ÉTIENNE DE TOULOUSE
§ XXVII.--II a été question, aux pages 24 et 62, d'un libraire bordelais qui pourrait être issu du premier mariage de Gilette Moline. Nous avons trouvé, dans les minutes du notaire Brunet, le contrat de mariage que ce libraire passa le i8 janvier i5-6, ancien style, avec une veuve, désignée par son prénom et le nom d'une ville, Gratienne de Nyort. Parmi les témoins de cet acte, figure un autre maitre libraire de Bordeaux, nommé Jean Gu.Kart ou Guirard, le nom est assez mal écrit pour laisser quelque incertitude; mais il est très-probable que si la première lecture de ce nom est la meilleure, ce Jean Guyard n'est autre que le second mari de la mère d'Étienne de Toulouse. En sorte que, la même année, Étienne de Toulouse aurait été nomné exécuteur testamentaire de la femme de Jean Guyar,t, et Jean Guyard aurait servi de témoin au mariage d'Etienne de Toulouse.
Quoi qu'il en soit de cette conjecture, il est certain que ce jeune libraire occupa une place importante dans le commerce de la librairie à Bordeaux. En 543, il était associé avec Louis Rosthelin, et les deux associés faisaient imprimer à leurs frais, et probablement dans l'imprimerie de François Morpain, un Missel in-tblio, bien supérieur, comme exécution typographique, à tous les produits de l'imprimerie bordelaise dont nous
ORIGINI:.S Dg L'IMPRIMERIE.
avons eu a nous occuper. Pourquoi François l\Iorpain, si c'est lui qui a fait ce livre, ne l'a-t-il pas indiqué ? Nous ne pouvons le dire; mais il est certain qu'on retrouve dans ce Missel plusieurs lettres initiales, dont Gaspard Philippe et Jean Guyart s'étaient servis pour l'impression des uvres de Tarregua.
Voici le titre du Missel imprimé pour Étienne de Toulouse et Louis Rosthelin. Je n'en connais d'autre exemplaire que celui que possède la Bibliothèque de la ville, T. 4o i4 " corr«ctum : cure aitiort¢ fiiii miarum : scitic¢t mia « Sebastiano, de sancto Rocho, de sancto Ra2/zaele, de sancto doseph, de sancta Neomadia, de Tribus Sororibus, In locis laro2riis atque de Nomine Jesu, Nostre Domine Pietatis, de ejus 2resentatione, missa de sFasmo beate Marie, de sancto Sudario, de sancto Gabriele, de sancto dob, de sancto Bonaventure, de dedicatione Ecclesie, misse t'entenarii, beati Amandi et sancti Gregorii ; cure Fluribus aliis que nunquam in Usu fuerunt posite ; cure missis votivis.--Impressure extmnsis honestomtm virorum Stethani Tholoue et Ludovici Rostelin, bibliotolarum.-- Venundantur Burdegalis (sic) in officina Stwhani Tholou(e et Ludovici Rostelin. -- t..XLIII.
Ce titre est entouré d'un cadre composé de vignettes au trait, représentant des rinceaux, des personnages et des animaux fantastiques. Sur l'une des vignettes du bas sont figurés deux anges agenouillés, soutenant une croix fleuronée, à droite d'un écu resté en blanc. Le Missel est précédé d'un calendrier, semblable à celui que nous avons signalé dans le Bréviaire du dio-
ÉTIFNNE DE TOULOUSE. 7 cèse de Bazas (pag. 17) , et dans lequcl les vers un peu libres du mois d'aoùt n'ont pas été oubliés.
D'après le registre des signatures, qui se trouve à la fin du i oe feuillet, ce volume doit contcnir cn tout OE6o feuillets.
Le premier feuillet du Dominicale, comme celui du frontispice, est encadré de vignettes dans lesquelles se trouve un écusson resté blanc. Parmi les initiales ornées qui décorent ce premier feuillet, l'imprimeur a placé une petite gravure dans laquelle figurent, au premier plan, Bethsabée, montrant les nudités qui excitent la concupiscence de David.
Le Sanctorale est précédé de deux grandes gravures sur bois, représentant, encadrées par les mêmes vignettes que le frontispice : sur le feuillet à droite, Dieu le lère entouré des l'vangélistes ; et, sur le feuillet a gauche, le Cruci, fiement. Dans cette dernière gravure on distingue, sur le poitrail d'un cheval, ces trois lettres : ¥T ; elles désignent probablement le nom du graveur.
Le feuillet qui commence le Commune est resté blanc.
Je ne connais aucun autre renseignement sur Étienne de Toulouse; mais» comme je l'ai dit, il est probable que ce nom de Toulouse était le nom de la ville où il était né, ou celui de la ville dans laquelle il avait été reçu compagnon, et non pas le nom de son père. J'ajoute que, par le mëme motif, il n'est pas invraisemblable que le célèbre libraire Jean de Bordeaux, qui édita, -à la fin du XVlO siècle, tant et de si beaux ouvrages, n'ait été en réalité le fils puiné de Gaspard Philippe et de Gilette Moline.
PIERRE DE LADIME.
Depuis la mort de François Morpain, imprimeur très-habile, comme le prouve son édition des Coutumes de Bordeaux jusqu'à l'établissement de l'imprimerie de Simon Millanges, dont on ne connaît aucune édition avant i573 , l'histoire de la typographie bordelaise ne peut citer le nom que d'un seul imprimeur, Pierre de Ladime, et encore on ne trouve de lui qu'un opuscule. On pourrait croire que l'imprimerie avait disparu de Bordeaux, si quelques renseignements fournis par des documents étrangers à la typographie proprement dite ne venaient prouver le contraire. Ainsi, les registres du Parlement mentionnent trois priviléges accordés pour l'impression d'un calendrier ecclésiastique et de diverses ordonnances royales dont je dois la connaissance à l'obligeance de M. Émile 13rives-Cazes.
Le premier, daté du 22 décembre I545, est ainsi conçu « Sur la requeste presentée à la Court par maistre Germain de Berry, prestre, et pieces à icelle attachées, la dite Court a permis et permet au dit de 13erry de conlposer et faire imprimer le Calendrier selon l'usage de l'eglise metropolitaine Sainct-André de Bourdeaux, jusques deux ans prochainement venant, et faict inhibition et deffence, à tous imprimeurs, libraires et à tous attltres, de ne les imprimer, expotser ne mectre en vente pendant le dit temps, à peine de
PIERRE DE LADIME.
perdiction des dits Calendriers et de tous livres, ou d'aultre amende arbitraire ».
Le second est en date du 27 novembre t549 :
« Sur la requeste presentée par Guillaume Le Boullengier, libraire de ceste ville de Bourdeaulx, par laquelle requeroit qu'il plust aux commissaires ordonnez par le Roy "a l'exercice de la justice souveraine en dernier ressort au Parlement de Bourdeaulx, durant la surceance d'iceluy, lui octroyer et permettre imprimer ou faire imprimer les lettres patentes, edict et ordonnance faictes par le Roy, sur l'extinction, abolition et suppression de ses greniers, gabelles et officiers pour l'exercice d'icelles ès pays de Poictou, Chastellerault, Xancronge et gouvernement de La Rochelle, Angoulmois, hault et bas Lymosin, hault et basse Marche, Perigort, enclaves et autres ressorts d'iceulx, publiées et enregistrées le douziesme jour d'octobre dernier en la chambre ordinaire, durant les vaccations, au Parlement de Paris, et pour luy ayder à se rembourser des fraiz qui pour ce faire luy conviendroît supporter, ordonner defenses estre faictes, à touz marchans libraires et imprimeurs de ceste ville et ressort dudit Parlement, de n'imprimer ou faire imprimer, vendre ou debiter lesdictes ordonnances jusques à ung an prochain : Veue ladicte requeste, et ouy, sur ce, le Procureurgeneral du Roy, lesdits commissaires ont permis et permectent audit Guillaume Boullenger d'imprimer ou faire imprimer lesdictes lettres patentes, edict et ordonnance; faisans inhibitions et defenses à tous marchans libraires et imprimeurs, tant de ceste dicte ville de Bourdeaulx que autres du ressort dudit Parlement, d'imprimer ou faire imprimer lesdictes lettres,
ORIGINES DE L IblPRIbIERIE.
edict, ordonnance et n'en vendre jusques -a ung an prochain venant, sur peine d'amende arbitraire.
Le troisième, daté du 8 février I549, ancien style, porte : « Sur la requeste presantée par Guillaume Le Boulengier, libraire de ceste ville de Bourdeaulx, aux fins que luy soit permis faire imprimer les ordonnances naguières faictes par le Roy sur le faict des monoies, contenues par lettres patantes, sur ce par le dict Seigneur octroiées à Fontainebleau, le xxe de janvier dernier passé, publiées et enregistrées en la Chambre des Monoies, à Paris, le dernier jour du dit mois, et, pour luy aider "à se rembourser des frais que pour ce faire luy conviendra supporter, ordonner defenses estre faictes à tous marchans, libraires et imprimeurs de ceste ville et ressort de la dicte Court de ne imprimer ou faire imprimer, vendre ou distribuer les dictes ordonnances, d'autre impresse que du dict Boulengier, durant deux ans prochains venans, à telle peine que la Court verra estre à faire; Veue la dicte requëte ; la copie des dictes lettres; et ouy le Procureur-général du Roy qui a dict ne vouloir empescher le contenu de la dicte requeste; Dict a esté que la dicte Court a permis et permet audict Guilhaume Le Boulengier d'imprimer ou faire imprimer les dictes lettres patantes contenant les ordonnances faictes par le Roy sur le faict des monoies, faisant inhibition et défense, sur peine de cinq cens livres tournois, audict seigneur applicables, à tous marchands, libraires et imprimeurs, tant de ceste ville que autres villes et lieux du ressort d'icelle Court, de ne imprimer ou faire imprimer, vendre ou distribuer les ordonnances au ressort de la dicte Court, d'autre
PIERRE DE LADIblI'.'.
impresse que celle du dict Boulengicr, durant deux ans prochains venans ». [Archives départementales de la Gironde, B. 28. Parlement de Bordeaux" atrëts ; 549.} M. J. B. Gergerès [Histoire de la Bibliothèque..., pag. 63],assure, d'après des notes manuscrites de l'abbé Bellet, ancien membre de l'Académie de Bordeaux { Notes et Mémoires sur Bordeaux..., n 5, daag. 38], qu'il y avait eu ,à Bordeaux, en l'année 1552, un imprimeur nommé Larue, demeurant dans la rue Bouhaut, mais qu'il n'avait imprimé que des Prophéties de Nostradamus, des Ahnanachs, des Catons, des Allahabets et même des Deslaautères, et que, pendant vingt années, il n'avait eu pour collègues que quelques petits imprimeurs fort pauvres et fort ignorants.
Le seul ouvrage imprimé par Pierre de Ladime, qui soit parvenu jusqu'à nous, est intitulé : Antiquités de Saintes. A Bordeaux, Pierre de Ladime, 1571 , in-4 ° de 36 ff.
Le frontispice, qui ne porte pas le nom de l'auteur, est orné d'un écu de France surmonté de la couronne fermée. Dans la préface, l'auteur, Élie Vinet, raconte comment, en 1568, étant à Montignac-Charente, chez M. de Lagebaston, Premier Président au Parlement de Bordeaux, il lui prit fantaisie de rassembler les notes qu'il avait recueillies sur la ville de Saintes, comme il avait déià fait voir par l'impression ce qu'il avoit de l'antiquité de Bourdeaus, 13ourê," et En,ffoulesme. Ces opuscules avaient été imprimés à Poiticrs.
Dans un manuscrit de la Bibliothèquc de la Ville
84 RÉSUMÉ CHROBIOLOGIQUE.
{Catalogue de M. de Pontac, pag. 586], on trouve mentionné, comme imprimé 'a Bordeaux, mais sans indication de format ou d'imprimeur un opuscule intitulé- Lettre du Ro 3, à M. de Pontac sur le pate A lexandre vit. I 5 5 5.
J. Tournon, Liste chronologique des ouvrages des médecins et chirurgiens de Bordeaux... Bordeaux 799, Lamalle, in-8, pag. 3, cite, du médecin Reulin, un ouvrage qu'il déclare n'avoir pas vu et qu'il indique ainsi De recto cibariorum ordine libri duo. Burdigalce, 1560.
M. Bernadau, dans ses Mélanges manuscrits, t. iv, P. 73 i, signale encore, comme imprimé à Bordeaux, l'ouvrage suivant : Copie des lettres dz« Roi et du seigneur de Lansac au seigneltr de Pardaillan, gouverneur de Bla3e , avec la resloonse par 110 faite à Sa Majesté et audict sieur de Lansac, 1569, in-8. La Bibliothèque Impériale (L b. a__a, no 28) possède un exemplaire de cet ouvrage, mais sans nom de lieu.
Je n'ai pu trouver aucune autre mention de livres imprimés ,à Bordeaux avant l'année 573.