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CHAPITRE V

CERVIDÉS, LÉPORIDÉS.

Sommaire. — i. Renne. — 2. Lapin. — 3. Furet, Hérisson, Gazelle.

§ 1. Benne. — Nous nous sommes déjà occupé deux fois du renne, d^abord comme animal chassé pendant le paléolithique, ensuite comme gibier manquant au centre de l'Europe depuis le commencement du néolithique. Nous allons maintenant nous occuper de lui comme animal domestique, ou, pour parler plus exactement, comme animal semi-domestique.

Le renne fossile, c'est-à-dire quaternaire ou paléolithique n'était pas domestiqué. On le chassait, on le tuait loin des habitations, et pour ne pas s'embarrasser on le dépeçait sur place n'emportant que les parties les plus utiles et les plus avantageuses comme la tète, les épaules et les gigots. Aussi les os de ces parties abondent dans les stations, les autres font défaut ou sont rares. Il en serait tout autrement si le renne avait été domestiqué. Tué à la station même, ses divers ossements se retrouveraient dans leurs proportions numériques naturelles. Au lieu de n'avoir à peu près que les os de la tète et des membres on aurait aussi en abondance les os du corps, vertèbres, côtes et bassins.

Les représentations de rennes nous conduisent à la même

conclusion. Les deux plus anciennes sont les deuxpelitesslaluettes de Solutré. Toutes les deux ont les quatre pattes ramenées auprès Tune de l'autre sous le ventre comme celles d'un gros animal que l'on veut transporter, après l'avoir tué, au moyen d'un gros bâton passé entre le ventre et les pattes.

Dans les gravures et même les rondes-bosses de l'époque de la Madeleine, le renne est presque toujours représenté fuyant, le nez au vent, les bois couchés sur le dos, preuve qu'il était sauvage. L'homme était obligé de le chasser, de le poursuivre. Il le voyait habituellement courant. C'est pour cela qu'il l'a généralement représenté ainsi.

Autre preuve. Cari Vogt, qui a fait un voyage vers le pôle Nord, avec Jérôme Bonaparte, a constaté que c les rennes sauvages sont de beaucoup plus élégants que les rennes domestiques, qui paraissent des créatures enlaidies etcrétinisées». Les sabots des rennes domestiques surtout se distinguent par un fort élargissement. Or, les sabots de tous nos rennes fossiles sont étroits et élégants.

Enfin le renne domestique ne peut se conserver qu'avec le secours du chien. Vogt nous dit* : < Quiconque a vu une seule fois un troupeau de rennes aura compris immédiatement que leur garde serait impossible sans le chien dressé ad hoc. C'est une bête tellement indocile, stupide et de mauvaise volonté, et le retour à l'étal sauvage lui est si facile et s*accomplit si promptement, que l'homme ne saurait suffire à la tâche sans le secours du chien. » Or, le chien n'existait pas dans les temps paléolithiques.

La facilité du retour à l'état sauvage est constatée par de nombreux faits. Importé en Islande, il y a fortement pullulé et y est devenu sauvage, répandu dans l'île entière; cela en moins de cent ans.

1. Carl Vogt, Introduction à la description d'objets trouvés à Verrier^ par F. Thioly, 1869, p. 14. Extrait du Bull. Institut Genevois, ▼ol. XV.

Nordenskiôld quand il a hiverné au Spitzberg, avait emmené un certain nombre de rennes pour tenter Texploration du pôle en traîneau. Mais un beau jour ces rennes ont abandonné la colonie pour ne plus revenir.

Il est intéressant de savoir quand et pourquoi le renne a quitté le centre de l'Europe pour se retirer vers le pôle.

La raison de sa retraite est bien simple. C'est tout bonnement une question de température. Pour vivre, se développer et surtout se reproduire, le renne a besoin d'un certain degré de froid. A Stockholm le climat ne lui convient déjà plus. Il ne s*y reproduit qu'accidentellement. A Saint- Pétersbourg, pendant l'hiver, les rennes de la Finlande viennent conduire des traîneaux sur les glaces de la Neva, mais dès que le printemps revient ils sont obligés de regagner le nord. Les rennes ont donc forcément péri ou émigré quand la température s'est adoucie dans le centre de l'Europe. Le départ de chez nous doit donc être bien antérieur aux temps protohistoriques et même à l'époque néolithique.

On a parlé de manque de nourriture sans aucun fondement, puisquenosrégions contiennent de nombreuses plantes recherchées par le renne et jusqu'au lichen, qu'il affectionne le plus.

Alors des archéologues, très sérieux puisqu'ils font partie de l'Institut, se sont abandonnés à leur imagination et ont écrit : « On reconnaît que le renne se retire devant la marche progressive du bétail domestique, ce qui n'implique aucun phénomène climatérique*. > Et Alexandre Bertrand se rappelant l'Ecole normale s'est écrié dans un élan lyrique : € Là où le bœuf a brouté, le renne ne broute plus. > 11 oubliait tout simplement que rennes et bœufs ont durant

1. De LONGPÉniER, Académie det tclencst dans Journal officiel, 2i août 1875, et Revue archéoL, septembre 1875, p. 186.

des siècles brouté côte à côte daas nos régions pendant la majeure partie des temps paléolithiques.

Ce que nous venons de dire concernant la grande et active influence de la température sur l'existence du renne suflît pour enlever toute valeur aux difiérents faits péniblement rassemblés par Ernest d'Acy pour établir que le renne fréquentait encore le centre de l'Europe pendant et depuis l'époque néolithique.

Au Congrès international d'archéologie et d'anthropologie préhistorique de Norwich, en 1868, Boyd Dawkins a prétendu que le renne vivait en Ecosse encore au milieu du xii* siècle, dans le comté de Caithness*. Des preuves s'il vous plaît?

Dans un discours prononcé à la Société anthropologique de Berlin, le H décembrel869, vers la fin, en parlant des palafitles de la Poméranie, Virchow, dit : € Dans les localités de laPoméranie et de la Nouvelle-Marche qui ont été examinées, la grande majorité des ossements appartient aux animaux domestiques. Il ne se rencontre relativement que peu d'animaux sauvages, tels que le sanglier, le cerf, le chevreuil, le renne, et quelques animaux plus petits, tels que le castor. Mais ils disparaissent devant la masse énorme des animaux domestiques ^ » Cespalafittes appartiennent d'après l'auteur indubitablement à la partie de l'âge du fer qui paraît toucher à la période historique.

Vers le milieu du discours, Virchow signale parmi les débris d'animaux sauvages qui ont été mis au jour dans les palafitles du nord de l'Allemagne, particulièrement dans le lac de Soldin, Brandebourg, des ossements de rennes, surtout des mâchoires et des dents ^

Devant des assertions aussi nettement formulées par un

J. Boyd Dawkixs, Congrès de Norwichy i868, p. 287.

2. R. ViRcuow, Matériaux pour Vhisloire de l'hommCy 1870-1871, p. 349.

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