‹ Origines de la chasse, de la pêche et de l'agricultureChapitre 19 sur 133 · PRKPARATION ET USAGE DES PEAUX · texte numérisé non relu

PRKPARATION ET USAGE DES PEAUX

SonMAiitE. — 1. Emploi des peaux. — 2. Préparation des peaux. 3. Lanières, liens et cordes.

§ ^^ Emploi do« peanx. — I^s liommes paléolithiques n ayant aucune notion d'agriculture et ignorant la domesticalion des animaux étaient éminemment chasseurs.

Chasseurs pour leur conservation.

(Chasseurs pour leur alimentation.

Chasseurs pour leur habillement.

Nous avons déjà parlé des deux premiers motifs qui poussaient ces populations à la chasse ; nous allons étudier le troisième.

Pendant Tépoque chclléennc la température, sans être élevée, était très douce et très uniforme. Elle permettait à l'éléphant d'Afrique et à Thippopolame de vivre dans nos régions. Aussi l'homme ne senlait pas la nécessité de se vèlir. Nous ne trouvons dans son outillage en pierre, des plus simples, aucun instrument pouvant se rapporter à l'industrie du vêtement.

Il n'en a plus été de même à l'époque moustériennc. La température s'est abaissée peu à peu, le froid s'estTait sentir, il a chassé d'Europe les animaux qui ont besoin de chaleur et poussé l'homme à se vêtir.

Eq effet nous voyons le coup-de-poing caractéristique du chelléen, très bon pour abattre les arbres et les animaux, se transformer cl s'émiet ter en instruments divers dcmoindre volume, mais- d'usages bien plus variés. Parmi ces nouvelles formes données au silex taillé plusieurs, comme nous allons rétablir, sont d*un excellent usage pour le travail des peaux.

Les premiers vêtements devaient forcément èlre de peau. L'homme ayantenvie et besoin de se couvrir devait (outnalurellement prendre les dépouilles de Tanimal qu'il écorchaiï. 11 ne faisait que s'emparer du vêtement de sa victime pour se l'approprier et se l'adapter. Il n'avait du reste autour de lui ni plantes textiles, ni écorces suffisamment souples pour façonner des étoffes. Aussi les peaux utilisées dès que le froid s'est fait sentir, à l'époque moustérienne, ont continué à être employées aux époques suivantes, solutréenne et magdalénienne. Seulement l'outillage s'améliorant progressivement, les vêtements ont dû suivre une progression analogue comme préparation, forme et confection.

§ 2. Préparation des fpeawc. — Lorsqu'ou vicut d'écorcher -un animal, la peau en séchant devient dure et cassante. On ne peut l'employer telle que, il faut lui faire subir certaines préparations.

Tout d'abord sur la face intérieure de la peau, se trouvent des débris de chairs et surtout des bourrelets graisseux plus ou moins longs, plus ou moins épais, qui en séchant rendent la peau encore plus dure et plus cassante, qui Taloordissent inutilement et qui finissent en se décomposant par occasionner une odeur fort désagréable. Il faut se défaire de toutes ces parties inutiles et nuisibles, tout en nettoyant la face interne de la peau. C'est ce qu'on obtenait au moyen du racloir et du grattoir.

Le racloir est un instrument en pierre, généralement en silex, tout à fait spécial au moustérien et servant à caractéri-

ser cette époque (fîg. 29). C'est un simple éclat, présentant sur une de ses faces la surface d'éclatement toute unie; l'autre face plus accidentée est taillée avec soin, d'une manière fort régulière, le long du bord le plus développé, bord

FiG. 29. — Racloir mouslcrien, silex, Arzct (Landes). Muiée prihUtorique, Grandeur naturelle.

qui décrit ainsi un arc de cercle plus ou moins ouvert, fmement retouché dans toute son étendue. Prenant l'instrument par la partie non retouchée, et appliquant sur la peau la face unie, on la nettoie facilement grâce au tranchant du bord retouchée

Le développement du racloir a fortement diminué entre le moustérien et le solutréen, tellement diminué que l'instrument a pris une physionomie toute particulière et qu'on lui a donné un nouveau nom. On l'a appelé grattoir. Dans le grattoir la partie retouchée est beaucoup plus restreinte que dans le racloir. Mais par rapport aux peaux, l'emploi du nouvel outil est tout à fait analogue à celui précédemment décrit. A partir du solutréen le grattoir (fig. 30, 31 et 32), est seul employé»

Racloir et grattoir pouvaient aussi servir à enlever le poil

sur la face extérieure des peaux. Mais le cas devait se présenter rarement.

Les peaux, même débarrassées de toutes leurs impuretés et superfétations» ne sont pas encore suffisamment souples pour remploi usuel, surtout comme vêtement. Pour les assouplir

FlG. 3U. — Grattoir solutréen, silex, Solutré. Mutée préhlttoriqutf grandeur naturelle.

FlG. 31. — Grattoir magdalénien, (ûlcx, La Madeleine. Mutée préhit' torique, gr. nat.

Fio. 32. — Grattoir double solutréen, silex, grotte do l'Église, Exeideuil. Mutile préhittorique, gr. nat.

complètement et les empêcher de trop se dessécher, ce qui les rendait dures et cassantes, on les frottait intérieurement, parfois avec de la cervelle mais surtout avec de la moelle. C'est pour cela que tous les crflnes des animaux transportés dans les stations paléolithiques sont détruits,

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et que les os longs contenanlla moelle sont loujours brisés. Certains peuples sauvages, chez lesquels on retrouve le grattoir en pierre, font encore usage de ce procédé.

§ 3. Lanières, lions et cordes. — Pour COUpcr et tailler IcS

peaux à Tépoque moustérienne on employait le racloir luimême qui dans ce cas Hûsait les fonctions de tranchet. Mais il y avait un autre outil plus spécial, la pointe moustérienne. C'est un éclat de silex, lisse par une face, retaillé sur l'autre, se terminant en pointe et dont les bords latéraux sont retouchés avec soin au moins d'un côté. La base reste toujours

FiG. 33. — Poînto luoiislériciinc, silex, Lo Moiislicr. I^utée préhiitorlquCy Grandciii* naturclli'.

brute (fig. 3d). C'est par là qu'on saisissait l'outil, employant le tranchant des bords pour couper les peaux et la pointe du sommet pour les percer. C'est avec cette pointe qu'on faisait des trous pour unir les peaux ensemble au moyen de cordons

passant d'un (rou d'une peau dans celui de la voisine et ainsi de suite. C'eslà plus forte raison avec ces pointes qu'on fabriquait de véritables boutonnières.

Comme les plantes textiles, à longues etsolidesfibres flexibles, font défaut dans nos régions, les hommes paléolithiques ne devaient pas posséder de cordes en fibres végétales, lis les remplaçaient par des lanières de cuir, solidement fixées les unes aux autres. Ces lanières se découpaient dans de gntndcs peaux avec le tranchant des racloirs ou des pointes.

FiG. 'M. — Tranchoir cil silex, Laiijfcric-Bnssc. Coll. M. Hardy, 2/:{ «rPîmaeiir.

A répoque magdalénienne on trouve même un instrument spécial pour couper le cuir. Nous donnons (fig. 34), le dessin d'un de ces instruments venant de Laugerie-Bassc.

(le sont très probablement des lanières de ce genre qui unissaient les pointes de harpons à leur hampe de bois.

A l'époque moustérienne, mais surtout aux époques solutréenne et magdalénienne, on chassait beaucoup le renne. C'était le gibier le plus recherché. Cela tient non seulement à la qualité de sa viande, qui est fort bonne à manger ; à la beauté de sa fourrure qui peut constituer un excellent vêtement; mais encore et surtout à la propriété qu'ont ses tendons séchés et battus de se diviser en fibres très fines et très

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solides. Non-seulement on peut en faire des cordes, mais même des ficelles et du fil qui ne le cède en rien au fil de lin et de chanvre comme finesse, tout en étant plus résistant, moins cassant.

Entre ces deux extrêmes, les lanières de peau et les fibres de tendons de renne, peuvent se placer d'autres parties des intestins des animaux fournissant aussi des liens ou des cordes. Ce sont les boyaux et les tendons de diverses autres espèces de gibier.

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