‹ Origines de la chasse, de la pêche et de l'agricultureChapitre 18 sur 133 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ENGINS DE CHASSE

Sommaire. — 1. Engins chelléens. — 2. Engins moustéricns. — 3. Engins solutréens. — 1> Engins magdaléniens. — 5. Chasses magdaléniennes.

S 1. Esi^iM eiieiiéens. — Les moyens les plus élémentaires d'attaque et de défense, et par suite les premières armes de chasse, sont certainement le caillou et le bâton.

Les grands singes anthropoïdes, pour sedéfendre, cassent une branche et frappent avec, mais ils en restent là.

L'homme primitif a dû aussi casser la branche, et voyant combien cet objet était pour lui précieux et utile, il Ta perfectionné. C'est ce qui a fait la supériorité de l'homme.

Peu à peu il a compris, si la branche était courte, que l'arme devenait de plus en plus meurtrière en acquérant du volume et du poids à une extrémité. C'est ce qui a donné naissance à la massue et aux casse-tètes, si employés par tous les peuples sauvages.

Si la branche était longue, il a taillé le bout en pointe et a ainsi créé l'épieu, base et origine de la lance.

Les hommes de Tépoque chelléenne très probablement devaient posséder et faire grand usage du casse-tèle et de l'épieu. C'est avec ces deux armes et l'aide soit de fosses, soit de pièges, qu'ils venaient à bout de leurs plus forts et de leurs plus terribles adversaires, les éléphants, les rhinocéros,

les hippopotames, les grands félins. Malheureusement les objets en bois se détruisent facilement et aucun de ceux de cette époque n'est venu jusqu'à nous. Nous en sommes donc sur ce point réduits aux simples conjectures.

Voilà pour le bâton.

Pour ce qui concerne lecaillou, arme peut-êlre encore plus primitive et plus naturelle que le bâton, nous pouvons aller plus loin.

Plusieurs animaux font usage de projectiles. Des singes, bien inférieurs aux anthropoïdes, les emploient. Perchés sur les arbres, ils font peu usage des pierres, mais ils se servent volontiers de certains fruits durs et lourds pour assommer leurs ennemis. Ils les projettent avec force contre eux. Des animaux, plus inférieurs encore, comme les rhinocéros, projettent aussi terre et pierre contre les ennemis qui les poursuivent. Mais comme ils n'ont pas des mains pour saisir le projectile et le lancer, ils emploient à cet usage leurs pieds de derrière dont ils frappent le sol.

L'homme primitif, en se servant du caillou ari*ondi, a bientôt reconnu que ce caillou devenait beaucoup plus meurtrier quand il présentait des arêtes vives et tranchantes.

Telle fut l'origine de la taille de la pierre.

Cette pierre taillée solide et résistante s'est très bien conservée, et nous la retrouvons avec tous ses caractères. Ils ne sont pas variés, ils sont même assez uniformes et assez monotones, mais ils ne laissent aucun doute sur l'intervention dé l'homme.

L'instrument chelléen, le plus ancien, est en général en pierre locale, dure et offrant des cassures à arêtes vives. Le silex est la pierre la plus einployée, le quarlziie vient ensuite. Le fragment de pierre est taillé sur les deux faces et rendu par le martelage plus ou moins amygdaloïde au moyen du départ d'éclats généralement assez forts.

Cet instrument varie, non seulement de matière, mais encore de forme, de grandeur, de fmi dans le travail, pourtant une fois qu'on a fait connaissance avec lui, on le reconnaît toujours facilement. Tous les échantillons, malgré leurs variations individuelles, ont entre eux le plus grand air de famille. C'est comme les chiens. Il est impossible de varier davantage, néanmoins nous distinguons à première vue un chien d'un autre animal.

FiG. 13. — Coup de poing chelléen amygdaloîdc avec plat à la base, silex, La Vienne. Mut^e préhistorique, 1/3 grandeur.

Dans son ensemble Tinstrument chelléen (Tig. 13), aiTecte la forme d'une amande. Il est élargi et arrondi en bas. Il se rétrécit généralement à partir du tiers inférieur, en allant vers le sommet, qui se termine en pointe; les bords du pourtour sont à angles aigus et les faces dans le sens de répaisseur présentent un certain aplatissement.

C'est la forme habituelle, la forme typique, mais les variations dans les divers sens sont nombreuses. Non seulement

ramande devient, suivant les cas, plus ou moins ovale ou allongée, plus ou moins arrondie, mais parfois elle s'élargit au détriment de la longueur de manière à être presque discoïde. D'autres fois, au contraire, Tamande s'allonge en se rétrécissant jusqu'à en devenir méconnaissable au premier abord et à prendre un faux air de poignard (fig. 14).

Fif.,

r.. IL - Coup do poing chclléen forme poi^niard, silex, Sa'.ul-AcliciiL Mutée préhUtorique, I 'i grandeur.

Comme longueur la moyenne à Saint -Acheul (Somme), jui a fourni une immense quantité de ces instruments, est de a à 12 centimètres, et à Chelles de 13 à 14. Comme poids la moyenne est de 235 à 242 grammes à Saint-Acheul et de 424 grammes à Chelles *.

1. Pour plus de détails, voir G. DE Mortillet, le PréhMorique^ p. 135.

Cietle description s'applique à l'ensemble des instruments clicUéens, mais on rencontre parfois, même assez fréquemment, des échantillons qui ne sont pas taillés tout le tour. Qu'ils soient faits avec un rognon de silex ou un caillou roulé de quartzite, la base reste brute. Elle est donc arrondie et sans aspérités. On peut la saisir facilement à pleine main sons aucune crainte de se blesser. On voit très clairement que ces instruments étaient faits pour être employés directement à la main.

Il en est de même pour une série d'autres instruments qui, au lieu d'avoir conservé la partie brute à la base, Font conservée sur le côté. On peut aussi les empoigner à pleine main et s'en servir comme.couperets (fig. 15).

FiG. 15. — Coup Uc poinjî chcllccn forme roiipcrct, silex, Sainl-Achcul. Musée préhittorique, l/"2 grandeur.

Ces parties brutes que Ton nomme talon quand elles remplissent plus ou moins la main, se réduisent peu à peu et finissent par n'être plus qu'un petit point vers la base ou sur

le côlé. Mais ce pelit point est à peu près général. Il se voit même dans les pièces les mieux taillées et les plus finies (fig. 13). S'il manque, il est remplacé par une petite surface plane, ou par des tailles obliques qui amortissent tout tranchant. C'est la meilleure démonstration que tous les instruments chelléens étaient faits pour être maniés directement à la main. En effet, on peut tous les saisir facilement en appuyant soit la paume de la main, soit Tentre-deux du pouce et de l'index, sur la partie plate et s'en servir sans que la main puisse être blessée. D'autre part les formes générales de ces instruments sont défavorables et contraires à toute espèce d'emmanchure.

C'est pour cela que, dans notre Préhistorique, nous avons proposé de nommer cet instrument coup de poing y term^ qui a été généralement adopté.

Les chasseurs de l'époque chelléenne devaient faire un grand usage de ces coups de poing. C'était une armé terrible avec laquelle ils pouvaient fendre le crâne ou assommer les animaux contre lesquels ils luttaient.

§ 2. Eogrins monatérieM. — Commc défcnsc, l'homme chelléen avait à lutter d'une part contre les grands pachydermes, de l'autre contre les ours et les félins bien plus dangereux encore. Il avait aussi à chasser pour se pourvoir de nourriture. Mais c'est tout. 11 faisait de son temps une température très douce et très uniforme, aussi ne sentait-il pas la nécessité de se vêtir et de ce chef ne devait-il pas rechercher les peaux et les fourrures.

Il n'en a pas été de même à l'époque moustérienne qui correspond au grand développement glaciaire. La température a beaucoup diminué, le froid s'est fait sentir, l'homme a dû chercher à se couvrir. Et en effet les instruments en pierre que nous trouvons à cette époque, et qui la caractérisent comme industrie, sont essentiellement des. outils

deslinés au travail des peaux, comme nous l'établirons au chapitre suivant. Pour se procurer ces peaux l'homme devait donc beaucoup chasser. Il avait là un puissant motif de chasse de plus.

Pourtant, sauf des coups de poing bien réduits de grosseur et de poids qui se rencontrent en certain nombre au commencement de l'époque moustérienne et quelques grands éclats à tranchants fort aigus qui ont été désignés sous le nom d'éclats types Levallois, aucun instrument en pierre de cette époque ne peut être rapporté à la chasse.

C'est la meilleure preuve que nous avions parfaitement raison quand, en tête de ce chapitre, nous avons dit que rhomnne primitif a commencé par se servir d'armes en bois. Le casse-tête et Tépieu ont dû être ses premières armes. Elles ont été généralement et presque exclusivement employées pendant le mousléricn. Certaines tourbières nous en ont conservé de néolithiques et elles existent encore chez tous les peuples sauvages.

§ 3. Ennrina «ointrëeiifl. — Â l'époquc solutrécune nous voyons apparaître des armes plus compliquées. La pierre commence à s'unir au bois. En effet les types caractéristiques du solutréen, en fait de silex, sont pour la partie inférieure une pointe en forme de feuille de laurier, et pour la partie supérieure une pointe plus étroite, plus allongée, avec un cran latéral.

Les pointes en feuille de laurier, dont le nom indique très bien la forme générale, sont taillées avec beaucoup de soin, non seulement sur le pourtour, mais encore aux deux extrémités et sur les deux faces. Elles sont généralement légères et très minces. La plus grande largeur ne se trouve pas au milieu, mais habituellement vers le tiers inférieur. Elles sont toujours bien plus longues que larges. Le rapport est au ipoins du double, il peut aller jusqu'à quatre pour un.

7i OUIGINËS DE LA CHASSE, DE LA PÊCHE

Celte longueur varie beaucoup. En moyenne elle est de 8 à 1 1 centimètres, mais les extrêmes vont de 3 seulement jusqu'à 34. C'est une preuve que la pointe en feuille de

FiG. 10. — Poiiilo soliiti-i'cnne en feuille de laurier, silex, prè-iBoui-deilles (Dordogne).

L'Homme, 2/3 grandeur.

Fl<î. 17. — Pointe solutréenne en feuille do laurier, agate, Ëxcidcuil. MuséevréhUtorique, grandeur naturelle.

laurier devait avoir des emplois divers. Son peu d'épaisseur et son pourtour [trancliant montrent suffisamment qu'elle n'était pas directement employée à la main. Elle devait servir soit de pointe de javelot et de hmce, soit de lame de poignard.

Il est évident que toutes les pointes au-dessous de la moyenne, et elles sont assez communes, ne pouvaient avoir d'autre emploi que comme pointe de javelot. Elles étaient fixées solidement au sommet d*unc forte baguette ou d'un léger bAton, pour être projetées contre le gibier.

ET DE LAGRICULTIRE. 73

Les pointes moyenne, propres également à armer des soramets de jaTelot, étaient peut-être aussi des sommets de lance.

Quant aux grandes et belles pièces, semblables à celles découvertes à Volgu (Saône-et-Loire), qui font rornemenl du musée de Chalon-sur-Saône, ce sont très probablement des lames de poignard. En effet, sur une longueur variant de 24 à 34 centimètres, elles n'ont que 8 millimètres d'épaisseur. Le silex est très cassant. Comme sommet de lance ces belles pointes travaillées avec tant d'art et tant de soin se seraient brisées trop facilement. Il est donc plus probable que c'était des lames de poignard dont la base s'introduisait dans un manche en bois ou en peau.

Grâce à la pointe en feuille de laurier, les chasseurs solutréens possédaient donc trois armes bien distinctes :

Le poignard à lame de silex fragile, mais aiguë et tranchante.

La lance, diminution de l'épieu, avec sommet en silex, se consentant à la main.

Et le javelot ou sagaie, forme encore plus légère, se lançant avec le bras.

Pourquoi pas la llèche, dira-t-on?

Parce que rien dans tout le paléolithique ne fait préjuger Tare. C'est une preuve négative qui a sa valeur, mais qui romme toute preuve négative n'a rien d'absolu; mais cette ^ preuve négative s'appuie sur une considération d'un grand poids. La flèche demande une armature légère et le plus possible uniforme. Or les pointes en feuille de laurier ont des proportions relativement trop fortes et par conséquent atteignent des poids trop lourds, et puis les dimensions sont beaucoup trop variables, n'ayant, à part la forme, rien de régulier.

Les feuilles de laurier présentaient deux graves incon-

véiiients. Elles se brisaient facilement sans pouvoir être réparées et leur forme régulière les faisait sortir trop facilement du corps de l'animal blessé. Vers la fin du solutréen, elles ont été remplacées par les pointes à cran.

La pointe à cran est moins large, mais plus épaisse que la feuille de laurier, elle est donc plus résistante. Pourne pas l'affaiblir, la face inférieure, face de départ de l'éclat de silex, est habituellement laissée plane et unie; l'arête dorsale est souvent conservée.

Le cran latéral, formant barbelure, est un obstacle pour la sortie de l'arme de la blessure qu'elle a faite.

La partie du silex qui se trouve au-dessous de la barbelure ou cran, se trouvant rétrécie, forme un véritable pédoncule des plus utiles et des plus commodes pour fixer la pointe à une hampe en bois.

L'étroîtesse de la lame de silex fait qu'il est facile de réparer la pièce si elle se brise soit du côlé du pédoncule, soit du côté du sommet. En effet, on a recueilli dans les stations plusieurs pointes à cran restaurées. La pointe à cran était donc un grand perfectionnement, qui a détrôné, la feuille de laurier. Elle a été détrônée elle-même par les pointes en os et en corne (le cervidés.

La longueur des pointes à cran varie en -général entre 5 et 8 centimètres; mais il y en a de plus petites et de plus grandes. Les plus grandes sont généralement les plus artistement taillées, des armes de luxe. C'est ainsi que le musée de Saint-Germain possède une véritable merveille de taille,

Vu., 18, — Pointe so- Julrccnnc à cran, <ilcx, Excidcuil.lfu- Sf'e préhist., ^r.nut.

recueillie par Parrot à Excideuil, mesurant 8 centimètres et demi sans le pédoncule qui malheureusement est cassé. Le poids de ces pointes et leur défaut de symétrie, provenant de ce qu'il n'y a jamais qu'une seule barbelure, prouvent bien que là encore nous ne sommes pas en présence d'armatures de flèches, mais bien d'armatures ou sommets de sagaies.

§ 4. EngiB* man^daiéniciifl. — L'époquc de La Madeleine, la dernière des temps quaternaires ou paléolithiques, est caractérisée par le développement des instruments en os et en corne. L'os remplace en grande partie la pierre qui n'est plus employée que pour certains objets usuels où, faute de métaux, son emploi est nécessaire. Aux armatures en pierre des armes de jet de l'époque solutréenne, ont succédé les armatures en os et surtout en corne de cervidés, principalement de rennes. Leur forme est variable, pourtant elles peuvent rentrer toutes dans les divisions suivantes :

!• A base fendue :

Aplatie;

Arrondie.

2* A base en biseau :

Bec de flûte ou biseau simple;

Coin ou biseau double.

;)'• A base pointue.

4^ Harpons aplatis.

.V Harpons arrondis.

1*» Poinies de sagaies à fenle portant à la base une écliancrure étroite, assez profonde, dans laquelle devait s'introduire le sommet de la hampe ou bâton, probablement taillé en coin à double biseau. Ces. pointes sont généralement aplaties, se rapprochant de la forme des poinies de silex en feuille de laurier dont elles forment pour ainsi dire la conti-

nualion. Seulement Temmanchure est inverse (flg. 19). La feuille de laurier devait entrer dans la hampe qui la pinçait entre deux lèvres ; ici c'est la hampe qui pénèlre dans la pointe et se trouve serrée par elle. On a recueill celte forme à la grotte des Fées de Chatelperron (Allier), aux Cottes (Vienne), à la Chaise (Charente), à Cro-Magnon et à Gorge d'Enfer (Dordogne), à Aurignac (Haute-Garonne), et au trou du Sureau (Belgique). C'est la forme la plus ancienne.

Dans les pointes de sagaie arrondies, la fente est plus

VlG. l'J. — Sngaio nplulio H bnso fendue, os, Aurignac. Musée pr^hittorique, 2/3 grandeur.

Fl6. 20. — Sa^^aic arrondie à base fondue, o.% Gourdan. Muiée préhistorique, 2/3 grandeur.

ouverte (fig. i20). Ces pointes paraissent se conliner dans les Pyrénées et être de la fin du magdalénien.

2<» Pointes de sagaie à biseau (fig. 21), système inverse du précédent pour les pointes à biseau double ou coin. C'est la base de la pointe qui entrait dans le sommet de la hampe fendue.

Pour les pointes à biseau simple ou bec de fliile, ce biseau

assez allongé se plaquait contre un biseau analogue pratique

Fie. il. — Sa;faii; ù bsiso à double bUcaii, conw?

do rciino, La Madulcinc.

Mitffle préhint, 5/3 gr.

Kuj.ii. — Sagaie « base on pointe, corne de rouno.

Lau;^cric - Basse , Mutée préhistorique, 2/:J gr.

au sommet de la hampe ou corps en bois de la sagaie. Les

deux parties étaient solidement fixées l'une à l'autre par un ficelage, comme du reste pour les autres formes. Afin que l'adhérence des deux parties soit plus complète, au lieu de laisser tout uni et lisse le plan du bec de flûte, on y traçait des lignes en creux horizontales, obliques ou formant un quadrillé. Ces pointes à bec de flûte sont les plus répandues, on les trouve dans presque toutes les stations de France, dans le nord de l'Espagne, en Suisse, en Belgique. Les pointes en coin paraissent un pea moins communes que celles en bec de flûte. Leurs biseaux sont aussi garnis de traits pour qu'ils glissent moins facilement dans la fente qui doit les recevoir.

3** Sommets de sagaie à pointe (fig. 22). Beaucoup plus rares que les précédents, sont en effet d'une emmanchure plus difficile et moins solide. La base terminée en pointe devait entrer dans un trou préalablement creusé au bout supérieur de la hampe. Ce sont généralement des pièces exceptionnelles et de luxe, soit en corne de renne très ornée, soit en ivoire de mammouth.

4* Pointes aplaties de harpon (fig. 23). Nous venons de passer en revue les sagaies, c'est-à-dire les armes de jet dont la pointe, soit en os soit en corne, reste fixée à la hampe ou bois formant la tige de l'arme. Mais les magdaléniens, outre ce genre d'arme dont ils faisaient grand usage dans leurs chasses, en possédaient un autre, le harpon. C'est une sagaie ou arme de jet en bois dont le manche ou hampe se sépare de la pointe quand celle-ci est engagée dans le corps d'un animal. Les débris de pointes de harpon, moins nombreux que ceux de pointes de sagaies dans les stations magdaléniennes, sont pourtant encore fort abondants.

Les moins nombreuses de ces pointes sont aplaties. Elles sont en plaques de cornes de cervidés. Paraissent spéciales au midi de la France, de la Dordogneaux Pyrénées. Elles ont

FiG. 23. ~ Harpon plal, conio Fi6. 24. — Harpon arrondi, de renne, La Vache (Ariège). como do renne, Laugerie-

Muiée préhitt., 2/3 gr. Basse. Mut.préhitt., 2/3 gr.

de deux à six grandes barbelures, ou fortes dents, alternant de chaque cAté. La base est en losange, généralement perc('*e d'un trou pour fixer un lien. Piette, qui a recueilli les deux rormes de pointes de harpon à Gourdan (Haute-Garonne), prétend que les plates occupaient la base du dépôt ; ce seraient donc les plus anciennes, les autres se développaient audessus. Mais la forme plate, en corne de cerf, a été signalt'e à Lorlhet (Hautes-Pyrénées), station qui passe, je crois avec raison, pour appartenir à la fin du magdalénien.

5' Pointes arrondies de harpon (fig. 24). Sont beaucoup plus abondantes que les précédentes. France, Suisse, Belgique, Angleterre. Baguettes d'os et surtout, même presque exclusivement, de cornes de renne, garnies sur les côtés d'une ou do deux rangées de barbelures. La base est conique, un peu plus large que la tige à son point de jonction avec elle, largeur qui est encore augmentée par la présence de deux boutons, un de chaque côté. Une corde ou autre lien, fixé au bas de la tige, était retenu d'un côté par les barbelures, de l'autre par le renflement de la base.

Ces pointes étaient introduites dans un trou conique de la hampe en bois, àsimple frottement, de manière qu'elles pouvaient facilement se détacher par une forte secousse. La corde ou le lien passé au bas de la pointe était aussi fixé vers le milieu de la hampe, de sorte que l'animal frappé par le chasseur emportait la pointe dans sa blessure, les barbelures empêchant sa sortie, et traînait après lui la hampe attachée au lien. Cette hampe, suivant en travers la piste formée par l'animal, s'engageait dans les broussailles, se heurtait contre les troncs d'arbres, ce qui ralentissait et même empêchait complètement la fuite.

Dans le harpon à pointe plate le même fait se produisait. La pointe était fixée à simple frottement dans la hampe par la partie triangulaire de sa base et un lien passé dans le trou

inrérieur ûxait celte pointe au milieu du bois de la hampe.

Avec ces engins, le chasseur pouvait suivre le gibier atteint et le rejoindre pour l'achever.

Il n'en avait pas même besoin. En effet les barbelures des harpons montrent, surtout dans les pointes arrondies, des cannelures plus ou moins profondes sur le plat de la barbelure. Ces cannelures d'une part sont peu décoratives et d'autre part ont un caractère d'uniformité qui montre bien que cen'était paslà un simple ornement. C'étaient évidemment des récipients pour contenir du poison. Les pointes de sagaies et de harpons des chasseurs magdaléniens étaient donc empoisonnées, comme celles de la plupart des armes des sauvages actuels. L'animal atteint devait succomber au bout de peu de temps, le chasseur n'avait qu'à suivre sa piste pour ne pas le perdre et pour rapporter triomphant le fruit de sa chasse.

Aux pointes de sagaies et de harpons il faut ajouter les poignards. Le poignard est une arme si naturelle que nous en avons déjà trouvé le germe dans certains coups de poing effilés du chelléen (fig. 14).

Nous avons présenté les belles pointes de silex en feuilles de laurier solutréennes trouvées à Volgu comme pouvant très bien être des lames de poignard.

La station solutréenne d'Excideuil, qui par sa partie supérieure commence à se rattacher au magdalénien, a fourni un instrument en os, auquel nous avons donné le nom de poignard-poinçon. En effet c'est une baguette arrondie assez allongée, terminée en pointe à son sommet. La base un peu plus épaisse est garnie sur une largeur de main de petites encoches. C'est évidemment la poignée. Les encoches sont faites pour éviterque la main ne glisse. Ces pointes saisies avec force peuvent devenir des armes terribles. Nous en connais-

sons plusieurs, de stations diverses, avec encoches ou non à la base.

Quand Tart a pris plus de développement, les simples encoches ont fait place à des œuvres plus artistiques et nous avons eu de vrais poignards avec des poignées qui sont de véritables œuvres d'art. La pièce la plus complète est le célèbre poignard de Laugerie-Basse donné au musée de Saint-Germain par Edouard Lartet. Le corps du poignard est formé d'une longue tige en corne de renne pointue à l'extrémité. La poignée est un renne fuyant en ronde-bosse. L'artiste a choisi ce mouvement pour que rien ne vienne gêner la main. En effet l'animal a le naseau au vent, par conséquent les cornes sont couchées sur le dos. Les pattes de devant sont repliées sous le ventre comme celles d'un animal qui détale et les pattes de derrière sont allongées le long de la lame rattachant la poignée au corps du poignard.

Vers la lin du paléolithique les derniers hommes fossiles possédaient donc comme armes de chasse :

4* Des sagaies variées.

2** Des harpons.

3" Des poignards.

De plus ils savaient empoisonner leurs armes pour venir plus facilement à bout du gibier.

§ 5. Chasses mai^daléiileniies. — LeS hommCS dcS tCmps

paléolithiques ne connaissaient ni l'agriculture, ni la domestication des animaux. Ils étaient donc essentiellement chasseurs. Chasseurs pour se défendre contre les grands animaux et surtout contre les terribles carnassiers qui étaient nombreux de leur temps; chasseurs pour se procurer leur nourriture journalière, les fruits sauvages ne leur présentant qu'une très faible et très insignifiante ressource sous ce rapport.

La chasse étant leur principal exercice, quand ils sont

devenus artistes, à l'époque magdalénienne, ils ont dû tout naturellement reproduire quelques sujets de chasse. C'est en effet ce qui a eu lieu.

Ces sujets nous fournissent de fort intéressantes données qu'il est important de ne pas négliger.

La première pièce dont nous ayons à nous occuper est un fragment de bâton de commandement, en corne de renne, sur lequel sont gravés en creux des tètes de chevaux, des tètes de boucs, une anguille et un petit bonhomme. Ce bâton de commandement, recueilli p»u Ed. Lartet et Chrisly, à La Madeleine, est actuellement au musée de Saint-Germain. Le petit bonhomme vient confirmer ce que nous avons dit concernant l'emploi du bâton et du casse-lêle (fig. 8). En effet, au milieu de tous ces animaux, l'homme a pour tout attirail un bâton qu'il tient de la main droite et appuie sur l'épaule. C'est bien là l'arme primitive.

Un autre sujet, bien plus important au point de vue de la chasse, est un assez grand fragment de corne de renne représentant une chasse complète à l'aurochs. Il a été trouvé à Laugerie-Basse, par Elie Massenat, qui le possède dans sa belle et riche collection * (fig. 25).

Un aurochs mâle. Bison priscus ou europœuSy fuyant, est gravé sur la partie la plus large de la corne. Il est avec sa femelle. Mais comme la femelle ne peut pas être placée sur la face qui contient le mâle et que celui-ci occupe tout entière, l'artiste l'a reléguée sur l'autre face. Le chasseur lui se voit du même côté que l'aurochs mâle, car c'est à lui qu'il s'attaque. Il est couché. On a dit que le graveur a dû le placer ainsi parce que les proportions de la corne ne permettaient pas de le placer autrement. C'est possible, pourtant

1. Elie Massenat publie la riche série de ses gravures et sculptures paléolithiques, texte et planches : Elie Massenat et Paul Girod, les Stations de Vâge du renne dans les vallées de la Véière et de la Corrèie, in-i.

l-'^.Zl':

Fil.. ^5. — Chaîise à l'aurochf, grav«5c »iir corne de ronii -, Lnugeric-Bas^c. Uiiiée jiréhistoriquet 2/3 grandeur.

ce n'est pas probable, car au lieu de rechercher un morceau de corne assez large pour redresser son homme, l'artiste l'a place en un point où celle corne |est înlentionnellemenl, coupée et rétrécie. Il est bien plus naturel de penser que si le chasseur est couché, c'est qu'il est à raffùl. Il se dissimulait, attendant le gibier, qu'il lui eût été du reste impossible de suivre à la course. De la main droite il lance la sagaie ou plutôt le harpon contre l'aurochs surpris qui prend la fuite. Ce qui fait penser qu'il s'agit d'un harpon, c'est la présence d'une corde à côté de l'homme^.

De l'étude de celle remarquable pièce, on peut donc conclure qu'à l'époque magdalénienne les chasseurs attendaient à l'afrùt le passage du gros gibier pour le harponner.

Les lêtes ou pointes de harpons, comme nous l'avons vu, étaient empoisonnées. Mais cela ne suffisait pas. Il parait que le poison n'était pas si aclif que celui employé par les populations sauvages des régions chaudes. Pour empêcher le gibier atteint d'aller mourir trop loin, le chasseur cherchait toujours à frapper l'animal à l'articulation supérieure des pattes au point de jonction du membre avec le corps, afin de gêner autant que possible la marche.

Les représentations complètes de chasse, sujets bcaucouj» trop complexes pour nos artistes primitifs, sont tout à fait exceptionnelles; mais on retrouve en assez grand nombre les animaux frappés par le chasseur, toujours comme nous venons de le dire, a la » la pmio k«"*''« «l'i .lovani, kv/î^s. jonction de lapalte etducorps. ^-^^ /-<'"'*'«->' ' ^- "•»• Tantôt à une des pattes de devant, comme cela se voit dans une gravure de vache, sur os, recueillie aux Eyzies, par i: Ed. Lartet et II. Christy, musée de Saint-Germain (fig. HO);

tantôt à une des pattes do derrière, ainsi que le montre un renne, sur fragment de côte de bœuf, récolté par E. Douliot, à la grotte de Corgnac (Dordogne) et donné par lui au musée de Saint-Germain (fig. 27).

FiG. 27. — Rcnno grav(5 sur os, blc.^sô n la pallo droile de dcrriôrc, Corgnac. Mutée préhiitorique , Grandeur naturelle.

Deux sculptures en ronde-bosse, recueillies par de Ferry H Solutré, nous fournissent un intéressant renseignement concernant la chasse. Elles sont en pierre tendre et représentent des cervidés, probablement des rennes dont la tête

FiG. 28. — Corps de renne en pierre avoc jambes roplioes sous le ventre, Solulrô. Mutée préhittorique, Grandeur nuturelle.

manque, ayant été accidentellement cassée dans les deux exemplaires. Ces sculptures ont Tune et l'autre les quatre

patles rapprochées les unes des autres, sous le venlie (Og. 28). On voit qu'on liait ainsi les pattes pour transporter ranimai tué quand on ne le dépeçait pas sur place. C'est ce qu'on fait encore de nos jours et ce qui a toujours été fait si nous en jugeons par un retour de chasse au repoussé, ornant une situle du premier âge du fer, de la Certosa (Italie).

CHAPITllE III

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