seulement morale^ mais historique. C'est bien un magistral romain, qui se fait entendre à nous dans ce dialogue de Pilate et des prêtres juifs (tableau XI, scène II) :
(1) Ti'ndiicliuii ciléi-, p|i. Ill-llT).