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CHAPITRE XVI

PERSÉCUTIONS SOUS DÈCE ET VALErIEN ; PERSECUTION DIOCLÉT1ENNE.

Quelque sanglantes qu'eussent été' jusqu'alors les persécutions, néanmoins aucune n'avait encore eu le caractère d'une mesure générale prise pour l'entière extermination des sectateurs de l'Evangile dans toute l'étendue de l'empire. Aux yeux des meilleurs empereurs, tels que Trajan et Marc-Aurèle, le danger qui menaçait, de ce coté, la religion de l'Etat et l'Etat lui-même, n'était ni assez grave, ni assez imminent. Ils voyaient, dans la nouvelle secte, une espèce de fanatisme qui passerait comme tout autre , et lorsqu'ils faisaient exécuter des chrétiens , c'était plutôt pour les effrayer et pour montrer qu'ils n'étaient pas disposés à laisser violer impunément les lois. En général, ce fut par un effet de leur amour du sang . que des tyrans, comme Domitien, Caracalla, Maximin, tourmentèrent et poursuivirent les chrétiens, ou bien ils avaient contre eux , comme le dernier, des motifs particuliers de haine; le reste était l'œuvre des gouverneurs des provinces onde la rage du peuple exeilée par les calamités publiques. Vussi lorsqu'Origéne. à l'époque du règne de Philippe.

comparait le nombre des victimes avec celui des fidèles épargnés, il avait raison de trouver le premier chiffre proportionnellement peu considérable , et il pouvait dire que , jusqu'alors , il n'y en avait eu qu'une petite quantité qui eussent subi la mort pour la foi chrétienne, et qu'il était fa cile de les compter , Dieu ayant empêché une guerre d'extermination contre son peuple entier. Du reste, que le nombre des martyrs ne fût nullement faible en soi, et qu'il s'élevât, au contraire, à plusieurs milliers, l'histoire le dit clairement ; mais si , avec ces exécutions , l'on s'était proposé l'anéantissement de l'Eglise et une extermination complète des chrétiens, la somme des victimes devait paraître médiocre, car, même en la décuplant, on n'aurait pas obtenu ce résultat. Tel est le Yrai sens des paroles souvent mal entendues d'Origène.

Cependant , durant ce long repos de presque quarante années, interrompu seulement par la courte persécution de Maximin , le nombre des églises, comme celui des individus devenus croyants , s'était accru dans une proportion extraordinaire; beaucoup de préjugés des païens avaient disparu, ou du moins s'étaient affaiblis, après une action de deux cents années du christianisme. La fable des repas à la Tbyeste , notamment , et celle des secrets désordres des chrétiens avaient cessé d'être aussi répandues. Suivant le rapport d'Origène , elles n'étaient plus en circulation que parmi la populace crédule ou cbez les zélotes du paganisme, qui avaient encore horreur de parler à un ebrélien. Mais , en même temps , par suite de cette longue paix , il s'était introduit, au sein même des fidèles, une certaine langueur. Un assez grand nombre de gens du monde, qui s'en seraient tenus éloignés pendant une persécution violente, étaient entrés dans l'Eglise ; leur exemple, de même que celui des païens, exerçait sur les chrétiens une influence contagieuse; car ces années de repos laissaient facilement s'altérer l'idée de l'opposition radicale qui existe entre les mœurs païennes et celles du christianisme, et beaucoup de

— Ni» — fauteurs du culte des idoles , en Rapprochant des disciples de l'Evangile , avaient glissé , dans le genre de vie de ceuxci, quelque chose de leur propre conduite. Il entrait donc dans les desseins de Dieu que son Eglise fût purifiée par le feu dévorant de la nouvelle persécution. Elle éclata toul-àcoup. Ceux qui ne s'étaient attachés qu'extérieurement au christianisme , sans une véritable renaissance intérieure , durent tomber lorsque commença cette rude épreuve, et l'Eglise elle-même ne pouvait qu'y gagner.

Dèce-Trajan arriva au pouvoir avec la résolution d etouffcr et de détruire entièrement le nouveau culte. Dés la première année de son règne (250), un édiUparut qui ordonnait à tous les gouverneurs et fonctionnaires publics de l'empire d'obliger les chrétiens à l'observation des pratiques de la religion romaine , et d'employer toute espèce de supplices contre ceux qui s'y refuseraient; les fonctionnaires négligents dans l'exécution des ordres impériaux étaient en môme temps menacés de chatimens sévères. Les évoques, objet spécial de la haine de l'empereur, étaient particulièrement exposés à la peine de mort; c'est ainsi que furent martyrisés Fabien de Rome , Babylas d'Anlioche et Alexandre de Jérusalem. On espérait venir à bout des autres chrétiens par la prison, et , à défaut de ce moyen , par les mille et une inventions de la cruauté ingénieuse des bourreaux et de leurs valets. « Il n'était pas donné aux chrétiens de mourir, » bien qu'ils le voulussent , » dit saint Cyprien. Souvent on évitait avec soin qu'ils expirassent au milieu de douleurs incessantes. L'épée. les bûchers, les bêles féroces, les chaises brûlantes, les tenailles de fer, des instrumens pour met- Ire les membres en lambeaux ou pour les pressurer, en un mot . l'appareil entier des tortures et de l'exécution était déroulé devant les chrétiens afin de les effrayer el employé contre ceux qui demeuraient fermes.

lue foule d'entr'eux émigrèrenl . laissant leur avoir aux lieux qu'ils désertaient : à ceux-là. le retour dans la patrie était défendu . sous peine de mort, el leur foi tune roulis-

quée. Les prisons s'emplirent au point qu'on fut obligé d'affecter à cet usage d'autres édifices publics. L'exemple suivant , cité par saint Jérôme , prouve combien les païens étaient ingénieux à créer des supplices: « Un chrétien fut » d'abord torturé sur le chevalet , puis brûlé avec des pla- » ques de fer ardentes, et enfin, après avoir été enduit » de miel par tout le corps, il fut exposé , sous un soleil » dévorant , aux morsures des mouches et des guêpes; on » le laissa mourir lentement en cet état. »

Le nombre de ceux qui apostasiaient était considérable ; beaucoup n'attendaient pas une seconde sommation pour faire ce qu'on exigeait d'eux; ils sacrifiaient aux idoles ou leur offraient de l'encens. Il y en avait même quelques-uns qui , se présentant sans être appelés , niaient avec impudence qu'ils eussent jamais été chrétiens. D'autres supportaient , quelques jours , les incommodités de la prison ou les premiers degrés de la torture , et cédaient ensuite. Il était déjà arrivé, pendant la persécution de Sévère, que des chrétiens , jouissant d'une certaine fortune , s'étaient fait délivrer pour de l'argent, par les autorités païennes, des lettres de franchise ou cartes de sûreté , au moyen desquelles ils étaient garantis contre toutes recherches et accusations ultérieures. Leur exemple trouva , sous le règne de Dèce , une quantité d'imitateurs qui mirent à profit l'indulgence ou la cupidité des employés; mais cette fois il fallut que chaque chrétien qui recevait une lettre de franchise (libellus) fût porté sur les registres publics comme ayant salisfait aux exigences de la loi , c'est-à-dire comme ayant sacrifié et renié Jésus-Christ. Par là , cette mesure prit le caractère d'une dissimulation coupable , et les chefs de l'Eglise firent observer aux chrétiens surnommés LibtUaiicL que , à la vérité, ils avaient conservé leurs mains pures, mais qu'ils avaient souillé leur conscience eu laissant inscrire leurs noms sur la liste des apostats. Ceux qui se faisaient porter sur les registres sans prendre de quittance s'appelaient acta-f'acicntcs. Ainsi il y avait différents degrés

de culpabilité et de chute : ou distinguait les sacvijicaù et les thuri/icati , publiquement apostats, d'avec les libdlatici et les acia-facicntcs, dont la conduite, regardée comme une apostasie secrète, était également condamnée par L'Eglise.

Le scandale , donné par la multitude de ceux qui devenaient infidèles à leur foi , était compensé par la fermeté admirable de tant de martyrs et de confesseurs. Il n'était pas rare d'en voir rendre l'esprit au milieu des tortures , comme Mappalicus à Carthage; la fureur des agentsde l'Etal croissait en proportion du courage des chrétiens. Conformément à la volonté impériale , la peine de mort fut d'abord peu fréquente , mais il parait que cette espèce de ménagement disparut dans le cours de la persécution , du moins dans quelques provinces , et particulièrement en Afrique. Là, un zélé chrétien , nommé INumidicus , en avait encouragé plusieurs à endurer invinciblement le martyre ; il avait vu mourir sa femme sur le bûcher, et lui-même à la lin avait été livré aux flammes. Sa fille , qui cherchait les restes de sa dépouille mortelle pour leur donner la sépulture , tira son corps à demi brûlé de dessous une masse de pierres. Ayant découvert en lui quelques signes de vie, elle le sauva par ses soins tendres et multipliés; dans la suite , saint Cyprien l'ordonna prêtre dans son Eglise.

Heureusement cette persécution . qui surpassa toutes les autres en étendue et en violence, fut de courte durée. Dèee, qui l'avait suscitée, perdit la vie dans une guerre contre les Goths, dés l'an 251. L'Eglise jouit de quelque repos jusqu'en l'année 252 , pendant laquelle les ravages d'une épidémie excitèrent derechef la rage du peuple contre les chrétiens . qui ne voulaient pas prendre part aux sacrifices offerts pour apaiser les dieux. Le nouvel empereur Gallus donna lui-même l'exemple, et, sur son ordre, le sang chrétien commença de nouveau à couler à Rome . où ia présence de Déce avait déjà imprimé à la persécution plus d'àprelé. Les papes Cornelius et Lucius furent exécutés l'un après l'autre ; on fil traîner le prêtre Hippolyte par des

chevaux pour qu'il partageai le sort du (ils de Thésée dont il portait le nom. Sur ces entrefaites, Gallus mourut assassiné (253); Valérien, le nouvel empereur, se montra , dans les commencements , très-favorable aux chrétiens ; mais le magicien Macrien lui inspira, peu à peu , des sentiments tout opposés. Dés l'année 257, parut unédit qui interdisait les assemblées des fidèles et annonçait l'exil aux évêques et aux prêtres qui refuseraient de sacrifier aux dieux. On espérait, par l'éloignement des évêques, hâter la chute des églises ; mais l'exil n'était , pour les zélés pasteurs , qu'une occasion de prêcher l'Evangile dans des lieux reculés, où il n'avait pu pénétrer jusqu'alors. Outre les ecclésiastiques, on ne tarda pas aussi à condamner les laïques au travail des mines, et, l'an 258, il parut un nouvel edit statuant que les évêques, les prêtres et les diacres, seraient décapités sur-lechamp ; les sénateurs et les chevaliers déchus de leurs dignités et de leurs biens, et, s'ils refusaient d'obéir, condamnés également à mort ; enfin , que les femmes de condition seraient bannies , et les chrétiens de la cour dispersés dans les domaines impériaux pour y travailler enchaînés comme des esclaves.

Le pape Sixte , qui mourut martyr , fut suivi , peu de jours après , par son diacre Laurent. Le préfet de la ville exigeant de celui-ci qu'il livrât les trésors et les vases précieux que la rumeur publique attribuait à l'église romaine, et Laurent lui ayant présenté , comme l'unique trésor de cette église, les pauvres qu'elle nourrissait, il le fit étendre sur un gril de fer et mourir à petit feu. En Afrique , le proconsul Galerius Maximus tit décapiter cent cinquante chrétiens d'une seule fois (I). Il condamna à mort Cyprien .

(1) D'après l'hymne XIIIe de Prudentius , le choix aurait êlê laisse à ces martyrs de sacrifier aux dieux ou délie jetés dans une grande fosse remplie de chaux vive ; ils se précipitèrent aussitôt eux-mêmes dans la fosse, et reçurent ,cn conséquence, le nom de Massa carïdUla.

évêque de Carthage, comme ennemi des dieux de Rome et des lois relatives à la religion ; le saint pasteur , conformément à ses désirs , fut exécute aux yeux de son troupeau , le i i septembre 258 , sur une place devant les murs de la ville.

Lorsque Valérien tomba , l'an 259 , dans les mains des Perses , et que le pouvoir échut tout entier à son fils Gailien , celui-ci publia un édit qui assurait aux chrétiens le libre exercice de leur religion , et ordonnait de rendre aux églises les maisons et les fonds de terre qui leur appartenaient, spécialement les lieux de sépulture. Comme il n'y avait que les corporations et associations légalement reconnues qui eussent le droit d'avoir des propriétés communes, le mode d'existence de la religion chrétienne fut dès lors, pour la première fois, considéré comme légitime dans l'empire. Kn Orient , où Macrien s'était revêtu lui-même de la dignité d'empereur , la persécution continuait. Cependant elle ne larda pas à cesser entièrement , et alors commença, pour les chrétiens , un long intervalle de repos et de sécurité , que n'interrompit pas même Aurélien, quoique zélé sectateur du polythéisme , car , lorsque cet empereur était sur le point de porter un nouvel édit de persécution (275) , où, selon d'autres, lorsque l'édil était déjà préparé, il périt victime d'un conjuration des ofticiers supérieurs de son armée.

Le pouvoir, après de nombreux changements, tomba aux mains de Dioclôticn en l'année 284. Depuis Marc-Aurèle, ce pouvoir était devenu si chancelant et si incertain que , de plus de trente empereurs qui s'étaient succédé dans l'espace de cent ans , trois seulement moururent d'une mort naturelle; les autres furent, pour la plupart , égorgés par leurs propres soldats. Dioclélien chercha à affermir sa puissance en l'environnant de la pompe orientale : il prit le diadème , introduisit à sa cour les formes des cours asiatiques, et , par un habile calcul , non par un délire d'orgueil , comme Dornil iei> . il se (it donner le titre de : Divinité et Majesté sa-

crée. De plus , il partagea le gouvernement , d'abord avec Maximien , qu'il s'adjoignit comme collègue , et ensuite avec deux Césars, Galeritis et Constantius \ en partie pour diminuer le poids de l'immense empire . et en partie pour protéger les empereurs contre des révoltes et des tentatives d'assassinat , qui devaient être vengées par les co-régents. D'après toute sa manière de penser et de sentir, Dioclétien, l'empereur suprême , ne pouvait être favorable à une religion qui ne permettait à ses sectateurs ni une obéissance illimitée au despotisme impérial, ni la reconnaissance delà divinité trônant à Nicomédie. Il voulait rétablir l'empire romain dans son éclat antique, et , pour atteindre ce but , la conservation de la religion d'Etat lui paraissait indispensable. Il exprima ses idées à ce sujet, dès l'année 296, dans un édit contre les Manichéens, où il disait : « Que c'était le » plus grand des crimes de remettre en question ce qui avait » été une fois établi et décidé par les anciens , ce qui était » devenu partie intégrante de l'ordre de l'Etat et se trouvait » avoir ainsi la possession légitime. »

Toutefois il resta dix-huit années sans rien entreprendre contre l'Eglise (1). Il voyait que les persécutions précédentes, loin de dissoudre la société des chrétiens, n'avaient fait que

(1) Si la légende de la légion thébaine était vraie , Maximien , collègue de Dioclétien , aurait été, dès le commencement , un ennemi et un persécuteur acharné des chrétiens. Voici le récit : Dans l'armée de Maximicn , se trouvait une légion composée toute entière de chrétiens , laquelle arrivait d'Orient et s'appelait Thébaine. Maximien ayant voulu employer cette légion, comme les autres, à rechercher et à exécuter les croyants, elle refusa d'aller plus loin et s'arrêta dans les défilés d'Agaununi ; ce que voyant l'empereur , il fit d'abord décimer deux fois et ensuite égorger toute la lésion avec son commandant Maurice. Tous les auteurs contemporains, tant chrétiens que païens, gardent le silence sur cet événement déjà très-invraisemblable en lui-même ; c'est au VIe siècle qu'il commence à en être fait mention , et Enchère , évêqiie de Lyon, le premier qui le raconte, s'appuie seulement sur une tradition incertaine.

l'affermir davantage ; il voyait qu'au milieu de la diffusion sans cesse croissante de celle société , il lui faudrait verser des flots de sang pour essayer de la détruire, et que la réussite de ses desseins serait encore, après cela, très-incertaine. En effet, l'Eglise comptait déjà dans son sein les meilleures et les plus nobles personnes de tous les états ; si elle continuait encore un cerlaiu temps à enlever ainsi au paganisme ses partisans dans une proportion chaque jour croissante , l'époque de sa ruine complète ne pouvait plus être trés-éloignée. La femme même de Dioclétien, Prisea, et sa fille Valeria , étaient du nombre des croyants. Les anciennes maisons de prières étant devenues trop étroites , dans toutes les villes on en élevait de nouvelles, ainsi que de spacieuses églises; les gouverneurs eux-mêmes et les employés païens témoignaient aux évoques une estime et une attention voisine du respect. Mais le long repos et la sécurité avaient, comme avant la persécution de Dèce . engendré beaucoup d'abus et de relâchement. Nombre de gens , sans vocation intérieure, s'étaient glissés dans l'Eglise, depuis que l'entrée dans son sein , non-seulement n'offrait plus de dangers, mais au contraire était regardée comme avantageuse, à cause des secours que les nécessiteux trouvaient facilement parmi les fidèles. Eusèbe se plaint de la mollesse , de l'hypocrisie et des disputes des évoques , de la tiédeur et des dissensions des frères.

Les premières atteintes de la persécution vinrent du farouche Galerius , altéré de sang et aveuglément livré aux superstitions païennes. Depuis l'année 298 , il manifestait ses dispositions à l'égard des chrétiens par les mauvais traitements qu'il exerçait contre les fidèles placés à sa cour ou dans l'armée ; mais son état de dépendance vis à-vis de Dioclétien l'obligeant de borner à des individus ses actes de cruauté . peu de martyrs moururent jusqu'à ce que l 'empereur en chef eût pristine altitude plus hostile visà-vis l'Eglise. Ce furent des prêtres païens qui lui en fourniront l'occasion immédiate. Dans l'été de 302 , Dioclé-

tien ayant immolé un nombre considérable de victimes afin délire l'avenir dans leurs entrailles, les chrétiens de sa cour, que leur service obligeait d'être présents , avaient soin de faire le signe de la croix ; les prêtres profitèrent de ceci pour persuader à l'empereur que les effets des sacrifices étaient arrêtés parla présence d'hommes impurs et par l'influence pernicieuse de leur signe. Dioclétien, transporté de colère , ordonne que tous les chrétiens de son palais sacrifient ou soient battus de verges , et en même temps il eu voie aux chefs militaires l'ordre d'obliger tous les soldats de prendre part aux sacrifices et de chasser de l'armée ceux qui s'y refuseront.

Alors Galerius se rend lui-même à INicomédie et met tout en œuvre pour faire partager à Dioclétien , plus âgé et plus mûr , son esprit de haine furieuse , et pour l'entraîner dans la voie sanglante des persécutions. Dioclétien , après avoir résisté longtemps , après avoir exposé toutes les difficultés de l'entreprise , assemble un conseil de juges et de chefs de l'armée , qui , en partie par haine contre les chrétiens , et en partie par déférence à la volonté de Galerius , prononcent que les ennemis des dieux soieut exterminés. Cette sentence n'ayant pas paru suffisante à Dioclétien , il fit consulter l'oracle d'Apollon de Milet. L'oracle déclara : « Que les jus- )> les qui étaient sur la terre l'empêchaient de dire la vert rite ; que c'était à cause de cela qu'il ne sortait du trépied » que de fausses réponses. » Et comme l'empereur voulait savoir quels étaient ces justes , les prêtres-sacrificateurs dirent que l'oracle avait voulu désigner les chrétiens. De ce moment, Dioclétien se rendit, et la fêle des terminales (23 février 303) fut choisie pour la publication des décrets impériaux. Sous les auspices de ce jour, regardés comme heureux par les Romains , devait commencer l'anéantissement de la religion de Jésus-Christ.

Dès le point du jour , la magnifique église de INicomédie fut envahie violemment , mise d'abord au pillage et ensuite démolie par les soldais. Le jour suivant parut le premier édit

ainsi conçu : « Tous les chrétiens, sans exception, sont dé- » pouillés de leurs honneurs et dignités ; nul état ne met à » l'abri de la torture; chacun est libre de faire valoir contre » les chrétiens toute espèce de plaintes; eux , au contraire, » ne peuvent intenter aucune action pour quelque injustice » que ce soit commise a leur détriment ; ils n'ont plus ni li- » berlé ni voix ; les églises doivent être jetées à bas , les » biens ecclésiastiques confisqués , les livres brûlés. » Un chrétien ayant détaché et déchiré ce décret en disant d'un ton de moquerie : « Regardez donc la nouvelle des victoires » sur les Goths et les Sarmates ; » il fut saisi à l'instant , étendu sur le chevalet , puis rôti à petit feu , puis enfin brûlé, ce qu'il endura avec une admirable constance.

Un second édit ordonna de jeter en prison tous les chefs de l'Eglise. Bientôt il en vint un troisième, enjoignant de mettre en liberté quiconque sacrifierait aux idoles et de tourmenter les réfractaires jusqu'à ce qu'ils se soumissent. Enfin , dans la deuxième année de la persécution , c'est-àdire au commencement de 304 , la peine de mort fut portée, et dès lors, d'une extrémité à l'autre de l'empire, à l'exception de la Gaule, ou s'acharna contre les chrétiens avec une barbarie aussi éloignée des bornes de l'humanité que l'était le courage magnanime des martyrs.

Peu de temps après la destruction de l'église à ]\icomédic, le feu éclata dans le palais impérial ; il n'est pas certain si ce futGalerius lui-même qui l'alluma , pour en rejeter l'odieux sur les chrétiens et rendre encore plus violent le vieil empereur ; ce qui est incontestable, c'est qu'il sut bien faire servir cet événement à ses fins. Dioclélien entra dans des accès de rage contre ses courtisans et ses domestiques. Son épouse Prisca et sa fille Valeria (femme de Galerius) étaient chrétiennes, ou pour le moins cathécurnènes; par crainte de la mort, elles se laissèrent entraîner à offrir un sacrifice aux idoles. Les officiers de la chambre (cubîculariî) , Dorothée et Gorgone , furent étranglés , et un autre , nommé Pierre . cruellement supplicié. Après l'avoir suspendu . on le battit

de verges , jusqu'à ce que la chair tombât des os , puis , comme il se refusait toujours à sacrifier, on versa du vinaigre et du sel sur son corps en lambeaux , et enfin on le fit rôlir devant un brasier ardent jusqu'à ce qu'il eût rendu le dernier soupir. Anlhime , évoque de ]>icomédie. fut décapité. Dioctétien écrivit à Maximien Hercule et à Constance Chlore pour étendre à tout l'empire les mêmes mesures. Le premier n'avait besoin d'aucune excitation; il faisait tout ce qui dépendait de lui , en Italie et en Afrique , pour rivaliser de cruauté avec son collègue.

Dans les Gaules, le sort des chrétiens était meilleur. A la vérité , Constance , pour ne pas exciter davantage Dioclélien, fit détruire des églises, mais sans exercer aucune violence contre les personnes. En général , l'exécution des ordres sanglants des empereurs n'était pas partout ni toujours la même ; elle dépendait , en grande partie, des gouverneurs. L'ordre de faire sortir des prisons encombrées ceux qui sacrifieraient volontairement et d'employer toutes sortes de moyens pour forcer les autres , laissait un large espace à l'arbitraire et à l'inhumanité. Il est impossible de peindre l'atroce émulation des persécuteurs dans l'invention et l'application de tourmens infernaux , et l'on trouve encore trop faibles ces paroles de Lactance : « Alors le gémissement » s'étendit sur toute la terre, et, de l'Orient à l'Occident , » la Gaule exceptée , se promena la fureur des trois bêtes » les plus féroces. » ( Dioctétien, Galerius et Maximien.) Quelques chrétiens avaient le bonheur d'être soit décapités, soit mis en pièces sur-le-champ ; d'autres devaient rester longtemps en prison et subir des tortures multipliées; d'autres étaient brûlés par bandes dans un cercle tout rempli de bois. Aux supplices connus des griffes de fer , des coquillages et des tessons tranchants , du plomb fondu et de l'eau bouillante, de la brûlure des plaies, etc., etc., venait s'ajouter la torture des âmes. Mais pour ne parler que des tourments infligés aux corps, on eut l'horrible idée , du moins dans la haute Egypte , de lier des femmes par un pied à une

machine qui les suspendait en l'air la tête en bas; quelquesunes étaient attachées, par les pieds, à plusieurs branches d'arbres courbées ensemble qui les mettaient en pieces eu se séparant. Eusèbe , témoin lui-même d'un grand nombre de ces actes de brutalité inouïe , assure que la fatigue obligeait les bourreaux a se relever les uns les autres , et que les instrumens du supplice s'émoussaient à force de servir. On alla Jusqu'à brûler des enfans!...

Ce que l'on admire avec étonnement dans Mucius Scévola était une chose fréquente parmi les chrétiens. On metlait de l'encens dans leur main droite étendue sur une cassolette allumée, et beaucoup préféraient se laisser brûler la main, plutôt que de paraître , même par de simples mouvements nerveux, avoir laissé tomber de l'encens sur les charbons. Qu'un grand nombre de chrétiens , néanmoins , et même des évoques , tinssent une conduite lâche et honteuse, cela se conçoit parmi une quantité innombrable. Les prêtres ou serviteurs quelconques des églises, qui livraient les manuscrits de la Bible pour être brûlés publiquement , étaient appelés traditorcs. Dioclétien pressait avec une ardeur particulière cette destruction des saintes Ecritures ; mais un assez grand nombre de fonctionnaires, en partie par humanité et en partie par légèreté , ne prenaient pas , à beaucoup près, la chose aussi sévèrement, et se montraient satisfaits lorsque, à la place du livre par excellence, on leur livrait tout autre ouvrage, — souvent des écrits hérétiques ; — ils cherchaient même à faire naître une réponse échappatoire par desquestions telles que les suivantes: « Pourquoi ne livrez-vous pas les écrits superflus? ou, » peut-être n'en avez-vous aucun? » Quelques chrétiens se permettant un subterfuge dans ces circonstances pour sauver les saintes Ecritures , d'autres employant des réponses équivoques, d'autres enfin, prenant la chose tout-à-fait strictement, trop strictement même, il naquit de là , par la suite . surtout dans les églises de l'Afrique septentrionale .

dessentimens divers et des débats sur le crirne de tradition (crimen tradilionis).

On était allé si loin que l'on chercha à éterniser le souvenir de la destruction du christianisme et le rétablissement de l'ancien culte par des inscriptions du genre de celle-ci : « Le nom des chrétiens étant détruit , la su- » perstition chrétienne abolie et le culte des dieux pro- » page (1). » Cependant déjà le bruit se répandait qu'il était contraire à la clémence et à la douceur de l'empereur de toujours faire égorger; en conséquence, beaucoup de chrétiens obtinrent leur grâce, en ce sens que l'on se contentait d'arracher un œil aux uns , de priver les autres de l'usage d'une jambe, après quoi on les envoyait travailler aux mines.

Tous les moyens , tous les expédients que peut inspirer une haine implacable furent employés par les païens pour anéantir la religion nouvelle. Tandis que les flammes des bûchers dévoraient les chrétiens, deux philosophes écrivaient contre eux. On fabriqua de prétendus rapports de Pilate sur Jésus (acta Pilati), dans lesquels se trouvaient les accusations les plus infâmes contre la personne du Sauveur, et que l'on répandit de tous côtés par l'ordre de César Maximin. On les affichait publiquement dans les villes afin que chacun pût les lire , et les maîtres devaient les faire apprendre par cœur à la jeunesse de leurs écoles. A Damas , un chef de l'armée fit saisir sur la place publique quelques femmes de mauvaise vie , et les força , en les menaçant des tortures , à déclarer par écrit qu'elles avaient été chrétiennes, et qu'elles avaient connaissance des actes d'impiété et de dissolution auxquels les chrétiens s'abandonnaient dans leurs églises ; ces dépositions furent transmises à l'empereur, qui les fit publier dans toutes les villes.

(1) « Nomine Chris lianoru m doloto: Superstition*' christian^ ubique » deletâ , et cultu deorum propagato. »

La persécution dioclétienne fut plus acharnée et plus longue qu'aucune des précédentes. C'était le suprême effort du paganisme cherchant à se déharrasser de son dangereux adversaire; aussi ne fut-ce point, comme auparavant, avecune rigueur froidement calculée, que l'on procéda contre les chrétiens , mais souvent avec une exaltation qu'il faui appeler démoniaque , et qui , ne pouvant atteindre l'âme . était inépuisable à torturer et à détruire le corps. En conséquence, on n'épargnait pas même les enfans : à Anlioche , un tendre adolescent , qui s'était déclaré disciple du Dieu des chrétiens, fut battu de verges jusqu'à ce qu'il eût rendu l'esprit, sous les yeux de sa mère dont les paroles l'encourageaient. En Phrygie , une ville entièrement composée de chrétiens fut cernée par des soldats et brûlée avec tous ses habitants. Sur l'ordre de IVïaxinius , gouverneur deCilicie, trois chrétiens , Tharaskus , Trobus et Andronicus, furent premièrement tourmentés à Tarse de la manière la plus horrible , conduits ensuite à IMopsucstc , où l'on essaya de nouveau sur eux toutes les tortures imaginables , et enfin traînés à Annzarbe. Dans cette dernière ville , après avoir commencé par les soumettre à d'affreux tourments, le gouverneur les fit jeter aux bêtes de l'amphithéâtre, et comme celles-ci , au lieu de les dévorer, léchaient leurs blessures, il ordonna à des gladiateurs de les achever. A Alexandrie, le gouverneur Proculus fit traîner dans une maison de pros ti tuées la vierge chrétienne Theodora , mais elle en fut tirée par un chrétien nommé Dydime , qui eut ensuite la tète tranchée. Dans cette persécution , comme dans celles qui précédèrent, la puissance de Dieu éclata, d'une manière admirable, dans plusieurs martyrs. Eusèbe vit de ses propres yeux à Tyr,cinq chrétiens d'Egypte livrés aux bêtes féroces après avoir été déchirés à coups de verges , mais les bêtes ne les louchèrent même pas. Excitées par des coups de fouets et des fers chauds , elles s'étaient précipitées avec rage à la roncoutre des martyrs ; puis lorsqu'elles furent prés d'eux elles se retournèrent sur leurs gardiens cl les

dévorèrent; vainement on amena d'autres animaux féroees , il ne resta d'autre moyen que de tuer ces chrétiens avec l'épée.

Le 1er mai 305 , Dioclétien ayant abdiqué, à Nicomédie, la dignité impériale, et Maximien, sur son ordre, ayant fait la même chose à Milan, Galerius et Constance prirent surle-champ le titre d'Auguste et se partagèrent l'empire. Galerius éleva à la dignité de César son neveu , le grossier Daja, qui dès lors s'appela Maximin, et le dissolu Sévère , déjà épuisé de débauches. Dans l'Occident , Constance Chlore mit un terme à la persécution et ordonna de rendre aux chrétiens les églises dont dont on s'était emparé ; à la vérité, il mourut à York l'an 306, mais Constantin, son fils et successeur , n'était pas moins favorable aux disciples de la nouvelle religion. Au contraire , Maximin , dominateur de la Syrie , de la Palestine et de l'Egypte , livré tout entier à la magie , à la divination et à toutes les superstitions païennes , n'épargna aucun effort pour relever le culte des idoles, et renchérit, autant qu'il put , contre les chrétiens, sur les barbaries de son oncle. Avec lui rivalisaient de cruauté, dans la Palestine, les gouverneurs Urbanus et Firmilianus, auxquels le tyran rendit plus tard la pareille en les faisant lui-même mettre à mort. Le trait suivant peut donner une idée de la rage d'Urbanus. Le dimanche de Pâques de l'année 307 , quelques chrétiens étaient assis , chargés de chaînes, devant le palais du gouverneur, attendant vraisemblablement leur jugement ; une jeune fille de dix-sept ans, nommée Théodosia, qui vint à passer devant eux, se recommanda à leurs prières; aussitôt le gouverneur ordonna de la déchirer avec des tenailles, puis, quand elle fut en lambeaux , de la jeter à la mer. Entre autres cruautés, Firmilianus, son successeur, fit d'abord tourmenter de la manière la plus cruelle et ensuite précipiter dans les flammes deux sœurs qui refusaient de sacrifier. Maximin lui-même se plaisait à faire chercher de jeunes chrétiennes

d'une beauté remarquable pour les désbouorer , en sorte que plusieurs d'enlr'elles, voyant venir les soldats , se donnèrent volontairement la mort. On mutilait ceux que l'on ne voulait pas exécuter; quatre-vingt-dix-sept chrétiens furent tirés des carrières de porphyre de la Thébaïde pour ètreconduitsdansla Palestine, où Firmilianus leur fit crever un œil et fracturer le genou gauche ; bientôt après , cent trente autres chrétiens furent tirés des mines déjà encombrées de l'Egypte et dispersés, après avoir été mutilés, dans celles de la Cilicie et de la Palestine.

Vers la fin de 308 , l'effusion du sang commençant à diminuer un peu, et les chrétiens étant traités, çà et là, avec plus de douceur, Maximin attisa de nouveau la persécution en envoyant à tous les gouverneurs l'ordre de rétablir les temples tombés et de faire sacrifier et participer aux viandes offertes tous les citoyens sans exception , hommes et femmes, vieillards et enfants. Il poussa la fureur jusqu'à ordonner d'asperger d'eau lustrale tous les comestibles apportés au marché, afin que les chrétiens ne pussent , en aucune manière , éviter de manger des mets consacrés aux idoles. A cette époque , le savant Pamphile , prêtre et maître à l'école chrétienne de Césarée, fut exécuté avec onze autres fidèles. Après une année écoulée , le calme se rétablit dans la Palestine; mais Maximin ne tarda pas à publier de nouvelles ordonnances en vertu desquelles deux évèques égyptiens, JNeleus et Peleus, moururent sur le bûcher, l'an 310, et Silvanus, évêque de Gaza, fut décapité avec trente-huit confesseurs (1).

(1) Parmi les évèques qui souffrirent la mort du martyre dans Bette persécution , de 303 à 311 , il faut nommer , outre ceux indiqués ci-des- Sus: l'Iiileas dcThmuis, Tyrannio de Tyr, et son successeur Methodius, précédemment évêque d'Olympe, Philippe d'Héraclée, Silvain d'Emèse, Basdisque de Comane, Félix de Tilmua en Afrique. Que dans l 'Occident aussi l'on n'ait point épargné de très-jeunes lilies, c'est ce que prouvent, entre autres, les actes de sainte Eulalie , à Entérite en Bspagne , et ceux

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Dans le même temps , Galerius élait tourmenté par les cruelles douleurs d'une maladie repoussante et incurable. Alors il commença de soupçonner que le Dieu dont il s'était vainement elTorcé d'anéantir les adorateurs , pouvait néanmoins être plus qu'un fantôme, et que ses tourments, qui ne cédaient à aucun remède , étaient peut-être un châtiment de ce même Dieu , une sorte de talion des supplices qu'il avait fait subir à tant de disciples de l'Evangile. En conséquence, l'an 311 , une loi parut qui permettait aux chrétiens le libre exercice de leur religion. L'empereur se donnait l'air, dans cette loi, de ne céder qu'à l'entêtement des chrétiens et de permettre qu'ils adorassent au moins le Christ , s'il était entièrement impossible de leur faire adorer les dieux de la patrie ; mais ils devaient , de leur côté , eu retour de celte grâce , prier leur Dieu pour le bien de l'empereur et de l'Etat. Maximin, n'ayant pas osé s'opposer aux ordres de son oncle , vit les fidèles revenir des miues dans sa province comme dans les autres ; on se mit à relever les églises abattues , et les païens s'étonnaient que les efforts réunis de huit années eussent été tout-à-fait inutiles , que le christianisme sortit vainqueur et comme nouveau-né des tempêtes d'une persécution que rien n'avait encore égalé. Mais la mort de Galerius , survenue bientôt , laissa l'Asie romaine tout entière sous la domination de Maximin, qui ne tarda pas à renouveler les hostilités contre les chrétiens. Comme on savait que toute manifestation de haine contre eux élait bien reçue de l'empereur , les villes lui envoyaient des deputations qui le priaient de ne pas permettre aux sectateurs du Christ de demeurer dans leurs murs. Les exécutions recommencèrent : Pierre , évêque d'Alexandrie, fut décapité l'an 311 ; bientôt après, vint

de sainte Agnès , à Rome , l'une et l'autre âgées de douze ans. La mémoire de ees deux saintes tut particulièrement honorée dans les églises d'Occident dès le IV siècle.

le tour de cinq évêques d'Egypte , accompagnés de beaucoup d'autres, et , dans les premiers jours de 31'2, mourut également de la mort du martyre un des théologiens les plus savants , le prêtre Lucianus d'Antioche. Maximin poussa la fureur jusqu'à déclarer la guerre à un de ses alliés, Tiridates , roi d'Arménie , uniquement parce qu'il avait embrasée la religion chrétienne , mais les légions du tyran furent taillées en pièces.

Sur ces entrefaites, Constantin s'était joint à Licinius, nommé Auguste par Galerius; ils publièrent, l'un et l'autre, un édit de tolérance universelle pour les pays soumis à leur puissance, et des événements favorables aux chrétiens ne tardèrent pas «à suivre. Le tyran Maxence, fils de Maxiniien , perdit la couronne et la vie , l'an 312 , à la bataille du pont Milvius auprès de Home; Maximin, qui s'était engagé dans celte guerre, fut vaincu par Licinius l'an 313, et s'empoisonna à Tarse. Les chrétiens étaient délivrés de leurs ennemis les plus cruels. Licinius étendit aussitôt à toutes les provinces de l'Orient l'ordonnance publiée à Milan , en 313, par Constantin , et ainsi conçue : « Le libre et entier » exercice de leur religion est accordé aux chrétiens , » comme à tous les autres sujets de l'empire ; chacun peut » passer à eux sans obstacle ; les églises et les biens que l'on » avait enlevés aux fidèles doivent leur être rendus, et ceux » qui avaient acheté ces biens seront dédommagés par le » trésor public. »

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