III" Livre des RoUt X, 2, traductioa Le Maistre de Sact
prouve donc pas que les Éthiopiens employaient chez eux cet animal, mais seulement que c'était le moyen de transport habituel entre la mer Rouge et la Palestine.
Le sud-ouest de TArabie, patrie du chameau à une bosse, étant séparé de l'Ethiopie seulement par le détroit de Bab-el- Mandeb, les chameaux domestiques ont très bien pu être transportés d'une région dans l'autre dès un temps fort reculé.
Ailleurs* à propos du voyage d'Abraham en Egypte, il est dit : € Il reçut des brebis, des bœufs, des ânes, des serviteurs et des servantes, des ânesses et des chameaux. >
Ce passage, ou les dons paraissent être indiqués dans Tordre d'importance, fait le plus grand honneur aux sentimenls du soi-disant Peuple de Dieu. D'après la Bible les serviteurs et les servantes valent mieux que les brebis et les ânes, mais moins que les ânesses et les chameaux. Toujours est-ii que ces derniers sont considérés comme ce qu'il y a de mieux en fait d'animaux domestiques, serviteurs et servantes compris. Mais Abraham a-t-il bien reçu des chameaux en Egypte vers le xv* siècle avant notre ère? Le mot chameaux ne se trouve-t-il pas dans l'énumération par pure et simple habitude et pour montrer l'importance du présent?
Pour répondre à ces questions voyons d'abord le rôle qu'a joue le chameau en Egypte.
€ Cet animal n'est représenté sur aucun des monuments connus », nous dit Chabas* en 1873.
€ Ne figure sur aucun monument égyptien », répète PierretS en 1875.
Pourtant Chabas ajoute : c Le chameau est cité dans les
1. Moïse, Genèse, XII, 16, traduction Le Maistre de Sacy. a. F. Chabas, Etudes sur Vantiquité historique diaprés les sources égyfh tiennes, 1873, p. 408 et 411.
3. P. PiERRCT, Dictionnaire d^archéologie égyptienne, article Chameau,
textes du nouvel empire >, et les Égyptiens le connaissaient certainement sous les Plolémées. D'un autre côté, d'après Pierret, les textes apprennent qu'il était employé comme animal de charge et qu'on lui apprenait même à danser.
Il paraît donc établi que les chameaux sont restés inconnus en Egypte tant que ce pays n'a eu que des relations africaines, c'est-à-dire pendant l'ancien empire, jusque vers la fin du moyen empire. A cette époque sont apparus les pasteurs, qui venant probablement d'Arabie ont dû naturellement amener avec eux le chameau. Mais cet animal étant tout nouveau n'a joué aucun rôle dans les mythes religieux du pays. Bien plus, étant un souvenir de domination étrangère, il n'a pas été représenté sur les monuments quand l'art a repris le dessus avec le nouvel empire. S'il en a été autrement pour le cheval, introduit à peu près à la même époque, c'est qu'il a été emprunté à l'Asie, dans un but patriotique, pour reconquérir le pouvoir national.
Dans tous les cas, les conquêtes asiatiques dès le commencement du nouvel empire, dix-sept siècles avant notre ère, ont dû faire connaître le chameau à l'Egypte, s'il ne l'était déjà par l'arrivée des pasteurs. Donc Abraham a bien pu recevoir vers le xv* siècle, comme cadeau, des chameaux en Kgypte.
Les Phéniciens en s'établissant sur la côte africaine de la Méditerranée ont dû aussi y introduire le chameau.
Ainsi à l'Exposition universelle de Paris, 1889, on pouvait voir dans les vitrines du Bardo une statuette représentant une femme indigène sur un chameau, remontant, d'après René de La Blanchère, au ii* siècle avant notre ère. Elle provient des fouilles de La Comble dans une nécropole à l'ouest de Sousse, l'ancienne Hadrumède, Tunisie.
Mais il parait que la grande naturalisation du chameau dans tout le nord de l'Afrique date du vi* siècle de notre ère et doit
être allribuée aux Arabes, qui fort habitués à cet animal Tonl emmené partout avec eux.
Pourtant un paléontologue de beaucoup de talent, Pomel *, dit avoir reconnu des ossements de camélidés dans le gisement chelléen de Terniflne, département d'Oran. Ils se rapporteraient à une espèce éteinte, le Camelus Tomasii bien distinct, d'après Pomel, du dromadaire. Pomel aurait même
Fie] 428. — Archer monte sur un dromadaire, Assyiic.
rencontré une autre espèce dans d'autres gisements quaternaires plus récents de l'Algérie.
Les anciens employaient les chameaux pour la guerre. Place' a trouvé à Ninive un bas-relief du vu* siècle avant notre ère représentant un dromadaire portant un archer (fig. 128). Un homme monté en avant de la bosse conduit l'animal sans bride, seulement au moyen d'un bâton qu'il tient à la main. L'archer est placé en arrière de la bosse.
1. Pomel, Association française pour Vavancement des sciences, session d'Oran, 1888, et Matériaux pour V histoire de rhommCy mai 1888, p. 224.