Revue archéologique, octobre 1878. p
3. J. DE Morgan, VHommey 1885, p. 655. Les mélanies, les ampullaires, et les unies mangés par les Sajcayes ont été décrits et figurés par de Morgan, Exploration dans la presqu'île Malaise, 1 vol. in-*, 1886.
4. Gabriel de Mortillet, Origine de la navigation et de la pèche, p. 46.
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mulelte, qu'on est forcé d'admettre qu'à cette époque les habitants des bords de la Seine mangeaient les mulettes après les avoir fait rôtir dans leurs coquilles.
§ 4. Les kvllres ehes les Romains. — H y a doUC UUC différence immense entre les mulettes ou huîtres d'eau douce et les véritables huîtres. Nous avons vu que partout où ces dernières se rencontraient, sur les bords de la mer, on s'empressait de les pêcher et qu'on en faisait une abondante consommation. Ce goût, nous pourrions même dire cette passion pour les huîtres a été surtout fort développée chez les Romains, tellement développée que, pendant la guerre contre les Parthes, Apicius a envoyé à Trajan des huîtres qui ont dû faire un trajet de quatre mille kilomètres pour aller figurer en Perse sur la table de l'empereur. Non seulement les Romains aimaient les huîtres, mais en fins gourmets, ils savaient parfaitement apprécier les meilleures variétés. Les vrais amateurs de Rome faisaient venir celles de la Gaule et même de la Grande-Bretagne.
Partout où l'on rencontre des villas romaines, on trouve des coquilles d'huîtres. Évidemment on ne faisait pas venir ces coquilles vides. Elles ne sont pas assez brillantes pour cela. C'était donc les restes des repas, les débris des huîtres mangées. On les employait, il est vrai, pour faire des rocailles, surtout autour des fontaines, mais c'était simplement l'utilisation d'un produit accessoire et encombrant, si toutefois ce n'était pas un acte d'ostentation pour montrer aux visiteurs qu'on recevait et consommait des huîtres. Lorsque les Romains recueillaient les coquilles spécialement comme objet de décoration, ils choisissaient des espèces plus élégantes de formes, à surface plus lisse et à couleurs plus vives. Ainsi James Miln *, dans ses fouilles de la villa ro-
i. James Milx, Fouilles faites à Camac (Morbihan)^ 1877, avec de belles chromolithographies de décorations en coquilles.
mainedes Bossenno, à Carnac, Morbihan, a trouvé une salle dont les enduits étaient ornés d'incrustation de coquilles. Il y avait des Cardium echinatum, des turbos et des tellines, mais pas d'huîtres. Au contraire les huîtres se montraient en abondance dans les amas de débris de repas, mêlées à d'autres espèces édules. La même observation a été faite dans l'exploration des bains romains du Poulker, près Benodet, à l'embouchure de la rivière de Quimper, par Le Men.
Quand Bossari donne le dessin d'un sarcophage du Vatican dont les bas-reliefs représentent diverses scènes de pêche, ce ne sont pas des huîtres qui forment l'ornementation générale, mais bien des buccins.
Les huîtres chez les Romains étaient donc recherchées comme produits culinaires, et si parfois on a employé leurs coquilles pour l'ornementation, c'est parce qu'on les avait sous la main et qu'on ne savait quel autre usage en faire.
Le luxe de la table et l'amour de la bonne chère prirent sous les empereurs et jusque dans les temps de la décadence romaine de telles proportions, qu'on ne se contenta plus de recevoir plus ou moins exactement, à des époques assez indéterminées par suite des difficultés de transport, les envois d'huîtres, on toulut en avoir d'une manière régulière et permanente. Dans ce but, on créa des parcs ou bassins aux huîtres, même à de très grandes distances de la mer. Pour ne parler que de la France on a constaté la présence de parcs ou bassins de ce genre à Bordeaux, à Saintes, à Jarnac, à Avranches, à Poitiers et à Clermont.
A.-F. Lièvre* a décrit celui de Jarnac. Un peu au-dessous de la ville, aux Grands-Maisons, sur la rive droite de la Charente, se trouvent les vesliges d'une cité ou tout au moins d'un groupe d'habitations romaines. C'est là qu'on a décou-
1. A.-F. LièvRE, les Huîtres nourries en eau douce dans Vancienne Aqui" iainet dans Revue archéologique, août 1883.
vert un parc ou bassin aux huUres, contenant encore de ces mollusques. Les individus, tous adultes, sont détachés les uns des autres et ont conservé leurs deux valves. Ils reposent sur environ 30 centimètres de terre argileuse rapportée, et s'étendent sur une longueur qui n*a pas moins de 30 mètres et une largeur de 8 à 10. La superficie était donc d'environ 200 mètres carrés. Il y a çà et là des vides dans le dépôt qui se compose rarement de plus de quatre ou cinq individus l'un sur l'autre.
A Avranches, sous les huîtres se trouvait une couche parfaitement horizontale d'une espèce de ciment de 3 centimètres d'épaisseur,
I^ mémoire fort intéressant auquel nous empruntons ces détails est intitulé : Huîtres nourries en eau douce. Ce titre seul donne une idée surûsante de la théorie soutenue par l'auteur. Elle est inadmissible pour plusieurs raisons. Nous n'en citerons que deux. La première qui pourrait dispenser de toutes les autres, c'est que les huîtres ne vivent pas dans l'eau douce. Les côtes danoises nous en fournissent une excellente preuve. Les huîtres y étaient autrefois si nombreuses que leurs coquilles forment la majeure partie des kjoekkenmoeddings. Or, maintenant les huîtres n'existent plus dans la région par suite de la diminution de salure des eaux de la Baltique. Ce n'est pourtant pas encore de l'eau douce et les huîtres y dépérissent et s'y éteignent. Les huîtres, abondantes dans toutes les grandes mers, manquent dans la mer Noire à cause de la petite quantité de sel que renferment ses eaux.
Le seconde raison, qui devait être tout à fait importante pour de fins gourmets comme les Romains, c'est que l'huître n'est bonne que grâce au goût relevé que lui donne l'eau de mer. Des huîtres trempées dans de l'eau douce ne vaudraient pas mieux que les muletles si généralement méprisées.
Essayez seulement de bien laver vos huîtres à l'eau douce avant de les manger, vous verrez ce qu'elles deviennent.
Les parcs ou bassins pour conserver les huîtres devaient donc être remplis d'eau de mer. C*est pour cela qu'on ne leur donnait que les dimensions nécessaires pour l'approvisionnement projeté et qu'on mettait plusieurs couches d'individus les unes sur les autres. De même qu*on transportait les huîtres, on transportait aussi l'eau de mer.
Les bassins à huîtres que nous venons de décrire sont probablement, au moinsen majeure partie, de la fin du ii'et du commencement du ni' siècle. Les puits funéraires du Bernard, Vendée*, nous montrent les coquilles pêchées, en France, sur les côtes de l'Océan, à cette époque. Ce sont :
Ostrea edulis^ tout d'abord, huître commune, semblable à l'actuelle.
Cardium edule, buccarde on sourdon.
Mytilîis eduliSf moule commune.
Lutraria compressa, mye, avignon ou lavignon.
Ventis decussata et Venus verrucosa, la première palourde ordinaire, commune, la seconde palourde rugueuse, vivant de nos jours toutes les deux dans la mer voisine.
Palella vulgata, patelle, jamble ou bernicle. Fréquemment elle atteint 6 centimètres d'ouverture dans les échantillons des puits, tandis qu'aujourd'hui cette ouverture est à peine de 2 centimètres.
Turbo lilioreuSy sabot, vignot ou bigourneau.
Toutes ces coquilles étaient sensiblement plus fortes que de nos jours, sauf les huîtres.
L'histoire romaine nous permettra de terminer ce chapitre, comme celui de la pêche par un comble. Vraiment le césarisme conduit aux résultats les plus extravagants et les