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LA REGENCE ET LES FAVORIS

LliS TROUBLES REVIENNENT; — LES INTENDANTS REPARAISSENT.

Malheureusement pour le royaume, il dut faire encore une fois la triste expérience des difficultés qui accompagnent les pouvoirs faibles et irrésolus.

Henri IV meurt. Ln roi on bas âge lui succède. L' « hydre de la rébellion » redresse ses cent têtes, et les Hercules au petit pied destinés à la combatti'e pullulent de nouveau dans le pays.

On a peul-étre trop médit du gouvernement de Marie de Médicis. Certes, il n'eut rien de glorieux.

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Mais, dans ses premières années du moins, il lut, si l'on peut dire, honnêtement médiocre.

Les grands projets de Henri IV furent abandonnés. Pouvait-on les poursuivre? Une fois le roi mort, à qui confier la direction des affaires qu'à ces hommes de valeur secondaire, que Henri IV luimême avait choisis? Toute influence personnelle, qu'elle vînt de la naissance ou du talent, était un danger pour l'autorité chancelante du jeufie roi.

Les finances furent dilapidées. Mais la dilapidation, — je dis cela sans ironie aucune, — se fit avec ordre. Elle avait son excuse. Il s'agissait de satisfaire les ambitions exigeantes qui avaient relevé la tête autour du trône dès que le bras qui les avait soumises s'était retiré.

Que pouvait-on faire de mieux pour retenir dans une fidélité môme apparente, des serviteurs qui menaçaient de devenir des ennemis, que de leur jeter en pâture, morceau par morceau, la curée que Henri IV avait amassée dans les caves de la Bastille, en vue du « dessein i>, désormais manqué, de la guerre d'Allemagne? Avant tout, il fallait éviter la guerre civile et gagner l'époque de la majorité du jeune roi.

Ce sont des raisons que Villeroi exphque très bien dans les Mémoires longuement motivés qu'il adressa à Marie de Médicis '.

1. V. les Mémoires de Villeroi à la reiue régente, en ms. dans le fonds Conrart. Bibl. de l'Arsenal (t. XVIII, fol. 532). 500 Colbert (vol. XVII, fol. 40), et Fontanieu, Portefeuilles, Louis Xlll (I, pièce 63). — Comparez-les aux « Propos tenus

Il faut observer encore que ceux qui donnèrent à la reine régente le conseil de suivre cette politique de naufragés en détresse (Villeroi, Jeannin, Sillery), s'ils présidèrent au pillage, restèrent en réalité les mains nettes de si srrandes sommes dont ils furent les dispensateurs. Ils donnèrent beaucoup ; mais ils ne prirent rien. C'est là une sorte de justice que l'histoire ne doit pas manquer de leur rendre. Leur gouvernement intègre et sage mena la France, sans trop d'encombrés, jusqu'en 1614, époque où le roi fut déclaré majeur, où les trente millions que Sully dit avoir amassés dans les caves de la Bastille furent dilapidés, et où les princes, non rassasiés par de si beaux morceaux (ju'on leur avait partagés, se jetèrent dans la révolte.

La France entre dans une nouvelle crise d'où l'on peut dire qu'elle ne sortira qu'en 1660 environ. La guerre civile et la guerre étrangère vont s'entremêler et se succéder de nouveau. De nouveaux embarras naissent pour le pouvoir. Nous allons voir reparaître les intendants.

Les protestants, les premiers, relevèrent la tète. L'assemblée de Saumur fut orageuse. Si la pru-

en l'assemblée générale des Etats par M. le président .Jcanuin, afin de leur représenter l'administration des finances pendant la régence de la reine, » en 1G14, en appendice aux Ni'ijociations dn président Jeannin (édit. de 1819, in-S^^ t. III, p. 517). — Ces différentes pièces suffiront poui- réliabilitcr, dans la mesure du possible, un gouvernement que l'on a trop jugé sur les attaques de ses adversaires, et de Sully eu particulier.

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douce intéressée de Bouillon put empêcher une prise irarnies, il n'en resta pas moins des germes d'irritation qui, à la première occasion, devaient éclore. Gomme les menées des Rochelois inquiétaient la cour, elle voulut avoir au milieu d'eux un homme sûr, qui la renseignât sur les progrès du mécontentement et dont la présence pût étouffer les complots et contenir une révolte. Seulement le gouvernement faible agit avec faiblesse : « Le Coudray, conseiller au parlement de Paris, qui avoit accoutumé d'aller tous les ans à la Rochelle pour ses affaires particulières, y fut envoyé par Leurs Majestés, avec commission d'intendant de la justice et avec charge d'avoir l'œil aux mouvements qui se pourraient faire à la Rochelle... Le peuple en eut quelque avis. . . Ils disent que Le Coudray est envoyé pour avoir soin de la police qui leur appartient par leurs privilèges, et pour les faire séparer de l'union qu'ils ont avec leurs autres frères, et qu'il a mendié cette commission de Leurs Majestés... Là-dessus, ils s'émeuvent, s'attroupent, prennent les armes ; Le Coudray, saisi de peur, demande sûreté au maire pour se retirer; c'est ce qu'ils vouloient : sa peur les assure ; il n'est pas plus tôt hors leur ville qu'ils tiennent assemblée '...., etc. »

1. Mé mu ires de RichcUea [('dit. Petitot, t. I, p. 148). Cf. Duplessis-Mornay, Mémoires et correspondance (édit. 1825, t. XI, pp. 448, 465 et 486). Il y eut deux émeutes, le 5 et le 12 septembre 1612. Duplessis-Mornay dit qu'on en vint aux pierres. M. Anquez dit (juc Lecoudray était un des éclicvins de

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Ce n'est pas la première fois que nous voyons une mésaventure de ce genre arriver à un intendant de justice. La ville de la Rochelle, fort opiniâtre sur ses privilèges , était faite pour suivre l'exemple des résistances violentes. D'autres villes rimiteront. Plus d'une fois encore des intendants hués, poursuivis, menacés de mort, s'enfuiront piteusement des villes où ils prétendaient s'imposer en triomphateurs. Des troubles plus graves d'ailleurs allaient ensanglanter la France.

La première fugue du prince de Gondé et de ses amis, en 1614, fut courte. On put encore, au traité de Sainte-Menehould , les satisfaire, du moins par des promesses. Cependant des armées furent levées de part et d'autre, et des intendants durent y prendre place. Ils n'eurent pas le temps d'accomplir, à cette occasion, d'actes qui nous aient laissé quelque trace.

Mais le calme ne pouvait durer. A quelque temps de là (les Etats de 1614 n'ayant donné à tous que des satisfactions dérisoires, Concini devenant plus puissant et plus fat que jamais , les mariages espagnols fournissant un prétexte), les troubles recommencèrent. Les protestants étaient encore de la partie. Ce ne fut plus, encore une fois, par tout le royaume , que levées de gens d'armes , excursions de partisans, extorsions de deniers, et foule du pauvre peuple.

la Rochelle. V. Histoire des assemblées populaires des réformes de France (1859, in-8°, p. 256).

Les mêmes hommes qui avaient servi sous Henri IV, dans des circonstances analogues, reparurent. Le bataillon d'ailleurs s'était singulièrement accru :

Mazuyer et Mangot sont envoyés en Poitou pour faire l'instruction sur les premiers troubles '.

Bernard de Refuge fut intendant de justice et de police dans l'armée du roi , combattant contre les princes réformés (octobre 1615) ".

André Le Febvre d'Ormesson fut (dit un naïf chroniqueur) « intendant en Champagne en 1615 « et 1616, en la guerre de minorité de Louis XIIP, « suscitée par M. le Prince, M. de Nevers, duc du « Maine et duc de Bouillon, soubz le prétexte du « marquis d'Ancre contre Marie de Médicis^ reine- (( mère. Il faisait, ajoute-t-il, bonne justice sans « corruption ^ ».

Guillaume Marescot fut intendant de justice dans l'armée de Champagne à cette même date '' (1615).

1. Leur mission commença en juin 1614 et se termina en février 1615. Elle fut infructueuse, V. Ouvré, Essai sur l'histoire de Poitiers. (1856, in-8", pp. 91 et 107.)

2. V. détails curieux àans Journal de Bassonipierre. Ed. de la Société de l'Histoire de France (t. II, p. 12).

3. Mémoires de Pierre Coqaanlt, bourgeois de Reims, publiés par M. Ch. Loriquet (t. II, pp. 476-477). Cité par d'Arbois de Jubainville : Documents inédits sur les intendants, Revue de Champagne et de Brie, mars 1879, p. 162.

4. V. Chassebras (t. I, p. 283). Ce même Marescot fut intendant de Metz et du pays messin en 1619, et encore intendant de l'armée de Champagne en 1622. V. Chassebras, ibid. — Cf. Vie de Marescot, par Th. Godefroy. — Histoire de Metz, par les Bénédictins (t. III, p. 214). — Cf. Lettres ms, de Mares-

Gaumartin fut, en 1617, collègue de d'Ormesson, dans l'intendance de Champagne \ Bellejambe, que nous retrouverons plus tard, eut un emploi analogue (nov. 1615) '.

Gilles le Mazuyer fut intendant de justice en Poitou (avant 1615) ^ ; Gharles de la Potherie, à Gaen '* ; Robert Aubery, en Bourbonnais, Haute et Basse- Auvergne (1616) ''.

Leguay, en Auvergne (1616) ^

Pierre Hurault, à Toulouse (1616) '.

Jean Bochard de Ghampigny, en Poitou (1616- 1617) ^

cot au duc de Nevers (Bibl. nat., fonds français, vol. 3201, fol. 1, 19, 33, 37, etc.).

1. V. la lettre du roi à M. de Caumartin, publiée dans la Co)'' respondance de Richelieu (Documents inédits), (t. I, p. 238). V. la note de l'éditeur. — Richelieu dit que les commissaires, c'est-à-dire d'Ormesson et Caumartin , avaient pour mission « d'informer des contraventions à ses ordonnances et de faire le procès à ceux qui se trouveraient coupables. » (V. Mémoires, t. I, p. 371.)

2. V. une lettre de lui (Bibl. de rinstitut. Fonds Godefroy, t. CCLX VIII, pièce 31).

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