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PERSÉCUTIONS., SOUS LES EMPEREURS, DEPUIS NÉRON JUSQU'A M.VX1M1N

La première persecution éclata, Tan 04, sous. l'empereur iNèron, eoutre les fidèles de l'église de Rome. Pour éloigner le soupçon d'avoir lui-même allumé l'affreux incendie qui réduisit eu cendres un tiers de la capitale, Néron rejeta ce crime sur les chrétiens déjà méprisés et haïs à cette époque.

(1) Livres consultés : ladle, Suétone , Dion Cassius, les historiens d'Auguste, l'histoire ecclésiastique d'Euscbe et les apologistes, Laetance de la mort des persécuteurs), les actes des martyrs collationnés par lluinart, les Bollandistes , Surins , les Notices du martyrologe romain. — Chr. Kortholt, de persecutîortibus ecclesiae prirnsevâs, Kilon., lfiHU. — Bail. IVverelli istoria délie persecuzioni ne' priini (piattro secoii, Vc nez. 17(i;L — Fr. Balduuii eoinnient. ad edicla vel. l'rincipuin Koui. de Christianis , liai. 1727. — Sur les persecutions de l'Eglise primitive par Schumann de Nansegg, Vienne 1 7t»i ; — Ant. Gallonii, de SS. Marlyi tun cruciatibns , Romae 1594. Cas'p. Sagîuariide Hartyrûm cruciatibus, l'r.meo -Furt. et Lips. 1696. — Henr. Dodwell . dissertatio de poncitate Marty rum . el la Réfutation de Ruinart, lïad'atio ad Acta MM. Smc.

D'après les propics expressions de Tacite, il en fit exécuter un nombre immense. Les uns, recouverts de peaux de bêles sauvages, furent lacérés par des chiens; les autres furent crucifiés, d'autres enduits de matières inflammables, furent brûlés en guise de torches pendant la nuit. Tacite luimême qui représente les chrétiens comme criminels et dignes, en conséquence, des châtiments les plus sévères (sans toutefois mentionner leurs crimes ), n'excuse pas l'inhumanité du tyran; au contraire, il la désapprouve , et il dit qu'un sentiment de pitié se remua au fond des cœurs en faveur des coupables. Quant à ses inculpations générales , elles ne sont rien autre chose qu'un écho de l'opinion populaire , le grand historien connaissant encore moins les sectateurs de la religion nouvelle que les Juifs, dont il raconte les fables les plus bizarres.

Au repos que les chrétiens trouvèrent sous Vespasien et Titus, succéda une seconde persécution sous Domitien (81-96 ). Suivant le récit de Dion Cassius, le consul Flavius Clemens, cousin de l'empereur, accusé d'athéisme et de participation aux usages juifs (ces deux choses étaient alors synonymes de la foi chrétienne), fut condamné à mort avec un grand nombre de fidèles, et sa femme FlaviaDomitilla. reléguée dans l'île de Pandalarie: d'autres furent punis par la perte de leur fortune. On avait découvert au soupçonneux tyran que les chrétiens, ainsi que les Juifs, attendaient un règne terrestre du Messie, et qu'il existait encore ùcs rejetons de sa famille, l'antique famille royale du peuple hébreu. En conséquence Domitien fit rechercher, dans la Palestine, les descendants de David; deux neveux de l'apôtre saint Jude furent amenés en cette qualité à Rome et. introduits devant lui ; mais dès qu'ils lui eurent donné la preuve de la modicité de leurs ressources, en montrant leurs mains durcies par le travail, il les renvoya avec mépris. Il paraît que, peu de temps avant sa mort, il suspendit le cours de la persécution. La rigueur impitoyable avec la-

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quelle on levait l'impôt personnel dont les Juifs étaient frappés, servait aussi à opprimer les chrétiens souvent confondus avec eux. Ils furent délivrés de ces poursuites par le successeur de Domitien, l'empereur Nerva, qui ne voulut plus recevoir les plaintes d'impiété et de participation aux rites judaïques.

Après le règue trop court de Nerva, vint Trajan (98- 117), dont le gouvernement fut hostile à la foi nouvelle. Sans doute, il n'avait pas encore été porlé de lois pénales particulières contre les chrétiens en tant que chrétiens, mais l'édit de Trajan sur les sociétés secrètes et les vieilles lois conservatrices de la religion de l'Etat pouvaient être tournés contre eux. Le rapport de Pline le jeune prouve avec quelle dureté, avec quel arbitraire fondé, il est vrai, sur la lettre du code pénal romain, procédaient ceux mêmes d'entre les gouverneurs qui avaient des sentiments humains et élevés. Pline, en sa qualité de gouverneur de la Bilhynie, avait à prononcer sur le sort d'une foule d'hommes amenés, comme chrétiens, devant son tribunal. N'ayant encore assisté à aucune poursuite judiciaire contre les disciples de l'Evangile, ne connaissant aucune loi précise sur la marche à suivre et les peines à infliger, il désirait recevoir une décision spéciale de l'empereur, ce qui ne l'empêcha pas , i'ii attendant, d'en faire exécuter plusieurs demeurés fermé* dans la confession de leur foi. 11 avait estimé que, en toute hypothèse, leur opiniâtreté invincible était digne de mort , et il mit également à la torture deux femmes esclaves, remplissant les fonctions de diaconesses dans l'Eglise chrétienne, afin de connaître la véritable nature de cette superstition. Mais voici à quoi se réduisait ce qu'il tira de ces deux femmes et d'autres chrétiens devenus apostats par peur : <' Que les fidèles se réunissaient certains » jours, avant le lever du soleil , pour chanter les louanges » du Christ, réputé Dieu par eux, qu'ils s'engageaient, par » serment, à ne rien faire de mal, à respecter la propriété » d'aulrui, à ne violer ni la foi du mariage, ni la parole

— lj() — » donnée, et à rendre ce qui leur aurait été coulié (1) ; » qu'ils se séparaient ainsi pour se retrouver, le soir, réu- » nis dans un repas innocent, mais que ce dernier point » n'était plus pratiqué depuis les dernières lois contre les » hétairies. » Après cet exposé, Pline désirait savoir si l'on devait avoir égard à la différence des années, ou s'il fallait traiter de tendres adolescents avec la même sévérité que les hommes d'un âge mûr; si le repentir de ceux qui abjuraient le christianisme ne devait pas leur profiter, et enfin, si les chrétiens étaient punissables pour le simple fait de leur croyance , ou seulement pour d'autres délits liés à cette religion. Trajan , dans sa réponse, approuve la conduite du gouverneur; il ordonne de ne plus faire rechercher les chrétiens par des agents de police, mais de les châtier lorsqu'ils seront dénoncés et convaincus. A ses yeux, sans doute, le christianisme était une de ces formes passagères de la superstition, qui tombent, d'elles-mêmes, quand elles ont fait leur temps et que le charme de la nouveauté est passé, mais la manifestation publique d'un tel fanatisme, accompagnée de mépris pour la religion de l'Etat, ne devait pas demeurer impunie. De cette manière les chrétiens étaient livrés à l'arbitraire de leurs ennemis, et l'accès le plus libre et le plus large restait ouvert à toute sorte de délations contre leurs personnes. Les Juifs de Jérusalem ne se firent pas faute d'assouvir leur haine, en livrant l'ôvêque de cette ville, Siméon, fils de Cléophas. Ce saint vieillard, âgé de cent vingt ans, et proche parent du Christ, fut crucifié sur l'ordre du gouverneur romain de la Syrie. Saint Ignace, êvèqued'Antioche, partagea aussi le bonheur du martyre. Trajan l'ayant fait amener en sa présence.

(1) C'était là, selon toute apparence, une formule de renovation des vœux du baptême. Elle devait renfermer Iteaueoup plus qu'il ne se trouve ici, maïs Pline n'avait pas l'intelligence de ce qui était proprement chrétien.

lorsqu'il marcha contre les Parlhes. l'année 106, et lui ayant adresse de dures paroles, le vénérable octogénaire répondit, sans s'émouvoir, aux reproches de l'empereur qui l'accusait d'être un mauvais démon, de violer les ordres impériaux et de faire le malheur des autres. « Le nom de »> mauvais démon, dit-il. n'est pas applicable à un serviteur » de Dieu qui porte Jésus-Christ dans son co>ur.» Lorsqu'ensuile il eut confessé qu'il n'y avait qu'un Dieu, et que les dieux des païens étaient des démons, l'empereur le condamna, de sa propre bouche , à périr sous la dent des bêtes à Rome , pour If amusement du peuple. Ignace, transporté de joie , se laissa saisir, et dans toutes les villes, sur son passage, il venait des èvêques, des prêtres, des laïques pour le voir et l'entendre, k peine arrivé à Rome, il fut jeté dans l'amphithéâtre. Là. ayant mis les genoux en terre, il pria pour la prospérité de l'Eglise et pour l'abrègement de la persécution, mais le peuple se mit à crier et à demander son supplice. Deux lions affamés, qu'on lâcha sur lui , le dévorèrent en un instant : il ne resta de son corps que les os principaux. Il avait dit : «Je veux être moulu par les dents des bêtes » féroces pour devenir un digne fruit de Jésus-Christ. » Les lidèles réunirent avec soin ce qui restait de sa dépouille mortelle, et le transportèrent à Antioche. Les témoins de ses souffrances les ont décrites , d'une manière très touchante, dans un récit terminé en ces termes : «Nous vous » avons annoncé le jour de son martyre auquel nous devons » nous assembler, chaque année, pour célébrer sa mémoire, » dans l'espérance de participera son triomphe.»

L'empereur Adrien (117-138) se montra moins ennemi de l'Evangile, quoiqu'il fût, en général, un sectateur zélé de la religion de l'Etat et du culte païen. Il vit avec déplaisir que souvent les chrétiens étaient livrés au suppliée sur les simples cris de la populace, et, prenant en considération le rapport qui lui fut adressé, à ce sujet, par Serennius Cranianus. proconsul d'Asie, il envoya à Minucius Fondanus, son successeur, un rescrit dans lequel il ordonnait que.

parmi les sectateurs delà nouvelle religion, ceux-là seulement devaient être condamnés à mort qui auraient été accusés et convaincus d'une manière légale, et que les faux délateurs seraient eux-mêmes punis. Les apologies présentées à l'empereur par Quadralusct Aristides, contribuèrent vraisemblablement à faire naître ces dispositions jusqu'à un certain point protectrices pour les fidèles, et Lampride rapporte que l'empereur Adrien voulut placer Jésus-Christ parmi les Dieux. Il avait fait bâtir des temples sans images d'une divinité quelconque, dit le même auteur, pour y placer, croyait-on, celle de Jésus, mais il en fut détourné par les représentations des prêtres païens. On voit que ce sont précisément ces temples, nommés Iladriana, qui ont donné naissance à la fable mentionnée par Lampride : or, c'était l'image de l'empereur lui-même, non celle du Sauveur du monde qui devait y être placée.

Antonin le pieux (138-1 (» 1 ) paraît avoir personnellement épargné les chrétiens. Il adressa à différentes villes de la Grèce, et à la totalité des hahitanls de cette contrée , des rescrils pour proléger les partisans de la foi nouvelle contre les agressions du peuple irrité par des calamités publiques (1). Toutefois un certain nombre de chrétiens furent martyrises sous son règne, entr'autres Publius, évêque «l'Athènes. Le fils adoptif et successeur d'Anlonin, Marc- Aurèle ( 10 1-180), malgré son attachement à la philosophie

(1) L'on attribue à cet empereur, ou à son successeur, le célèbre édit intitulé : Ad Commune Asicc, et adressé à rassemblée des députés de l'Asie antérieure. Cet édit se trouve sous différentes formes, tantôt avec le nom d'Antonin, tantôt avec celui de Marc-Aurèle , à la suite de la première apologie de Justin et dans Busèbe IV, 13. Sans doute il serait permis de supposer (pie Marc-Aurèle , reproduisant un édit déjà publié par son prédécesseur, y eût changé quelques passages blessants pontics païens, mais les raisons historiques qui militent contre l'authenticité de cet édit, sous l'une et l'autre forme, ont tant de. poids, qu'il est plus vraisemblable d'y voir l'ouvre d'un chrétien. Indépendamment de ce que l'auteur de l'édit en question (sous sa première

sloïquc, fut un adorateur si zèle des dieux, qu'il excita la moquerie des païens cux-mêines par la quantité inouïe d'animaux qu'il immola avant d'aller combattre les Marco mans. Il n'était donc pas du tout porté à tolérer les chrétiens dont le nombre augmentait, chaque jour, d'une manière sensible et vraiment menaçante pour l'existence de la religion de l'Etal. Au contraire, les persécutions, sous son règne, furent plus violentes qu'auparavant. L'empereur lui-même prit des mesures rigoureuses contre les fidèles. Ils ne furent plus condamnés et exécutés, d'après des accusations précises, comme Trajan l'avait ordonné , mais recherchés par des espions. Avant de les livrer au dernier supplice, on s'appliquait, par de cruelles tortures, aies faire apostasicr ou sacrifier aux dieux. Lorsqu'ils demeuraient inébranlables, on les condamnait souvent au genre «le mort le plus infamant et le plus douloureux; ils étaient crucifiés, brûlés, jetés aux bêles féroces. Les sentiments haineux de l'empereur contre les chrétiens étant connus, les gouverneurs des provinces cédaient d'autant plus volontiers aux clameurs d'une populace avide de sang. Quant aux victimes elles-mêmes, il y avait une classe d'hommes attentifs à ce qu'elles ne manquassent pas, nous voulons parler des délateurs, sur la cupidité et les infatigables dénonciations desquels Mélito, alors évêque de Sardes, fit entendre d'éloquentes plaintes dans son apologie.

•Nous avons des renseignements plus précis sur les persécutions de Smyrne, l'an 167, de Lyon et de Vienne dans Tannée 177. A Smyrne , les chrétiens, sur l'ordre du proconsul Salius Quadralus, furent conduits dans l'amphilhéâ Ire et soumis à tous les genres de tortures. On les fouettait

l'orme) parle comme un chrétien , la principale disposition qu'il i enferme ne peut avilir été prise ni par Antonio, ni par Marc-Aurcle ; voici celte disposition : «Si quelqu'un accuse un chrétien, en tant que -chrétien , l'accuse doit être renvove absous , même dans le cas où il ferait publiquement profession du christianisme, « l'accusateur, au con- Ii.iiit, doit Aire puni."

d'abord jusqu'à ce que les veines fussent à découvert, puis on les roulait sur des tessons tranchants de coquilles de pourpre. Tous, à l'exception d'un seul qui succomba après s'être présenté lui-même au supplice avec trop de témérité, demeurèrent tellement fermes , que l'on n'entendit pas même un soupir. Ils furent ensuite , les uns brûlés, les autres dévorés par les bêtes. L'évêque Polycarpe, plus que nonagénaire , fut cherché et amené, à la demande du peuple, et comme il se refusait à blasphémer Jésus-Christ et à jurer parla fortune de l'empereur, il fut condamné à être brûlé vif. Le vieillard monta joyeux et en rendant grâces sur le bûcher, mais la flamme ne toucha pas son corps; elle se forma en voûte au-dessus de lui, semblable à une voile enflée par le vent, en sorte qu'à la fin le bourreau fut obligé d'aller à lui et de le percer avec un poignard.

A Lyon et à Vienne , la persécution commença également par des excès de rage de la part du peuple, dont la violence s'accrut encore lorsque quelques esclaves de maîtres chrétiens eurent déclaré, par crainte des supplices, que les fidèles, dans leurs assemblées secrètes, faisaient des repas à la Thyeste et s'abandonnaient aux plus infâmes voluptés. Le lieutenant qui remplissait les fonctions de gouverneur, partagea l'aveugle fureur de la multitude, et commença sur-le-champ l'instruction par des tortures. Quelques-uns prirent la fuite ; mais les bêtes féroces, les chaises brûlantes, le fer, le feu furent employés contre ceux qui restèrent, et l'on n'accepta aucune explication. Le seul aveu que les tourments de toute espèce purent arracher, fut celui-ci : << Je suis chrétien; chez nous il ne se passe rien de honteux.» Blandine, jeune fille, qui s'était montrée d'abord un peu chancelante, demeura ferme à la fin, et après des tortures inouïes de plusieurs jours, fut liée à un taureau sauvage qui l'emporta et l'entraîna jusqu'à ce qu'elle eût rendu le dernier soupir. L'évêque Pothin, vieillard de quatre-ving-dix ans, battu et foulé aux pieds, mourut deux jours après dans sa prison. La rage s'étendait jusqu'aux cadavres, que

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l'on arrachait de terre , pour les livrer à la pâture des chiens et des oiseaux. Des gardes, placés exprès, veillaient à ce qu'aucun chrétien supplicié ne reçût la sépullure. Une demande d'instructions spéciales ayant été adressée à l'empereur au sujet des ciloyens romains qui languissaient en prison, Marc-Auréle ordonna que tous ceux qui persévéraient dans la confession du christianisme fussent punis de mort; on exécuta ponctuellement sa volonté.

Il est vrai qu'au milieu de ces tortures incessantes, multipliées et capables de troubler la raison , quelques chrétiens perdaient courage et reniaient leur foi; mais aussi beaucoup d'entre eux se relevant, demeuraient fermes par la suite et mouraient martyrs. Ces apostats repentants étaient accueillis avec un (endre amour par les fidèles auxquels ils étaient réunis dans les prisons et qui priaient le Seigneur de les réhabiliter.

Les années 167 et 108 paraissent avoir été, pour la persécution de Rome, l'époque de la plus grande violence. Saint Justin, qui avait présenté à l'empereur sa seconde apologie, fut saisi, comme responsable, à l'instigation particulière du philosophe Crescens. Le préfet lui demanda, et ta plusieurs autres, en même temps, s'ils étaient chrétiens? Sur leur réponse affirmative, la sentence fut rendue en ces termes: « Au fait principal! venez tous ensemble et sacri- » fiez, sinon je vous livre sans miséricorde à tousles tour- » ments. «Comme ils refusèrent d'obéir, l'exécution suivit: ils furent d'abord fouettés et ensuite décapités d'après la teneur des lois.

Dans la guerre de Marc-Àurèle contre les Marcomans cl les Quades, l'an 174 , il se passa un événement merveilleux, qui a été regardé comme ayant déterminé l'empereur à prendre une manière d'agir plus douce envers les chrétiens. Renfermé dans un lieu dépourvu d'eau , tourmenté par une chaleur et une soif brûlante, il se voyait près de périr avec toute son année, lorsqu'une ondée soudaine vint les rafrai-

chir. Au même instant , un violent orage effraya l'ennemi à un tel point que les Romains remportèrent une victoire complète. Les fidèles attribuèrent cette délivrance aux prières de soldats chrétiens qui se trouvaient dans l'armée, et prétendirent qu'une légion entière , la légion fulminante, composée uniquement de disciples de l'Evangile , avait reçu son nom de cet événement. On ne peut admettre ni l'une ni l'autre de ces explications, mais seulement qu'il y avait dans cette légion beaucoup de chrétiens dont Dieu exauça la prière. L'empereur et les païens rapportèrent tout à Jupiter Pluvius , ou , suivant le récit de Dion Cassius, à un enchanteur égyptien nommé Àrnuphis. Du reste , que Marc-Aurèle n'ait pas été rendu par là plus favorable à la cause de l'Evangile, c'est ce que prouve le martyre des chrétiens de Lyon, ordonné par lui trois ans plus tard.

Sous Commode (180-192) il y eut pour les fidèles une trêve que Marcia, concubine de l'empereur, est censée avoir obtenue de ce despote. Mais si Commode lui-même ne donna aucun ordre de rechercher les chrétiens , les lois antérieures d'après lesquelles on jugeait les cas survenants , ne cessèrent pas pour cela d'être en vigueur. Ainsi le savant sénateur Apollonius, à Rome, fut condamné à mort à cause de la profession qu'il avait faite de sa foi ; mais l'esclave qui l'avait dénoncé fut exécuté avec lui. Lorsque le proconsul d'Asie, Arrius Antoninus, commença à persécuter les chrétiens dans sa province, tous les fidèles d'une même ville se présentèrent devant son tribunal dans l'espérance de le porter àdes sentiments plushumains par le spectacle d'une si grande multitude. Le proconsul eu fil tuer quelques-uns et dit aux autres : «Misérables, si vous vou- » lez périr, n'avez-vous pas les rochers pour vous précipi- -» ter et les cordes pour vous pendre? » Pendant la guerre civile qui suivit le meurtre de Commode , les chrétiens étaient déjà, indépendamment de la guerre même, livrés à toute espèce d'arbitraire, et si l'on veut avoir une idée de

la cruauté avec laquelle on les poursuivait , surtout en Orient, il suffit de lire ces paroles de Clément d'Alexandrie : « Nous voyons chaque jour brûler, crucifier, décapiter » une foule de martyrs.»

Le nouvel empereur, Scplime Sévère (193-211), avait été délivré d'une maladie par un chrétien, et si bien disposé par là, au commencement, en faveur de la foi nouvelle, qu'il prit sous sa protection, contre la fureur de la populace, plusieurs hommes et femmes des familles distinguées de Rome, quoiqu'il connût leur religion. Mais on eut bientôt des preuves d'un changement dans ses dispositions : une loi de l'année 202 défendit .sous les peines les plus sévères, la conversion à la religion chrétienne ainsi qu'au judaïsme. Sans doute cette loi aurait pu être considérée bientôt comme un adoucissement apporté aux lois antérieures, puisqu'elle semblait ne pas être dirigée contre ceux qui étaient chrétiens depuis quelque temps; mais il n'était besoin que d'un signe de disgrâce, de la part de l'empereur, pour exciter sur-le-champ les nombreux adversaires des fidèles aies persécuter de nouveau. Sévère ne s'en tint pas non plus à cette défense : la même année, pendant son séjour en Egypte, il fil exécuter beaucoup de croyants, parmi lesquels Léonidas, père d'Origène. La vierge Potamiacna, après «avoir supporté avec une fermeté invincible toutes les douleurs de la question, expira, l'an 207, dans de la poix bouillante où on la plongea lentement; le soldat liasilides , qui la conduisit à la mort, fut converti par elle et décapité peu de jours après.

En Afrique, dès l'année 200, plusieurs chrétiens furenldé capites àScillitaenJNumidie par ordre du proconsul ; mais ce qui offre un charme tout particulier, c'est le récit du martyre, postérieur de quelques années, de deux jeunes femmes, Perpétue et Félicité, et de leurs compagnons de souffrances Hevocalus, Secundulus et Saturninus, auxquels se joignit volontairement Satur. Lorsqu'on les incarcéra à Carthage,

ils étaient simples catéehu mènes, mais ils se firent baptiser dans la prison. L'impression produite par leur assurance pleine de sérénité sur le geôlier Pudens fut si forte, qu'il devint croyant. Perpétue , après avoir constamment refusé de sacrifier pour les empereurs , malgré les supplications déchirantes de son père, et les instances du gouverneur , fut condamnée, ainsi que ceux qui étaient avec elle , à être la proie des bêtes féroces dans l'amphithéâtre, aux solennités de la fête annuelle instituée en mémoire de l'élévation du jeune Geta à la dignité de César. La veille , au soir, ils furent tous traités dans un repas public suivant la coutume romaine. Le peuple, debout autour d'eux, vil avec étonnement la tenue calme et joyeuse des martyrs, aussi éloignée de l'insolence que de la timidité , et lorsque Satur dit : « Re- » gardez-nous bien en face pour nous reconnaître au jour » du jugement, » la plupart se sentirent ébranlés et beaucoup embrassèrent l'Evangile. Quand ils eurent été blessés et mis en pièces par les bêtes , on les amena au milieu de l'amphithéâtre pour y recevoir la mort aux yeux du peuple assemblé : ils se donnèrent d'abord , les uns aux autres , le baiser de paix , et reçurent ensuite tranquillement le dernier coup.

SousCaracalla, fils de Sévère (211-217), la persécution continua encore quelques années, mais des temps plus paisibles pour les chrétiens commencèrent avec l'année 219, lorsque les deux petits neveux de l'impératrice Julie, épouse de Sévère, parvinrent l'un après l'autre à l'empire. Héliogabale (219-222), en sa qualité de natif de la Syrie, voulait rendre universel le culte d'un dieu syrien, du dieu du soleil, avec qui il était en communauté de nom , et dont il était prêtre; il voulait fondre avec ce culte celui des dieux protecteurs de l'empire, aussi bien que les religions juive, samaritaine et chrétienne. Dans cette intention , il toléra provisoirement le christianisme ; mais s'il avait vécu davantage, il aurait sans doute aussi persécuté les chrétiens

a cause de la résistance que ceux-ci n'eussent pas manque d'opposer à ses tentatives de syncrétisme. Son cousin et successeur, de beaucoup meilleur que lui. Alexandre Sévère (222-235) favorisa les disciples de la loi nouvelle, ressemblant en cela à sa mère Mammœa, qui appela Origène à sa cour et qui peut-être devint elle-même cbréticnne. Dans le lararium où il avait coutume de remplir ses devoirs religieux du matin , se trouvaient auprès des bustes d'Orpbée et d'Apollonius de Tyane, ceux d'Abrabam et de Jésus-Christ; il eut même la pensée, dit-on, d'élever à Rome un temple au Sauveur du monde. Il fit graver, à l'entrée de son palais, et placer, comme inscription, sur d'autres édifices publics, les paroles suivantes de notre Seigneur: « INe fais pas à autrui ce que tu ne veux pas que l'on » te fasse à loi-même, » et lorsqu'il fit de nouveaux règlements pour la distribution des charges municipales, il présenta comme modèle le soin avec lequel les chrétiens élisaient leurs chefs.

Les chrétiens se réjouissaient d'une paix de vingt ans et commençaient à bâtir leurs propres églises, lorsque , après la mort du généreux Alexandre Sévère, un Thrace, le farouche Maximin , s'empara du gouvernement. Déjà , par pure haine contre son prédécesseur, qui avait été favorable aux sectateurs du Christ, il se mit à les persécuter de nouveau, mais surtout les évêqueset le clergé. Sur ces entrefaites, de violents tremblements de terre excitèrent encore, dans quelques provinces, la colère du peuple contre les fidèles. Cependant le tyran fut bientôt tué par ses soldais, et l'Arabe Philippe, qui gouverna de l'année 244 à 249, se montra si favorable aux chrétiens, qu'il passa pour être chrétien lui-même. Eusèbe rapporte, mais sans le garantir, le bruit qu'il aurait voulu assister, à Antioche , aux mystères chrétiens . la veille du dimanche de Pâques . mais que l'entrée lui fut refusée par l'évêque Babylas, à cause de ses crimes, jusqu'à ce qu'il eût rempli la péni-

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