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Aristote, Histoire des animaux^ IX

Pendant le néolithique, ou époque robenhausienne les deux grands bœufs se sont maintenus à Tétat sauvage. L'aurochs existe encore, mais dégénéré et en voie d'extinction. Quant à Turus, il s*est définitivement éteint il y a trois ou quatre siècles.

C'est de ce dernier, désigné par les naturalistes sous les noms de Bas taurus ou Taurus primigenimy premier né des taureaux, qu'on fait généralement dériver nos bœufs domestiques.

C'est exact en partie. En effet, parmi les races de bœufs domestiques, il en est qui ont beaucoup d'affmité et de rapports avec Turus. Mais la plupart de nos bœufs domestiques ont encore plus de rapports avec le bœuf /on^î/ron^ ou brachyceros, plus petit de taille et surtout à cornes plus courtes. Il est du reste tout naturel d'admettre que c'est la petite espèce sauvage qui a été domestiquée la première. Moins vigoureuse, elle a d& opposer moins de résistance et être bien plus abordable.

Toutes les stations robenhausiennes fournissent en abondance des débris de bœufs; malheureusement ce sont des restes de nourriture, ce qui fait qu'ils sont très fracturés et sont endommagés; les os longs surtout sont habituellement cassés et réduits en esquilles d'abord pour avoir la moelle, ensuite souvent pour être travaillés en outils, vu leur dimension, leur épaisseur et leur compacité. On ne peut en tirer que très difficilement parti pour la détermination des races. Contentons-nous donc d'étudier quelques gisements présentant les meilleurs éléments comme quantité et conservation.

Pour la pierre polie ou robenhausien, nous prendrons la palaûtte ou habitation lacustre de Concise, au lac de Neuchâtel, canton de Yaud, Suisse. Les débris de bœufs sont de beaucoup les plus abondants. Si nous négligeons quelques

iU ORIGINES DE LA CHASSE, DE LA PÊCHE

très rares ossements pouvant se rapporter à l'urus, Taurtis primigenitiSy bœuf sauvage, nous aurons à constater deux races de bœufs domestiques.

La première, la plus nombreuse, est de petite taille, elle a les formes sveltes, les jambes fines; ses cornes sont petites et légèrement courbes. Elle peut et doit être rapprochée de certaines races qui se trouvent distribuées dans les montagnes de la Suisse et des pays voisins. Un crâne bien conservé est identique au crâne d'une vache de petite taille de la Forêt-Noire.

La seconde race de la palafitte de Concise, bien moins abondante, avait une taille plus grande, se rapprochant de celle de Turus, et par conséquent à peu près analogue à celle des grands bœufs de la Hongrie, des Haremmes et de la Frise. On a du reste trouvé dans le lac de Neuchâtel, non à Concise, mais à Portalban, les ossements d'un bœuf de la grandeur des races qui viennent d'être citées*.

Pour Tâge du bronze, nous examinerons la faune des terramares du Parmesan, si bien étudiée par Strobel*. Dans ces gisements les ossements de bœuf sont sans contredit, comme dans les palafittes de la Suisse, en grande majorité. Strobely reconnaît deux races, la grande et la petite. II divise encore cette dernière en deux variétés, l'une typique et l'autre de taille moindre. Sa grande race, qui est très peu abondante, dériverait du Tauritsprimigenius; son autre race, à laquelle appartient la masse des débris, procéderait du Taurus hrachyceros.

Voici comment Slrobel caractérise sa grande race. Je traduis textuellement : « Elle est plus grande de stature, elle

1. L. ROtimeyer, Bulletin de la Société vaudoise des ncienees naturelles, 1861, p. 162.

2. P. Strobel et L. Pigorini, Le terremare e le palafitte del Parmense dans Atti soc. ital, se, nat,, séance du 2 avril 1864, p. 55.

â aussi les cornes plus grandes, sessiles, dirigées immédiatement en arrière et en haut; le front est aplati, avec la ligne frontale ou occipitale presque droite, son plan se rencontre presque à angle droit avec le plan occipital; les orbites sont proportionnellement petites et subquadrangulaires, peu arquées, peu avancées, ouvertes plutôt en avant. »

La petite race, naturellement, c est moins grande; aux cornes plus brèves, avec fût osseux plus compact, sessile, dirigé tout d'abord en dehors et en haut, puis en avant et à l'intérieur; le front est convexe, la ligne frontale se relève en une crête occipitale, saillante en arrière et descendant vers les cornes, de sorte que son plan se rencontre avec l'occipital à angle aigu; les orbites sont vastes, très arquées, assez avancées au dehors et au-dessous du front. Il en existe deux variétés, une plus petite encore que celle qui vivait en Suisse, assez alerte, l'autre moins basse, plus trapue et plus robuste. >

Paolo Lioy signale aussi dans la palafitte du lac Fimon, monts Euganéens, commencement de l'âge du bronze, deux races de bœufs à très petites cornes et à taille élancée.

L'abondance relative des débris de bœuf, dans les palafiltes, se maintient sur le versant nord des Alpes comme sur le versant sud. ÂinsiàRosen-Insel, dans le Wûrmsee, Bavière, Von Schab a reconnu 433 bœufs, tandis qu'il n'y avait que 30 cochons, 24 moutons et 9 chèvres.

Les stations de Fimon et des terramares sont de l'époque morgienne ou commencement du bronze. Nous avons étudié les ossements de bœuf des palaGttes du lac du Bourget, en Savoie. Elles appartiennent à la fin de l'âge .du bronze, époque larnaudienne. Nous avons pu reconnaître que ces débris se rapportent assez exactement à une excellente race bovine dont le type existe surtout en Tarentaise, dans l'arrondissement de Mou tiers. C'est ce qui l'a fait appeler race

tarine. Voici les observations que nous avons faites à l'Exposition universelle de 1878, concours de bestiaux.

Taureaux : tète courte, front coupé droit au sommet, cornes placées à l'extrémité de cette ligne droite, courtes, horizontales dans leur ensemble, pourtant pointe un peu recourbée en avant et en haut.

Vaches : tête fine bien que * courte, front coupé droit, cornes extrêmes, horizontales, très peu recourbées en avant. Comme variations, on peut citer des têtes s'élai^issant, devenant par conséquent plus carrées et moins Gnes ; cornes plus courbées, soit qu'elles se relèvent plus de la pointe, soit qu'elles aient une torsion en avant plus prononcée. La race tarine serait donc une race des plus anciennes. La même conclusion a été émise concernant une autre race montagnarde : la race Mezenc, qui habite le Velay ou Haute-Loire; Aymard*, s'appuyant sur l'avis de Rùtimeyer, la rapporte au Taiirus froniosus^ une des premières races domestiques des temps préhistoriques.

§ 3. wummt. Bgypie. — Le bœuf domcstiquo est figuré en Egypte dès la plus haute antiquité. On le trouve représenté sur les monuments les plus anciens, et les premiers textes hiéroglyphiques le montrent sous la triple forme de taureau, de vache et de veau. Le bœuf était non seulement connu des Égyptiens dès les premières dynasties, mais, vu son utilité, il avait déjà conquis une place fort honorable parmi les dieux du temps. Ainsi Mariette a constaté que le culte d'Apis était déjà organisé dès la v* dynastie, environ 4,000 ans avant notre ère. Apis était un jeune taureau ayant de belles cornes formant aussi nettement que possible un croissant au-dessus de sa tête. Il devait être tacheté suivant l'ordonnance. C'est donc le hasard des cornes et de la livrée qui dé-

i. Aymard, Echo du Velay, 30 juillet 1878.

cidait la grave question de savoir si c'était )un dieu ou un simple animal de boucherie.

Nous donnons (fig. 129) le portrait d'un taureau favorisé du ciel; c'est le dessin, d'après Prisse d'Avenues, d'un basrelief qui se trouve au musée du Caire.

Les cornes variaient beaucoup chez les bœufs égyptiens. Le plus fréquemment elles étaient grandes et bien dévelop-

FiG. 129. — Taurotu, Egypte.

pées. Les grandes cornes parfaitement en croissant étaient une exception.

Mais les cornes très développées et flexueuses, comme celles des grands bœufs des Maremmes et de la Hongrie, étaient fort communes. On en voit un exemple un peu plus loin, figure 130, dans le bœuf que l'on marque.

A côté delà race à grandes cornes il y avait au moins une autre race à cornes courtes comme on peut le constater dans le troupeau de bœufs figure 131. Il y avait même des

bœufs sans cornes. Les monuments en fournissent plusieurs exemples.

Les bœufs égyptiens variaient beaucoup de couleur. Nous reproduisons figure 131, d'après Wilkinson*, un groupe de

FiG. 130. — É{fyplieD8 marquant un bœuf.

cinq bœufs des couleurs les plus variées. Le premier el le quatrième sont noirs mouchetés de blanc, avec le museau, le dessous du cou et le dessous du ventre blancs; le second est entièrement roux ou fauve; le troisième blanc moucheté de noir, le cinquième roux et blanc.

FiG. 131. — Bœufs de couleurs variées, Egypte.

Parmi les bœufs peints dans les hypogées de Béni Hassen, de la XIP dynastie, soit de 2,900 à 2,700 ans avant notre ère, on en voit de noirs marbrésde blanc, de blancs tachés de roux, de moitié blancs moitié roux, de moitié noirs et moitié

1. WiLKiNSON, .4 popular accounl of the ancient EgyptianSf 1854, voL II, p. 177.

blancs. Les teintes les plus foncées sont généralement sur le dos. Il y avait aussi des bœufs complètement blancs; c'étaient ceux que Ton choisissait pour les sacriGces.

Les vaches étaient consacrées au travail et à la production du lait. ,

On les attelait pour le labour. Les mâles servaient surtout à l'alimentation. A Lycopolis, Syout actuel, dans un temple, on voit huit figures représentant des hommes dépeçant des bœufs en gros quartiers*, comme ailleurs on en voit dépeçant des oies.

Nous nous occuperons des attelages dans notre deuxième partie en traitant de l'agriculture.

Lorsqu'on voulait faire traverser un canal ou un bras du Nil à un troupeau de bœufs, les conducteurs montaient en barque, tirant après eux un veau attaché à une corde; les vaches suivaient pour ne pas abandonner leur progéniture, puis les bœufs ou taureaux suivaient les vaches.

Des peintures nous montrent aussi des femmes en train de traire les vaches; l'animal pendant cette opération a les deux jambes de derrière liées au moyen d'une corde. Ces peintures nous montrent même un jeune homme profitant de ce qu'une vache lèche son veau qui tète pour boire le lait d'une autre tétine.

Soit pour éviter des fraudes plus graves, soit pour reconnaître dans les courses et dans les pâturages les animaux appartenante chacun, les Egyptiens avaientrhabitude de les marquer sur l'épaule au fer chaud. Nous empruntons encore à Wilkinson^ une représentation de cette opération, figure 130. Le bœuf est couché sur le côté, les quatre pattes solidement liées ensemble sousle ventre. La marque s'applique

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