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l'autorité sur sou église; après avoir exigé de lui une déclaration solennelle de sa foi , il l'avait proclamé le rocher sur lequel il fonderait son divin édifice, et lui avait promis les clefs de son royaume , c'est-à-dire les pouvoirs dont Pierre aurait besoin pour gouverner, et pour conserver l'unité religieuse. De môme , après avoir demandé à son apôtre l'assurance d'un amour sans bornes, il l'avait établi son premier pasteur, par ces mots: « Pais mes agneaux, » pais mes brebis, » ou autrement toutes les églises et les chefs des églises. La foi rendait Pierre digne d'être le rocher de l'édifice, et l'amour le rendait capable de paître , en qualité de suprême pasteur, le troupeau de Jésus-Christ. Comme l'Église est fondée sur la foi, qui seule la rend immortelle, Pierre et ses successeurs restèrent le fondement de l'Église par un acte de foi continuellement renouvelé. De plus, comme l'Eglise ne peut être conduite que selon l'esprit de son auteur ou l'esprit d'amour, et comme, d'après la parole du maître, le premier dans l'Église doit être le serviteur de tous (humilité que l'amour seul peut donner), il s'ensuit que le Sauveur, en revêtant le souverain pontife de la toute puissance spirituelle, exige de lui en retour une surabondance d'amour.
Les évangiles présentent partout saint Pierre comme le premier; ils le mettent en tête , quand ils éuumèrent les apôtres, et quelquefois le nomment seul , en ne faisant des autres qu'une mention générale. Après l'ascension du Seigneur, c'est lui qui règle tout : il préside l'assemblée pour l'élection d'un nouvel apôtre; après la descente du Saint- Esprit , il parle le premier au peuple pour annoncer le Christ, il fait le premier miracle, porte la parole, au nom de tous, devant le sanhédrin, punit la faute d'Ananie, ouvre aux païens les portes de l'Église, et dirige le premier synode de Jérusalem. Uniquement pour s'entendre avec lui , Paul vint, trois ans après sa conversion , à Jérusalem, et y demeura quinze jours.
Plus l'Église s'étendait et développait sa constitution ,
plus elle avait besoin de la puissance de Pierre, plus la nécessité d'une tête dirigeant tous les membres devenait évidente. Comme la durée de l'Église n'a pas d'autre limite que le temps, la dignité octroyée au chef des apôtres pour le maintien de l'unité, devait se transmettre indestructible; elle avait été créée moins pour lui et pour l'Église de son temps, que pour ses successeurs et l'Église des siècles suivants. La transmission de ses pouvoirs pontificaux s'accomplit régulièrement dès l'origine par l'ordination, dans la personne des évèques de Rome, du siège que Pierre avait illustré par sa doctrine et son martyre, et auquel il avait attaché le droit de primauté. La main de la Providence se montre visiblement dans la disposition des événements , qui fit tomber sur Rome un si grand privilège. Placée entre l'est et l'ouest, voisine de la mer, capitale du moule romain , communiquant sans cesse et de tous côtés avec les contrées les plus lointaines, cette ville était plus appropriée que toute autre à servir de centre à la chrétienté. Jusqu'alors ville sacrée du paganisme , rendez-vous de toutes les nations, refuge de tous les cultes , elle pouvait devenir pour l'Église universelle ce que Jérusalem fut pour le peuple élu. Là où l'idolâtrie aux mille formes avait poussé ses plus profondes racines, devait se concentrer toute la force d'attaque de la religion nouvelle, là elle devait arborer l'étendard de sa victoire.
Les trois premiers siècles abondent en témoignages qui prouvent, les uns d'une manière positive, les autres indirectement la primauté du siège romain. Le premier de ces témoignages est d'un père apostolique, saint Ignace, qui dans la suscription de sa lettre à l'Église de Rome, l'appelle la préêidente de l'union d'amour, c'est-à-dire de toute la chrétienté. Après lui le disciple d'un père apostolique, [renée, s'exprime avec une entière clarté sur cette prééminence: il oppose à la prétendue tradition secrète des gnosliques, la vraie et publique tradition des apôtres , démontrée par la suite non interrompue de leurs successeurs, les èvêques,
— :J78 — sur les sièges qu'ils ont fondés; et parée qu'il serait trop long de les énumérer tous, il se borne à l'Église de Rome, faisant observer que tous les croyants sont tenus d'être en communion avec celle-ci, « comme avec la plus puissante, et que » c'est en restant unies à elle, que les autres églises ont con- » serve intacte la tradition apostolique (I). »
Tertullien devenu montaniste témoigne aussi malgré lui. eu faveur de la primauté de Rome, lorsque citant une ordonnance émanée de ce siège , au sujet de la rémission des péchés . il reproebe à son chef de se nommer l'évoque des évoques, ce qui ressemble, dit-il , au titre païen de pontifex maximus. Les assertions qui se trouvent dans l'écrit de saint Cyprien sur Vanité de VEglise et dans ses lettres sur le rang des évêques de Rome, s'accordent parfaitement avec l'ensemble de ses principes sur l'organisation de l'Église eu général. Il répète partout que Pierre est l'inébranlable fondement sur lequel repose l'Église; et comme elle était encore concentrée dans quelques disciples, quand Pierre en fut déclaré le clief par le Sauveur, et que , la dispersion n'ayant pas encore eu lieu , les églises diverses n'étaient pas formées , Cyprien part de ce fait pour montrer dans Pierre le dépositaire de l'épiscopat en môme temps que de la primauté; puis il fait dériver de lui le pouvoir des évêques , dont ebacun est successeur de Pierre en tant qu'héritier de son droit de lier ou de délier, et en tant que fondement de l'église particulière qui lui a été confiée et dont tous les membres sont subordonnés au chef de l'Église univer-
(1) Adh.'inc enim ecclesiam propter polentiorcm ptincipalitatem necessc est omnem convenire ecclesiam , hoc est cos qui sunt undique lidcles ; in quâ semper ab hi.^ qui sunt undique , conservata est ea quœ est ab apostolis trauMtio. (Adv. libres., I. III , c. 3.) On conçoit bien que ce passage n'a pas manqué , depuis trois siècles , d'être attaque de mille manières parles protestants; mais quelque contournées que soient leurs interprétations, elles ne peuvent taire disparaître le sens trop décisif contre eux du mol : principauté.
selle. Ainsi l'universalité des églises a dans saint Pierre son centre d'unité , comme son origine; c'est là le principe de sa supériorité sur tous les autres Apôtres. Ils avaient tous reçu du Sauveur ressuscité des droits égaux , seul Pierre avait été élevé au-dessus des autres en ce sens qu'il devait être le représentant de l'unité. Pierre a laissé celle prérogative au siège romain, qui est depuis lors la chaire par excellence (Cathedra, Locus Petri), l'église du prince des Apùlres et de ses vicaires, investis d'autant de puissance qu'il en reçut lui-même de Jésus-Christ et devenus, comme il l'était lui-même, L'unité incarnée. Or, cette unité exigeant que tous les évêques dirigent leurs fidèles dans une seule et même voie, ce sont les successeurs de Pierre qui doivent signaler la voie en question et y marcher les premiers, car leur église est la racine et la mère de l'Église catholique. De même donc que , dans un diocèse , celui-là n'est pas membre de l'Église qui n'est pas uni à l'évêque, personnification de l'unité de son troupeau , de même en est-il par rapport au pape dans l'Église universelle; tous les évèques doivent directement ou indirectement communiquer avec lui; c'est de celte manière que l'épiscopat entier ne forme qu'une seule chaire et que tous les troupeaux ne composent qu'un troupeau.
Saint Cyprien ne reconnaissait pas seulement la puissance supérieure dont l'évêque de Rome peut user en certains cas, il l'encourageait encore à s'en servir. Marcien , évêque d'Arles , s'étant jeté dans le parti de INovatien et ayant adopté les principes de cet hérétique sur la rémission des péchés, Faustinus, évêque de Lyon et les autres prélats de la province s'adressèrent au Saint-Siège ; Faustinus en écrivit même à l'évêque de Carthage, et ce dernier, dont l'autorité ne s'étendait pas sur les Gaules, ne put que conjurer le pape de mettre fin à la querelle par sa suprême intervention. Dans une lettre à Etienne, il le presse d'envoyer aux évèques des Gaules et à l'église d'Arles un décret de déposition de Marcien avec l'ordre de lui choisir un succès-
seur. Il rappelle ensuite les décisions des papes Cornelius et Lucius au sujet de la réintégration des apostats repentants; enfin il prie Etienne de lui faire connaître plus lard l'évêque qui aura été mis à la place de Marcien.
Nous avons déjà cité d'autres cas où la primauté de Rome est visible , celui . par exemple, dans lequel Victor se prononce sur la querelle pour la fixation du jour de Pàque et l'accusation par devant le siège romain de l'évêque d'Alexandrie, Denys, avec la réponse de celui ci. Le premier exemple d'évèques déposés faisant appel au pape est remarquable. Deux prélats d'Espagne , Basilide et Martial, avaient été déposés comme iibcllaiiques et pour d'autres raisons; l'on avait élu à leur place Félix et Sabinus. Basilide , qui avait prévenu sa déposition par une abdication volontaire et l'acceptation de la pénitence publique, se repentit de cette démarche, partit pour Rome et y détermina par ses représentations le pape Etienne à le rétablir sur son siège. Deux prêtres des églises en question et l'évêque de Saragosse, Félix, écrivirent alors à Cyprien et aux évêques d'Afrique pour s'appuyer de leur approbation dans la résistance à la sentence romaine. S'il y avait vu une usurpation de la part du pape , Cyprien n'aurait pas manqué de s'en exprimer librement; mais on ne voit pas trace de blâme contre le pape dans sa réponse où il déclare légale la déposition des deux pasteurs , trouvant que Basilide a commis une nouvelle faute en trompant le souverain pontife par un faux exposé de sa conduite et des procédures.
L'histoire ecclésiastique de ces temps présente bien d'autres traits relatifs à la primauté des évêques romains; tel est le soin que prennent toutes les églises d'instruire Rome de ce qui leur arrive d'important. On en voit plusieurs exemples dans les lettres de Cyprien par rapport aux églises d'Afrique. Les débats du synode africain , concernant Felicissime , étaient envoyés au pape Cornelius , et Cyprien s'excusa plus tard auprès de lui de ne l'avoir pas instruit aussitôt de l'installation de l'évêque intrus. Fortunalus. Les
prélats d'Afrique communiquèrent aussi à Cornelius leurs décrets sur les lapses. Les hérétiques eux-mêmes témoignaient involontairement de l'autorité de Rome ; ainsi les Théodotiens indiquaient l'époque où, suivant eux , l'église romaine avait changé la foi, « l'ayant, disaient-ils, conser- » vée pure jusqu'au pape Victor et ayant commencé à » l'altérer avec Zephyrinus. » Il n'y avait pas jusqu'aux païens qui ne connussent la haute autorité de 1 évèquc romain, comme le prouve la décision si connue de l'empereur Aurélien et comme le remarque Cyprien dans une lettre à Anlonien, où il dit du persécuteur Decius, qu'il eût été moins trouhlé de la nouvelle des armements d'un autre prétendant à l'empire que de celle de l'élection d'un évèque de Rome. L'empercur-poutife des païens voyait donc dans le pontife des chrétiens un rival redoutable , déjà nommé , il est vrai avec ironie . par Tertullien , pontifex maximus. Cyprien ajoute que le tyran , avant de succomber par les armes . avait été vaincu par la puissance sacerdotale de Cornelius, lequel, en dépit de tous les efforts de Decius, était devenu , grâce à son élévation sur la chaire de Pierre , le véritable grand-prêtre de Dieu.
Au reste, il est facile de reconnaître que la puissance de l'évêque de Rome et ses rapports avec l'ensemble de l'Église étaient encore dans un état de développement et par conséquent de transition. Comme tous les éléments essentiels de l'organisme ecclésiastique , la primauté , ayant pour base l'ordre divin , fut présente et reconnue dès l'origine, mais le mode suivant lequel elle avait à s'exercer ne se forma que peu à peu. D'après la marche naturelle, la constitution intérieure des diverses églises devait d'abord se former et la position de l'évêque vis-à-vis son clergé et les fidèles devait se fixer; ensuite vint le temps de formation des rapports de l'autorité métropolitaine ; puis enfin , lorsque l'union de toutes les églises entre elles fut devenue plus étroite et plus régulière, la primauté commença son développement parti-
eulier. Dans les premiers temps, lorsqu'il s'agissait surtout de la diffusion de la foi et de la fondation de nouvelles églises, l'action de la primauté fut peu sensible ; mais elle le devint davantage à mesure que l'unité de l'Église universelle fut attaquée et que des hérésies toujours renaissantes essayèrent de porter la division dans son sein.