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CHAPITRE XXXII

AUTORITÉ PRIMITIVE DES MÉTROPOLES ; — SYNODES ENSEMBLE UNITAIRE DE L'ÉGLISE (1).

De même que la cité formait avec les paroisses rurales environnantes un corps appelé diocèse et dirigé par l'évêque , de même aussi plusieurs diocèses unis entr'eux formaient une proviuce métropolitaine et obéissaient au chef de l'église dont ils avaient été originairement délégués ; tel fut le principe tout apostolique de l'organisation des métropoles. Les premiers messagers de l'Évangile et saint Paul lui-même s'adressaient toujours d'abord aux Juifs; ils visitaient de préférence les villes où ce peuple se trouvait en grand nombre et où siégeaient les Sanhédrins , qui exerçaient leur juridiction sur la province entière. Dès qu'une église s'était formée dans une de ces villes, elle se constituait aussitôt sur le modèle du Sanhédrin, c'est-à-dire avec

(1) Livres consultas : F. B. Ferrarius de antique» epistolnrum eccl. génère , Mediolani 1613; Jo. Rod. Kiessling de stabili primitives Ecclesia; ope litterarum coinmunicatoriaruin connubio, Lipsiœ 1745 ; L'Unité de 1 Église, par J. A. Mœhler, Tubingue 1825.

un collège de prêtres présidé par l'évèque. De là le christianisme se répandait peu à peu dans les villes voisines , lesquelles en se convertissant devenaient comme les filles de la métropole et se tenaient, ainsi que leurs évéques. dans une dépendance naturelle de rÉglise-mère, absolument comme les districts des Juifs par rapport au Sanhédrin du cheflieu.

Dès l'origine de la propagande apostolique , cet ordre hiérarchique se trouve établi entre l'église métropolitaine de Jérusalem et les Juifs convertis de la Galilée, de la Judée et de la Samaric, contrées dont toutes les synagogues particulières relevaient du Sanhédrin central de la ville sainte. Jérusalem resta métropole tant que celte ville et les autres églises de Palestine demeurèrent peuplées principalement de chrétiens juifs (I). Mais lorsque, par la guerre de l'empereur Adrien , l'église judaïsante de Jérusalem et des principales localités de la Judée eut été détruite et qu'il se fut formé dans JElia une nouvelle église de chrétiens gentils , alors la primauté métropolitaine passa à l'évèque de Césarée dont l'Église avait le privilège de l'âge et de l'apostolicitè sur /Elia , saint Pierre y ayant déjà converti des païens et fondé un sanctuaire dans la maison de Cornelius. La seconde métropole après celle de Judée fut Autioche . qui d'abord gouverna toutes les églises , tant judaïsantes que grecques, nées hors de la Palestine, en Syrie et dans les pays voisins. La métropole d'Alexandrie fut fondée un peu plus tard par saint Marc. Les Juifs y étaient en plus grand nombre que dans aucune ville étrangère et leur Elhnarque

(1) Dans les paroles suivantes d'Bégésippe, citées par Eusèbe (111,32), on recoriuaît aisément l'autorité métropolitaine des premiers évéques de Jerusalem; Il dit en parlant des parents du Sauveur : « ïïfonyoun*! » tiî/î-jiç MutftHVMc ic ^«pT^psc Kai à.mo yirovc tou xvpiïv, « Sans BUCUI) doute il

faut entendre par la les églises judaïsantes de la Judée, de la Galilée et de la Samarie.

était le premier entre tous les chefs de la Diaspora. En conséquence , quoique l'église d'Alexandrie eût été fondée après celle d'Antioche et non directement par un Apôtre, son évêque obtint pourtant la préséance sur tous les évoques orientaux ; il eut à consacrer comme métropolitain ceux d'Egypte , de Lybie et de la Pentapole cyrénaïque , attendu que les Juifs de toutes ces provinces relevaient de l'ethnarque alexandrin (1). Rome, la seule ville d'Occident où les Juifs habitassent en grand nombre , fut d'abord aussi l'unique métropole , véritablement apostolique , de celte partie de l'Europe ; son évêque étendait sa juridiction métropolitaine sur dix provinces, dont il ordonnait les évéques, et qui embrassaient, outre l'Italie entière, les trois îles de Sardaigne , de Corse et de Sicile. C'est en s'appuyant sur l'exemple de l'évêque romain que le sixième canon de INicée confirme à l'évêque d'Alexandrie son antique juridiction sur l'Egypte , la Pentapole et la Lybie , « dont il est, » dit l'historien Rutin , le chef et le directeur , comme le » métropolitain de Rome est le chef des églises suburbi- » caires (2). »

Au-dessous des trois graudes églises d'Antioche, d'Alexandrie et de Rome , d'autres , comme Ephèse et Carthage ,

(1) Ceci est une des differences à remarquer entre les deux circonscriptions ecclésiastique et politique des provinces romaines , et en même temps une preuve que les Apôtres, dans l'institution des sie'ges , se modelèrent sur les divisions juives. La pentapole cyrénaïque, par exemple, et la Libye-maréotide faisaient partie politiquement, non de l'Egypte, qui e'tait une province impériale, mais de l'Afrique, qui relevait du sénat.

(2) Voici les propres paroles de Rutin : « Ut apud Alexandriam et in » urbe Bomà vetusta consuetudo servetur, ut vel ille jEgypti,vel hic » suburbicariarum ecclesiarnm sollicitudinem gerat. » Dix provinces d'Italie étaient appelées subitrbicaires parce qu'elles étaient placées sous la juridiction du Vicarius urbis Romœ; les sept autres, formant l'Italie septentrionale , étaient soumises au Vicarius Italiœ.

jouissaient d'une certaine préséance et de certains droits. Leurs évoques assemblaient et présidaient des conciles; tel celui quePolycrate convoqua à Ephèse au sujet de la question pascale ; tel encore celui des évéques africains à Carthage , réuni par Agrippinus et Cyprien , pour délibérer sur le baptême des hérétiques (1). Il ne faut p<is toutefois chercher dans la première époque uue organisation complète des métropoles. C'étaient principalement les églises fondées par les Apôtres qui occupaient cette position supérieure, qui étaient consultées et prononçaient dans les matières difiiciles, comme dépositaires plus fidèles et plus sûres de la tradition. Mais à partir du IIIe siècle, ce système se développa en se régularisant et s'étendit au point qu'à l'entrée du IVe siècle il embrassait toute l'église d'Orient et une grande partie de celle d'Occident. Aussi, quand Constantinle-Grand établit dans l'empire de nouvelles subdivisions , l'Église s'y conforma avec d'autant plus de facilité que la capitale politique de chaque province renfermait d'ordinaire le siège des saints fondateurs. Alors naquit la distinction des métropoles en deux classes : les grandes , établies par les Apôtres a Antioche , Alexandrie , Rome , et celles d'une époque postérieure , distinction qui produisit les patriarcats. Le VIe canon de Wicée . après avoir confirmé les privilèges des trois grands sièges primitifs , fixe ensuite le pouvoir des métropolitains (expression employée pour la première fois) et leur assigne le droit de confirmer les évoques de leur province. Quant à la conformité des provinces ecclésiastiques avec celles de l'empire , elle ne fut reconnue en principe qu'au concile d'Antioche (341). Le IXe canon de ce concile déclare que l'évêque de la métropole civile est

(1) En Espagne, le synode d'Elvire mentionne déjà un Episcaptts

i-at/ifilriT primée , et Basilides , appelé par Denis î t*v k*t« <7TUT«Troxn

wMftnumr îminvnn, était sans «toute aussi métropolitain, en sa qualité

d'évéque de Ptolémaïs, bien qu'il n'eût pas le droit de sacrer les évéques

• le l.i province.

juge supérieur des affaires ecclésiastiques de la province, toutes les affaires en général aboutissant a ce chef-lieu, et qu'en conséquence aucun évéque provincial nedoit rien entreprendre d'important sans le concours de son métropolitain. Mais dans le même canon il avait été décidé, conformément à l'esprit de l'Église et à la marche suivie dés l'origine, que le métropolitain ne prononcerait sur rien d'important sans en avoir délibéré avec ses évéques suffraganls. Ainsi l'organisation des métropoles coïncide exactement avec celle des synodes: comme chaque évéque a son collège de prêtres ou chapitre , de même chaque métropolitain a son synode provincial ou sénat ecclésiastique dans lequel toutes les affaires générales sont débattues. Le synode ressort essentiellement du génie de l'Église universelle ; par là est maintenue l'unité des églises et des évêques dans la Foi, dans la discipline et l'amour. Souvent les synodes firent cesser des divisions déplorables , sauvèrent de l'anarchie des diocèses entiers et par de solennels jugements terrassèrent ou paralysèrent l'hérésie. Chaque évéque était au synode le représentant naturel , l'organe des pensées de son église, car elle était en lui comme lui en elle. Personne ne songeait à envoyer au concile un autre député ; ceci eût supposé un désaccord entre le pasteur et son troupeau , une scission destructive de la confiance mutuelle et de l'unité , une plaie intérieure que les autres évêques auraient avant tout cherché à guérir. Comme successeur des Apôtres ou des hommes apostoliques qui avaient fondé son siège et y avaient mis le dépôt de la foi , chaque évéque était en outre le principal dépositaire, le témoin authentique de la vraie doctrine. Le synode était ainsi la représentation d'une partie plus ou moins grande de l'Église. Quant à une représentation complète , universelle , on n'y pouvait encore songer dans ce temps de persécutions. Le synode provincial exprimait donc réellement la pensée de toutes les églises de la province ou d'un cercle plus étendu et tous ceux qui en faisaient partie devaient s'y soumettre.

Le premier synode fut tenu par les Apôtres à Jérusalem pour décider la première question importante qui s'était élevée dans l'Église. L'histoire des synodes suivants s'est perdue . mais au milieu du IIe siècle les progrès de l'hérésie montaniste occasionnèrent, en Asie-Mineure, plusieurs assemblées d'évèques, mentionnées par Eusèbe. A la fin de ce même siècle , d'autres synodes, en Orient et en Occident, eurent lieu pour terminer les querelles de la question pascale. Ces réunions étaient le plus souvent présidées par le métropolitain et si l'on voit, dans le Pont, l'évèque d'Amastris , Palma , présider comme doyen d'âge , c'est probablement parce qu'il n'y avait pas alors de métropolitain dans la province. Le commencement du HP siècle vit les synodes de Carthage, sous Agrippinus, et ceux d'Iconium et de Synnada , au sujet du baptême des hérétiques , puis ceux que Cyprieu convoqua pour le même objet. Bientôt se rassembla dans Autioche le plus grand concile qui eût encore eu lieu et où furent représentées les églises de presque tout l'Orient par des évêques de Cappadoce , de Phrygie, du Pont , de C ilicie, de Palestine, de Syrie, d'Arabie et d'Egypte ; cèpe mlanl les provinces les plus éloignées n'y envoyèrent que leurs métropolitains, chargés de les représentera ces grands conciles, de même que les évêques, dans les synodes provinciaux , représentaient leurs diocèses. Dans quelques provinces , comme en Cappadoce, les synodes se tenaient déjà régulièrement chaque année.

Quoique ces assemblées se composassentessentiellementd'évêques, néanmoins des prêtres y venaient aussi prendre part aux délibérations, comme le remarque Firmilien par rapport aux synodes annuels de Cappadoce (1). Dans celui d'Anlioche, ce fut un prêtre, Malchion, qui convainquit d'erreur Paul deSamosate; il est fait mention de ce Malchion et d'un autre prêtre, nommé Lucius, avant même plusieurs évêques

(i) Firinilianas, ppist. ad Cyprian.

dont les noms sont omis dans le procès-verbal du synode. Il y avait dans les synodes jusqu'à des diacres, qui toutefois devaient se tenir debout pendant les débats, tandis que les prêtres étaient assis avec les évêques.

Dans les grands conciles, comme fut, en Orient, celui d'Antioche, et plus tard , en Occident, celui d'Arles, brille déjà dans sa puissance le principe d'unité de l'Église , renouant entr'eux tous ses membres , principe déjà existant comme force vivifiante dans le berceau même du christianisme, et qui est la source de tousles développements ultérieurs dont le fondateur divin avait posé les germes. Comme les Apôtres par leurs lettres , leurs continuels voyages et leurs envoyés , entretenaient un commerce non interrompu entre les églises naissantes, de même leurs disciples, Ignace et Polycarpe , écrivaient sans cesse aux églises , tant lointaines que voisines. Grâce à cette unité déjà fortement constituée, des évêques , distingués parleur caractère plus que par leur position , exerçaient une vaste influence ; tel ce Denys de Corinthe qui, au milieu du IIe siècle, envoyait ses épîtres jusque dans les églises du Pont. Une sainte communauté de foi, d'amour, de joie, de souffrances et de mutuels secours, unissait les fidèles des diverses contrées. Tous issus d'une seule mère, Jérusalem , tous dirigés par l'épiscopat indivisible , continuation de l'apostolat , ils recevaient chaque jour une même nourriture, la chair et le sang du Seigneur. Extérieurement opprimés par le paganisme et menacés intérieurement par une foule d'hérésies, ils se serraient d'autant plus les uns contre les autres; quoique dispersés sur la terre , un lien immortel et invisible les rendait tous membres d'un même corps et leurs nombreuses églises ne formaient qu'une seule et même église catholique , un unique troupeau sous le divin pasteur (1).

(1) Parmi les autorités dos Pères qui viennent à l'appui de ces faits et

Celle unilé catholique élait scellée et representee par l'unité de l'épiscopat, corps organique dont tous les membres aboutissaient à un seul chef. « II y a bien des pasteurs » dit Cyprien, mais ils ne guident qu'un môme troupeau; » tous, dans une parfaite concorde, veillent pour le bien » commun, et chacun en surveillant la partie qui lui est » échue la met en rapport avec l'ensemble , qu'il est égale- » ment chargé de défendre (1). » Les événements importants de chaque église particulière étaient ainsi considérés et traités comme intéressant toutes les autres , auxquelles l'évèque élait tenu d'en rendre compte; au moyen des chefs des principales églises une correspondance régulière était établie dans le corps episcopal entier. Tout fidèle, passant dans uue autre église, devait , pour y être reçu , présenter un certificat de son évèque ; quiconque avait élé excommunié dans sa propre église, l'était à la fois dans toutes les autres. Ainsi l'hérétique Marcion , que son père , l'évèque de Synope , avait exclu de la communion des fidèles, en fut pareillement exclu à Rome. Les Pères du synode d'Antioche, après avoir déposé l'évèque Paul, en informèrent le pape Denys, Maxime d'Alexandrie et tous lesévêques du monde.

de ces idées , nous nous bornerons à citer le passage suivant de Tcrtul lien: « Omne genus ad originem suain censealur necesse est; itaque « lot ac tantae ecclcsiae una est; il la ab apostolis prima, ex quâ onines. » Sic onines prima' et omnes apostolicx , (lùm una ; omnes probant « unilatem. Communieatio pacis, cl appel latio lïaternitalis, et contesse- - ratio hospitalitatis : qua) jura non alia ratio regit, quàm ejusdem sacra-

• menti una tradilio. ■ (Tertul 1., de praescr., c. XX.)

(1) "Omnes enim nos deccl pro corpore totius ecclesiae , cujus per ■ varias provinçias membra digesta sunt , excubare, » dit le collège des prêtres de Rome dans une lettre adressée à Cyprien. — - Etsi pastores

• miilti suiiius , unum tameii gregem pascimus . et oves universas , quas Christus sanguine sm> et passione quaesivit, colligere et fovere debemus. * (Cypr., ep. IAV1II.) — « Episcopatus unus est, cujus ••

• singulis in solidum parslenetur. - (Cypr., de uniteccl.)

afin qu'ils n'envoyassent plus leurs lettres à Paul, mais au nouveau pasteur, Domnus, et n'en reçussent plus également que de celui-ci. Les évêques , surtout ceux des grands sièges, avaient soin d'annoncer à leurs collègues leur élection par des lettres, nommées saluts de paix , dans lesquelles ils inséraient d'ordinaire leur symbole.

CHAPITUK XXXlll.

l)t LA PRIMA Lit.

Comme l'évêque exprime el conserve l'unité de son église, comme le métropolitain au milieu de ses suffraganls , est leur représentant et leur centre , de même L'édifice entier du catholicisme a sa clef de voûte dont la destination est de soutenir toutes les églises en les maintenant dans l'unité de la foi et de l'amour. A l'instar du judaïsme qui avait aussi un centre, un chef suprême, lechrislianisme possède un souverain pontificat, attaché au siège des successeurs de saint Pierre et qui est comme la chaire d'Aaron de la nouvelle alliance. Ainsi placé à la tête de l'épiscopat , l'évêque romain devint et est demeuré pour toute la chrétienté ce qu'est l'évêque pour son diocèse, le métropolitain pour sa province. Comme l'évêque préside son chapitre et le métropolitain son synode provincial , de même l'évêque romain préside et ne cesse point de présider le corps desévèques avec lesquels il est en continuelle relation soit immédiatement, soit au moyen des lettres de communion et de fraternité.

Jésus-Christ avait confié en paroles claires à saint Pierre

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