Gross, Statistique de Corcelettes, 1882, p
2. P. Strobel et L. Pigoriri, le Terremare e le palafitte del Parmense, seconda rela*ione, 1864, p. 50.
race seraient plus forts que ne Tindiquenl les mesures données ci-dessus. Cette apparente disproportion ne vien* drait-elle pas simplement de ce que le cheval des terramares se rapproche du cheval primitif et du cheval sauvage qui ont la tète beaucoup plus développée proportionnellement aux membres que les chevaux domestiques actuels.
§ 5. Cheval. Histoire. — Nous avous passé en revue les découvertes de mors de chevaux'apparlenant à l'âge du bronze proprement dit. Par la cachette de San Francesco nous sommes arrivés jusqu'à la transition du bronze au fer. Mais ce n'est pas la seule découverte de cette époque. Â Ronzano* 4 kilomètres de Bologne, Gozzadini a trouvé deux paires de mors de chevaux associées aune épée debronze, avec poignée pleine de même métal, et à d^autres objets ne laissant aucun doute sur la date. Nous sommes bien là encore en présence de l'industrie de transition, c'est tout à fait le commencement de l'âge du fer caractérisé en Italie par Villanova.
Les mors de Ronzano sont en bronze, à barre torse et brisée. Cette barre mesure 0*^11 entre les deux montants. C'est la dimension des barres de mors actuels pour les chevaux de selle. Les montants, simplement passés dans la barre, sont mobiles. Ils portent chacun deux représentations fort archaïques de chevaux. A chacune dès extrémités de la barre, hée par un jeu d'anneaux, se trouve une tige mobile terminée par une ganse plate dans laquelle se fixaient les rênes. C'est par là que le cavalier agissait sur la bouche du cheval et le dirigeait.
Ces mors sont déjà fort compliqués. Ils ont donné lieu à un excellent travail : De quelques mors de cheval italiques et de Vépée de Ronzano en bronze j dans lequel l'auteur* décrit et figure divers autres mors de la même époque ou
1. J. GozzÀDiNi, De quelques mers de cheval italiques et de Vépée de Romano en broMe, 1875.
plus récents. Mais ne nous occupant que des origines nous n'avons pas à le suivre dans cette étude spéciale, qui descend jusqu'à rétrusque et même en plein romain, puisque Poropéi a fourni mors en métal et figure de tète de cheval harnaché en mosaïque.
Qu'il nous suffise de constater qu'un gisement de Bologne, c'est-à-dire de la même région, contenant des objets caractéristiques de répoque de Villanova, comme Ronzano, a fourni un certain nombre d'ossements de chevaux. Ces ossements montrent qu'alors il existait déjà en Italie des chevaux de taille bien différente.
Les os leis plus abondants avaient les mêmes proportions que ceux des grands chevaux de trait vivants.
D'autres sont un peu moindres que ceux des chevaux de selle actuels de taille moyenne.
Enfin les os de cheval de petite taille sont représentés par un seul radius appartenant à un poney semblable à la race écossaise.
Les nécropoles d'Esté, entre l'Adige et Padoue, appartenant à l'hallstattien ou premier âge du fer, ont aussi fourni des objets se rapportant au cheval. Cet animal y est même parfois représenté en figurine surtout sur des fibules. Ces représentations fort archaïques portent des cavaliers. Un mors en bronze figuré par Prosdocimi* se compose d'une barre brisée, qui au lieu d'être torse est lisse, terminée à chaque bout par un œil rectangulaire dans lequel est passée une courte tige mobile avec bouton latéral au bout. Nous citons et décrivons ce mors parce que l'industrie et la civilisation euganéennes d'Esté rentrent tout à fait dans le protohistorique. Elles font partie de l'hallstattien. Parfois elles sont caractérisées par des vases en feuilles de bronze,
1. Alessandro Prosdocihi, Not'me délie necropoli Euçanee di £«(e,18S3, p. 20, pi. IV, fig. 30.
ornés de sujets divers au repoussé. On a rencontré de ces vases à la Certosa de Bologne, à Este, à Watsch en Carniole. Parmi les sujets représentés on rencontre fréquemment des chevaux, lis sont parfois tenus en laisse, parfois aussi ils sont attelés à des chars de transport, le plus habituellement ils sont montés par des militaires. Ces cavaliers sont généralement précédés, escortés ou accompagnés par des fantassins.
A Bologne les fouilles de la Certosa et Arnoaldi ont montré des superpositions de tombes conduisant du préhistorique le plus net à l'étrusque proprement dit qui peut être considéré comme le commencement de l'historique dans la région. Les stèles de cette dernière époque nous montrent aussi le cheval monté par des combattants ou attelé à un char.
En dehors de l'Italie, Thallstattien, surtout en France, en Suisse et dans l'ouest de l'Allemagne, est représenté par les sépultures dans les tumulus. On y rencontre assez souvent un squelette de cheval accompagnant un squelette humain. Évidemment le cavalier a été enseveli avec sa monture. Lukis en cite un exemple dans l'ile d'Aurigny, près Jersey. On cite aussi des sépultures par incinération où avec les débris d'os humains se sont rencontrés des débris d'ossements de chevaux. A l'époque marnienne, qui a précédé en France l'arrivée des Romains, on enterrait aussi le guerrier avec son char et son attelage de deux chevaux. Les cimetières de la Marne en ont fourni d'assez nombreux exemples. Une de ces tombes fouillée parFourdrignier, a été reconstituée au musée de Saint-Germain. Les mors marniens qui proviennent des sépultures de la Marne ou des palafittes du fer de la Suisse, comme la station de la Tène, sont à barre brisée, sans montants, portant seulement à chaque bout un très grand anneau, comme on peut le voir dans le mors de la Tène, figure 122. Ces mors sont en fer. La
largeur de la barre est deO"H environ. Exceptionnellement,
il est des barres qui n'ont que 0" 10, des mors en bronze
et fer associés, enfin des barres rigides. Les tumulus de la Russie ou kourganes qui, d'après le mobilier funéraire contenant certaines monnaies, peuvent descendre jusque vers le x* siècle de notre ère, ont aussi fourni des exemples de cheval enterré avec son maître. Bien plus, A. Ouvaroff prétend qu'il existe en Russie des tumulus ne contenant que des os de chevaux. Il en cite un exemple près du village de Chélébovo et deux au village de Ghokchhovo ^ L'habitude d'enterrer le cheval avec son maître a eu un dernier reflet en 1781, à Trêves. Le cheval de Frédéric-Casimir, commandant de la cavalerie du Palatinat, fut tué sur sa tombe et enterré avec lui ^
Et de nos jours, comme survivance, comme tradition, ne voiton pas le cheval couvert de crêpe suivre le corbillard.
Fio. in. — Mors de cheval, fer, Lcs Grccs ct Ics Romaius, ne
La Tène (Suisse), 1/3 gr.
connaissant pas la véritable origine du cheval domestique, ont, comme ils le faisaient toujours en pareil cas, entouré celte origine de légendes mythologiques. L'ignorance a été de tout temps la grande
iy A. Ouvaroff, Éttide sur U$ peuples primitifs de la Russie, 1875, p. 80. î. Kemble cité par Cochet, le Tombeau de Childérich I-, 1859, p. 171.
pourvoyeuse des données religieuses. Virgile, au commencement des GéorgiqueSy nous apprend que Neptune, voulant faire un cadeau à l'homme, produisit le cheval en frappant le sol avec son trident.
Pline ajoute que Belléropbon est le premier qui dompta le cheval. Ce qui ne Tempèche pas de prétendre, avec Virgile, que les Lapites Péléthrons les premiers sont montés à cheval après avoir inventé le mors. Il n'en est pas à une contradiction près.
EnGn les Thessaliens étaient de si bons cavaliers qu'on admit qu'ils ne faisaient qu'un avec leurs chevaux. Ce fut là l'origine de la fable des Centaures.
Les chevaux domestiques se montrent en Grèce aussi haut qu'on peut remonter. Sans parler du fameux cheval en bois de Troie, Homère cite les nombreux haras de Priam et attri^ bue à l'un des ancêtres de ce roi troyen, Erichthonius, 3,000 juments et pareil nombre de poulains. Les chefs grecs et troyens combattaient sur des chars.
Les représentations grecques de chevaux abondent, depuis les plus archaïques jusqu'aux plus remarquables au point de vue de l'art. Il nous suffira de rappeler les admirables chevaux du Parthénon.
§ 6. Cheval. Egypte. — En Egypte le cheval,paraît-il,a été importé vers le commencement du nouvel empire. Trois genres de preuves viennent établir et prouver ce fait :
Les preuves iconographiques et artistiques;
Les preuves Unguistiques;
Les preuves mythiques ou religieuses.
Preuves iconographiques. Le cheval n'est représenté en peinture, gravure en creux ou sculpture qu'à partir de la XVIII* dynastie ou xviii* siècle avant notre ère. La plus ancienne représentation de cheval en Egypte provient du tombeau de Pihiri, parent et contemporain d'Ahmès P% le
roi qui chassa les Hyksos ou Pasteurs et Tonda la XVIII* dynastie^ On voit dans ce tombeau un char attelé de deux chevaux.
Avant le règne d'Ahmès P% qui commence le nouvel empire, on n*a pas indiqué jusqu'à présent une seule représentation du cheval. Le hiéroglyphe du cheval, un petit cheval au pas, bien connu après cette date, n'a jamais été rencontré dans un texte datant de l'ancien et du moyen empire.
Dès le commencement du nouvel empire, au contraire, les représentations de chevaux sont très fréquentes. On en voit de figurées dans tous les ouvrages qui s'occupent de l'ancienne Egypte. Pourquoi cette pénurie, ce manque absolu avant, et cette abondance après, si le cheval avait existé dans les deux périodes?
Mais, il y a une preuve artistique qui vient pleinement conGrmer les conclusions tirées de l'absence des représentations avant le nouvel empire. Les Égyptiens étaient un peuple éminemment routinier, on ne peut plus formaliste, c'est ce qui a fait sa force el a été cause de sa persistance. Il en est de lui comme du peuple chinois. L'art, comme tout le reste, tout en prenant parfois plus ou moins d'essor, se trouvait emmailloté dans des règles et des formules. Aussi les objets représentés dès la plus haute antiquité avaient leur canon, c'est-à-dire leurs règles et tableaux de mesures et de développements. Ces canons se sont améliorés peu à peu. L'usage et la routine sont venus compléter les artistes égyptiens. Ces artistes sont ainsi arrivés, pour ne parler que des animaux, à les figurer avec netteté, précision et même un sentiment tout à fait artistique. Et pourtant à la même époque, les mêmes hommes hésitaient, tâtonnaient en
1. Champoluon, Monuments de VÉgypte et de la Nubie, toI. Il, p. 144, fig. i.
ET DE LAGRICULTURB. 381
représentant des chevaux. C'est évidemment parce que pour les chevaux, d'introduction récente» ils n'avaient pas, comme pour les autres animaux, les données, les indications, les règles fournies par une pratique longue et continue datant de plusieurs siècles.
Prisse d'Avenues, dans son excellente Histoire de Vari égyptien^ met bien le fait en évidence.
« Char princier. — Tell el-Amama. — XVIII* dynastie*
c Comparés aux superbes animaux des races féline ou bovine, sculptés et peints à cette même époque, ces chevaux sont d'une naïveté et d'une gaucherie incroyables. On dirait que l'artiste n'a jamais étudié de modèles vivants; et cependant il en avait tous les jours sous les yeux. Quoi qu'il en soit, ces chevaux peuvent être rangés parmi les plus beaux de la XVIII* dynastie.
€ Bas-reliefs; attelages. — Thèbes. — XXIII* dynastie. Les Égyptiens ne paraissent pas avoir connu le cheval avant l'invasion des hordes asiatiques connues dans l'histoire sous le nom de Hyksos. Ce n'est qu'à partir de la XVIII' dynastie qu'on le trouve représenté sur tous les grands monuments; mais rinexpérience des artistes se fait toujours sentir durant toute l'époque monumentale; jamais, en effet, ils ne réussirent à traiter le cheval avec la perfection qu'ils apportaient à représenter les autres animaux. 11 y a toujours quelque chose de raide dans les jambes, de guindé dans l'encolure, de mesquin dans le corps, et de maniéré dans l'ensemble; ils ne surent jamais s'en affranchira »
Il s'agit dans les deux citations précédentes de chars attelés chacun de deux chevaux. C'est, en effet, à des attelages semblables qu'ont tout d'abord été employés les chevaux en Egypte. Les premiers chars étaient des chars de guerre et de
1. Paisse D*AvEifNES, Notes dans VHUtoire de Vart égypiient texte de Mafchandon de la Paye» 1879, p. 403.
chasse. Ce qui montre bien que rintroduction du cheval et jdu char s'est faite simultanément. C'est le résultat d'une conquête. Les Égyptiens, victorieux d'un peuple qui se servait de chars de guerre, en ont pris comme butin et les ont amenés chez eux. C'est ainsi que s'est établi tout d'une pièce l'usage du cheval et du char de guerre, sous le règne d'un roi belliqueux Âhmès I*% qui a chassé les Hyksos. . La chasse étant la guerre aux animaux, le char de guerre s'est rapidement transformé en char de chasse. Une fois introduit dans la vie civile, le char est devenu tout d'abord un moyen de transport de luxe, c Lorsque les rois sortaient sur leur char pour les fêtes ou les cérémonies publiques, ils étaient ordinairement suivis de la reine, des princes et des princesses tous également montés sur des chars. Dans la pompe de Khou-en-Âten, à El-Amarma, le roi et la reine conduisent eux-mêmes leurs chars^ > A la suite viennent d'abord les princesses, puis les princes, tous debout dans leurs chars. Les jeunes princesses sont à deux sur chaque char ; l'une d'elles, tenant les rênes et le fouet, conduit l'attelage. Cette cérémonie est du xvi* siècle avant notre ère.
Le char à deux chevaux a aussi été employé comme moyen de locomotion. Nous le retrouvons dans divers tableaux de travaux agricoles à la disposition du propriétaire ou de son intendant allant visiter et inspecter ces travaux.
Prisse d'Avenues représente un de ces chars copié sur un fragment de bas-relief des ruines de Thèbes, XYIII* dynastie. Cette représentation, flgure iS3, est fort intéressante parce qu'elle nous fournit un précieux renseignement sur le harnachement des chevaux égyptiens les plus anciens. L'attelage est au repos, un des chevaux baisse la tête pour manger une plante. La bouche est ouverte et l'on voit nettement qu'il ny
1. F. Chabas, Etudei sur Vaniiquité historique diaprés les sources égyptiennes, 1873, p. 427.
a pas de mors. La bride agit sur une courroie qui entoure et serre Teitrémité de la tôte sur les naseaux. L'examen d'autres
FlO. i33. — Char é(^Uen, avec chevaux sans mon.
harnachements de chevaux attelés à des chars fait connaître également le manque de mors, et l'emploi de la courroie entourant le menton et le naseau.
Les représentations de chevaux montés sont bien moins nombreuses que celles de chevaux attelés à un char, et tandis que ces dernières partent du xvni* siècle avant notre ère, les premières ne se montrent que vers le xvr.
Une sculpture de la face nord du palais de Karnak, à Thèbes*, représente un homme fuyant sur un cheval. Il n'a ni étriers, ni selle. Comme harnachement la tête et le cou seuls du cheval sont garnis de courroies. Le cavalier a une figure asiatique. C'est probablement un ennemi en déroute.
Le musée de Bologne* possède un bas -relief égyptien en calcaire reproduisant une leçon d'équitation. On y voit un jeune homme nu qui monte un cheval à poil. Ce cheval n'a que la tète de harnachée. Le style du monument le fait rap-
1. Institut d'Éctpte, Description de l'Egypte^ AntiquiléSf vol. IIÎ, pi. XL.
porter au règne de Ramsès II, le Sésostris des Grecs ^ Chabas donne encore quatre dessins de chevaux montés à poil. Il en est un qui n'a pas même de harnachement à la tète et par conséquent pas de rênes.
Quant'au cheval de labour chez les Egyptiens nous n'en connaissons qu'un seul exemple. C^est un bas-relief tiré d'un monument plus ancien, employé à la construction d'un monument plus moderne. Mais nous ne pouvons en constater
rage.
Passons maintenant h la linguistique*
Nous venons de voir que les plus anciennes représentations du cheval sont intimement liées à des chars. On ne trouve pendant longtemps, près de deux siècles, que des attelages* Or le plus ancien texte faisant mention du char date justement du règne d'Ahmès I*% tout comme la plus ancienne représentation d'attelage, soit xviii* siècle avant notre ère. Elle est tirée d une autobiographie d*un certain Ahmès traduite par de Rougé. Il avait entre autres emplois celui de suivre à pied le roi voyageant sur son char.
Pierrot nous dit aussi, dans son Dictionnaire d^archéologie égyptienne^ à l'article Cheval, que les textes ne mentionnent cet animal qu'après les Pasteurs, au commencement de la XVIII*' dynastie, soit au xviir siècle avant notre ère.
Et il ajoute que les mots par lesquels il est désigné dénotent une importation asiatique. Celte opinion est basée sur ce que le cheval serait nommé, en égyptien, comme dans les langues sémitiques, sôuSy au pluriel sômim*
Chabas % raillant ces rapprochements linguistiques, dit : € Nous rappellerons que du sanscrit açvdy on a fait dériver le grec Îtoioç {hippos)^ le latin equus et même le français
1. P. ÇuABÀS, Études sur Vantiquité historique d'après les sources ég^p^ tiennes, 1873, pi. III, p. 430 et suivantes.