‹ Origines de l'institution des intendants des provinces, d'après les documents inédits;Chapitre 24 sur 51 · LES INTENDANTS PENDANT LA PREMIÈRE PÉRIODE DU MINISTÈRE DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

LES INTENDANTS PENDANT LA PREMIÈRE PÉRIODE DU MINISTÈRE DE RICHELIEU

Au point de vue de la grande affaire de Richelieu, la première période de son ministère (1624- 1631) se subdivise en deux temps. Il y a d'abord un temps de marche et de précipitation ; puis un temps d'arrêt et même de recul.

Richelieu s'engage un peu imprudemment à l'occasion des défilés de la Valteline. Il s'aperçoit vite que les divisions intestines brisent son efiFort. Protestants et catholiques déchirent la France. Il s'arrête alors et fait la paix avec l'Espagne. Il se retourne vers les affaires de l'intérieur. Il se place entre les deux partis religieux pour les ruiner l'un par l'autre.

Aux catholiques d'abord à subir son alliance. Lui qu'on nommait le cardinal de la Rochelle^ s'empare de cette ville, avec l'appui inquiet de l'Espagne, malgré TititerVention des protestants du dehors.

Les catholiques oiit été « assez fous » pour écraser irrémédiablement la résistance protestante. Richelieu n'a plus besoin d*euxv II les quitte; Leur

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cabale s'appuyait sur l'ancienne protectrice de Richelieu, sur celle à qui il devait sa fortune, sur Marie de Médicis. Le roi pouvait céder aux obsessions maternelles, et briser, sur les conseils de l'ancienne régente, la fortune que la régente ellemême avait élevée. Mais la Journée des Dupes (nov. 1630) décide entre la piété filiale et la politique. L'honnête roi qu'il y a dans cet homme faible, Louis XIII, est désormais gagné. Richelieu est enfin libre de toute entrave.

C'est alors qu'il remet les fers aux feux pour la lutte décisive. Il se tourne de nouveau vers l'Espagne. La seconde période de son ministère va commencei:.

C'est seulement de cette première période dont nous venons de fixer les grands traits que nous prétendons nous occuper ici. Dans ces années, l'attitude de Richelieu est embarrassée. Il ne se sent pas maître du pouvoir. Il le dispute. Il est plein de soins, absorbants et décisifs, mais la plupart du temps mesquins.

Pendant ce temps, il songe peu aux réformes de l'administration. Il essaie de faire le moins de bruit possible et va seulement au plus pressé. Les intendants sont là; Richelieu les utilise. Même, par suite de la complication des difficultés extérieures et intérieures, on voit leur nombre s'accroître. Mais c'est tout. Nous ne remarquons même pas cette activité singulière qui est le signe distinctif de la seconde période du gouvernement du cardinal.

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Entrons dans quelques détails :

Sur les dix-sept généralités du royaume, deux ou trois seulement ne reçoivent point d'intendant, et ce sont celles que la proximité de Paris met directement sous la main du pouvoir central, ou qui, par la forte organisation de leurs libertés locales, peuvent résister à son influence. Il est même certaines provinces comme le Lyonnais, la Touraine, le Poitou, etc., où la série des intendants semble être complète et ininterrompue à partir de cette époque.

Remarquons encore que désormais le gouvernement considère comme un triomphe décisif pour lui l'établissement d'un intendant dans une province récalcitrante. En 1625-26, lors de la dernière paix que le roi accorda aux réformés de la Rochelle, une des conditions qu'on leur imposa fut « qu'un intendant serait reçu dans la Rochelle avec charge de veiller au maintien de la paix publique, à l'administration de la justice et à la liberté du commerce * ».

Chacune des armées, dont la levée était motivée par les difficultés où Richelieu se trouvait engagé, était accompagné d'un ou de plusieurs intendants.

1. Voir le texte de ces conditions dans Anquez, Histoire politique des réformés de France (in-8<^, p. 215). Au traité qui suivit et qui fut signé le 5 février 1626, il est dit seulement « que les Rochelois recevront un commissaire pour y faire exécuter les choses qui seront arrêtées pour F exécution de la paix et y demeurer tant qu'il plaira à Sa Majesté. » Voir Mémoires de Richelieu, édition Petitot (t. II, p. 14).

Nous en trouvons dans l'armée de Savoie , dans l'armée de Languedoc qui opère contre les Huguenots, dans l'armée qui fait, en 1628, le siège de la Rochelle *. »

1 . Indiquons quelques noms, selon Tordre alphabétique de nos notes : En 1629, d'Ablèges-Maupeou est intendant de justice, police et finances avec Dugué en F armée de Bresse près du maréchal de de la Force. (V. la commission de Dugué aux Archives de la guerre t. XIII, p. 149, minute sur parchemin). — Après 1624, Ant. d' Aguesse au est mienàa.ïit en Picardie (V.Chassebras, I, p. 379). — Charles Barentin, seigneur de Villeneuve en Brie, maître des requêtes, fut successivement intendant en Normandie, en Dauphiné et dans Farmée du roi commandée par le comte de Soissons devant la Rochelle. (V. Chassebras, t. I, p. 228). — En juillet 1628, le sieur Boucuult, conseiller d'Etat, était intendant de la justice en Languedoc (V. Archives municipales de Nîmes DD4). — En 1628, le président Le Bret est intendant de justice en la ville de Metz (V. Jean de la Brune, Vie de Charles F, duc de Lorraine. Amsterdam, 1691, p. 3). — En 1628, Chateauneuf, de la Thuillerie, d'Estampes ont Tintendance de la justice, police et direction des hôpitaux en l'armée de devant la Rochelle {V. leur commission au fonds Dupuy, vol. XCIV, fol. 99). — En 1630, le même Chateauneuf était intendant dans Tannée de Savoie, conjointement avec Hay du Châtelet (V. une lettre très curieuse de lui aux Archives du Ministère des aff. étr. (France, t. LUI, fol. 240 et suiv. Ces mêmes volumes contiennent de nombreuses ordonnances de son collègue, Hay du Châtelet). — En 1628-1630, Dugué fut intendant des finances et des vivres dans les armées d'Italie ; nous avons mentionné ci-dessus sa commission. Un grand nombre de ses lettres se trouvent aux Archives de la guerre et à celles du Ministère des affaires étrangères. — D'Estampes de Valençay, qui avait été intendant en Languedoc en 1624 (V. sa commission aux Affaires Etrangères, fonds des Provinces, vol. 1627, fut intendant devant la Rochelle en 1628 (Ordonnance de lui, Arch. aff*. étr., 1628, vol. 789, fol. 351), fut ensuite intendant en Savoie. On trouve une lettre de lui très importante pour les fonctions

Le titre des intendants constitué auparavant, comme nous Tavons dit, ne subit aucun changement à cette époque. Ils s'appellent le plus souvent intendants de justice ; mais nous les voyons fréquemment aussi prendre les titres ^'intendants de justice^ police et finances. Dans une même commission, celle du sieur d'Expilly, président au parlement de Grenoble, nommé intendant de la ville de Pignerol et des environs, nous voyons que les formules à' intendant de justice^ à' intendant de justice et police, A' intendant de justice, police et

d'intendant d'armée aux Archives des aff. étr. (vol. 796, fol. 250), Sa commission est conservée aux Archives de la guerre, t. XIII). — En 1631, d'Expilly fut intendant de la justice, police et finances en la ville de Pignerol et environs (Y . sa commission aux Archives de la guerre, t. XIV, pièce 104). — En 1627, Le C oigne ux était intendant de justice et des finances en l'armée commandée par Monsieur (Y. sa commission au fonds Dupuy, vol. CCCLXXX). A partir de 1626 jusqu'au moment du siège, Melleville et Le Doux furent intendants dans la Rochelle. Leur correspondance avec Richelieu est conservée en partie au Ministère des affaires étrangères. (Provinces, vol. 1475.) — En avril 1627, De Nesmond fut envoyé en Languedoc « pour plusieurs affaires concernant le service de Sa Majesté » (Y. ses instructions dans les Archives des affaires étrangères , Provinces , n° 1627). — En 1627, le sieur de Pommer eu était intendant en Picardie. Sa commission a été publiée par M. Boyer de Sainte- Suzanne {Intendants de la Généralité d'Amiens y p. 565).

Nous pourrions poursuivre cette liste et ajouter cinquante autres noms à ceux que nous venons d'indiquer. Nous avons, pour cette seule période, eu entre les mains et analysé un grand nombre de documents. Nous en ferons usage dans le texte, du moins en ce qu'ils ont de général ; pour les noms, nous renvoyons à la liste complète des intendants, antérieurs à 1635, qui sera publiée en appendice.

finances sont employées comme indifféremment.

Les fonctions des intendants n'offrent non plu^ rien de nouveau. Seulement, elles se développent et se précisent. Gomme fonctions de justice, les commissions reconnaissent aux intendants la même puissance large et arbitraire que nous avons signalée plus haut. C'était surtout en matière criminelle qu'ils l'exerçaient.

Nous aurons l'occasion de revenir plus tard sur un fait que nous ne citerons ici qu'en passant : en 1617, M. Morant du Mesnil Garnier, maître des requêtes, nommé par le roi pour faire les chevauchées en Normandie, instruisit, malgré les réclamations du parlement de Rouen, une procédure criminelle contre un sieur Heurtevent; mais il ne semble pas qu'il ait eu la prétention de juger luimême l'affaire ' .

Onze ans plus tard, en 1628, Servien, intendant en Guyenne, considérait comme de son devoir de faire le procès à des gens convaincus « d'avoir esté dans la Rochelle ou dans l'armée angloise pendant le siège de l'Isle de Ré, d'avoir séjourné quelque temps en Angleterre, d'en estre parti en intention de se jetter dans la ville avec des vivres et d'avoir piraté en chemin * ». Il est vrai qu'on ne peut dire absolument que c'était en qualité d'in-

1. V., à ce sujet, les très curieux détails donnés par M, Floquet dans son Histoire du parlement de Normandie (IV, pp. 325 et 483). V. plus loin.

2, Ce sont les termes de la lettre de Servien à Richelieu. V. plus loin pour les détails.

tendant qu'il agissait en cette affaire, car il appelait avec lui au jugement le lieutenant de l'amirauté, et il écrivait à Richelieu, alors surintendant général de la navigation, qu'il prenait droit d'agir ainsi « affin de mainctenir les officiers qui sont sous vostre charge, et estendre, s'il est possible, leur juridiction ' ». Nous aurons l'occasion de revenir sur l'opposition que les empiétements de Servien soulevèrent dans le Parlement.

En sommé, ce ne sont encore ici que des prétentions mal définies qui découlent des pouvoirs donnés aux intendants par les commissions les plus anciennes '.

Les intendants d'armée avaient toujours exercé, sans conteste, des pouvoirs judiciaires même très étendus. Ils les exerçaient encore et se faisaient

1. Nous devons remarquer toutefois que c'est contre Servien, intendant, et non pas contre l'agent du surintendant de la marine, que sont dirigés les plaintes et les arrêts du parlement que nous citons plus loin .

2. Citons ici un autre jugement en matière criminelle porté par le sieur Turgot de Saint-Clair, intendant en Normandie. Le jugement (pour crime de fausse monnaie) aboutit à une condamnation capitale, suivie d'exécution, ainsi que le constate une très curieuse pièce dont l'original se trouve au Ministère des aff. étr. (France, 1630, vol. 795 bis^îol. 536). C'est une sorte de procèsverbal intitulé : « Testament et mort de Nicolas Daneville, » rédigé par le sieur de Bally, greffier de l'intendant Turgot (28 nov. 1631). C'est probablement à la suite de cette condamnation que s'élevèrent entre le parlement de Normandie et le sieur Turgot les difficultés que M. Floquet a racontées d'après les registres du parlement (t. IV, pp. 495-498). Reg. secret du parlement, sept. 1631-janv. 1632. (V. l'Appendice.)

peu de scrupule d'en faire Tapplication « au soldat en maraude ou au déserteur, le faisant attacher à des arbres sur les grands chemins et à des potences avec un écriteau contenant ces mots : « Soldat se retirant sans congé *. »

D'intendant d'armée à intendant de province, et de soldats déserteurs à prisonniers de guerre, il n'y avait pas si loin que Servien crût outrepasser démesurément ses pouvoirs en portant le jugement dont nous avons parlé.

La Thuillerie, après avoir été intendant de l'armée chargée du siège de la Rochelle, était resté comme intendant dans la ville. Nous le voyons, en cette qualité, intervenir dans le procès d'un soldat et le prendre, à l'égard du gouverneur du Brouage, La Roche- AUart, sur un ton qui prouve combien, en s'occupant de cette affaire, l'intendant se croyait sur son terrain *.

Les documents ne nous fournissent pas de renseignements aussi abondants sur les attributions de police des intendants. Ce n'était pas de ce côté qu'était portée l'attention. Les termes des commissions ne varient guère. Elles ordonnent toujours.

1 . Ce sont les termes d'une lettre d'Estampes de Valençay, alors intendant d'armée en Italie, conjointement avec Hay du Châtelet. La lettre très importante pour les fonctions des intendants d'armée se trouve aux Arch. du Min. des aff. étr. (France, t. 796, fol. 250). Elle est adressée à Richelieu et datée du camp de Veiglane, 3 sept. 1630. (V. l'Appendice.)

2, V. la lettre de la Thuillerie à la Roche-Allart ; Arch. des aff. étr. (France, t. 796, fol. 337). (V. l'Appendice.)

en particulier, la surveillance des deniers des communautés.

Peut-être devons-nous placer sous ce titre de la Police l'attribution nouvelle que nous voyons donnée aux intendants de l'armée devant la Rochelle, à savoir la direction des hôpitaux \ Nous pouvons indiquer ici également les charges considérables qui incombaient aussi bien aux intendants d'armée qu'aux intendants des provinces, en matière de vivres, approvisionnements, munitions et magasins. C'est encore par une ordonnance d'intendant que sont prescrites les corvées et les fournitures de matériaux pour le rétablissement immédiat d'un pont nécessaire aux communications de l'armée ^

En matière de finances, nous ne voyons rien à ajouter aux observations que nous avons faites précédemment. C'est surtout dans les commissions des intendants d'armée qu'on rencontre ces attributions

1 . V. la <c Commission aux sieurs de Chasteauneuf, conseiller, d*Etat, de La Thuillerie et d'Estampes, maîtres des requestes, pour avoir l'administration et intendance de la justice et police et direction des hospitaux en Tarmée de devant la Rochelle, de laquelle Ms"" le cardinal de Richelieu est lieutenant général ». Copie. Fonds Dupuy (vol. XCIV, fol. 99). Elle est datée du 9 février 1628. Nous la donnons en Appendice.

1 . V. l'ordonnance de Paul Hay du Châtelet, intendant en l'armée dé Savoie, en copie aux Archives des affaires étrangères, 1630. (France, t. 796, fol. 143.)

Pour les approvisionnements, voir une autre ordonnance du même copiée à la suite. La question des vivres et des munitions joue un rôle considérable dans toutes les commissions, soit d'intendants de province, soit d'intendants d'armées; nous y reviendrons plus tard.

d'une façon active ; elles sont la contre-partie naturelle de la charge des vivres, des munitions, des magasins et de l'entretien des gens de guerre.

Cependant, nous devons placer ici d'autres attributions qui prirent dès lors une très grande importance, ce sont les attributions en matière de navigation et de marine.

On ne saurait s'imaginer le soin que Richelieu apportait au développement de la puissance navale de la France. Il avait coutume de répéter le conseil •donné par Antonio Ferez au roi Henri IV : Romà consejo y mar. C'est à son ministère que les écrivains spéciaux font remonter l'origine de notre marine moderne. Mais il faut consulter ses papiers personnels, encombrés de notes et de mémoires sur les questions navales, pour se faire une idée de l'activité qu'il déployait en ce sens, et des grands projets qu'il méditait. Il avait besoin de vaisseaux pour attaquer les Rochelois ; pour poursuivre sur mer les galions des Indes, dernière ressource du grand empire qui s'écroulait *; pour revendiquer contre les Anglais l'honneur du pavillon français *.

2. Dès les premiers jours de son arrivée auit affaires, il prend * note de ce fait important : « Geste année 1624, écrit-il, à peyne

le roy d'Espagne pourra il mettre armée en campagne pour la Flandre, la flotte n'estant point venue. » (V. Maximes d'État du cardinal de Richelieu dans les Mélanges de la collection des doc. inédits, 1880, in-4», p. 731.)

3. V. le beau chapitre du Testament politique intitulé : « De la puissance sur la mer », où Richelieu raconte d'une façon si émue, rinsolence que Torgueilleuse nation (c'est l'Angleterre qu'il désigne ainsi), fit du temps du feu roi au duc de Sully. « Il

Il commença par supprimer l'amirauté générale de France, et par s'en faire attribuer la puissance avec le titre de surintendant général de la navigation. Ce titre lui donnait à la fois des charges et des prérogatives. Il accepta les charges et sut les remplir exactement. Mais il voulut en même temps profiter des bénéfices.

Le principal avantage attaché à l'office d'amiral était le droit de bris et naufrage, reste d'anciennes coutumes barbares, qui ont duré presque jusqu'à nos jours. Les réclamations de Richelieu, au sujet* de ce droit, rencontrèrent l'opposition la plus vive. C'est autour de cette question que se forma la coalition des intérêts froissés par. les nouvelles prétentions du pouvoir.

Pour imprimer, d'une part, l'active impulsion que nous venons d'indiquer et, d'autre part, pour résister à l'opposition ardente qui s'était soulevée, il fallait des hommes capables, énergiques, et qui se sentissent assez soutenus pour engager la lutte, à la fois contre les préjugés et contre les intérêts locaux. Ce fut aux intendants que Richelieu s'en rapporta pour l'accompUssement de cette tâche. Aussi, ceux qui étaient installés dans les provinces du littoral reçurent-ils de bonne heure le titre d'intendant de la marine, et joignirent-ils à leurs pouvoirs des attributions spéciales en cette matière.

faut, ajoute-t-il, se mettre en état de n'en point souffrir de pareilles, » Et c'est ce qu'il fit lui-même, ou du moins ce qu'il tenta. Voir Gougeart, La marine som Richelieu et Colbert, (1 vol. in- 8% Paris. 1874.)

En 1627, Servien, intendant en Guyenne; en 1628, La Thuillerie, intendant à la Rochelle, et, après lui, son successeur Villemontée ; en 1630, d'Aubray et La Potherie, en Provence, sont chargés, comme intendants, des affaires de la marine. A cette même époque, et en particulier en 1627^ 1628, des commissaires sont envoyés de tous côtés avec les mêmes attributions. Nous ne pouvons affirmer que ces derniers portassent tous le titre d'intendant. Du moins, c'était par commission qu'ils étaient investis de leurs pouvoirs. Nous avons relevé les noms de Lauzon, en Normandie *; de Machaut, en Bretagne *; de Vauron, en Poitou ^; de Melleville et Ledoux, à la Rochelle * ; de Fortia ^ et de La Fosse Bernard, à Bordeaux. Tous

1. M. de BeaMvei^aive (Intendants de Normandie, p. 1) cite la commission de Lauzon, datée du 3 janvier 1627. De nombreux documents relatifs à ce même Lauzon sont conservés dans nos archives. Il joua un rôle important et trop peu connu dans les affaires de marine sous le ministère du cardinal de Richelieu. V. notamment Aff. étr. (France, 1627, t. 785, fol. 43).

2. V. Chassebras, I, p. 352, et lettres de Machaut à Riche* lieu, Aff* étr. (France, 1627, t. 785, fol. 78, et 80). Cp. Avenel (II, p. 346), etc.

3. V» lettre de celui-ci à Richelieu, du 17 juin 1627 (Atf. ôtr., t. 785^ fol* 165) ; « Le zelle et affection que j'ai au service de V. Grandeur, me fera luy dire que tous ceux à qui elle a donné conmiission pour le fait de la marine en ces cotes de Guyenne et Poitou la trompent, d'aultant qu'ilz ne sont sur les lieux et par ce moyen laissent perdre les droits en plusieurs débris et naufrages qui arrivent tous les jours.... »

4. V. Aff. étr. (France, 1627, t. 786, fol. 8). V. aux mô^ Inès archives, Fonds des Provinces, vol. 1475, passim,

5. Une grande quantité de pièces relatives à ce Fortia se trou-

ces gens arment des vaisseaux, enrôlent des hommes, embarquent des canons, rendent des jugements sur les affaires maritimes ; surtout ils s'attachent à ne laisser passer aucune occasion de revendiquer hautement les droits du surintendant de la navigation. Ils tiennent tête aux gouverneurs qui prétendent que le droit d'amirauté est attaché à leur titre. Ils tiennent tête aux parlements qui prétendent qu'on touche à leur compétence. A ce point de vue, les résistances locales contre l'établissement des intendants entrent dans une phase nouvelle et plus violente. C'est le lieu de reprendre à l'origine une question si importante, et que nous avons préféré présenter ici d'un seul tenant.-

vent) soit en original, soit analysées, dans les vol. 785-785- 786 des Aff. Etr., France, Nous donnons le texte de quelques^ Unes de ces analyses : 1 . a M. de Pontac (c'est-à-Mire lettre de M. de Pontac) : Le Parlement de Bordeaux a defFendu d'exécuter la commission du sieur Fortia, parce qu*il est parti sans la présenter au parlement... » 2. « Plaintes de M. de Fortia sur les ditf cultes qu*il rencontre en T exercice de sa charge, » etc. C*était un sieur de Chimbault, conseiller au parlement de Bor* deâux, qui troublait ainsi le sieur Fortia (Cp. Avenel, t. Il), et Levassor, Hist. de Louis XIII {t, III, 122). V* Aff* étrangM Vol. 785i Analyses.

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