‹ Origines de l'imprimerie en GuyenneChapitre 9 sur 16 · JEAN GUY ART · texte numérisé non relu

JEAN GUY ART

qui sont signés par 4 poinçons typographiques, dont le registre est noté à la dernière ligne du dernier tableau (t).

Ces tableaux ne portent aucune date et aucun nom d'imprimeur.; mais ils ont été évidemment imprimés pour faire suite aux ouvrages que Jean Guyart acheva d'imprimer le 19 octobre x 524.

Pour ne pas trop interrompre l'ordre chronologique des ouvrages sortis des presses de Jean Guyart, nous ajournons, pour quelque temps, la suite des autres ouvrages composés par Gabriel de Tarregua.

§ XII.--Mentionnons d'abord une curieuse plaquette qui porte ce titre : on»lilulione retar¢rii»imi in Çrito atri et omini omini oanni  uro i et »an«te t«t¢sia metropotitana u¢flat¢nsi t noo ¢it¢ (2)» correcte» et tmenale, anno omini mittesimo quingentenimo viceimo quarto. um pripitegio. Le frontispice est encadré de vignettes et frises en bois, grossièrement gravées et ajustécs, et renfermant, en outre du titre ci-dessus, les armoiries gravées sur is du jeune archevëque (3). Le recto du

(1) La Bibliothèque latine de Lacroix Du Maine (t. 6, p. 75), ne cite que cet ouvrage de Gab. deTarregua, et se contente d'ajouter à son titre ces mots : Sine ubi et quando. Rigoley de Juvigny explique ainsi cette-addition : ,, Jocularis locutio, ad epistolas obscuforum -irorum releganda, pro nulla neque loci neque temporis nota. »

(2) Il est probable, mais rien ne le constate, que la première édition, faite vers i 5o2, et dont il est ici question, avait AtF. aussi imprimée par Jean Guyart.

(3) Ces armoiries, assez compliquées ou très-riches, comme dit Jér6me Lopès • l'Église métroivolitaine , iv. 279, représentent un écu portant, au premier parti : écartelé; au « de Navarre, au 2' de Foix. au 3" de B6arn, au 4" de Nevcrs; ct sur lc tout de Bi-

frontispice est tout entier occupé par une gravure sur bois, encadrée de vignettes ou frises, dans laquelle sont représentés • Dieu sur son trône, bénissant la Vierge agenouillée qu'un ange couronne, et sous laquelle est cette inscription remarquable - Ora pro populo. L'ouvrage imprimé en caractères gothiques, orné d'une initiale sur bois et de rubriques en caractères plus gros que ceux du texte, est sans pagination et porte les quatre signatures pour les lettres A. B. C. D. L'imposition du feuillet D. a été mal faite- le folio D. . précède le folio D. i., et le folio D. iii. ne porte pas de signature. La feuille E. n'a que deux feuillets. Au recto du dernier feuillet se trouve une épigramme en seize vers latins, dans laquelle Élie André, bordelais, célèbre les mérites des constitutions de Jean de Foix. Le verso de ce dernier feuillet est occupé par la grande marque de Jean Guyart, que le Manuel du Libraire a publiée, et au-dessous de laquelle on lit • .mtreunl oLumbe commormtt,m anno tlIomini miLurriiii lfie u«ro tt m,ttei mrtrtii. L'année commenc, ant alors à Pâques, et Pàques

gorre; au deuxième parti : écartelé en sautoir; aux " et 3" de Sicile, au z" de Castille, au 4  de Lon. Lopès, auquel nous renvoyons les curieux, a blasonné les émaux de ces différentes partitions.

Jean de Foix, fils de Jean de Foix, captal de Buch, et de Cathefine de Foix, était frère de la reine de Hongrie; il avait été nommé archevêque de Bordeaux à l'âge de 8 ans, en I5o. Ses constitutions ont été publiées en  5o2, ainsi que le constate la première rubrique : « Calebrata die martis post officium misse misericordia, anno Domini millesimo quingentesimo secundo. » Il mourut le 25 juin 1529, et fut enterré à Langon, dans l'église des Carmes.

JEAN G UIt/kRT. 3 7 de x 524 étant le 27 mars, il en résulte que ce 15 mars appartenait à l'année i525. La Bibliothèque de la ville de Bordeaux, T. 3o327.5 , possède l'exemplaire que ie viens de décrire.

§ XIII.-- Quoique plusieurs années se soient écoulées entre les dates des divers ouvrages imprimés par Jean Guyart, qui nous sont connus, il est bien certain que, pendant ces longs intervalles, l'imprimeur et ses presses ne restèrent pas oisifs, et que, si nous ne connaissons pas les ouvrages qu'ils ont produits, cela ne prouve pas que ces ouvrages n'ont pas existé. Nous avons déjà dit comment, le x8 juillet i526, honnête femme Gillette Moline, veuve de Gaspard Philippe et femme de Jean Guyart, avait fait son testament. Elle laissait cinq enfants de ses deux mariages; et, très-probablement, elle mourut bientôt après avoir fait ce testament. Quoi qu'il en soit, le 2 avril I526 (ancien style), un autre acte, conservé par les minutes du mëme notaire, nous fait connaître un traité que Jean Guyart passa avec un maitre menuisier, pour se faire fabriquer une nouvelle presse. Nous l'insérons textuellement :

2 avril  526.

[Sachent tous] que [par devant moy notaire soubzsigné a esté] personnellement estably Arnault de Vignac, maistre menuisier, demeurant rue Bocquière, paroisse St Michel de Bourdeaux [lequel] a promis et promet, doit et sera tenu et obligé par ses presentes faire les boys d'une presse pour imprimer (I) à Jehan Guyart, maistre emprymeur de Bourdeaux, bien juste

(,) Lcs mots 'our im,ri»wr sont répdtés deux fois dans le texte.

ct bicn forte, et les coustés qui tienncnt lcs somycrs soit expoix dc cinq doix ou cnviron; et lc somyer qui ticnt la prcssc soit bon et fort, de l'espoiseur de dix doix; lc tout bicn faict ct de bon boix dc noycr, sccq, commc il aparticnt.

Plus, et touchant la ferure, lc dit maistre mcnuisicr sera tenu la venir ayder a pouser; lequel ouvrage il rendra faict dedans le dixiesme iour du mois de may prochain venant, sans aucun contredict. Pour lequel ouvrage faire le dit maistre sera tenu payer au dit maistre menuisier la somme de sept francs bourdelois, sur quoy luy a avanssé la somme de cinquante sols tournois, et le reste du lui baillera et poyera en faisant le dit ouvrage, et lui fera fin de paye, quant tout sera faict, sans aucun contredict. Et pour ce faire oblige [sa personne et biens] ce promettant rendre et tenir.

Presents • François Pillon, maistre chaussetier de Bourdeaux et messire Pierre Boyer, prebtre, dit Poupet, resident en l'église S te Colombe de Bourdeaux, tesmoings. {Archives départementales : E, minutes de Brunet, 67.4. ) § XIV. n Un an plus tard, en 1528, nous trouvons encore un autre ouvrage imprimé par Jean Guyart, ouvrage dont l'existence était constatée depuis près d'un siècle, et connu de tous ceux qui s'occupaient de l'histoire et de la iurisprudence de nos contrées (i), quoique le 2tlanuel du Libraire ait continué, iusqu'en 1842, de signaler Les Gestes des Solliçiteurs, impri-

(t) Voyez IvlM. de Lamothe • Coutumcs du resçort du Parlement de Bordeaux... Bordeaux,  768, Labottière, in-8, t.

JEAN GUYART. 39 més en 529, comme le premier et le seul ouvrage imprimé à Bordeaux par Jean Guyart.

La révision des différentes coutumes locales de la Guyenne, commencée sous Louis XII par le premier président de Lamarthonie, et interrompue par la mort de ce magistrat, avait été reprise sous François I% et confiée au nouveau premier président François de Belcier. Le travail principal, quant à la coutume particulière de Bordeaux, paraît avoir été achevé et promulgué le z3 juillet 152 lj néanmoins, comme le travail relatif aux autres coutumes du ressort du Parlement de Bordeaux n'était pas encore achevé, et que, même pour quelques articles de la coutume de Bordeaux, différents points n'avaient pas été complétement décidés, personne n'avait encore songé, depuis six ans, à faire connaître par l'impression le texte des coutumes réformées. Enfin, à la suite d'un arrët, qui, le  8 mai  5",7, avait tranché un point important relatif à l'article  o  de la nouvelle coutume, Jean Guyart, qui était probablement imprimeur du Parlement, sollicita ou reçut du Parlement l'ordre ou le privilége de faire imprimer le texte des nouvelles coutumes de Bordeaux, pays Bordelais et des Landes. Le privilége accordé pour trois ans était daté du 4 sept.  527.

Par une cause quelconque, l'impression confiée "à l'imprimeur du Parlement marcha lentement, et, dans l'intervalle, Jean de Pontac, greffier civil et criminel, qui avait compris les bénéfices que pouvaient rapporter le débit de cet ouvrage, s'adressa directement au Roi, et en obtint, le 28 février 527 et 1528, selon notre manière de compter, le privilége de faire imprimer, à ses frais et mises, les coutumes de Guyenne nouvelle-

ment réformées, et qui n'ont jamais été imprimées; mais, ajoute le privilége royal, comme Jean de Pontac redoute qu'aussit6t qu'il les aura faites imprimer aucuns libraires ou imlrimeurs les oulsissent aussi faire imlrimer et débiter à leurs profits larticuliers, le Roi, attendu que lesdites coutumes sont pour le bien, profit et utilité de la chose publique, lui donne le privilége de les publier et faire vendre à son profit, à juste prix, ]aour recouver ses frais et mises, pendant quatre ans.

En conséquence, l'impression faite à Paris pour Jean de Pontac par Jean Gerlier, et commencée après le I er mars 1528, fut apportée à Bordeaux avant le or juin 1528.

Jean Guyart ne se laissa point effrayer par ce privilége revêtu de l'autorité royale, aussit6t il porta plainte àson protecteur naturel le Parlement, et, le 6 juin 528, il en obtint un arrêt qui défendit à M. de Pontac de faire vendre, de quelque manière que ce soit, les coutumes qu'il avait fait imprimer à Paris, sous peine de i ooo liv. d'amende ; mais sans deslens , et laour cause ( i ).

(t) Les exemplaires des Coutumes de Bordeaux, imprimoees à Paris en  5z8 par Durand Gerlier, n'ayant pu être mis en vente, sont naturellement devenus très-rares. Cependant, cette édition n'a pas obtenu l'honneur d'ètre mentionnée dans le 3Ianuel du Libraire. Quant à moi, je ne connais que l'exemplaire conservé dans la réserve de la Bibliothèque publique de Bordeaux. Il paraît même que les MM. de Lamothe, qui parlent de ce volume dans leurs commentaires (Coutumes dt« ressort.., t . xxxvm, note 37), n'avaient pas pu conférer le texte de cette édition avec celui qu'arait imprimé J. Guyart. C'est un volume in-8 imprimé en lettres de forme, intitulé • Les Coustumes généralles de la ville de Bottrdeanlx, seneschaucée de Guienne et pa),s Bourdeloys.

JEAN GUYART.

Le texte, commencé depuis si long-temps par Jean Guyart, fut enfin achevé d'imprimer le 3 juillet z 528. Le frontispice porte ce titre en rouge et noir : et imprimc¢e aui¢t our¢autr par ¢Çan Oapart, tibraire ¢ t'uni- Puis viennent les armoiries de la ville de Bordeaux, gravdes sur bois, que nous donnons ci-dessous, et qui sont encadrdes par diverses vignettes grossièrement austdes.

Au-dessous de cette gravure, on lit : t3 ne e,,oent à ottrcautr en la boutique e .cOart uÇart tibrair¢ cmcura,tt ¢unt l'cgliee e aiactc-oEolombc.

Le volume, format petit in-4% en lettres de formes,. contient 20 ff. chiffrés portant les signatures A-E précédés de deux feuillets où sont imprimés - le titre.

ORIGINES DE L I/IPRIIEIIlE.

le privilége, un arrêt du Parlement contre le gretfier du Parlement, J. de Pontac, et la table des matières. Cette édition est ornée, en sus du frontispice "par de grandes initiales en bois; par une grande vignette qui occupe tout le verso du ff. 4, et dont le centre représente les armes de France entourées du collier dc l'ordre de Saint-Michel (i); et enfin, au verso du dernier feuillet, par une des marques de Jean Guyart,

(  ) Au-dessous de ces armoiries est une inacription manuscritc, en partie btonnée, et ainsi conçue • Picrre Lagarde, latifde Bo,-,teaux, fils à fe,,g Jeha de Lag,,ar.tc.

JEAN GtYAR r. 4 3 représentant une niche, style renaissance, dans laquelle une femme, en costume du temps, soutient un cartouche qui cache tout le bas du corps, et sur lequel sont représentés un I et un G liés par un cordon entrelacé. Au-dessous est écrit, sur une banderolle flottante : Jehan Guyart, ainsi qu'on peut le voir dans la gravure que nous vcnons de reproduire.

J usqu'ici, on n'a signalé qu'un seul exemplaire de ce volume : c'est celui que possède la Bibliothèque de Bordeaux (J., 2647 ou 2968o); il est imprimé sur vélin-veau. C'est probablement le même exemplaire dont MM. de Lamothe avaient signalé l'existence dans la bibliothèque de M. de Labat de Savignac, il y a un siècle, en 768 [Coutumes... t. i, p. xxxv, zote 37). Depuis, il avait passé dans la Bibliothèque de l'ancienne Académie de Bordeaux. Une misérable reliure moderne en a impitoyablemcnt rogné les marges chargécs de très-nombreuses notes d'une écriture du xvic siècle. Malgré la rareté exceptionnelle de ce volume et sa notoriété séculaire, cet exemplaire n'avait dté signald ni par les premières éditions du ,4lan,tel du Libraire, de M. J. Ch. Brunet, ni par le Catalogue des livres, imprimés sur vélin, de M. Van-Praët ().

() Cette édition des Coutumes n'est pas le seul livre, imprimd sur vdlin, possdd par la Biblioth;:que publique de Bordeaux, et dont aucun bibliographe n'a signalé l'existence. Je puis indiquer les volumes suivants :

T.  56. -- Heures à l'usaige de Rome .... achevées d'imprimer à Paris, le 8 aofit 498, par Philippe Pigouchet. M. J. Ch. Brunet (Mamwl dt« Libraire, t. v, col.  57z), n'en parle pas; cependant lI. Van-Pra?t (Catalogue... t. x, /. 5, no .o 4 bis], avait signald, sans le ddcrire, un exemplaire de cette 5dition qui figurait dans le catalogue de

C'est un lignes.

§ XV.-- Nous arrivons enfin au livre qui, jusqu'en 1842 , passa généralement pour le premier livre imprimé en Guyenne, et le premier imprimé par Jean Guyart : t qui ont Lcure r¢ormatcure.

petit in-#o, gothique, de J o ff.  longues

La richesse de la reliure et des gravures miniaturdes qui ornent notre exemplaire, méritait une description spéciale; la description donnée par M. J. B. Gergers. (Histoire de la Bibliothèque de Bordeaux, 2o. I79), peut y suppléer.

T. i 1562. -- Heures à l'usaige de Rome .... Paris, Gillet Hardoo'n, sans date, almanach de i5i 4 à i529. M. Van-Pra2t n'avait pas connu cette édition. M. J. Ch. Brunet (3Ianuel .... , t. v, col. i636, no OE44) en donne une description incomplète, et ajoute qu'un excmplaire de la vente Libri a été payé 55 ff. 5 cent. M. J. B. Gergerès n'a point ddcrit notre exemplaire, dont le premier feuillet de garde est orné d'un écusson miniaturé portant" De gueules à six faces d'or, à la bande de gueules chargées de trois croisettes recroisettées du second et à la bordure engreslée d'argent. Au-dessous de ces armoiries, on lit une signature • d. de Crappier. Sur le dernier feuillet de garde, on trouve cette autre inscription " De 3Ialgeneste szty-s, 1584; et, un plus bas • Ses presentes heures ont esté dom,ées k, ar 3Ionsieur de CraFkqer à damo.yselle 3lar)'e de Cont.y, damo.yselle de 3lalgeneste, par testament. Les plats de la reliure ont été gauffrés • d'abeilles, de fleurs de lys et de figures grotesques.

T. 31647 . -- Heures à l'usaige deRoume.., le 4 août i5oo, par Anthoine Verard. Le mot Roume a été écrit à la plume. M. Van-Praët n'a pas connu cette édition; mais M. J. Ch. Brunet (3Ianuel .... , t. v, col. 16o7, no  3 i), dit que Jos. Molini (Oerette, v. tg), possédait un exemplaire de cette édition, imprimé sur ,oelin, avec figures miniaturées. Il serait difficile de dire si l'exem- .r, laire que possède la Bibliothèque de Bordeaux (il n'est pas inscrit

JEAN GUYART. 4 5

Au second feuillet, on lit : «s®«a¢»«s $oilidt¢urs «ontterrainWpar ces mots :

3mprimi à Bourtautr Le int tt tr0ieim¢ jour t aouet L'an mi[[ dnq «n ç£i£ par ¢Oan OuÇart imprim«ur «m«urant aut ourtautr ¢vant t'¢tiee ain«t¢-outomb¢. Cette plaquette est fort rare, et ne se trouve pas reproduite dans les recueils, plusieurs fois réimprimés, des opuscules, la plupart très-licencieux, composés par un ecclésiastique du nom d'Eustorg ou Hector, nWA Beaulieu, dans le Bas-Limousin.

M. Léonce de Lamothe {ComFte-rendu de la Commission des Monuments historiques, 1848, p. 30) prétend que Jean Guyart imprima, en 1530, une seconde édition des Gestes des SolIiciteurs, et il donne mëme une espèce de description de ce volume. M. J. B. Gergerès/Histoire de la Bibliothèque de Bordeaux, p. 62) confirme cette assertion ; mais, comme MM. de Lamothe et Gergerès n'indiquent pas où ils ont vu cette édition inconnue à M. J. Ch. Brunet, il est assez probnble qu'ils ont été tous deux induits en erreur par un renseignement mal compris.

sur ses catalogues imprimés, quoiqu'il vienne de l'ancienne Bibliothèque du Couvent des Recollcts de Bordeaux), est ou n'est pas celui de Molini, car un vandale en a enlevé toutes les miniatures. T. 3 z648. -- Heures à l'usaige de Rome .... Paris, Germain Hardouyn, sans date, calendrier de z5 z4 à 527- Cette édition parait avoir été connue de MM. Van-Praêt et Brunet; mais ils ne l'ont pas décrite.

B L.- Odes d'Anacréon..., traduction de J. B. Gail, Paris, an Vil (i799) , in-4o. M. Van-Praêt : Catalogne, t. 8, p. 38, no 62, dit qu'il n'y a eu que deux exemplaires, tirés sur vélin, dont l'un était alors dans ds mains inconnues. Selon le «llanuel du Libraire,

4  ORIGINES DE L'IMPRI,IERIE.

§ XVI. Un nouvel intervalle, semblable « celui qui existe entre la date de la plupart des publications de Jean Guyart, qui nous ont ét-: conservées, sépare encore les Gestes des Solliciteurs de l'ouvrage qui porte le titre suivant : ¢«untur otatuta proirtdatia proin«i« urt- 9aLe per reerenisimum in Çristo patrem et omiaum dar0Lum ¢ cromont¢ mio¢ration« iina ur¢flat¢ arcljicpicopum qui- omini md manato. Le iontispice présente, entre les deux portions de ce titre, l'écusson, sans hachures et grossièrement gravd sur bois, de Charles de Grammont (i), archevêque de Bordeaux. Plusieurs incertitudes régnent sur ce pontificat, parce que Charles de Grammont remplaça le cardinal Gabriel de Grammont, son frère aihC du vivant même de ce frère. Charles fut nommé archcvèque de Bordeaux en  53o, et mourut en 1544.

Cette plaquette, qui figure dans la Bibliothèque de Bordeaux sous le n" 3o,327, est composée de deux demi-tçuiiles en caractères gothiques, dont la seconde seule porte une signature : B. Elle est ornée d'initiales gravées sur bois, et se termine par une des marques de Jean Guyart, représentant, dans une couronne de laurier, le buste d'une jeune tçmme coiffée d'une toque

cet exemplaire avait figuré dans la vente de la bibliothèque de M. Quatrcmère, et n'avait pas trouvé d'acquéreur à 150 fr. Plus tard, enrichi d'une reliure de Bozcrian en maroquin rouge, il est arrivé dans les mains d'un bouquiniste de Bordeaux, qui le céda, il y a environ quinze ans, à la Bibliothèque de Bordeaux, pour 3ofr.

{ ) Écartelé" aux  «" et 3 e d'or, au lion d'azur, qui est de Grammont, et, aux 2 ¢ et 4" d'argent, au chcfdanché d a,.ur, qui est de Mucidan.

JE.« '; OuïArT. 47

 plume et d'une résille (r), au-dessous de laquelle est écrit : r«ut,«bt ttis tÇpis oannit ¢m)art, ]Ilutlqaleni mlrrrii.

{' ! ) il. J. B. Gergerès, Histoire et descriltiol de la bibliothCque, p. 62, croit y reconnaître le portrait de la femme de Fran:7oi. Élëonore d'Autriche; pourquoi ne verrai t-on pas plutôt le portrai t de la sœur du Roi, Marguerite, reine de Navarre, la Marguerite des Marguerites, si déjà J. Guyart n'avait aussi choisi pour marque un autre buste de femme soutenant l'éct:sson où sont représentés les initiales du nom de cet imprimeur, et qui, s'il fallait chercher un motif galant pour le choix de cette marque, pourrait être un hommage à la veuve de Gaspard Philippe, dont la fortune avait probablement fait celle de Jean Guyart, ou mëme le portrait d'une autre femme, dont l'imprimeur, devenu ",,eu. r , se serait épris. Mais pourquoi se perdre dans des conjectures plus ou moins improbables, lorsqu'il est à peu près certain, d'après les mœurs et les idées de cette époque, que cette jeune femme, comme celle figurée ci-dessus, p. 42, ne reprdsente que la personnification de la Scic'ce, habillée à la mode du temps.

Ces statuts avaient été rédigés, quatre ans auparavant, par Jean de Foix, alors archevëque, le 17 mars ou mai (le mot mal composé porte : matii; ils avaient été promulgués le 23 juillet 527.

§ XVII.--L'année suivante, Gabriel de Tarregua confia à J. Guyart l'impression d'un autre de ses ouvrages, auquel nous donnons le n', w ; il est intitulé :

Ce titre est encadré de vignettes rapportées; et audessous du titre, à la place du nom du libraire, une gravure, dans laquelle est représenté un docteur debout dans son cabinet, suivi de son fils ou de son élève, surmonté du soleil, de la lune et des étoiles, et accompagné, à gauche, d'une banderolle, partant de bas en haut, et sur laquelle on lit : .trototia melicin¢ pa nor minima. Cette gravure n'est pas une des marques de l'imprimeur; mais est-ce le portrait de Tarregua?

Le volume, in-folio à deux colonnes, est composé de 43 feuillets, dont 37 seulement sont chiffrés; il s termine par cette inscription : t i imponitm: ltnio Iuic ¢rpositioni 'ti maÇ anao m. coco. -iii. al taul¢m ¢i omnipotcnti Au-dessous de cette inscription, l'auteur a fait placer une seconde fois la gravure qui le représente debout dans son cabinet, et, comme il restait encore un feuillet complétement blanc, l'imprimeur s'est servi du verso pour y mettre le même encadrement de vignettes qui

JEAN GUYART. 49 décore le frontispice. Il a placé dans le milieu une de ses marques; celle qui préscntc, dans une niche, une femme soutenant un cartouche, sur lequel sont entrelacés lcs initialcs I et G, et au-dcssus une bandcrolle portant" IEHAN GUYART. Voyez ci-dessus, p. 4 2.

En dehors et au-dessous de cette marque, on lît . (culcbat ui tÇpi oÇmmc uÇart. ure. m. . rrriiii. Ce volume se trouve ainsi préservé, dessus et dessous, par deux feuillets imprim6s, comme les couvertures dont nous nous servons aujourd'hui; mais, avec cette différence, qu'au lieu d'Atre indépendantes, ces couvertures supérieureset inférieures sont jointes  la première et  la dernière feuille de l'impression. Au verso du frontispice se trouve la dédicace de l'auteur au premier président, François de Belcier • rancico fi ctccrio uregatensi ecnatue arcÇipre»ii meritieimo plaisir à François de Bclcier que Fauteur avait entrepris l'ouvrage en tdte duquel il plaça un nom auquel il était bien affectionné, puisqu'il terminait sa dédicace en disant : at« anime infiium.

Les matières traitées par Tarrcgua, sur les instances du premier président, ne sont pas rangées, comme dans presque tous les autres ouvrages du docteur bordelais, par ordre alphabétique; mais une table, placdc au commencement du volume, facilite les recherches. Tarregua y examine successivement toutes les parties de l'hygiène qui peuvent influer sur les tbnctions de l'estomac " les bains, le travail, les plaisirs charnels, etc. L'exemplaire, probablement unique, qui m'a servi pour cette description, est vraisemblablement celui-là

même qui fut offert par l'auteur au premier président de Belcier; car, dans le haut du premier feuillet de garde, une main, qui paraît être celle de Tarregua, a écrit "lOUr Monseigneur. Plus tard, mais encore au xv,o siècle, ce volume passa dans les mains d'un des membres de la famille d'Alesme, dont la signature se trouve au-dessous du frontispice.

Au commencement de notre siècle, ce volume appartint à M. P. V. A. Laboubée, avocat et juge suppléant au Tribunal de première instance de Bordeaux, qui fit imprimer, exprès, pour ëtre joint à son exmplaire, un placard constatant que cet exemplaire était le seul connu dans Bordeaux, et donner quelques renseignements sur Jean Guyart; enfila, M. l'abbé Motel, vicaire gdn5ral de Mg." d'Aviau, le donna au propriétaire actuel, M. le docteur Eugène Bermond, qui a eu l'obligeance de me le confier.

 XVIII.- En 536, Gabriel de Tarregua refondit le grand dictionnaire dont nous avons parlé (page 29), et qui porte le n o  dans notre liste de ses ouvrages. Ce dictionnaire, d'après les termes du privilége accordé par François I% était composé longtemps avant 52o, et il y avait alors seize ans qu'il avait été publié, lorsque Tarregua le remania et en confia l'impression à Jean Guyart. Sous cette nouvelle forme, c'est le n o Vil des œuvres que nous connaissons de Gabriel de Tarregua. Il porte le titre suivant- «mori, i««om,- ium mcicinati cicncic, tcorice t pratlfic¢,  icti antîquorm cliter ¢tractum; una cure tabuLa aLpOb¢tica totiue opcrie abrie- ¢¢cogaitmu et per cun¢m amptiatum a utititatcm lcgcntium. Ce titre est cncadr des mmes vignettes que l'ou-

JEAN GUYART.

vrage précédemment décrit n ° v b et porte la mëme gravure sur bois; mais cette fois la gravure'a été encadrée de pièces rapportées. L'ouvrage contient 9 ° ff., tous chiffrés, et, comme le nombre des cahiers était complet, rimprimeur a placé à la fin cette inscription : ,.mpt¢»um lturl¢lat¢ p¢ onnncm pum» prop¢ an¢tam-otomb«m commorent¢m et finitum v. »«pt¢mbi nno omini miLLcimo quing¢ntemo tric¢im0 Cette seconde édition est également classée par ordre alphabétique; elle commence aussi par:Aborsus, et finit par • Zucarum.

L'exemplaire que nous décrivons a été relié avec un exemplaire de l'ouvrage précédent; il porte, à la même place, la signature du même membre de la famille d'Alesm% et, en outre, au milieu du frontispice, on y lit cette inscription, qui peut bien ëtre de la main de François de Belcier : Hoc liber nos donavit author, urdegale , anno 536 sexto calendarunz octobris. (6 septembre z 536.) Ce répertoire est le dernier des ouvrages de Tarregua qui soit parvenu usqu' nous.

 XIX.--Les ouvrages publiés par Gabriel de Tarregua ont une telle iraportance pour l'histoire bibliographique et scîentifique de nos contrées, qu'on ne sera peut-être pas fàché de trouver ici quelques renseignements inédits sur la biographie et la famille de cet illustre et savant médecin bordelais

(  ) Voyez, d'ailleurs, sur Tarregua • soit une notice publiée par le docteur Caillau, en  8oEo, dans I'A lmanach de la Socle»té roy'ale de Médecine de Bordeau.v..., p. "-9, soit les Recherches biog,ra- 1;hiques et bibliogral.,hiques sur Gabriel de Tarregua, que j'ai publidez., Ch  84., dans les A ctcs de l'.! cedCie de 12«,rd«aua-.

Gabriel de Tarregua, dont le nom se trouve écrit : Taraga, Tarraga, Taregua et Terrague (i), était né en Espagne, en Portugal ou " Bordeaux. En I523, il exerc, ait la médecine dans cette dernière ville depuis vingt-six ans; et comme il nous apprend lui-même qu'il avait à cette époque cinquante-trois ans, il est certain que notre savant docteur était né en i468 , et qu'il avait commencé à exercer son art à Bordeaux en 1494. Gabriel de Tarregua n'avait donc pratiqué la médecine dans Bordeaux que deux ans, et n'était figé que de vingt-huit ans, lorsque les nouveaux règlements faits, le i2 avril 1496 , par l'Université de cette ville, firent mention de lui en ces termes- Quarto, egregius dominus doctor magister Gabriël Tarraga, regens in saluberrima medicinoe facultate, leget in scholis suis (2).

Pendant une très-longue carrière, Gabriel de Tarregua eut souvent recours au ministère de maître Brunet, notaire et tabellion royal en Guyenne, dont les nombreuses minutes conservées aux Archives départementales révèlent une multitude de circonstances de la vie publique et privée de l'éminent professeur de l'Université de Bordeaux. Ces minutes nous ont appris les faits suivants :

Gabriel de Tarregua avait épousé, en i495 ou i496 , peu après avoir été rec, u docteur, et âgé de vingt-sept ou vingt-huit ans, Marguerite Sabrian, avec laquelle

() Il a existé à Bordeaux une famille par!ementaire appelée Tarang»w et Tarrengue, mais il est peu probable que Gabriel de Tarregua lui appartint.

(2) Statuta Universitatis Bm'degah ..... Bordeaux, t69-1-. 3lathieu ChaFl,uis , in-4o , p. 4 5.

JEAN GUYART.

il vécut une trentaine d'années, et qui mourut en i523 ou I524, lui laissant au moins cinq enfants, trois gar,cons et deux filles • ,, Jean de Tarregua, l'aîné, auteur de l'épitre qui orne la première édition des ouvrages de son père. Pour faciliter le mariage de ce fils aîné, Gabriel de Tarregua lui assura, par acte du 27 juin 153o, le

quart de tous ses biens; néanmoins, Jean de Tarregua ne se maria que deux ans plus tard, le io février 532; il épousa Fran,coise Henry, fille d'un marchand de Bordeaux, qui eut en dot la somme de 2,ooo livres. Plus tard, en  544, Jean de Tarregua fut jurat de Bordeaux ; il vivait encore en 1550 (I).

o et 3° Jean-Franc, ois et Nicolas de Tarregua, qui ne nous sont connus que par le testament de leur grand'mère, Florentine N"*, épouse de N*'" Sabrian, qui, ayant survécu à sa fille Marguerite Sabrîan, pre mière femme de Gabriel de Tarregua, fit son testament

() Je dois à l'obligeance de M. Émile Brives-Cazes la communication de l'acte suivant, qui se trouve aux Archives départemertales B. 22, et qui constate que le fils aîné de Gabriel de Tarregua vivait encore le 4 janvier 549 (ancien style) : « Veue par les commissaires, ordonnes p,9,r le Roy, pour la jus- » tice souveraine, durant la suscéance du parlement de Bourdeaux, » la requeste à eulx présentée par M « Jean de Terrague, docteur » en médecine, aulx fins que commandement soyt faict aulx soul- » datz, qui ceste nuict se sont logez en sa maison vuidcr d'icelle, » attendu son exemption; Veues aussy les informations faictes sur la forme dudict logiz; Dict a esté que lesdicts commissaires ont ordonn et ordonnent que, sur la dicte requeste et informations, le dict de Terrague se retirera devers le conte de Lude, lieutenant général du Roy, en l'absence du Roy de Navarre, pour par luy estrc pourveu comme le verra cstrc affaire. »

54 ORIGINE DEL'IMPRIMEIE.

le 22 septembre 53 i, demanda "à étre ensevelie dans l'église de l'Observance, "a c6té de sa fille Marguerite, et choisit pour héritiers deux de ses petits-fils, Jean- François et Nicolas de Tarregua. Un de leurs descenda)ats, Jean Terrague, était huissier de la Chambre de l'Edit de Nérac, le 3i décembre i6o5.

4 o Florentine Tarregua. Elle contracta mariage, le 17 décembre 153o, avec Jean Gaignard, bourgeois et marchand de Bordeaux, et reçut en dot 6oo livres tournois.

5 ° Jeanne Tarregua. Elle contracta mariage presque le mëme jour que sa sœur, le 8 décembre 53o, avec maitre Lubert de Bordes, et reçut aussi 600 livres de dot.

§ XX. Gabriel de Tarregua devenu veuf, chargé d'enfants encore jeunes et d'affaires très-considérables, ne resta pas longtemps sans se remarier, quoiqu'il eût près de soixante ans. Il rencontra une jeune personne, noble et sans fortune, mais qui s'entendait admirablement à aider, dans ses nombreuses affaires commerciales, le savant professeur de médecine.

Cette seconde femme de Gabriel de Tarregua était Louise de Blaigna'n, fille de noble homme Mondot de Blaignan, qui lui-même était fils de Jean de Blaignan et de Jeanne de Chiques. Il paraît que Gabriel de Tarregua n'eut pas d'enfants de sa seconde femme, et que son beau-père fut obligé d'avoir souvent recours à la bourse de son gendre. Dès le 17 septembre I5Œ9, Gabriel de Tarregua prêtait à son beau-père 65z livres pour servir de dot "à ses belles-soeurs, Odette et Jeanne de Blaignan.

§ XXI.  Gabriel de Tarregua, qui logeait rue

JEAN GUYART.

Bouquière quand il se remaria, joignait, aux occupations que lui donnaient la pratique de la médecine, de l'astrologie, du professorat et de la composition de ses nombreux ouvrages, un commerce très-étendu, et brassait beaucoup d'autres affaires, comme on dit aujourd'hui. Sa jeune et noble femme l'aidait activement dans ses opérations commerciales, et, dès le 27 octobre i526, nous la trouvons achetant au nom de son mari, à un marchand de Toulouse, Jean Garroche, 200 charges de pastel, de six cabasses, la charge de l'aloi de 24 florins, montant et descendant un quart d'écu par florin. Jean Garroche devait payer la sacquerie, les cordages, etc.; mais le voyage se faisait, de Toulouse à Bordeaux, aux risques de l'acquéreur. Les principales opérations commerciales de Gabriel de Tarregua se faisaient sur le pastel; mais ces opérations, que nous pouvons presque traiter de gigantesques, ne lui faisaient pas négliger des affaires plus petites, et, le 6 février 532, Louise de Blaignan vendait, par acte devant notaire, à Guillaume Rogey, monnayeur, un cheval, robe blanche, pour la somme de dix livres.

Gabriel de Tarregua achetait le pastel en gros à Toulouse, et le revendait aux marchands bordelais en gros ou en détail, en se contentant d'un bénéfice relativement assez faible; ainsi, le 5 mai ,533, ayant acheté "a Toulouse 39 balles de pastel, rendues à Bordeaux aux risques du vendeur, comme ces balles se perdirent en route, Gabriel de .Tarregua, qui avait revendu ce pastel à sire Jean Joly, se contenta d'exiger du vendeur, sans doute comme indemnité du bénéfice dont il avait été privé, la somme de 20o livres. Cette

ORIGINES DE L IMPRIIIERIE.

somme, minime si l'on considère le prix et la quantité du pastel perdu, est énorme si l'on considère la valeur qu'avait l'argent à cette époque, et si l'on songe que Gabriel de Tarregua ne donnait, en dot à ses filles, que 6oo livres, c'est-'a-dire le bénéfice de trois opérations sur le pastel • les sœurs de mademoiselle de Tarregua, Odette et Jeanne de Blaignan, n'avaient eu en dot que 326 livres chacune.

Les minutes du notaire Brunet mentionnent un assez grand nombre d'autres opérations commerciales faites sur le pastel par Gabriel de Tarregua et mademoiselle sa femme. Ainsi, le 15 avril I528, Gabriel de Tarregua obligea James Moulinier, facteur de Jean Garroche, marchand de Toulouse, de fournir caution pour pouvoir toucher le montant du pastel vendu par son patron. Le 9 juin i528, Jean Joly, marchand, reconnut devoir à Louise de Blaignan ,358 livres, prix de 393 ballettes de pastel, de quatre cabasses de Toulouse l'une, de l'aloi de 24 florins, garanties par J ean Garroche, marchand de Toulouse. Le 7 octobre de la mëme année, Gabriel de Tarregua rendit 2oo balles de pastel à l'honorable homme Jean Dutroguet, seigneur du Pic, bourgeois et marchand de Bordeaux. Le 3 août I529, Gabriel de Tarregua et sire Jean Joly, qui, le 23 avril i533, fut chargé de la procuration de Gabriel de Tarregua, rendirent a Jean Baylif, maître teinturier, deux ballettes de pastel, pour 2o florins. Le 29 avril i53i, Gabriel de Tarregua acheta 3oo balles de pastel à Guillaume Berry, de Toulouse, etc. L'exercice de la médecine et de l'astrologie durent procurer de très-nombreuses relations à Gabriel de Tarregua, et probablement l'étendue de ces relations

JEAN GUYART. 5 7 sociales ou scientifiques ne nuisit pas au développement des affaires commerciales. La description des ouvrages publiés par le savant médecin nous a fait connaitre ses relations avec le procureur du Roi, M. de Boucher; avec le premier président du Parlement, M. de Belcier; avec le maire de Bordeaux; M. d'Estissa(; avec les familles de Dupuy, de Bacquey, de Pommicrs, etc.; les minutes de maitre Brunet nous le montrent aussi en relations intimes avec une autre famille très-aristocratique, et dont l'histoire, encore peu connue, intéresse au plus haut point l'histoire de la ville de Bordeaux.

Le 5 mars 15o6, Gabriel de Tarregua, qui demeurait alors dans la rue Bouquière, servit de témoin 'à l'acte d'achat d'une maison que faisait noble hommc Charles de Bordeaux, seigneur de Livran,  maitre Guy Charnaud de Capdcville, procureur au sénéchal de Guyenne. Cet acte n'est pas le seul qui constate la liaison existante entre les Tarregua et les descendants de la plus ancienne et de la plus illustre famille de la vieil.',e noblesse du Bordelais. Vingt-sept ans plus tard nous trouvons que, le 7 juillet 533, Gabriel de Tarregua achetait ,à noble Jean de Bordeaux, moyennant la somme de 1,2o2 francs bordelais, payés comptant, la moitié des agrières que les seigneurs de Livran possédaient dans les Queries.

Le  avril 52o, Gabriel de Tarregua acheta les terres que possédait, dans la paroisse de Bouillac, Jeanne de Lafourcade, femme de Jean Miqueu.

Le 3 août  525, il vendait une vigne qu'il possédait dans les Graves de Bordeaux, au Plantier de Saint- Nico !as.

Le 26 juin I526, vénérable et discrète personne, monsieur maitre Gabriel de Tarregua, avait reconnu tenir en fief, de messieurs les bénéficiers de l'église de Sainte-Colombe, une maison située dans la ruette de Rauan, et joignant une autre maison qu'il y possédait • une expédition de cet acte fut délivrée, en 16o5, • à maitre Jean Terrague, huissier en la Chambre de l'Édit, séant "à Nérac.

Le 2 décembre 150 8, Gabriel de Tarregua achetait une vigne dans les Graves de Bordeaux, au quartier de Grateloula.

Le 13 septembre 1529, il prenait en fief» de l'église de Sainte-Colombe, une maison avec jardin, située à Bordeaux, dans la rue des Awres, à côté de la maison de la Mairie. Le 2 septembre 53o, il reconnut tenir en fief, de Michel Brunet, prêtre de l'église de Saint-Eloi, une maison située à Bouillac.

Le 3 février  533, il vendit une maison et un chai, situés à Bordeaux, paroisse Sainte-Eulalie, rue Bernard-Pucelle.

Cet acte, du 3 février  533, est le dernier acte notarié que nous connaissons, dans lequel figure le nom de Gabriel de Tarregua; cependant, ce vénérable médecin et négociant, alors âgé de 79 ans, prolongea sa carrière bien au-delà de ce terme, car il est certain qu'il vivait encore en x536, au moment où fut achevée la seconde édition de son Repertorium, et cette année il avait au moins 82 ans.

On ne connaît ni l'époque précise de la mort de l'illustre et savant vieillard, ni les circonstances qui la déterminèrent; mais, si l'on s'en rapporte aux deux

JEAN GUYART. 5 9

épigrammes latines, ou plut6t aux deux formes de la mëme épigramme, que le célèbre Antoine de Govea composa à cette occasion, il faut admettre que Tarregua succomba à l'excès de travail causé par cette seconde édition. En effet, Antoine de Govea sé.journa à Bordeaux pendant les années I534 et i537, et il est probable que c'est au travail pénible occasioné par le remaniement du Repertorium que le savant portugais fait allusion, quand il parle de la fatigue volontaire à laquelle s'exposa Gabriel de Tarregua, malgré les larmes de sa femme et les prières de ses enfants. § XXII.--Quoi qu'il en soit, voici le texte, assez peu connu aujourd'hui, des épigrammes de Govea, tel qu'il se trouve dans: A. Goveani otera. Roterodami,  766. H. Beman, in-fo. Etigrammatum liber trimus, p. 686, et Epigrammata reletitce êditionis, p. 697.

EPIGRAMMA.

Vlderat, et poterat venientcm evadere mortcm Tarraga : at certo maluit ille rnori. Maluit ille mori, melius quo vivere posset In superis. Medicum nil medicina juvat ?

Viderat, et poterat venientem evadere mortern Tarraga : ast ultro sese fert obvius olli.

Quem nati, et lacrymis conjunx compcllat obortis, Quo properas? medicas quid non przecingeris artes? Quo properas? -- Vitam, ille inquit, pro morte pacisci.

§ XXIII.-- Revenons ,à l'examen des travaux typographiques de Jean Guyart, que nous avons interrompu à partir du § XX.

Ces travaux, malheureusement très-peu nombreux, consistent en trois plaquettes, dont deux ne portent pas de date, et qui servent seulement à prouver que l'imprimeur des Coutumes de Bordeaux et des œuvres de médecine de Gabriel Tarregua s'occupait aussi d'œuvres exclusivement littéraires.

io ta clrnp[int le trop torl marié par Pierre Gringore, in-8 de 8 ff., en caractères gothiques, imprimée par Jean Guyart, dont la marque, placée sous Ie titre, a été reproduite par le 2lanuel du libraire, t. 2, col. 756. 2 ° trrt compt«inte le trop toat nmrië. Cet opuscule, en vers de huit syllabes, par un anonyme, ne contient que 4 ff., imprimés avec les caractères de l'ouvrage précédent; il porte "à la fin les armoiries de la ville de Bordeaux. Cet ouvrage, dit le Manuel du Libraire, n'a rien de commun avec celui connu sous le mdrne titre, formant un in-4 ° de 6 ff., à longues lignes, avec t'..ne figure en bois sur le frontispice, et qui a été reimprimd sous le titre de • Comlalainte du nouveau marid. L'exemplaire de la Com,vlainte du trOlO tost mari, que possede la Bibliothèque impériale, figurait, dans la vente Rothelin, sous le n ° 3 ° Le 8 janvier Sz 7 (n. st.), Jean Guyart obtint un privilége pour l'impression des Coutumes des La ' naes.

Quoi qu'il en soit du nombre assez restreint des productions typographiques de Jean Guyart, parvenues jusqu"a nous, on peut juger par la quantité, relativement considerable, des oeuvres imprimécs par lui dans

JEAN GUçART.

certaines années, du nombre et de l'importance des ouvrages qu'il a dfi produire dans une p2riode d'au moins trente années, pendant lesquelles il exerça son art à Bordeaux. Certainement il serait peu logique de conclure des lacunes qui existent dans la nomenclature des œuvres de Jean Guyart, que cet imprimeur n'avait imprimé aucun livre pendant les années dans lesquelles nous n'en trouvons aucune trace; de même il serait déraisonnable de conclure de ce qu'il n'existe aucunlivre imprimé'a Bordeaux anterieurement à 152o, qu'il n'y a eu aucun imprimeur dans cette ville avant cette époque.

§ XXlV.- Les minutes du notaire Brunet, qui nous ont fourni de si nombreux renseignements sur la biographie de Gabriel de Tarregua, nous ont aussi donné quelques détails intressants sur la biographie de Jean Guyart.

Nous avons déjà vu que Jean Guyart était établi à Bordeaux avant le 28 mars I5",o, puisqu"a cette époque il prenait un apprenti, François Morpain, dont nous aurons bient6t à nous occuper.

Jean Guyart était-il venu à Bordeaux seul ou en compagnie de Gaspard Philippe ? L'une ou l'autre de ces suppositions est également admissible, car Jean Guyart était établi, et maitre, à Bordeaux, avant la mort de Gaspard Philippe.

Le-, a'¢ril 526, Jean Guyart avait fait un traité avec un menuisier. [ l'o3-e  12. 37. ) Le - juillet 5=6, Gillette Moline, veuve de Gaspard Philippe et femme de Jean Guyart, avait fait son testament et demandé d'être enterrée  c6té de son premier mari, dans une chapelle de l'église de St-Colombe.

Elle faisait plusieurs legs aux églises de Bordeaux et aux cinq enfants qu'elle avait eus de ses deux maris • Héloise, Etienne, Jean et Genevoise Philippe et Arnaud Guyart. Parmi ses exécuteurs testamentaires figurait un libraire de Bordeaux, nommé Étienne de Toulouse. Il paraît que Gillette Moline vécut longtemps après avoir dicté ce testament, car on lit en marge de la minute du notaire : « Cancellé a esté le présent testament, du consentement de la testeresse le xxvojoztr de décembre MVCXXXVI. »

Le 14 mars i529, sire Jean Guyart, maître imprimeur, t\t chargé, par messire Jean de Dieuzaide, prêtre et prieur de l'h6pital de la chapelle du Saint-Esprit à Bordeaux, de recueillir, au nom dudit prieur, les profits et émoluments des aum6nes, offrandes et autres revenus dudit h6pital.

Le i8 décembre i529, Pierre de Certa, âgé de quinze ans, fils de Jean de Certa, libraire d'Agen, entra comme apprenti, pour trois ans et demi, chez sire Jean Guyart, maitre imprimeur de Bordeaux. Jean de Certa s'engageait à fournir les vétements à son fils, excepté les souliers que Jean Guyart serait obligé de lui donner. Parmi les témoins de cet acte figure un libraire de Bordeaux, nommé Hector de Lagrange.

Le z mars i531 (vieux style), Guillaume Ayribert, principal payeur de messire Louis Dumas, prêtre, reconnaît devoir à maitre Jean Guyart la somme de quinze francs, pour neuf rames et demie de papier" inaprimé. Était-ce un livre que messire Louis Dumas • I' avait fait imprimer chez Jean Guyart» rien ne indique, et la qualité prise par Guillaume Ayribert nous

JEAN GUYART.

porte .a croire que ces neuf rames et demie de papier avaient été employées à l'impression de quittances, sommations ou autres ouvrages analogues, connus sous le nom de labeurs.

Dix ans plus tard, le I6 novembre I54I , il est question de Jean Guyart dans les registres du Parlement de Bordeaux. Cette mention, dont je dois la connaissance, ainsi que celles d'autres extraits des mêmes registres,. à l'obligeance de M. Emile Brives-Cazes, prouve qu'à cette date Jean Guyart était toujours imprimeur, quoiqu'il ne subsiste aucune de ses publications pendant cette époque.

Voici le texte du registre original du Parlement : « Jean Guyart, imprimeur et libraire de Bordeaux, est mandé devant le Parlement pour s'expliquer au sujet de certaines caricatures et images par lui imprimées [neuf in-eux de gourmandise). Le dit Guyart promet de les lacérer partout le jour; ce qui lui est recommandé, à peine de 5oo livres et d'autre amende corporelle. , {Archives ddpartementales, legistres du Parlement- 6 nov. 54i).

Qui est-ce qui connaît aujourd'hui cette production satirique" Les neuf lreux de gourmandise, et quel prix les bibliophiles modernes ne la paieraint-ils pas ? L'année suivante, en 54z , la verve satirique des clients de Jean Guyart attira de nouveau l'attention du Parlement sur les productions de l'impïimerie bordelaise. Un huissier, nommé Mathieu Contat, que le Parlement parait avoir tenu en haute estime, avait été commis par la Cour pour aller ,à Libourne procéder à quelques informations, au sujet des troubles causés par la perception de la Gabelle et il y avait été victime de

64 onmNns lin violences assez graves. Les auteurs du tumulte avaient étéconduits ,à Bordeaux et jugés par le Parlement ; mais la mauvaise humeur des anais ou complices des condamnés ne voulut pas avoir le dernier mot, et il parut un libelle intitulé : La Passion de Contat. On trouve, dans les registres de la Cour, l'arrêt suivant contre ce libelle :

« La Court avertie aucuns personnaiges avoir faict ,, et composé certain libelle fameulx [diffamatoire] » contre Mathieu Contat, huissier en icelle, intitulé : ,, La Passion de Contat, a faict et faict inhibition et 7, deffence ,à toute maniere de gens, de quelque estat ,, et condiction qu'ils soient, de ne lire, chanter, ne ,, publier en aucune maniere le dict libelle fameulx ,, appellé " La Passion de Contat, ne aultre libelle » fameu!x contre icelluy de Contat, et cnioinct "a tous .., ceulx qui en ont au!cuns de les rompre incontinent » et sans delay; le tout a peine du fouetetautre amande ,, arbitraire. » [Archives départementales, B. OE4.) Nous ne connaissons pas l'époque précise de la mort de Jean Guyart, niais il est probable qu'il ne survécut pas longtemps aux circonstances que je viens de rapporter; je tire cette conjecture de l'apparition vers cette époque d'ouvrages portant le nom de son ancien apprenti, François Morpain, dont nous allons nous occuper quand nous aurons fait connaitre les œuvres sorties des presses d'un autre contemporain de Jean Guyart, maître Claude Garnier, imprimeur  Bazas. Nous ferons ensuite connaître un Missel, portant, en :543, le nom d'Étienne de Toulouse, et les autres productions de la typographie bordelaise antérieures à l\trrivde de Simon Millanges.

CLAUDE GARNIER

CLAUDE GARNIER

§ XXV.--Pour donner de suite la liste complète des renseignements recueillis sur Jean Guyart, il nous a fallu interrompre momcntanément l'ordre chronologique; nous sommes donc obligés de revenir un peu en arrière pour retrouver la trace des premiers imprimeurs établis en Guyenne.

Presque à !a mëme époque où Jean Maurus, Gaspard Philippe et Jean Guyart étaient venus s'établir, soit à La Réol% soit à Bordeaux, un autre imprimeur, également pourvu d'un matériel typographique considérable, s'était établi à Bazas. Il se nommait Claude Garnier; c'est tout ce que nous savons de lui. Son existence n'est révélée que par la conservation d'un exemplaire de deux de ses productions : il a donc tenu à bien peu que la mémoire de cet imprimeur n'ait été tout-à-fait perdue, comme l'a été celle de ses contemporains ou de ses prédécesseurs; cela a dépendu de la conservation d'un exemplaire unique des deux ouvrages suivants - Davidicorum summariis : foliorumque indice. Et ne quid sacrifi. cus exFeteret , ut que satiatus in oratione languere non videretur, az«ctum est hoc oFus • offciis divorum doachim et dosc]:h ; lïsitationis beate 3Iarie ; triumque sororum quas 31arias vulgus avFel.

(J6 ORIGINES DE LIMPRIMERIF.

lat; et dedicationis ¢cclesie : Ollera et sudo».e qtmrzmzdam littcratorum canonicorum, et mandato reverendi in Christo Fatris et domini, domini Focaldi de Bonavalle, Vasatensis eFiscoFi , qui regis dominici sah«tem sitit maxime (  ) et e jus vicarii generalis, necnon consettsu caFituli ecclesie Isatensis. Au-dessous de ce titre imprimé en encre alternativement rouge et noire, comme tout le reste du volume, on remarque, grossièrement représent4, l'écusson des armoiries de l'évëque de Bazas.

On trouve, a la fin de ce volume, une inscription qui complète les renseignements bibliographiques que ne donne pas, malgré sa longueur, le titre de la première page.

anatcttsis absotuttmt : concorantiis ibtle ¢t amzotationibun fotiorum decoratum, necnon titzdis sezt snmmariis Fsalmorum Daviticorztm (quod nusqua»z fi«erat visum) insignitum, Fer nomzdlos doninos de caFitulo revisum, accurateque e»zendatum ; de mandato revcrendi fatris et domini domini Focaldi, ejusdem scdis ek, iscoFi , et consensu donzinorum canonicorzmz et ca;,itzdi ecclesie l'asatensis. Impressum industria et oçera magistri Claudii Garnerii, calchograçhi, Vasati,{anno ab incarnatioteDomini millesimo ccccc, xxx. die veto xv. mensis januarii.

Ce précieux brdviaire, plus complet et plus commode, comme le titre a soin de le dire, que tous les bréviaires imprim& jusqu'alors {quod nusquamfuerat

(iJ Foucaud de Bonneval, ou plut6t de Bonnevallée, passa de l'évêché de Soissons à celui de Bazas, et, à peine en possession de ce dernier évêché, le changea pour celui de Périgueux ( voir GaI- 1la Christiana). C'dtait alors l'usage; on se croyait permis de trafiquer d'un év6ché comme d'une maison d'habitation ou d'un établissement ln,'rcantile. Le sidge de Bazas fut, sous ce rapport, un dcs dvdchds les plus malheureux de toute la France.

CLAUDE GARNIER

visttm], commence par un almanach, dans lequel chaque mois est accompagné, comme c'était alors l'usage, de vers latins qui s'occupent de beaucoup de choses qu'on ne s'attendait guère il rencontrer dans un bréviaire ; nous nous bornerons  reproduire les vers du mois d'août:

Quisque in Augusto, vivat sub medicanaine justo; Raro dormitet; estum, coïtumque vitet.

Disons, en passant, que la fête de saint Fort y est mentionnée au 6 mai.

Ajoutons que chaque partie principale du brdviaire porte des signatures et une pagination différentes, dont le registre se trouve au commencement du psautier; et, enfin, que M. J.-B. Gergerès {Histoire et description de bibliothèque..., p. 57) , a donné plusieurs renseignements sur la rareté et la valeur de ce volume, qui porte, dans notre bibliothèque, le n d'ordre 3  7 x 5, et que le Manuel du librai'e n'avait pas signalé. Le second ouvrage de Claude Garnier est intitulé i,.t ottum orin¢m et «bitam orntam r¢a«tum att«ntibn (sic) oin ac fidi ¢menatioa« tutu maroitmti att«flatioaem (sic) quota- Le volume est in-¢ et contient IV-¢3 fcuillets. Les fcuillets préliminaires renfe:'ment " 1¢ titre, rouge et noir, dns une borAure en bois; la dddicacc de l'auteur au chapitre de Bazas: un prologue - le texte, en caractères de tbrmc, est suivi d'un feuillet non chiffeC qui contient des vers latins adressés nu lecteur.

Un exemplaire sur vélin, cité dans le catalogue de la bibliothèque Letellier (p. 248, col. 2), appartient actuellement à la bibliothèque de Sainte-Geneviève ; il a été décrit par M. Van Praët : Catalogue des livres imprimds sur vdlin... Paris, i824, in-8 o, t. 3, p. 23.

FRANCO1S MORPAIN.

§ XXVI. m Les minutes du notaire royal en Guyenne, maitre Brunet, auxquelles nous devons tant de renseignements, nous ont appris que, le 28 mars  52  (nouveau style), Colas Morpain, de la paroisse de Saint-Vincent d'Ivrac, Entre-deux-Mers, fit un traité avec sire Jean Guyart, maître imprimeur a Bordeaux. Par ce traité, Jean Guyart, moyennant 8 boisseaux de froment, une fois payés, s'engageait gt prendre en apprentissage le fils dudit Colas, le jeune François Morpain, et de lui enseigner, pendant trois ans, l'art de l'imprimerie; de le nourrir, coucher, chausser, et de lui donner, en outre, a la fin de son apprentissage, une paire de chausses de la valeur d'un écu d'or. Que devint le jeune François Morpain quand, a la fin de son apprentissage, le 28 mars 524, il eut rec, u de son maitre la superbe paire de chausses de la valeur d'un écu d'or qui lui avait été promise? Resta-t-il encore attaché ,à l'imprimerie de Jean Guyart, ou se servit-il de ses belles chausses pour aller prendre ailleurs de nouvelles lecons sous de nouveaux maîtres? rien ne le constate; mais ce qui est certain, c'est que

FRANCOIS MORPAIN. 69 l'Cève fit honneur à ses matres, et que, devenu maître lui-mëme, son imprimerie ne fut pas inférieure à celle où il avait été élevé. Il est même probable que, comme Jean Guyart avait succédé à Gaspart Philippe, François Morpain succéda à Jean Guyart; il est certain, du moins, qu'il acheta une portion considérable des caractères typographiques de son ancien maître.

Les ouvrages connus pour être sortis de l'imprimerie de François Morpain sont relativement assez nombreux; mais leur nombre n'est cependant pas trèsgrand, et c'est à peine si nous pouvons en citer cinq. o Le plus ancien des ouvrages sorti des presses de François Morpain porte la date de l'année dans laquelle Jean Guyart cessa d'imprimer;, c'est le plus ancien livre imprimé à Bordeaux avec des caractères romains) néanmoins, la netteté et la beauté de leur exécution rend excessivement sensible la préférence que ces caractères devaient nécessairement obtenir sur les anciens caractères de forme. Cet ouvrage est intitulé : Institutiones temporales Verbi divini lreconum frena laxantium cum t)eTetuis de sacriJïcio audiendo, de Eucharistia sumenda et Ordinibus susciliendis civitatis et diocesis Burdegalensis, de novo irai)fesse per Franciscum V[otTain.

Ce titre est suivi d'un écusson des armoiries de l'archevêque Charles de 'Grammont, écusson a peu près semblable "à celui qui précède les statuts provinciaux publiés par Jean Guyart en r532.

Cet opuscule, qui ne contient que 5 pages, est coté dans le catalogue de la Bibliothèque de Bordeaux sous le no 3o3 7. Il ne porte d'autre date que celle de l'or-

7 ° ORIGINES DE L'IIPRISEIIE donnance de Charles de Grammont, du 14 févricr  54f  et, par conséquent, l'année commencant alors b PU- • ques, n'a pu ëtre imprim qu'cn 1542. Le verso de la 5 page est occupé par un grand monogramme qui peut ëtre celui de l'archevëque ou une marque de l'imprimCr.

2 On trouve ensuite : Lingztoe TZasco1unl i"imitia, pe" dominzzm Be'na'dum Declz«a'e, l'ectoremSancti- Michaëlis-Veteris. Bordeaux, 545, Francois Motpain, in-4 de 28 ff.  Sur le frontispice, au-dessous du titre, est une glavure en bois représentant un crucifix.

Le privilége accord6 par le Parlement de Bordeaux, le 3o avril 1545, signé par le greffier de Pontac, devait durer trois ans.

Bernard Dechepare, curé de Saint-Michel-le-Vieux, avait composé les pièces de vers qui brment ce volume tout exprès pour faire imprimer, ce qui n'avait jamais eu lieu jusqu'alors, un ouvrage écrit en langue basque. Le bon curé signale cette circonstance plusieurs fois, en prose et en vers, et célèbre ce fait comme un événement extrêmement remarquable. Bernard Leheté (Lelo, en basque), avocat du roi  Bordeaux, s'était chargé des frais d'impression des vers de son ami le curé, et celui-ci, sans doute pour les besoins de la versification ou pour flatter son éditeur, le qualifie de mouseignezzi" et de mon nzaitre.

On ne connaît qu'un exemplaire du livre qu'im- 'ima, en  545, François Morpain; c'est celui qui est inscrit dans le catalogue de la Bibliothèque impériale, sous le 11 ° Y, 6194 , P. a.

En 847, M. Gustave Brunet en a tit une r6im-

FIIANCOIS MORPAIN. I I pression, et son travail est augmenté d'une traduction de la plupart des poésies de Dechepare (), par M. J.-B. Archu. Cette réimpression a été publiée dans les Actes de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, et il en a été fait un tirage  part sous ce titre • Po&'ies basques de Bernard Dechetare, recteur de Saint-Michel-le-Vieux, t, ubliées d'a près l'édition de Bordeaux, de  545 , et tradttites, loztr la 1.remière fois, en franfais. Bordeaux, 847, Henri Fa3.'e, in-8 ° de 8 pages. Les éditeurs, sans en prévenir, ont aiouté fi cette réimpression la traduction en vers basques, par M. J.-B. Archu, de deux fables de Lafontaine. En 857, M. Francisque Michel a donné dans un volume intitulé : Le Pa.ts Basque, de la çage 440 la page 445, une longue et curieuse analyse des poésies de Bernard Dechepare.

3" Les Coustumes ge;zeralles de la ville de Beurdeaulx, Seneschaucde de GzoEenne, lesquelles ozt estd cotrmdes pat" edict autorisdes pat" la court du Parlemettt, avec lvrivilege. A Bom'dea:tlx, ches Francois Morlvain, lres les Carmes.

Au milieu de ce titre, encadré de vignettes rappor2 tées, se trouve une marque du libraire qui a peut-être besoin d'ëtre un peu expliquée, pour que les lecteurs, peu familiarisés avec les jeux de mots ou rcbus de Picardie, puissent comprendre l'esprit ou le sens que !'auteur a voulu donner à celui-ci.

() Pour me conformer à l'ortographe adoptde pal" les premiers éditeurs, j'ai écrit le nom du poète basque sans apostrophe; mais je crois que son nom véritable est Berm d'Echelarc" et non pas Berm Dechel.,are.

Dans le cartouche, au bas duquel se trouve le monogramme F. M. [François Mortmin ]. un homme nu, dont les jambes commencent à se métamorphoser en pin, laisse échapper d'une de ses mains un lîvre; cela signifie qu'il était libraire et qu'il est mort, puisqu'il est transformé en tin; et comme, de l'autre main, il fait approcher de sa bouche une baie ou pomme de pin qu'il veut mordre, il s'ensuit que voulant mordre une pomme de pin, il est encore nord lin.

Ces deux affreux [rebus ont mal inspiré le graveur dont l'oeuvre est presque aussi mauvaise que les jeux de mots qu'elle a voulu représenter, mais heureusement la beauté des caractères romains dont s'est servi l'imprimeur fait vite oublier le mauvais goût du

dessin et des jeux de mots qu'il a eu |a faiblesse de composer.

L'exemplaire de cet opuscul que possède la Bibliothèque de Bordeaux (n" u969o , A), contient 2g ff. ill-4°; il est terminé par cette inscription " « Cy.finissent les coustumes ..... et furent achevées d'imprimer le vint-troisiesme jour d'octobre mil cinq cens cinquante-tros.

Le dernier feuillet est occupé par une gravure sur is représentant les armoiries de la ville de Bordeaux, et cette gravure n'est pas la reproduction, mais l'empreinte mëme du bois dont s'était servi Jean Guyart, en t52o, dans son édition des mêmes coutumes. Ce bois, que nous avons donné pag. 4I, nous le reproduisons ici pour éviter au lecteur la peine de refeuilleter ce volume.

4 ° Ex mathematico Pselli breviario "arithmetica, musica, eonetria: sphera veto ex Procli, gra'co,

4 ORIGINES DE L'IMPRIlV[ERIE.

Elia Vineto, santone, interlrete. Burdigalw, a]ud Franciscum Mor]aanium , proçe Carmelitas. I n-4 ° de 76 pag.

Ge volume, imprimé en caractères italiques, ne porte pas de date d'impression; néanmoins, le catalogue de la Bibliothèque de Bordeaux et le 3lanuel du libraire lui assignent la date de 553, quoique l'avertissement dcrit par Élie Viner, daté des ides de janvier t 553, c'est-à-dire du 3 janvier i554, prouve bien évidemment qu'il n'a pu être imprimé avant cette dernière date.

5 ° Nous ne connaissons aucun autre livre imprimé par François Morpain entre l'année I554 et l'année i563, et, dans cette dernière, apparait un des ouvrages portant le nom de sa veuve.

Ainsi, quoique nous ne connaissions pas l'époque de la mort de François Morpain, nous pouvons affirmer que, comme ses prédécesseurs dans la typographie bordelaise, il ne dut pas parvenir à un âge bien avancé.

Le premier ouvrage sorti des presses de la veuve François Morpain porte ce titre" Gallia Gemens. De prisca Francorum origine eorumque rebus gestis, à Faramundo usque ad initia regni Caroli ix, semfler Augusti, brevis et succinta, inque libros tres digesta descriflio; pet" Godofridum Malvinum, Burdigalensern ; ad obse»vandissimumtmtrem Ca»olmn Malvinum, in amflissimo Burdigalensium ordine senato»em integer»imun. Burdigalw, atud viduam F». Mortanii i563. In-4 ° 38 ff. non chiffrés, imprimé en caractères italiques.

Après la dédicace du jeune Godefroy à Charles de

FRANÇOIS MORPAIN. 75 Malvin, son père, viennent neuf pièces de vers adre»sées à l'auteur par Maurice Martius, Jean Cruceus, Pierre Pascalis, Étienne Crusellus, Charles Martius, François Moncaudi et Étienne Gastullus, saintongeais. Les trois livres du poème contiennent environ i6oo vers. Après le poème se trouve une lettre en prose adressée au père de l'auteur par Geraud Arnalbinus, et deux pièces de vers par Pierre PoA et Vincent Cardisii.

M. Léo Drouyn a eu la bonté d'enrichir ma collection d'un petit almanach qui constate qu'en I567 la veuve de Franc, ois Morpain dirigeait encore son imprimerie. Voici le titre de cette mince plaquette, qui doit être excessivement rare, sinon unique, et dont le frontispice, comme l'intérieur de l'ouvrage, est imprimé partie en caractères ronds, partie en caractères gothiques, et avec de l'encre alternativement rouge et noire "

kLmanad pour L'an m..L.r.uii. an« nez ampL¢e eipniOatione et erpticatione, compoeë par . icct  oetraame, octeur en nddecine, conseiller et mdecin ordinaire du Roy, de Salon de Craux, en Provence.

Au-dessous de ce titre est représent6e une sphère soutenue par un dextrochère sortant des nuages, et portant des manchettes; puis, on lit, dans 1 bas • A Bourdeaulx cheâ la verve de Morçain. Prins sur la coçie imçrimée à Lç, on çour Anthoine Volant et Pierre  Ce petit volume, de format in-t6, porte les signaturcs A. B. C., mais ne contient que 6 pag. ; il était recouvert d'un morceau de parchemin ct divisé en deux parties distinctes - l'une plus spécialcmcnt as-

tronomique et l'autre presque entièrement prophetique.

La première partie se compose de l'almanach proprement dit, et commence au verso du frontispice. Chaque mois est précédé d'un quatrain en vers semblables 't ceux des centuries, et contient cinq colonnes"  quantièmes, 2 ° lettres dominicales, 3 ° noms des saints, 4 ° noms des planètes qui domineront chaque iour, 50 prophéties particulières pour presque tous les iours " quelques-unes de ces prophéties sont métérdologiques; mais le plus grand nombre sont historiques ou politiques, et &rites soit en français, soit en latin. Chaque mois n'occupe pas une page entière et commence immédiatcment à la place où le mois précédent s'arrête.

A la suite de ce calendrier, on trouve, sous la rubrique • Les eages du monde selon la comloutation des Iffebrieux, les dates des tëtes mobiles et autres, et celles des foires royales de Nyort et de Fontenay, puis les éclipses du soleil et de la lune. L'éclipse de soleil, commenc, ant en Ariès comme celle de x54o, présage des calamités semblables à celles qui advinrent à cette époque.

La seconae partie a pour titre : Les loresages merveilleux de 31. Micel de Nostradame, conseiller..., etc.,.laour l'an 567. Au-dessous de la figure de la sphère qui s'y trouve comme sur le premier frontispice, on lit • un quatrain prophétique; puis, au verso : un discours de l'auteu¥ loour responce aux calomniateurs d astrolot,e, daté du OE6 août I566. Viennent ensuite les loresages merveilleux pour chaque quartier de la lunc de chaque mois; C enfin, au der-

I.'I(ANCOIS MORPAIN. /i nier verso" les tbires royales de Paris, Lyon et Bordeaux.

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