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CHAPITRE III

CAMÉLIDÉS ET BOVIDÉS

Sommaire. — 1. Chameaux et dromadaires. — 2. Bœuf. Palethnologie. 3. Bœuf. Egypte. — 4. Bœuf. Assyrie, Rome. ^ 5. Bœuf. Laitage. 6. Zébu et Buffle.

t^ i . chiuiieaux et dromadAires. — Les Camélidés de Tancien continent se divisent en deux espèces.

Le chameau proprement dit, à deux bosses, que Linné a nommé Camelus Baclrianus, le considérant comme originaire de la Bactriane.

Le dromadaire, chameau à une seule bosse, Camelus dromedariuSy que l'on a aussi appelé avec raison chameau des Arabes, mais que Brehm indique avec moins de précision comme chameau d'Afrique. C'est bien le chameau qui a été introduit et propagé dans le nord de l'Afrique par les Arabes, mais il paraît ne pas être originaire de cette partie du monde.

Dans le langage ordinaire, le nom de chameau s'applique indistinctement aux deux espèces. C'est le sens que nous lui donnerons toutes les fois que nous ne ferons pas suivre ce mot d'une désignation spéciale.

C'est aussi le sens que lui a donné BufTon, quand dans un élan lyrique il s'est écrié : « L'or et la soie ne sont pas les vraies richesses de l'Orient, c'est le chameau qui est le trésor de l'Asie. >

416 ORIGINES DE LA CHASSE, DE LA PÊCnE

En effet, les chameaux sont les animaux les plus utiles pour traverser les déserls. On les emploie comme monture et comme tinimaux de charge destinés à transporter les bagages et les marchandises. Ils forment Télémentprincipal et essentiel des grandes caravanes. Aussi les a-t-on désignés sous le nom de Navires du désert. Au point de vue alimentaire, les chameaux fournissent du lait. Ils sont aussi employés comme animaux de boucherie. Leur chair est, dit-on, excellente.

Aristote, dès le iv* siècle avant notre ère, connaissait bien les chameaux. Il les divisait déjà en chameaux à une et à deux bosses. D'après lui le véritable chameau, celui à deux bosses, provenait de la Bactriane, région de l'Asie située entre 80** à ST" de longitude et 35" à 40* de latitude nord, englobant le Turkestan actuel.

Adolphe Pictet a confirmé par des considérations de linguistique cette provenance, qui a aussi été adoptée ainsi que nous l'avons vu par Linné.

L'Asie centrale est du reste le pays du véritable chameau sauvage. Pallas l'a signalé dans la Mongolie et dans les steppes des frontières de la Chine. Divers naturalistes el voyageurs russes l'ont rencontré et décrit depuis dans ces régions en se rapprochant du Thibet.

Comme animal domestique, le chameau à deux bosses est moins méridional que le dromadaire. Il craint moins le froid mais redoute plus la chaleur. Son aire de dispersion s'étend de l'Euphrate au lac Baikal, Asie centrale et occidentale. Il a môme pénétré dans l'Europe orientale vers le bas Danube, amené par les Golhs dès le iv* siècle de notre ère, d'après Humboldt cité par Isidore Geoffroy Saint- Hilaire. Les grands mouvements dépeuples des v* et vr siècles l'auraient même poussé jusqu'en France, sansqu'ilyaitprispied. Ainsi, d'après les chroniques, Clotaire II fit promener dans les rangs dr

rarmée sur un chameau^ en 613, la reine Brunehaut avant de la faire traîner par un cheval fougueux.

Quant au dromadaire, qui n'existe plus sauvage nulle part, il paraît certain qu'il provient de l'Arabie. C'est, comme nous venons de le dire, un animal plus méridional que le chameau à deux bosses. Son aire de dispersion actuelle en partant de l'Arabie remonte jusque dans l'Asie Mineure. Elle s'étend en Asie dans la direction de l'est. Mais c'est surtout dans la direction de l'ouest qu'elle a pris du développement, embrassant tout le nord de l'Afrique, de la mer Rouge à l'océan Atlantique, même les îles Canaries. En largeur cette vaste zone va de l'Abyssinie et du Sénégal à la Méditerranée.

De l'Asie Mineure le dromadaire est passé en Grèce. Des côtes africaines il est allé en Espagne. Mais il ne s'est jamais grandement développé dans ces deux pays. Des essais de naturalisation ont aussi, sans succès pratiques, eu lieu soit en Italie, soit dans les Landes en France.

En Assyrie, parmi les monuments, on rencontre des représentations de chameauxà une et à deux bosses. Saglio* cite des représentations de chameaux sur un vase grec de la collection Durand et sur un vase de Chypre produit de l'industrie spéciale à cette île.

Hérodote, dans le v® siècle avant noire ère, et Xénophon, dans la plus ancienne moitié du iv% parlent des chameaux des Perses. Le dernier de ces auteurs nous apprend que les chameaux de Xercès étaient montés par des Arabes. D'où l'on peut légitimement induire que les chameaux de ce roi de Perse venaient de l'Arabie.

Dans l'antiquité classique les chameaux domestiques

1. Daremberg et Sàglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaineSf article Camelus, 1879.

étaient déjà assez abondants pour être cités dans la description des armées. Aristote^ nous apprend que certains propriétaires de la haute Asie possédaient des troupeaux de trois mille chameaux. Ce qu'il y a de singulier, c'est que la Bible* attribue exactement le même nombre de chameaux à Job, nombre doublé après les cruelles épreuves subies par ce personnage.

La Judée, se trouvant sur la limite nord-ouest de TArabie, a dû posséder le chameau dès la plus haute antiquité. Il est très fréquemment cité dans la Bible à partir d'Abraham, soit du XV* siècle avant notre ère.

Les Juifs étaient tellement habitués au chameau et avaient une telle croyance en son ancienne, très ancienne domestication, qu'ils l'ont toujours cité même au risque de fausser la vérité. Il en est résulté des données erronées qu'il nous faut signaler.

Ainsi on a attribué le chameau à l'Ethiopie dès la plus haute antiquité, parce que dans IsiBible^ il est dit que la reine de Sabs^ était c entrée dans Jérusalem avec une grande suite et un riche équipage, avec des chameaux qui portaient des aromates, et une quantité infinie d'or et de pierres précieuses >.

En admettant comme authentique la légende de la visite de la reine deSaba à Salomon, et étant donné que le royaume de Saba était bien en Ethiopie, la reine a dû venir à Jérusalem par la mer Rouge. Débarquant vers l'ithsme de Suez, c'est là qu'elle s'est pourvue de moyens ' de transport pour achever son voyage par terre. Ces moyens de transport, comme dans le reste de l'Arabie, étaient le chameau. L'entrée de la reine à Jérusalem avec des chameaux ne

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