‹ Origines du ChristianismeChapitre 10 sur 69 · GO · texte numérisé non relu

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latin (1). Ce fut sans doute pour trouver au milieu des Gentils un plus facile accès que l'apôtre suivit celte coutume. DePaphos, les deux messagers de la foi revinrent sur le continent asiatique, et de Perg en Pamphylie, où Marc les quitta, ils allèrent à Antioche en Pisidie. Là , et à Iconium , ils convertirent beaucoup de Juifs et de païens, mais les Zéloles, transportés de fureur, ne lardèrent pas à les chasser. A Lystre, où une parole de Paul rendit publiquement à un homme perclus l'usage de ses membres, les deux apôtres furent d'abord regardés comme des dieux, et l'on voulait leur offrir des sacrifices comme à Jupiter et à Mercure, mais le même peuple, changeant tout à coup de dispositions sous le souffle de la colère des Juifs, poursuivit Paul à coups de pierres, et le traîna hors des murs. Déjà on le tenait pour mort, lorsqu'il rentra sain et sauf dans la ville, et partit de là pour Derbe avec Barnabe. Dans une nouvelle visite qu'ils firent l'un et l'autre aux croyants de Lystre, d'Antioche en Pisidie et d'Iconium, ils donnèrent des chefs à ces églises naissantes, après quoi ils retournèrent à Antioche en Syrie (45-50).

Appelé d'une manière extraordinaire à l'apostolat, Paul avait reçu immédiatement de Dieu les lumières nécessaires à sa mission. Mais afin de donner à son enseignement et à sa discipline la sanction extérieure de la vérité, c'est-à-dire celle d'un parfait accord avec la doctrine et la conduite des autres apôtres, poussé par une inspiration supérieure, il se rendit à Jérusalem quatorze ans après sa conversion , accompagné de Barnabe et de Tito qu'il avait conduit des ombres du paganisme à la lumière de l'Evangile. Là il s'aboucha avec « les colonnes de l'Eglise », Jacques, Pierre et Jean.

(1) Ainsi , par exemple. Dositheus au lieu de Dosthaï ; Jason au lieu de Jésus ; Tiipho au lieu de Tarphon. A la place de Silas qui se trouve dans saint Luc, on litSilvanus dans les Epîtres de saint Paul : on lit aussi Menelaus au lieu d'Onias; Pollio au lieu de Hillel; Alkimus au liea de Joakiin.

Dès cette époque fut agitée la question de l'obligation absolue de la loi mosaïque, question d'une importance décisive pour les progrès de la société cbrélienne. Rien n'était plus difficile aux Juifs, particulièrement à ceux qui vivaient à Jérusalem, en face du temple et au milieu des sacrifices toujours subsistants, que de se dépouiller du préjugé qui leur faisait regarder l'exacte observation de la loi comme l'unique moyen de justification et de salut. Ce préjugé avait ses racines dans le fund le plus intime de leur âme, et s'était mêlé à toutes leurs babitudes morales et intellectuelles. Aussi ne concevaient-ils qu'avec une peine extrême qu'il dut suffire de la foi en Jésus-Christ, aux païens convertis, pour être justifiés, sans avoir besoin de se soumettre à la circoncision et aux autres prescriptions légales. Leur sentiment à cet égard était si obstiné, qu'ils exigèrent deTite, le compagnon de Paul, qu'il se fit circonscrire pour avoir part à leur confiance et à leur société. Mais Paul s'opposa à celle exigence. Les trois apôtres, parfaitement d'accord avec Paul, le reconnurent, lui et Barnabe, pour leurs véritables collègues, et il fut décidé que l'un et l'autre prêcheraient spécialement les païens, pendant que Pierre. Jacques et Jean continueraient d'évangéliser les Juifs. Bientôt après le retour de Paul et de Barnabe à Àntiocbe, Pierre s'y rendit lui-même et ne se fit aucun scrupule de manger avec des croyants incirconcis, jusqu'à l'arrivée de quelques juifs chrétiens envoyés de la Judée par Jacques. Craignant de scandaliser ces austères zélateurs de la loi , qui regardaient comme impurs les incirconcis et leurs repas, Pierre, l'apôtre des Juifs, s'éloigna de la table des païens convertis. Déjà son exemple en avait entraîné d'autres, et Barnabe luimême, lorsque Paul iutorvint avec l'énergique dignité de son caractère, et blâma publiquement cette dissimulation opposée à l'esprit de l'Evangile. Plus tard, d'autres Juifs ebrétiens, venus de la Judée à Antiocbe, déclarèrent formellement aux païens convertis de celte ville que, pour être sauvés, ils devaient so soumettre à la circoncision et à la

loi tout entière. Les nouvelles agitations qui résn lièrent de cet incident dans l'église d'Anlioche, firent sentir la nécessité d'une décision suprême de la part de l'apostolat réuni à Jérusalem. En conséquence, Paul et Barnabe furent envoyés en deputation à l'Église-mère, mais là aussi ils rencontrèrent tout d'abord les opiniâtres prétentions de Pharisiens devenus croyants, qui soutenaient que tous les païens convertis et à convertir étaient tenus de vivre selon la loi. Alors les cinq apôtres Pierre, Jacques, Jean, Paul et Barnabe formèrent, avec les prêtres et les fidèles, un concile dans lequel . après que Pierre se fut prononcé en faveur de la liberté chrétienne, on adopta le moyen terme proposé par Jacques. Il consistait en ce que les païens devenus chrétiens n'eussent, en fait d'obligations nouvelles , qu'à s'abstenir des viandes offertes en sacrifice, de la chair des animaux étouffés, du sang et de la fornication. La défense de prendre part aux repas des sacrifices, était nécessaire pour préserver les nouveaux chrétiens d'une rechute dans le paganisme. Quant à la fornication, c'était quelque chose de si commun parmi les païens, de si indifférent à leurs yeux, que la pureté des mœurs devait être un des signes distinctifs de la foi nouvelle, et qu'une défense spéciale du vice contraire n'était nullement superflue. Du reste, ce n'était pas la loi mosaïque qui avait la première ordonné l'abstinence de la chair d'animaux étouffés et du sang; et comme, dans l'esprit des Juifs, cette abstinence était un précepte divin obligatoire pour tous les hommes, il fallait, afin de diminuer leur répugnance contre toute espèce de commerce avec les Gentils, imposer momentanément les mêmes prohibitions à la généralité des chrétiens. La décision du concile fut envoyée aux églises de Syrie et de Cilicie comme ayant été prise sous l'inspiration de l'esprit saint, et Paul et Barnabe retournèrent à Antioche dans la compagnie de Judas Barsabé et de Silas, envoyés de l'église de Jérusalem.

Bientôt après (53) Paul commença son second voyage, accompagné cette fois de Silas seul , Barnabe s'étant séparé

de lui, parce que Paul n'avait pas voulu emmener Jean Marc , neveu de Barnabe. L'apôtre visita d'abord les églises de la Syrie septentrionale, de la Cilicie et de la Lycaonie. A Lystre , il s'adjoignit le jeune ïimotbêe, fils d'un père grec et d'une mère juive devenue chrétienne; Timolhôe, conformément au désir de Paul, se fit circoncire pour trouver accès parmi les Juifs. Les trois hérauts de la foi allèrent premièrement dans la Phrygie, dans la Galalie et la Mysie. En Troade , le médecin et évangélisle Luc se joignit a eux . mais une vision que l'apôtre eut en songe l'avertit de quitter l'Asie et de se rendre en Macédoine. A Philippe, une marchande de pourpre, nommée Lydie, se convertit avec loute sa maison. Dans celte même ville, la guérison d'une esclave possédée du malin esprit fut cause que, sur l'ordre du gouverneur Romain, Paul el Silas, après avoir été battus de verges, furent jetés en prison comme séducteurs du peuple et comme prédicateurs d'un culte nouveau non autorisé. La constance pleine de joie des apôtres, et le miracle qui leur ouvrit la porte de la prison [tendant la nuit, louchèrent tellement le geôlier , que, s'étant fait instruire par Paul, il crut en Jésus-Christ et reçut le baptême avec loule sa famille. L'autorité de la ville, effrayée de la précipitation avec laquelle elle avait maltraité un citoyen romain, rendit la liberté avec beaucoup d'égards aux deux prisonniers , en les priant toutefois de s'éloigner. Mais les fondements d'une église étaient jetés à Philippe. Ils s'arrêtèrent plus longtemps dans la populeuse ville de Thessalonique , où se trouvait une synagogue , et y formèrent , parmi les Juifs et les prosélytes, une église qUi devint rapidement florissante. Cependant les Juifs incroyants ayant cherché, par une plainte calomnieuse, à extorquer à l'autorité païenne une prompte condamnation contre les deux messagers de la foi, ils partirent, dans la menu; nuil , pour la ville de lîeroé, située dans le voisinage, où ils trouvèrent, chez les habitants juifs, une plus grande sympathie. Poursuivi jusque dans cet endroit par les Juifs de

Thessalonique, Paul laissa Silas et Timothéc, et fit voile vers Athènes. Alors, pour la première fois, la doctrine qui était en même temps un scandale pour les Juifs et une folie pour les Gentils, fut prêchée dans la forteresse de la superstition païenne, dans le principal foyer de la science et de l'art païen, où l'œil ne rencontrait, de toutes parts, que statues et temples élevés en l'honneur des dieux , que fêtes et sacrifices; dans une ville dont les habitants avaient, de temps immémorial, la réputation d'être les plus zélés fauteurs du polythéisme. Comment l'apôtre devait-il procéder pour faire comprendre a ce peuple léger et plein d'amourpropre la vanité de ses errements? L'autel sans nom d'un dieu inconnu lui fournit une heureuse manière de commencer sa prédication. Amené par des Stoïciens et des Epicuriens devant l'aréopage, tribunal suprême en matières religieuses, il annonce, en face d'un auditoire étonné, le Dieu unique, tout-puissant, dans lequel nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes, et qui jugera le monde par celui qu'il a ressuscité d'entre les morts. Les uns répondent par la moquerie à ses paroles, les autres lui disent qu'ils l'entendront une autre fois, quelques-uns seulement croient en Jésus-Christ, parmi lesquels Denis, membre de l'aréopage, et depuis premier évêque d'Athènes. De là Paul se rendit dans la capitale del'Achaïe, dans la voluptueuse et dissolue Corinthe, où il demeura chez un juif converti nommé Aquila, fabriquant de ses propres mains des tentes pour vivre, et prêchant dans la synagogue. Mais là encore la majorité des Juifs accueillit sa doctrine avec tant d'hostilité , qu'il ne tarda pas à se tourner avec plus de succès vers les Grecs. Il se forma, en peu de temps, une communauté de croyants dont Crispus, président de la synagogue, fit lui-même partie , et qui , pendant une année et demie qu'elle fut sous la direction de l'apôtre, devint une des plus tlorissantes et des plus nombreuses. Les Juifs irrités portèrent plainte auprès du proconsul Gallio , frère d'Année Sénèque, mais il les renvoya en disant qu'il ne voulait

pas s'immiscer dans celle querelle de religion judaïque. Sur ces entrefaites, Silas et ïimotliée. de retour de la Macédoine, avaient apporté à Paul des nouvelles consolantes sur l'état des églises de celle contrée. Ceci fut l'occasion de la première, et bienlôt après de la deuxième épître de Paul aux chrétiens de Thessalonique.

Au commencement de l'année 56, Paul retourna en Syrie, et, après un court séjour à Jérusalem, partit d'Antioche pour son troisième voyage apostolique dans l'Asie Mi' neure. Cette fois il s'arrêta principalement à Ephèse. où il baptisa douze disciples de saint Jean, et leur communiqua par la confirmation ies dons de l'esprit saint. La vertu des miracles que Dieu opérait par lui , jointe à la puissance de sa parole, propagea la foi chrétienne non-seulement dans celle grande ville de commerce , centre de toute l'Asie occidentale, mais encore dans les provinces voisines. Là s'éveilla le premier soupeou que le règne du Christ menaçait le culte jusqu'alors tout-puissant des idoles, et que la grande Diane des Ephésiens allait tomber dans la poussière devant le crucitié. Une émeute excitée par l'orfèvre Dèmétrius, dont les modèles du temple de la grande déesse trouvaient moins de débit, et fomentée par les Juifs, mit en danger la vie de Tapotre et celle de ses coopérateurs; toutefois un des magistrats de la ville parvint à apaiser le peuple. Pendant son séjour de prés de trois ans à Ephèse, Paul écrivit aux chrétiens de la Galalie pour les prémunir coulre de faux docteurs judaïsanls qui prêchaient l'obligation absolue de la loi mosaïque. Ce fut dans le môme intervalle qu'il envoya ïite, avec sa première épître, a l'église de Corinthe, menacée de dissensions intérieures. Plein d'un ardent désir de revoir les fidèles de Philippe, de Thessalonique et deBeroë, il se rendit, dans l'année 59, par la Troade. en Macédoine, d'où il écrivit sa seconde èpître aux Corinthiens. On y voit que, pour l'accomplissement de sa mission, il avait souffert, surtout de la part des Juifs, une foule de mauvais traitements, et couru des dangers sur lesquels saint Lac garde le

— oc, — silence. C'est vraisemblablement à la même époque qu'il envoya à son disciple Timothée, laissé par lui à la tête de l'église d'Eplièse, une première lettre contenant des instructions sur ses devoirs d'évêque. Ayant ensuite tourné son zèle apostolique vers les églises de Grèce, il remit à la diaconesse Phœbé qui allait à Rome, son admirable épîlre aux croyants de cette ville , lesquels commençaient à former une église. L'an 60, il s'empressa de se rendre en Syrie, avec plusieurs envoyés des églises d'Achaïe et de Macédoine, pour aller célébrer à Jérusalem la fêle de la Pentecôte. A Mi!et, ayant réuni les évoques et les prêtres d'Ëpbèse et des églises voisines, il les conjura, dans une pénétrante allocution, de prendre grand soin des troupeaux confiés à leur garde, les prémunit contre les faux docteurs qui devaient bientôt paraître, et après avoir prié en commun avec eux , les quitta avec le pressentiment des périls qui l'attendaient. Il vit à Césarée le diacre Philippe et ses quatre filles douées du don de prophétie. Arrivé à Jérusalem , il n'y trouva plus aucun des apôtres, à l'exception de l'évêque Jacques, à qui il raconta, et en même temps aux prêtres réunis autour de lui, le merveilleux succès de sa carrière évangélique. La nombreuse église de Jérusalem, toute composée de Juifs chrétiens, tenait encore fortement à la loi. Plusieurs d'entre eux animés de sentiments hostiles contre l'apôtre, l'accusèrent faussement d'avoir poussé les Juifs delà Diaspora à mettre de côté la loi et la circoncision ( I ) . Alors Jacques et ses prêtres lui conseillèrent d'écarter ce soupçon en se chargeant d'une satisfaction judaïque pour quatre croyants qui accomplissaient dans le temple un vœu nazaréen. Paul y consentit, maisayantété reconnu dansletemplemême par quelques Juifs de l'Asie-Mineure, ceux-ci le désignèrent comme contempteur de la loi et profanateur du temple, à la fureur fanali-

(1) On appelait Juifs de la Diaspora ceux qui étaient dispersés dans les provinces romaines, des deux mots grecs a** et *4iipb.

que du peuple, qui l'eût massacré sans l'intervention du tribun romain Lysias. Conduit par Lysias lui-même devant le Sanhédrin, à la tète duquel siégeait le grand-prêtre Ànanie, ennemi acharné de la foi nouvelle, déjà Paul voyait planer sur lui la sentence de mort, lorsqu'il rappela anu Pharisiens présents dans l'assemblée que c'était à cause de la doctrine de la résurrection qu'il était l'objet de la haine des Saducéens. L'esprit de parti tout à coup rallumé au fond de l'àme des Pharisiens, leur faisant oublier pour un instant leur vieille animosité contre celui qui avait déserté leur secte, ils déclarèrent ne rien trouver en lui qui fût digne de châtiment. Lysias profita de celte déclaration pour le soustraire à la rage des Saducéens , mais ayant appris que quarante Zélotes avaient juré sa mort, il le fit conduire à Césarée devant le procureur Félix , avec un certificat d'innocence. Ses ennemis et le grand-prêtre avec eux le poursuivirent jusque dans cette ville. Félix, n'osant pas s'attaquer à un citoyen romain , et de plus espérant que Paul achèterait sa liberté, le fil mettre dans une prison assez douce où il passa deux ans. Les implacables persécuteurs de l'apôtre se représentèrent devant PorciusFestus, successeur de Félix, et ne négligèrent rien pour obtenir une condamnation; Paul en appela à l'empereur, et Porcins reçut l'appel. Avant son départ pour Rome, lorsqu'il parut encore une fois, en assemblée solennelle, devant le roi Agrippa, et. là, exprima sa foi toute entière, disant que Jésus le ressuscité était venu éclairer les Gentils aussi bien que les Juifs, Festus lui cria qu'il déraisonnait, mais ses paroles firent plus d'impression sur Agrippa. L'an 62, Paul partit comme prisonnier pour Rome, accompagné de ses amis Luc et Arislarquc. Par suite d'un naufrage sur la côte de Malte, il resta trois mois dans cette île. En abordant à Puteoli , il reçut le fraternel accueil d'une église qui y était déjà formée, cl enfin l'année 63, la huitième du règne de Néron, il fit son enlrée dans la capitale de l'empire au milieu de frères chrétiens accourus au-devant de lui. Paul passa

deux ans à Rome , sous une surveillance peu rigoureuse, jouissant de la permission d'habiter un logement particulier avec le soldat auquel il était enchaîné, et de recevoir ceux qui se présentaient en sa maison, pouvant, par conséquent, annoncer librement l'Evangile. Ici finissent les Actes des apôtres par saint Luc . lesquels paraissent avoir été rédigés peu de temps après cette époque, environ l'an G G. Pendant sa captivité de deux années à Rome, indépendamment de la courte lettre portée à Philemon par Onésime, esclave fugitif et désormais converti, qu'il lui renvoyait, Paul écrivit les trois épîtres aux Ephésiens, véritable encyclique adressée à plusieurs églises de l'Àsie-Mineure; l'épître aux Colossiensct celle aux Philippiens, dans lesquelles il développait les principes de la foi sur la glorification de Jésus- Chrit, la rédemption de l'humanité déchue et la vocation des Gentils. Dans le môme temps, selon toute apparence, a été écrite l'épître aux Hébreux, c'est-à-dire aux Juifs vivant dans la Judée et à Jérusalem. C'est là que l'apôtre explique comment le christianisme est sorti de la religion juive , et par quels avantages éminentsla nouvelle loi est supérieure à l'ancienne (1).

Le zèle apostolique de Paul , secondé par les coopérateurs qui se joignaient peu à peu à lui , fit faire de rapides progrés à l'église de Rome. La doctrine chrétienne pénétra même jusque dans la cour impériale , de sorte que Paul put écrire aux Philippiens : « Tous les fidèles vous saluent, parliculié- » rement ceux de la maison de César. » Ce fut vraisemblablement par l'entremise d'amis et de disciples influents que l'apôtre obtint d'être délivré de ses fers au commencement

(1) D'assez fortes raisons militent en faveur de l'opinion qui attribue cette épître à Barnabe. Teitullien l'en croit l'auteur (de pudic. c. 20 ), et il paraît, d'après le passage suivant de saint Jérôme, que la même idée était répandue en Orient : « Licet plerique (Grœci sermonis scrip- » tores) earn Barnabas arbitrentur. — Epist. ad Dardai). » 11 s'entend de soi-même que ceci n'ôte rien à l'autorité canonique de l'épître en question.

de l'année G5. 11 profila aussitôt de sa liberie pour entreprendre de nouvelles missions, sur lesquelles malheureusement nous n'avons pas de renseignements précis. On peut très-bien croire toutefois qu'il mil alors à exécution le projet de visiter l'Espagne dont il avait déjà parlé dans son épîlre aux Romains. Nous avons en faveur de cette opinion le témoignage d'un contemporain , Clément de Home . qui dit que, de l'aurore au couchant. Paul fut un héraut de la foi chrétienne, qu'il prêcha le salut dans le monde entier (c'est-à-dire dans tout l'empire romain), cl qu'il pénétra jusqu'aux limites de l'Occident (1). L'apôtre alla aussi dans l'île de Crète, accompagné de son disciple Tile, qu'il v laissa en qualité d'inspecteur des églises nouvellement fondées, avec le pouvoir d'instituer des èvêques et des prêtres. Ensuite il lui envoya de Nicopolis (sans doute de TSicopolis enEpire) une instruction sur la manière de diriger le troupeau confié à sa garde : c'est l'épîlre qui se trouve dans le canon des Ecritures. I)e Wicopolis, Paul se rendit à Corinthe, visita encore une fois les églises de Troade et de Milel. puis retourna à Rome auprès de ses frères en proie à la persécution de Néron. L'espace de temps où il lui fut encore possible de donner libre carrière à son zèle dans la capitale du monde, est resté inconnu. La dernière lettre que nous avons de lui, il l'écrivit l'an 67 , enfermé dans une1 dure prison, et dans l'attente prochaine du martyre', à son cher Timothée qui se trouvait alors à Ephèse. Il fut décapité la même année, soit dans la persécution qui durait depuis le

(l) 'tuno lif//* t»( é^jiaç »x8«v. Plusieurs ont voulu appliquer à l'Italie les paroles de Clément, mais Clement lui-même qui vivait en lia lie, ne peut pas avoir désigne ce pays comme la limite lie L'OecideTit. Des témoignages plus positifs à cet égard se trouvent dans le Fragment sur le canon, pat un auteur inconnu de la dernière moitié du deuxième siècle (Routh , reliquia- sacra' IV , i ). Saint Jérôme , saint Cyrille de Jérusalem , Epiphane , Théodore! admettent aussi le rodage de Paul en Espagne.

grand incendie de Home, soit dans celle qui suivit bientôt après, dirigée par les affranchis Helius, Cœsarianus et Polycletus, que Néron avait investis de ses pleins pouvoirs pendant son voyage en Grèce (1).

Suivant l'unanime tradition de l'antiquité chrétienne, l'apôtre Pierre fut crucifié dans le même temps à Rome, après en avoir dirigé l'église en qualité d'évêque, et après avoir transmis à ses successeurs, avec l'épiscopat romain, la primauté que lui avait confiée Jésus-Christ. Pour ce qui est du temps de son arrivée à Rome, et de la durée de son épiscopat dans cette ville, les opinions sont fort divergentes, et il n'est guère possible de concilier les données des anciens sur ce point , si ce n'est en admettant que le prince des apôtres ait été deux fois dans la capitale du monde. Le premier séjour, selon Eusèbe, saint Jérôme et Orose, tomberait dans la deuxième année du règne de Claude (42 ans après J.-Ch.), époque à laquelle Pierre se serait iendu à Rome pour mettre un terme aux séductions de Simon le magicien, et y aurait posé les fondements d'une église; ensuite, compris dans l'édit de bannissement que Claude porta contre les Juifs divisés par la doctrine chrétienne, il aurait bientôt quitté la capitale du monde pour retourner à Jérusalem , où le trouva la persécution d'Agrippa. C'est alors qu'il paraît avoir entrepris un voyage apostolique plus considérable dans l'Asie Mineure, et avoir fondé ou visité les églises du Pont, de la Galalie , de la Cappadoce et de la Bithynie, auxquelles il adressa postérieurement de Rome sa lettre encycliqne (2). Cependant saint Jérôme place cette excursion

(1) Ceci semble du moins indiqué par une expression de Clément de Rome, quand il dit que Paul a souffert la mort ^' jy *JHWW- Le même père en ajoutant : «Pierre et Paul ont été poursuivis par renviejusqifà la » mort » , paraitvouloir dire que les machinations des Juifs , infatigables dans leur haine, furent la principale cause du supplice des deux apôtres dans un temps où la persécution contre les chrétiens avait sans doute déjà cessé à Rome.

(2) Dans cette lettre se trouve le nom de Babylonc , par lequel tous

dans l'Asie-Mineure avant le premier -voyagé à Home. Plus tard Pierre se rendit à Anlioche, et de là an synode de Jérusalem. Sous le règne de JNéron , il alla, pour la seconde fois à Rome, où il souffrit avec Paul, l'an C7, la mort du martyre. C'est là le voyage dont parlent Lactance et Denis

les Pères de l'Eglise entendent Home. Mais dans nos temps modernes on a rejeté' cette signification pour y substituer un séjour de Pierre à Babylone sur l'Euphrale. Or, peu de temps auparavant , tous les Juifs en avaient été chassés , ainsi que de Séleucie , et il n'est pas Yl'aisémbiaïu'e que l'apôtre de la circoncision eût entrepris un si grand voyage dans une ville où il n'y avait plus aucun de ses concitoyens. D'autre part , la présence de Pierre à Babylone sur l'Euphrate aurait donc été bien infructueuse /puisqu'on ne trouve pas la moindre trace d'une église ni d'évéques établis par lui dans cette contrée. Quant à Babylone en Egypte, sans parler d'autres raisons, personne n'y pourrait penser à cause de son peu d'importance. La présence de Jean Marc auprès de Pierre quand il écrivit sa lettre , l'ait aussi conclure plutôt en faveur de Rome. En ellel, que Marc ait été à Rome, nous le savons parles lettres de Paul , et pourquoi admettre sans nécessité qu'il se soit trouvé , en un court espace de temps, dans deux endroits si éloignés l'un de l'autre. L'objection qui veut que l'apôtre , dans une lettre sans allégories, sans images, écrite d'un ton grave et dogmatique, n'ait pas pu désigner Rome sous le nom de babylone , manque de solidité. Il est très-naturel que Rome, le foyer de toutes les horreurs du paganisme, ait été souvent appelée Babylone par lés Juifs chrétiens, familiarisés avec le langage des prophètes, et que Pierre se soit servi de cette expression devenue ordinaire. Pour prendre un exemple près de nous, on sait que Luther a daté de Palhinos sa lettre écrite au donjon de Wartbourg sans employer pour cela généralement, dans cette lettre, le style apocalyptique; Il y aurait une difficulté plus sérieuse à tirer des Jetés des apôtres, d'après lesquels Paul trouva les chefs de la synagogue romaine tout-à-fait ignorants des choses de la foi nouvelle qu'ils ne connaissaient que par ouï-dire. On pourrait, en effet , inférer de là que Pierre n'avait point été précédemment à Rome, puisqu'il se serait d'abord certainement adressé à la synagogue et aux principaux d'entre les Juifs, mais il faut penser qu'après l;i première arrivée de Pierre à Rome, le bannissement de tous les Juifs par Claude ayant eu lieu, et beaucoup d'entre eux, qui s'étaient <:tablis ailleurs, n'étant pas revenus, une synagogue nouvelle dut se former., où il était facile d'ignorer ce que, auparavant, à Rome menje, on avait su de l'Evangile.

de Corintbe. Ainsi s'expliqueraient les vingt-cinq années d'épiscopat à Rome, que Eusèbe et saint Jérôme attribuent à saint Pierre : en effet, de la deuxième année du règne de Claude à laquelle on rapporte le premier séjour de l'apôtre dans cette ville, il y a, jusqu'à sa mort, précisément vingtcinq ans. Quant à une résidence de vingt-cinq années consécutives, c'est ce qui n'a jamais été soutenu par personne. Quelques années auparavant, Jacques l'Alphaïde, frère, c'est-à-dire cousin du Seigneur, apôtre et premier évèque de Jérusalem, avait élé tué. La droiture d'intelligence et la piété de cet homme, saint dès son plus bas âge, étaient également connues des Juifs et des chrétiens. On l'appelait te juste, (e rempart du peuple. Souvent on le trouvait à genoux dans le temple, appelant par ses prières la miséricorde céleste sur l'aveuglement de sa nation. Anne le jeune, vraisemblablement un (ils de celui devant lequel comparut Jésus, avait été élevé à la dignité de grand-prètre parHérode Agrippa II. C'était un homme de la secte des Saducéens, superbe, audacieux et dur. Le procurateur romain Festus venait de mourir, et Albinus, son successeur, n'était pas encore arrivé. « Anne, au rapport de l'historien Josèphe. crut » avoir trouvé le moment favorable pour faire comparaître » devant le Sanhédrin le frère de Jésus appelé le Christ. Il » accusa cet homme nommé Jacques, et plusieurs autres, » de transgresser la loi , puis, sans attendre leur défense, il » décida sur-le-champ qu'ils seraient lapidés. Cette sentence » blessa vivement les membres les plus justes du Sanhédrin : » ils envoyèrent prier le roi Agrippa de vouloir bien écrire » à Anne de ne plus se permettre désormais rien desembla- » ble. Agrippa le dépouilla, pour cette raison, de la di- » gnilô de grand-prètre dont il était revêtu depuis trois » mois (I).»

(1) Cet Agrippa Mail un fils d'Hérode Agrippn , mort en 43 ou 44. Il se trouva , sous Titus, au siège de Jeïusalem , et fut le dernier roi des Juifs. On ignore ee qu'il devint après la dispersion; il doit avoir cesse.

Jean , fils de Zébédée et de Salomé , et frère de Jacques le majeur, consacra dans la suite ses soins aux églises de l'Asie occidentale qu'il dirigeait de son siège d'Ephése. Tertullien raconte que Domitien le fit venir â Rome et jeter dans une cuve pleine d'huile bouillante, d'où cependant l'apôtre sortit sain et sauf. Il fut alors relégué dans l'île de Pathmos. Là il écrivit, l'an 96, l'apocalypse particulièrement adressée aux sept églises de l'Asie occidentale. Après la mort de Domitien, le vénérable vieillard retourna à Ephèse, où il composa son évangile qui confirme et complète le récit des trois autres évangélistes, et, en outre, la lettre encyclique plus étendue que nous avons de lui (1). On raconte que.

de vivre sous Domit'en, dan? l'année fil. — Pour ce qui est de la mort de Jacques, Hégésippe, dans l'histoire ecclésiastique d'Eusèbë ,- hi raconte d'une autre manière. Les savants et les prêtres, dit-il , voyant que la foi nouvelle trouvait chaque jour un plus grand nombre de partisans, sommèrent l'évêque qui possédait la confiance générale de se declarer sur Jésus. A cette fin, il fut placé sur le pinacle du temple, d'où il pouvait être vu et entendu de tout le monde, et on lui cria : «Juste , en qui » nous avons tous confiance , puisque le peuple s'égare à la suite du cru- » cilié Jésus , dis-nous quelle est la porte de ce Jésus crucifié (c'est-àdire le vrai sens de sa doctrine?) » Il répondit à liante voix : «Que m'in- » terrogez-vous sur Jésus, il est assis à la droite de la grande puissance , « et viendra sur les nues du ciel.» Beaucoup d'assistants étant du nombre des croyants, et criant hosanna au fils de David, les savants et les prêtres s'approchèrent deJacquéset lui crièrent : «Oh! oh! lui aussi, » le juste, il est dans la fausse route » , et ils le précipitèrent du haut du pinacle. Cependant il n'était pas encore mort , et s'étant mis à genou, il priait : «Seigneur, Dieu , Père ! je vous en supplie , pardonnez-leur, car » ils re savent ce qu'ils font. » Alors ils l'accablèrent de pierres, et un d'entre eux ayant pris la masse d'un foulon , en fracassa la tète du juste qui mourut ainsi de la mort du martyre. — Voir l'histoire de la rclig. de Jésus-Christ par Slolberg, tome IV, p. 510.

(1) C'est probablement à cette époque qu'il faut rapporter la touchante histoire , racontée par Clément d'Alexandrie, d'un jeune homme doué d'heureuses qualités , que l'apôtre Jean avait laissé , en partant , à un évêque pour le former et le diriger. Ce jeune homme tomba en mauvaise compagnie, et, à la lin . se déprava au poinl de devenir chef d'une

à la fin de ses jours, n'ayant pas assez de force pour se rendre à l'assemblée des fidèles autrement qu'appuyé sur les épaules de ses disciples, et ne pouvant plus prononcer de longs discours, il avait coutume de répéter chaque fois: « Chers enfants, aimez-vous les uns les autres ; » et , quand on lui demandait pourquoi il redisait toujours la même chose, il répondait : «C'est là le grand commandement du » Seigneur, celui qui l'accomplit en fait assez.» Il mourut de mort naturelle, l'an 101 , à Ephèse, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans.

Relativement à la Vierge Marie , mère de notre Sauveur, nous ne savons de positif que ce qui se trouve dans l'Ecriture Sainte. Elle mourut selon toute apparence, l'an 45 ou 47, à Jérusalem. Suivant une autre opinion, elle aurait accompagné l'apôtre Jean à Ephèse, ce qui n'aurait eu lieu qu'après l'année 5fi. Quoiqu'il en soit, l'Eglise célèbre la fête de l'Assomption de Marie dans le ciel, assumption que nul chrétien ne peut vouloir contester, mais qui n'implique ni une résurrection, ni une ascension comme celle de Jésus- Christ.

bande de brigands. De retour de son exil de Patbinos, Jean alla visiter l'évèque et lui redemanda le dépôt qu'il lui avait confié. L'évèque répondit que le jeune homme avait abandonné Dieu et était devenu un malfaiteur. L'apôtre pleura amèrement, puis il dirigea aussitôt ses pas du côté de la montagne où les brigands avaient leur retraite. Il se fit conduire devant leur chef, et , courant après celui-ci qui fuyait plein de boute, il ne cessa de le supplier jusqu'à ce que le jeune homme se fût précipité au cou du vieillard en le couvrant de larmes, mais aussi en cachant avec soin sa main droite souilléede sang. Jeanlui donm, de la part du Sauveur, l'assurance de son pardon , baisa sa main ensanglantée, et ne quitta pas l'enfant qu'il venait de retrouver, avant d'avoir opéré sa réconciliation avec l'Eglise, avec Dieu et avec les hommes.

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