TERRAMARES
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20. Renne, Cervus tarandus. L'émigration du renne de l'Europe centrale vers le nord est un des faits caractéristiques de la fin du paléolithique. Pourtant quelques rares auteurs ont cru reconnaître le renne dans certains débris néolithiques et même dans des textes vagues ou incompris.
Si Ton se rapporte à ce qui a été dit du renne paléolithique, on verra que cet animal qui forme la base de la nourriture en pleine époque magdalénienne diminue beaucoup, commeà AurensanetàLorthet, et même disparaît complètement, comme à Bellerive, vers la fin du magdalénien. Cela prouve qu'il s'est peu à peu éloigné et qu'il a fini par disparaître de la France et delà Suisse avant la fin du paléolithique.
Il aurait pu se maintenir, jusqu'aux temps actuels, dans des parties plus septentrionales du centre de l'Europe. Mais les belles recherches de Lisch dans le Mecklembourg et de Steenslrup dans le Danemark ont établi le contraire.
Le Mecklembourg présente des tourbières et des marais consolidés, renfermant des squelettes entiers parmi lesquels
1. p. Strobel et L. Picorini, le Teiremare e le PalafiUe delParmensSt 186i, p. 41.
se rencontre le renne. Ces tourbières reposent sur des marnes quaternaires avec débris d'éléphants. Dans les tourbières, à un niveau supérieur, se trouvent des stations palustres avec ossements d'aurochs et d*élan, mais pas de renne, dit Tormellemenl Lisch S qui qualifie ces stations du nom d'habitations lacustres.
Les kjoekkenmoeddings danois par leur industrie très rudimentaire et surtout par l'absence des animaux domestiques représentent une formation des plus anciennes du néolithique. Pourtant au milieu des amas d'ossements extraits des kjoekkenmoeddings on n'a pas rencontré, suivant Steenstrup%le moindre débris de renne.
lia disparition du renne de l'Europe centrale, d'après l'obsei'vation directe, date donc de la fin du paléolithique, pour la partie méridionale, France et Suisse, et elle est antérieure au plus ancien dépôt néolithique pour la partie septentrionale, Mecklembourg et Danemark.
Pourtant le musée zoologique de Copenhague contient des débris de renne de provenance danoise. C'est vrai, et voici ce qu'en dit Steenstrup, conservateur de ce musée ^ : c Cependant on a constaté des trouvailles de renne en Danemark une trentaine de fois. Les débris de renne du reste ne se retirent que bien rarement delà tourbe elle-même ; ils se rencontrent le plus souvent dans la couche sous-jacentequi sert de base immédiate à la tourbe proprement dite. >
Le renne est parfaitement à sa place dans la couche supportant la tourbe, couche qui est quaternaire. Quant aux débris qui ne sont pas indiqués comme venant d'une manière
1. Lisch, Sur la période postdiluviale et «ur le renne dans le Mecklembourg, dans Acad. Belg., 2* série, XXI, n* 2.
i. J. Steenstrup, Conyré» intern, anthr. et arch. préhistorique ^ Copenhague, 1869, p. 139.
3. J. Steenstrup, Congrès intern. anthr, et arch, préhist.i Copenhague, 1869, p. 161.
certaine de celte couche, est-on bien sûr qu'ils soient de la tourbe? A-t-on des données certaines sur leur provenance exacte? Et quand bien même il serait nettement démontré qu'ils appartiennent bien à la tourbe, comme ceux du Mecklembourg, cela ne les empêcherait pas d'èlre quater* naires, d'être paléolithiques. Les tourbes offrent des niveaux très différents. C'est même sur l'étude de ces niveaux que Thomsen et les savants du nord se sont surtout appuyés pour démontrer l'exactitude de leur division du préhistorique en trois âges. La tourbe se partageant en niveaux bien distincts, le renne se trouve encore dans un niveau inférieur, sans atteindre comme nous l'avons vu pour le Mecklembourg le niveau néolithique.
Passons maintenant aux citations historiques. Les plus importantes, on peut même dire les seules qui demandent i être examinées, sont celles tirées des Commentaires de César ^ concernant la forêt Hercynienne, vaste forêt, qui d'après le général romain couvrait la Germanie depuis le Rhin jusqu'aux monts Hercyniens, actuellement Erzgebirge, entre la Saxe et la Bohême.
c II y a dans cette forêt, dit-il, un bœuf qui a le port du cerf, au milieu de son front est une corne plus grande que les deux autres, leur cime s'élargit et se divise en plusieurs parties, en forme des doigts de la main. La femelle a aussi des cornes. ^
La dernière phrase, la femelle a aussi des cornes, a fait attribuer cette description au renne, le seul cervidé européen offrant ce caractère. Mais n'est-ce pas là une simple coïncidence fortuite? Comment César avait-il pu constater ce fait lui qui n'avait jamais vu un renne? La meilleure preuve c'est qu'il lui attribue trois cornes. Il aurait été bien vile désabusé s'il avait aperçu un seul individu !...
Du reste pour bien apprécier la citation précédente, il
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faut la rapprocher d'une autre citation du même auteur : c II existe dans la forêt Hercynienne des Alces qui ont le poil et la couleur des chèvres, mais qui sont plus grands, qui n'ont ni cornes, ni articulations aux pattes. Us ne se couchent pas pour se reposer, et ne peuvent se relever une fois qu'ils sont tombés. Pour dormir, ils s'appuient contre les arbres ; aussi les chasseurs coupent-ils ceux-ci de telle façon qu'ils tombent facilement et entraînent l'animal qui s'y appuie. > Ce qui ressort de plus clair de ces deux citations, c'est que, n'en déplaise à César, il parle là d'animaux qu'il ne connaît pas et sur lesquels il a accepté les légendes populaires les plus naïves et les plus enrantines. La fable de l'animal qui ne peut pas plier les genoux et se relever quand il est couché à terre est presque aussi répandue que celle de l'animal à trois cornes, et dans tous les cas n'a pas plus de fondement.
Le second passage a été attribué à Télan, à cause du mot Alces. Mais c'est bien plutôt la première citation qui se rapporterait «^ cet animal. Loin de ressembler à une chèvre il ressemble bien davantage à un bœuf. C'est tellement frappant que Kantzow, dans sa description des élans, dit : c Ils ont le corps d'un grand boeufs 9 II se rencontre donc parfaitement avec César. Quant aux cornes, les expressions « leur cime s^élargit et se divise en plusieurs parties, en forme des doigts de la main >, s'appliquent bien mieux aux cornes d'élan qu'aux cornes de renne. En effet, les cornes d'élan s'élargissent tellement à leur extrémité qu'elles constituent une véritable palette. Cette palette est digitée tout au pourtour. Les cornes de rennes n'ont que de faibles palmures à leur extrémité, les palmures principales sont au contraire à la base, aux premiers andouillers.