I^ANTZOw, Pomerania
Mais il est inutile de pousser cette discussion plus loin. Les textes de €ésar contiennent l'un et l'autre de telles erreurs qu'il est incontestable que l'auteur romain a parle de ce qu'il ne connaissait pas. On ne peut donc baser là« dessus aucune donnée scientifique. Surtout, ces citations ne peuvent en rien ébranler les déductions tirées de l'observation directe des faits : le renne a disparu de l'Europe centrale avec le paléolithique.
2i. Daim, Cervus dama, est un animal des derniers venus dans nos régions. Non seulement, comme l'élan, il n'a pas existé dans les temps paléolithiques; nous ne le trouvons même pas encore dans le néolithique et l'âge du bronze. On en a cité quelques débris peu importants dans certaines palafiUes de la Suisse, mais les déterminations examinées avec plus de soin ont été reconnues erronées. Rûtimeyer lui-même le déclare. S. von Schab cite le daim, ainsi que le renne du reste, dans la palafitte de Rosen-Insel. Mais tandis qu'il indique soixante-quinze individus de cerf ordinaire, Cervus elaphtiSy et cinq individus de chevreuil, Cervus capreolus, il ne fait que mentionner le daim, Cervus dama, et le renne, Cervus tarandus. Cela montre qu'il a fait ces dernières [déterminations simplement sur quelques débris insignifiants. 11 n'est donc pas étonnant qu'il se soit trompé.
L'antiquité classique a-t-elle connu le daim? Nous ne croyons pas qu'il soit représenté en Egypte. Quant au plus ancien naturaliste, Âristote, 384 à 32^ ans avant notre ère, en parlant du cerf ordinaire, il rapproche souvent de lui un autre animal qu'il nomme irpbç, prox^. Nous ne savons pas ce qu'est ce prox. Gomme le daim est très voisin du cerf et qu' Aristote ne parle pas autrement du daim, plusieurs auteurs ont attribué au daim le nom de prox et tous les textes
1. Akistote, Hist. mt, II, 15; III, 6 et 19. De» Parties, IV, 2^ et 11^ 4.
qui s'y rapportent. Malheureuscmenl, certains passages du naturaliste gi^ec ne cadrent pas avec cette identification. Ainsi Âristote affirme que le cerf seul a des cornes solides dans toute leur longueur et tombant chaque année. Il ne connaissait donc probablement pas le daim dont les cornes sont entièrement solides et tombent tous les ans, comme celles du cerf.
Quant à Pline, en parlant des fantaisies de la nature daas la répartition aux animaux d'armes pour se défendre, il remarque qu'elle a distribué en branches les cornes du cerf, étendu comme des mains et des doigts celles du platycerotas (animal aux cornes plates), que les rnpicaprœ les ont cour* bées vers le dos, les daims penchées en avant. 11 est évident que ces daims de Pline ne sont pas les véritables daims. Les véritables daims n'ont pas les cornes penchées en avant et ne pourraient être que les platycerotus dans le cas où ce nom ne s'appliquerait pas à l'élan. Cette confusion montre très clairement que Pline, 70 ou 75 ans après le commencement de notre ère, ne connaissait pas bien le daim, il n'en avait qu'une idée vague. Cet animal, à cette époque, n'était donc pas encore répandu en Italie.
En Danemark, le daim ne se trouve que dans les couches supérieures de la tourbe, Steenstrup en signalant le fait, admet que cet animal n'a été introduit dans le pays qu'au moyen âge. Brehm pourtant dit : c Comme le rapporte Wagner, on trouve dans les anciennes sépultures, entre Schlieben et Wittemberg, des ossements nombreux de daims. 11 faudrait donc rapporter l'arrivée de cet animal à des temps antéhistoriques ^ > Nous n'avons pu vérifier le fait énoncé. Nous avons tout lieu de croire qu'il y a une erreur. D'autant plus lieu de le croire, que Linné et Retzius estiment que les
1. Brehm, trad. Gerbe, la Vie des animattx iUuttrée, mammifères^ vol. Il, p. 491.
1IG OniOlNËS DE LA CHASSE, DE LA PÊCHE
daims des régions boréales ont été importés d'ailleurs. Pennant pourtant dit qu'en Angleterre la race brune a été introduite de Norvège au temps de Jacques h% commencement du XYiP siècle, et la race tachetée de Tlnde. D'après Meliin, ce serait le grand-électeur qui aurait donné le daim au Brandebourg et Frédéric-Guillaume !•', dans la première moitié du xviii' siècle, à la Poméranic. Il est donc certain que le daim n'était pas connu dans la haute antiquité, que sa diffusion en Europe a eu lieu depuis l'époque romaine, b'où vient-il? Très probablement de l'Asie. En effet Louis Lartet a recueilli ^ des ossements de daim avec des silex taillés en Syrie, à peu de distance de Beyrouth, et de Luynes a publié plusieurs monnaies de Cilicie où le daim est nettement représenté.
22. Chevreuil, Cervus capreoluSy abondant dans les kjoekkenmoeddings du Danemark. Station alluvionale de Maêstricht. PalaQttes de la pierre et du bronze de tout le pourtour des Alpes : Robenhausen, Wangen, Zug, Greng, Lûscherz et Mœringen, Concise, Bourget, Peschiera (Italie), Laybach, Rosen-Insel. Terramares du Parmesan.
28. Chamois, Antilope rupicapra^ palafîttes de Robenhausen et de Rosen-Insel.
24. Bouquetin, Capra ihexy palafîttes de Meilen et de Rosen-Insel.
% 6. Antres inaininirère«. — 25. Castor, Castor fibcr^ dans les kjoekkenmoeddings, dans la station de Maëstricht, dans la plupart des palafîttes : Robenhausen, Concise, Moossecdorf, Wauwyl, Greng, Bevaix, Cortaillod, Lûscherz et Mœringen, Bourget, Varèse, Laybach, Rosen-Insel. Plus abondant dans les stations de la pierre que dans celles du bronze, parce que dans les premières on utilisait les demi-mâchoires infé-
1. Louis Lariet, Xote sur la découverte de silex taillés en Syrie, et dans c> Bulletins de la Société géofitgiquede France, séance du 19 juin 1865.
Heures comme outils, on aiguisait les incisives et Ton s*en servait comme tranchets ou ciseaux. Les incisives isolées étaient montées dans des garnitures de métal, avec anneau de suspension, à l'époque romaine. C^était évidemment une amulette assez recherchée, car on en connaît un certain nombre d'exemplaires*.
Le castor était autrefois très répandu dans touteTEurope. Son habitat tend à se restreindre déplus en plus. Très commun en France au moyen âge, il ne se rencontre plus que vers les Bouches-du-Rhône. Il a disparu de la Suisse, disparu de TAUemagne. Pour le retrouver il faut aller en Autriche et en Pologne. Plus abondant en Russie, il traverse le nord de l'Asie et se répand dans TAmérique septentrionale. On le rencontre aussi en Suède et Norvège. Nous avons indiqué plusieurs évolutions physiques d'animaux, des modifications de forme et de taille, suivant les milieux et sous Taction d'influences variées. Le castor nous présente un cas plus curieux encore, c'est une évolution morale. Pour se préserver contre ses ennemis devenant de plus en plus actifs, et parmi lesquels il faut placer en première ligne l'homme, le castor > en France, a changé de métier, de constructeur architecte
est devenu ouvrier mineur. Au lieu d'élever des demeures constniites en bois au-dessus des eaux, il s'est creusé des demeures souterraines dans les digues qui bordent les rives du bas Rhône. Voici la description de ces habitations d'après Marmottant. Elles sont faites, du reste, à peu près sur le plan des anciennes sauf qu'elles sont souterraines au lieu d'être aériennes.
c La maison du castor est toujours à trois étages quand c'est possible.
€ L'étage inférieur est une façon d'antichambre sous l'eau.
1. G. DB MoRTiLLET, Contribution à Vhiêtoire des superstilionSy ainuletles gauloises et gallo-romaines , 187 65 p. 15.
C'est par là que Tanimal entre et sort. C'est par là qu'arrivent les provisions et partent les détritus. Cette pièce sousaquatique est assez large et n'est pas immédiatement placée au-dessous du premier étage. C'est latéralement qu'est pratiqué le couloir par lequel on accède au premier.
« Le rez-de-chaussée sous l'eau a une partie au-dessus de l'eau. Cette partie non immergée est la salle à manger. Les vivres n'entrent pas dans la salle du premier qui est la chambre, la pièce du lit ou du nid comme on voudra. Le lit se compose d'un sommier de fibres d'osier débitées et déchirées en longueur dans le sens du fil et le matelas moitié de poils et moitié de duvet végétal, coton du tremble, duvet du chardon, menues mousses, etc.
« La troisième pièce est le refuge en cas d'inondation. Cette troisième pièce pratiquée latéralement à la seconde et qui donne au logis la disposition d'une enfilade d'étages, débouche soit dans un arbre creux, soit dans un gros buisson. Mais l'issue n'est, à proprement parler, qu'une cheminée. Jamais, à moins de nécessité absolue, le castor ne sort ou ne rentre par cette ouverture. Les traces trahiraient immédiatement son refuge*. »
26. Lièvre ordinaire, Lepus timidus^ dans les palafittes, Moosseedorf, Zug, Lûscherz etMœrîngen.