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CHAPITRE X

EXTENSION DE L'ÉGLISE; ÉGLISES-MÈRES ET ÉGLISES-PRIN- CIPALES DE L'ORIENT; LEURS ÉVÊQUES (4).

Le siège de la religion judaïque était renverse désonnais, et le lieu des sacrifices dévasté ; l'irréconciliable ennemi du christianisme, le Sanhédrin était anéanti. Dès lors, même les yeux les plus faibles virent clairement que l'heure avait sonné, où l'Eglise, ce germe plein de vie, dégagé pour toujours de l'enveloppe desséchée du judaïsme, sous laquelle il avait atteint sûrement sa maturité , allait devenir, en peu de temps, l'arbre qui devait tout couvrir de son ombre. L'attachement des chrétiens d'origine juive à l'ancienne loi était puissamment ébranlé par la chute de l'état et de l'église judaïques; le libre esprit de l'Evangile triomphait chaque jour davantage de leur étroit rigorisme, et déliait, peu à peu , mais sans retour, les entraves de la loi. La différence entre les Juifs devenus croyants et les païens con-

(l)Livresconsultés:Fabricii salutarishixEvangelii toti orbi cxoriens, Hamburg, 1731. — Essai d'une bistoire générale des progrès de l'Eglise du Christ, par C.-G. Blunihardt, Basle, 1828. — Lequien, Oriens christianus , Paris 1740.

vertis, s'effaçait de plus en plus; l'orgueilleuse prééminence que les premiers s'attribuaient sur les seconds, commençait à disparaître, et quant à ces demi-chrétiens, qui s'opiniàtraient à investir le mosaïsme d'une force absolument obligatoire, ils se détachaient de l'Eglise universelle pour aller former, sous le nom d'Ebionites, une secte entièrement séparée.

L'église de Jérusalem , uniquement composée de Juifschrétiens, persévéra le plus longtemps dans la fidélité aux prescriptions légales. Lorsque la ville commença à sortir de ses ruines et à présenter quelques endroits habitables, une partie des fidèles fugitifs y rentrèrent avec Siméon leur évêque, et, depuis ce moment, jusqu'à la nouvelle destruclion de Jérusalem sous Adrien, il y eut une succession non interrompue de treize évèques, tous d'origine juive. Ces fidèles observèrent la loi mosaïque jusqu'au temps d'Adrien; mais cet empereur ayant remis en vigueur un vieil édit, supprimé plus tard par Antonin, et qui défendait la circoncision sous peine de mort, ceux des Juifs-chrétiens aux yeux desquels ce rit n'était pas nécessaire pour le salut, durent être déterminés par cette seule circonstance à y renoncer.

L'an 132, éclata l'effroyable soulèvement des Juifs en Palestine et en Syrie. Un imposteur qui avait pris le nom deBarkocbba, c'est-à-dire fils de l'étoile, par allusion au passage de Moïse (Nombres XXIV, 17), et reconnu pour le messie, par Akiba, le plus considéré des rabbins, se fit élire roi et sacrer en cette qualité. Beaucoup de chrétiens furent cruellement martyrisés et exécutés par son ordre, pour avoir refusé d'aposlasier et de se mêler à la révolte contre les Romains. La guerre d'extermination que ceux-ci firent aux Juifs, jusqu'en l'année 136, changea une grande partie de la Palestine en désert, et détruisit plusieurs églises florissantes. Celle même qui s'était jusque-là maintenue dans la Cité-Sainte fut entièrement dispersée. Alors \drien fit bâtir dans le voisinage, et avec lés décombres de Jéru

salem, la ville d'^lia-Capitolina, à laquelle il donna pour habitants une colonie romaine, niais dont l'entrée, ainsi que l'approche, fui défendue, sous peine de mort, à tous les Juifs. Ceux d'entre eux qui. ayant embrassé le christianisme, voulurent demeurer à jElia, furent obligés , pour n'être pas regardés comme Juifs, d'abandonner toutes les pratiques de la loi. En conséquence, ils se joignirent auv membres chrétiens de la colonie, et formèrent avec eux une seule et même église, dont Marc, le premier évoque , comme tous ses successeurs, était d'origine païenne.

Après Jérusalem , la principale église de la Palestine était celle de Césarèe , fondée par les apôtres, et qui , s'il faut en croire une ancienne tradition, eut pour premier évèque Zachée le publicain, converti par le Seigneur. En Phénicie, il y avait, à Tyr, une église également fondée du temps des apôtres; celles de Sidon, de Ptolémaïs, de Béryte, de Tripolis et de Byblos ne sont mentionnées que dans le deuxième et troisième siècle. L'église de Bostra, dans l'Arabie romaine, s'éleva de très bonne heure. Parmi toutes les églises de l'Orient, la plus considérée était celle d'Antioche, dont nous connaissons tous les èvêques, depuis Evodius, institué par saint Pierre, et saint Ignace, son successeur, jusqu'à Vital, qui fut le vingtième, et mourut en 318. Les principales églises de la Syrie, dans celle période, étaient celles de Séleucie, de Berhoë, d'Apamée, d'Hiérapolis, de Cyrus et de Samosate. Le christianisme se répandit de très bonne heure dans Edesse, capitale de l'Osroène. A la vérité, il est difficile de regarder comme authentique la correspondance entre le prince Abgar et Jésus-Christ, qu'Eusèbe prétend avoir trouvée dans les archives d'Edesse, ainsi que la conversion d'Abgar lui-même et des Edesséens par Thaddée, que Jésus-Christ leur aurait envoyé; mais un prince postérieur, Abgar, fils de Manu, semble avoir embrassé la foi, de l'année 160 à 170 , puisque le savant chrétien Bardesanes était, à celle époque, en grand crédit auprès de lui, et que sa monnaie portail l'empreinte de la croix. Dès l'année

228 , nous voyons Kono, évoque d'Edesse , poser, dans cette ville, les fondements d'un temple chrétien. Dans la Mésopotamie, les églises d'Amide, de Nisibe et de Kascar fleurirent aussi de bonne heure. Les Chaldéens désignent Maris, disciple de saint Thaddée, comme leur apôtre et comme le premier évéque de Séleucie sur le Tigre. L'église réunie de Séleucie et de Ktésiphon devint l'église-mére et principale des provinces parthiques, qui formèrent plus lard l'empire de Perse. Les évèques de Séleucie recevaient d'abord, paraît-il, leur ordination à Àntioche; mais ensuite, au temps des guerres perso-romaines, lorsque la communication entre les églises situées sur le territoire perse, et celles placées sur le territoire romain, fut devenue très-difficile, ils se firent sacrer parleurs propres évèques suffragants, et exercèrent, en qualité de délégués des patriarches d'Antioche, avec le titre de catholiques, leur juridiction sur les églises orientales plus éloignées. La création de l'empire néo-perse, et le rétablissement de la terrible domination sacerdotale de quatre-vingt-mille mages, rendirent la propagation de l'Evangile fort dangereuse et difficile dans ces contrées : toutefois le nombre des fidèles s'y accrut tellement, que Constantin profita de l'occasion d'une ambassade qui lui fut envoyée par Sapor II, pour recommander, d'une manière pressante, à la protection de ce monarque, ses sujets chrétiens. Les mouvements que le faux docteur 3Ianès excita, dans la seconde moitié du troisième siècle, parmi les croyants de la Perse, témoignent également qu'il y avait là, dés cette époque, une église considérable.

La Cilicie reçut la foi nouvelle de la bouche des apôtres eux-mêmes, et vit presqu'aussilôt fleurir les églises de Tarse et de Mopsueste. La prédication de l'Evangile en Isaurie, et jusque dans Séleucie, capitale de cette province, est attribuée à une femme, disciple de saint Paul, à sainte Thècle,si honorée par l'antiquité chrétienne. En Lycaonie, Paul lui-même organisa les églises d'Icouium. de Dcrbc et

de Lystre. L'église- mère d'Antioche, en Pisidie, était aussi d'origine apostolique, de même que celle d'Apamée Cibotis. En Pamphylie, les églises de Comana, Side, Aspendus, Perga et Termessus. L'église de Myre, en Lycie, est devenue célèbre par saint Nicolas, son évèque.En Carie, existaient dès lors les églises d'Aphrodisie, appelée dans la suite Stauropolis sous les empereurs cbréliens, de Cybire, de Milet et d'Antioche sur le Méandre. Plusieurs églises florissaient déjà au temps des apôtres dans la Lydie. Des sept lettres de l'Apocalypse, trois sont adressées aux évêques de Sardes, de Thyatire et de Philadelphie. En Asie on remarquait, parmi toutes les autres, l'église-mère d'Ephèse, si favorisée par les longs et tendres soins des apôtres les plus distingués. Elle reçut de la main de saint Paul , saint Timothée , son premier évêque. Quand celui-ci eut été tué dans la persécution de Domitien , comme une ancienne tradition le rapporte, le maître de Papias, Jean, doit lui avoir été donné pour premier pasteur par l'apôtre du même nom. Il eut vraisemblablement pour successeur Onèsime, contemporain de saint Ignace. Plus tard Ephèse vit sur son siège Apollonius, l'infatigable adversaire du montanisme, et, l'an 196, Polycrales, connu par la part qu'il prit au débat sur la fête de Pâques. Les églises de Tralles et de Magnésie existaient déjà au temps de saint Ignace ; quant à celle de Pergame, saint Jean paraît lui avoir donné pour premier évoque Caïus, qui fut suivi d'Anlipas, loué dans l'Apocalypse comme un Adèle témoin de Jésus. Dans la série des évoques de Smyrne, brille au-dessus de tous, le vénérable nom de saint Polycarpe, dont la jeunesse avait eu pour maître et pour guide l'apôtre saint Jean. La principale église delà Phrygie, Laodicée, fut fondée par saint Paul, qui fonda également celle de Colosse, à laquelle la tradition attribue pour premier évèque Epaphras, qu'il nomme dans son èpître. L'Eglise d'Hiérapolis se vantait d'avoir possédé, jusqu'à sa mort, l'apôtre Philippe, à qui elle devait son

existence; et Synnade , depuis métropole de la Phrygie orientale ( PU ry gi a salit taris), vit, dès le deuxième siècle, un synode assemblé dans ses murs.

La lettre du proconsul Pline ( 106 ) à l'empereur Trajan fournit un remarquable témoignage de la précoce diffusion du christianisme dans la Bithynie : il déclare que non-seulement cette superstition s'est répandue dans les villes, mais qu'elle a même pénétré jusque dans les villages et dans les maisons de campagne isolées, et que la foule abandonne presqu'enliérement les temples. La principale église de la province était celle de Nicomédie, qui, dans la suite, eut pour sœurs les églises d'Apollonie, de Prusa, d'Helonopolis, de Césarée, de Cius et d'Adrianopolis. La religion chrétienne avait fait des conquêtes dans le Pont dès le temps des apôtres : pour cette raison la première lettre de saint Pierre est aussi adressée aux croyants de cette province. L'ancienne tradition du pays raconte que saint Pierre luimême prêcha dans ces lieux avant son voyage à Rome, et qu'il plaça INicelius à Amasie en qualité d'évêque. C'est à cause de cela que la place où l'apôtre enseignait et où il sacra Nicelius, conserva longtemps le nom de chaire apostolique. Le nombre des chrétiens doit y avoir été considérable dès le deuxième siècle, puisque, au rapport de Lucien, le faux prophète Alexandre d'Abonoleichos se plaignait haulenient quit n'y cut dans le Pont que des chrétiens et des

athées. Saint André est regardé comme fondateur de l'église de Synope, qui aurait reçu de lui Philologus pour premier évêque. Uu disciple d'Origène, saint Grégoire le Tauma- (urge, dont le nom est compté parmi les plus beaux de l'antiquité chrétienne, fut le premier évêque de JNéocésarée. Sacré par Pluedime , évêque d'Amasie, il ne trouva, en prenant possession de son siège, que dix-sept chrétiens dans la ville encore toute livrée au culte des idoles; mais tels furent les succès de son zèle, que, en 270, époque de sa mort, il ne restait plus que dix sept païens. Le même saint Grégoire donna à l'église de Comanu un digne évêque dans

la personne d'Alexandre le charbonnier , précédemment philosophe, qui couronna son long épiscopat par la mort du martyre sur un bûcher. Jusque dans la lointaine Trébisonde une église existait à la fin de cette période. Dans la Paphlagonie nous trouvons déjà au second siècle, à Amastris, l'évêque Palmas qui présidait lesévêquesdu Pont dans un synode assemblé pour la question de la fêle de Pâques. La Galatie doit à l'apôtre saint Paul les premiers enseignements de la foi chrétienne et la fondation de ses premières églises, toutefois nous ne commençons à connaître les évèques de celte province qu'en l'année 314, au concile tenu à Ancyre. Saint Pierre paraît avoir annoncé l'Evangile dans la Cappadoce, et une ancienne tradition, rapportée par saint Grégoire de JXysse, donne pour premier évêque à ce pays, par conséquent, selon toute apparence, à Césarée la capitale, ce même centurion qui, au pied de la croix, reconnut le fils de Dieu dans la personne de Jésus-Christ. Le célèbre Firmilien fut un de ses successeurs, l'an 233. Dans l'Arménie romaine, c'est-à-dire dans la partie de celle contrée située en deçà de l'Euphrate, il y avait aussi des églises, dès le deuxième et troisième siècle, particulièrement à Sébaste, à Mélitène et Comana.

L'église de Crète est d'origine apostolique, et le même ïite qui y fut laissé par saint Paul, est désigné plus tard comme évêque de Gortyne, métropole de l'île. Nous y voyons une autre église, celle de Gnosse, dont nous connaissons l'évêque Pynitus par la lettre que lui adressa Denis de Corinthe. Parmi toutes les îles, Cypre est la première à laquelle fut annoncée la parole du salut; des fidèles de Jérusalem vinrent s'y réfugier dès le temps de la première persécution dont saint Etienne fut victime, et ce furent des hommes de Cypre qui répandirent les premiers, parmi les païens d'Antiochc, la semence de la foi. C'est à Cypre que saint Paul convertit Sergius Paulus; mais, d'après une ancienne tradition, le fondateur proprement dit de l'église de celte ile est saint Barnabe, qui en était natif, et qui doit en-

— Hi) —

lin avoir pareillement reçu la mort du martyre de la maid des Juifs à Salamis. Sous la juridiction du siege de Salamis, appelée Conslauline depuis le quatrième siècle, existèrent autrefois quinze évèehés ; mais des noms d'évêqucs cypriotes ne se trouvent pour la première fois qu'au concile de JNicée, parmi lesquels saint Spy ridon, évêquede Trimithe, précédemment simple berger sans études, que la seule pureté et sainteté de sa vie élevèrent à la dignité episcopate.

En Egypte, où les Juifs étaient eu si grand nombre, la foi nouvelle fut prêchée immédiatement après les miracles de la Pentecôte, et il y avait déjà, selon toute apparence, des chrétiens à Alexandrie, avant que I'evangeliste saint Marc, envoyé à Rome par saint Pierre, y arrivât et mit en ordre l'église de cette ville, qui eut le second rang dans la chrétienté. Que saint Marc ait été le premier évèque d'Alexandrie, l'antiquité chrétienne l'atteste unanimement, quelque divergentes que soient les données sur l'époque de son arrivée en Egypte. Mais quoique le christianisme ait pris racine de bonne heure en Egypte, il paraît cependant que le nombre des chrétiens et des églises y resta petit jusqu'au troisième siècle. D'un côté, la masse du peuple était trop attachée aux superstitions nationales; d'autre part, la puissance des Juifs, dans la basse Egypte et dans la Penlapole, était si grande, leur révolte, en l'année 1 15, causa tant de ravages, qu'Adrien fut obligé bientôt après de coloniser la Libye . pour rendre à la culture ce pays dévasté. A ces causes il faut joindre la grande diffusion des sectes gnostiques au deuxième siècle, particulièrement des Basilidiens dans l'Egypte, dont les partisans étaient si nombreux, que l'empereur Adrien reprochait à tous les chrétiens de la contrée le culte de Sérapis pratiqué en eflet parles sectaires. Tout cela donne une grande vraisemblance au rapport d'Eulychius,qui dit que. jusqu'au temps del 'évèque Démétrius, Alexandrie excepté , il n'y avait pas d'églises épiscopales eu Egypte. Selon le même auteur, l'évêque d'Alexandrie était le seul de l'Egypte, el pourvoyait avec ses douze prêtres

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