CHAPITRE XII
INTRODUCTION DU CHRISTIANISME DANS LES ÎLES BRITAN- NIQUES ET L'IRLANDE; — SAINT PATR1K ; — SAINT COLOMBAN, APOTRE DES PICTES, — L'ÉGLISE IRLAN- DAISE (1).
Avant la mission de Palladius, l'Irlande paraît avoir eu déjà des églises chrétiennes, par suite des rapports de commerce qui unissaient cette île avec la Gaule et faisaient que les ports irlandais, suivant la remarque de Tacite, étaient beaucoup mieux connus et plus visités par les marchands que les ports britanniques. Les nombreuses pirateries exercées par les Irlandais sur les côtes de la Gaule
(1) Livres consultés : S. Patricii opuscula. Lond., 1658 ; W. Betham, irish antiquar. research. Dublin, 1826, Partie 2e, append ; Probus (irlandais du Xe siècle) vita S. Patricii, dans le torn. Ill de Beda? opera, éd. Basil., 1563 et dans Colgan, trias thauraaturga, Lovan , 1647, in-f°. Postérieurs et de inoindre importance sont dans Jocelin (XIIe siècle) vita S. P.; Cumineus, vita S. Columbœ; dans Mabillon, acta SS. Bened.; Adamnanus, vita S. Colombee dans Messinghain , florileg. insul. , SS. Paris, 1624; Usscrius britannicar. ecclesiar. antiquitat. Dublin, 163l> ; Lanigan, cccles. history of ireland. Dublin, 1829.
et de la Bretagne, amenèrent sans doute parmi eux des captifs chrétiens qui auront converti leurs maîtres. Le compagnon de l'hérétique Pelage, Célestius, était, d'après saint Jérôme, un Irlandais. Les commencements du christianisme dans ce pays attirèrent l'attention du pape Céleslin qui, en 431 , envoya aux Irlandais, pour premier évêque, le diacre romain Palladius. Prosper ne craint pas de dire que les efforts de ce pontife avaient rangé l'Irlande parmi les pays chrétiens (1). Cependant les menaces des païens avaient fait fuir Palladius l'année même de sou arrivée, et il alla mourir en Bretagne. L'œuvre de la conversion des Scots était réservée à saint Patrik, suivant un vieux proverbe dont le sens est : « Dieu chargea Patrik et non Palladius de » lui amener l'Irlande. »
Patrik naquit, en 387, a Bonavem Taverniœ, comme il le dit lui-même (2), c'est-à-dire à Boulogne en Picardie, sur la côte qui s'appelait alors Armorique. Pris à l'âge de seize ans par un capitaine scot qui rôdait sur la côte gauloise, il fut mené captif en Irlande, où il dut garder les troupeaux de son maître. La piété et le désir d'une vie sainte s'éveillèrent alors dans l'âme du jeune homme. Au hout de six ans, trouvant les moyens de s'enfuir, il repassa eu Gaule, se rendit aussitôt au couvent de Tours, où saint Martin avait fondé une célèbre école, et y étudia pendant quatre ans les sciences et les mœurs chrétiennes. Revenu près de ses parents, il se seutit, dans une vision nocturne, appelé à convertir l'Irlande : il repoussa ce pre-
(1) « Ad Scotos in Christum credentes ordinatasà Papa Celestino Pal- » ladius primus episcopus mittitur. » (Prosperi chron. ad a. 431.) Il y avait donc déjà là des croyants.
(î) Non à Kil-Patrik, près de Dunberton, en Angleterre, comme on le croit assez généra ement depuis ! sher. Bonavem n'esl que le latin Bono~> nia, et Taberniae on Tarverniœ désigne la contrée de Tarabauna on Tarvemia (Terouane), où Boulogne est situé.
niier instinct, et s'attacha, en 418, à Germain, nouvel évêque d'Auxerre, qui, pour achever son éducation, l'envoya fréquenter une école monastique dans une île, vraisemblablement celle de Lerins. Revenu plus tard auprès de Germain, il partit pour Rome, recommandé par cet évêque, et accompagné du prêtre Segetius, chargé de porter témoignage en sa faveur (431). Le pape Célestin le bénit et lui donna le pouvoir d'aller prêcher en Irlande. En repassant par les Gaules, il apprit la mort de Palladius. Dèslors la mission irlandaise ayant besoin d'un évêque, il se fit donner la dignité épiscopale à Éboria (probablement Évreux); puis, avec quelques compagnons, parmi lesquels sont cités Auxilius et Isserninus, il aborda , en 432 , chez les Scots (1).
Il trouva les païens de ce pays livrés au culte des étoiles et à l'adoration des sources, mais de manière que ceux qui voyaient la divinité dans les eaux voyaient dans le feu le mauvais principe. L'usage des idolesétait rare dans l'île quoiqu'on en cite quelques-unes , qui n'étaient sans doute que des pierres informes. Les lieux ordinaires des cérémonies religieuses étaient les collines et les montagnes. Les chefs de la religion , nommés mages dans l'histoire de saint Patrick , paraissent avoir pratiqué la magie et les arts divinatoires ; ils étaient aussi différents des Druides que leur culte différait lui-même du druidisme delaBretagne et delaGaule.Les indigènes formaient deux tribus qui ne s'étaient pas encore mêlées, celle des habitants primitifs, que la plus antique tradition du pays signale comme des Milesiens venus de la Galice, et celle des Scots, moins anciens dans l'île dont ils avaient subjugué les premiers possesseurs.
(1) Il se pnssa encore quatre-vingt ou quatre-vingt-dix ans jusqu'à ce que le nom de Scoti devint commun à tous les Irlandais et que leur île fût aussi connue sous le nom de Scotia que sous celui d'Hibernia. L'Ecosse d'aujourd'hui n'a reçu son nom dejScotia que depuis le XIe siècle.
Patrik prêcha bientôt devant le roi suprême de l'Ile, Léogaire, et devant les chefs rassemblés près de lui. Sa première conquête fut celle d'un poète important , nommé Doubtach ; peu à peu sa parole trouva accueil près des grands du pays; Conall, frère du roi, fut un de ses premiers disciples. En gagnant les parents par des présents , il obtint de plusieurs chefs la remise entre ses mains de leurs enfants, qu'il instruisit et fit participer à son apostolat ; des jeunes filles converties se vouèrent à la vie ascétique , et le nombre de ces religieuses s'accrut en raison même de la persécution qu'elles éprouvaient de la part de leurs familles. La plus célèbre et la plus complète conversion fut celle des sept fils d'un petit roi et d'une grande masse de peuple rassemblé à Connaught, qui tous reçurent le baptême au nombre de douze mille personnes, à la source Enardhac. Patrik envoya en Gaule Secundinus , Auxilius et Isserninus pour y recevoir la consécration épiscopale, et, à partir de 439, ces trois évêques le secondèrent activement. La seule lettre circulaire qui nous reste de cet apôtre paraît remonter aux premiers temps de sa mission; elle est dirigée contre le chef breton Coroticus et les siens, qui , débarqués en pirates sur la côte d'Irlande , avaient enlevé beaucoup de néophytes, pour les vendre comme esclaves (1). Il excommunie ce chef et ses complices et adjure tous ceux aux mains desquels tombera sa circulaire, de la publier devant le peuple et même devant Coroticus, qui fait un infâme commerceavec les membres du Christ en les vendant aux païens , tandis que les chrétiens romains et gaulois envoient aux Francs et autres idolâtres de grosses sommes d'argent par dos députés, investis de leur confiance , pour le rachat des prisonniers chrétiens.
(1) • De sanguine innocontiiim Christiannnim , <]iios rpo innumeros in Deo geoni, atqaein Christo confirmavi, postera die quâ Chrisma, neophyti m reste candidd f!;iL'r;il);ii in Eronte ipsoratn. •
Vers l'an 455, Patrik bâtit dans le district de Mâcha, sur un fond qui lui avait été donna, une église autour de laquelle s'éleva par degrés la ville d'Ardmacha ou Armagh, et où l'apôtre fixa son siège, devenu plus tard métropole de l'Irlande. Tantôt là , tantôt dans sa retraite favorite de Saul, il acheva sa carrière sans songer à revoir sa patrie, sans vouloir même s'éloigner momentanément de l'Irlande pour visiter sa famille, de peur de désobéir à Jésus-Christ, qui l'avait appelé auprès des Irlandais en lui enjoignant d'y passer le reste de ses jours. Il tint avec Auxilius et Isserninus un synode, où, par une série de canons, il constitua la nouvelle Église d'Irlande. Les évêques qu'il instituait peu à peu étaient ou indigènes ou Romains, c'est-à-dire étrangers, venus du continent , car les Francs n'étant pas encore convertis, beaucoup d'habitants des Gaules émigraient alors en Irlande. Vers la fin de sa vie, Patrik rédigea ses confessions, où il déclare avoir visité toutes les parties de l'île, avoir placé de tous côtés des prêtres , indiquant par là que le christianisme était déjà dominant. Il mourut à Saul, probablement en 465. Benignus, son disciple bien-aimé, lui succéda sur le siège d'Armagh; il était fils d'un indigène que l'apôtre avait baptisé avec toute sa famille (1).
Du vivant même de Patrik et immédiatement après sa mort, des écoles ecclésiastiques et des séminaires, sous le nom de couvents, furent fondés et confiés à la direction des évêques. L'école de l'évèque Fiech de Sletty fut un des premiers établissements de ce genre; d'autres furent élevés par Ailbe, évêque d'Emly, par Ibar, à Beg-Erin , par Olcan , à Derkan ; celui d'Armagh était l'œuvre de l'apôtre. Pour les femmes, sainte Brigida, vers la fin du Ve siècle, introduisit une règle monastique et fonda en Irlande plusieurs couvents
(l) Le prétendu purgatoire de. S. Patrik, sur lescîmes du mont appelé Croagh-Patrik, est une superstition postérieure qu'exploitèrent quelques moines du moyen-âge et qui fut abolie par ordre du pape en 1497.
de nonnes, dont lo plus important, celui de Kildare, date de 490; il devint si puissant que la fondatrice obtint qu'on y plaçât un évoque. Toutefois le christianisme ne fut que longtemps après maître de l'île entière; Lougdacli, grand roi d'Irlande, depuis 483, vécut et mourut païen; la foi n'acheva son triomphe qu'au VIe siècle, et Mouchertach , de 513 à 533, fut le premier des grands rois décidément chrétien.
La Bretagne septentrionale, ou l'Ecosse actuelle, était alors possédée par les Pietés ou Calédoniens, peuple émigré de la Scandinavie. Les Pietés du Sud, établis entre le Forth et la chaîne des monts Gramps, furent convertis vers l'an 412 par l'évèque breton Ninian, formé à Rome, et qui avait, en traversant les Gaules, visité, à Tours, saint Martin. Les Pietés du Nord n'eurent que cent cinquante ans plus tard saint Colomban pour apùtre (l). Né en Irlande, l'an 521 , il étudia dans l'école alors fameuse de saint Finnian de Maghbile, fonda en 546 un couvent à Tirconnel, d'où naquit plus lard la ville de Derry, aujourd'hui Londonderry, fut ordonné prêtre en 550 et refusa par humilité le litre d'évêque. Alors, quittant son île, il alla commencer la conversion des Pietés, encore païens, en même temps qu'il initiait plus complètement aux vérités évangéliques ceux de ses compatriotes qui se trouvaient à Argyle et autres districts environnants, car des colonies de Scots ou Irlandais s'étaient fondées, vers l'an 5(>3, dans le nord de la Calédonie, sous la conduite de Loarn, (ils d'Erk (2). Colomban obtint de son parent , Conall, roi des Scots-Albanes, l'île de Hy en présent, ou l'île d'Iona, aujourd'hui nommée
(1) Il fut ainsi nomme à cause (le sa simplicité que l'on Comparaît à Celle de la colombe. Son premier nom était Erimlhan.
(2) Ces Scots occupaient la cote ouest entre le golfe de Clyde et les monts Gramps.
I-Kolumbkill, et qui est l'une des plus petites entre les Hebrides. Le saint s'y rendit avec douze disciples, en 563, y fonda un couvent et une église, et en 565 les Pietés commencèrent à écouter attentivement la parole divine. Le ciel conflrma cette parole par des miracles, notamment par la résurrection d'un enfant mort quelques jours après que lui et ses parents avaient été baptisés, ce qui donnait occasion aux prêtres des idoles de vanter la puissance de leurs dieux , plus forts que le Dieu des chrétiens. Colomban fit de fréquents voyages: il évangèlisa les îles de l'ouest ou Hébrides; dans celle de Hymba, il érigea un monastère, et à Elhica (aujourd'hui Eig), plusieurs paroisses chrétiennes s'élevèrent, tant par lui que par ses disciples. Il faisait tous ses efforts pour protéger les habitants de ces îles contre les pirateries des Scots de Bretagne , qu'il excommuniait fréquemment. Par les couvents qu'il possédait sur les territoires de ces derniers, il exerçait chez les Scots bretons une espèce de suprématie épiscopale. Déplus, ayant conservé les monastères fondés d'abord par lui en Irlande, il était dans de continuels rapports avec la mère-patrie , et les Irlandais venaient souvent lui demander des conseils (l). Les Pietés, comme les Scots d'Irlande et de Bretagne, lui témoignaient à l'envî leur vénération. En 590, Colomban retourna en Irlande et assista, avec le roi des Scots de Bretagne, Aïdan, à la grande assemblée nationale convoquée àDrumceatpar le roi suprême de toute l'Irlande. On y délibéra sur les moyens de réprimer ou de bannir les Bardes irlandais, devenus par trop nombreux, et dont l'avarice et la vénalité
(1) On a faussement prétendu que Colomban et ses moines ne rendaient pas aux évèques l'obéissance qui leur est due. Il est inutile de réfuter ici les auteurs qui, comme Blumhardt, Munter et Gieseler, ont, dans ce cas, mal interprète les sources ou écrit d'après des autorités incompétentes. Les éveques et les prêtres n'étaient pas plus égaux alors, on Irlande, que dans le reste de l'Europe.
n'avaient plus de bornes. Colomban intervint pour qu'on les épargnât, mais leur nombre fut limité et ils furent soumis à une police sévère. L'apôtre retourna bientôt à Hy, d'où il continua d'administrer ses couvents et ses nombreuses églises jusqu'en 597, époque à laquelle, âgé de 76 ans, priant dans l'église et bénissant ses frères, il rendit l'esprit.
Comme apôtre des Pietés du Nord et comme fondateur de nombreuses églises parmi les Scots de Bretagne et dans les Hebrides, Colomban exerçait une juridiction ecclésiastique sur toutes ces contrées et même sur leurs évèques. Le respect pour sa mémoire maintint longtemps ce privilège de suprématie parmi ses successeurs, les abbés de Hy, quoiqu'ils ne fussent que simples prêtres, comme l'avait été Colomban. Bède nomme province le territoire soumis à la juridiction ecclésiastique de ces abbés; il renfermait tout le nord de l'Ecosse , les côtes colonisées par les Scots bretons, l'île de Hy et les autres Hebrides. Cette province contenait, suivant Bède, plusieurs évèques , dont un pour l'île et le couvent de Hy : ce prélat, dont le diocèse embrassait toutes les Hebrides, était à la fois moine, et comme tel soumis à l'abbé. Les autres évèques de ces contrées, quoique ne vivant pas sous la discipline monacale, n'en étaient pas moins subordonnés au puissant abbé de Hy, ce que Bède remarque comme quelque ebose d'inaccoutumé ; mais les règles juridiques sont des lois que l'Église peut au besoin resserrer ou étendre. Dans les temps de Bède, il était encore très rare de voir un prêtre gouverner des évèques; plus tard ce cas devient fréquent. Bu reste, les successeurs de Colomban n'exerçaient pas ce droit comme prêtres, mais comme généraux d'ordre, les abbés de Hy étant directeurs suprêmes de tous les établissement de Colomban, c'est-à-dire de toutes les maisons suivant la régie monastique instituée par cet apôtre, laquelle était comptée parmi les huit principales règles suivies alors en Irlande.
L'Église irlandaise, aux VIe et VIIe siècles, atteignit sa plus brillante période; l'esprit de l'Évangile pénétrait le
peuple et le rajeunissait; quantité d'hommes, tant des hautes que des basses classes, abandonnaient tout pour suivre la voix du Christ et ne vivre que pour lui. Cette île lointaine était de toute l'Europe le pays qui renfermait le plus d'établissements pieux, le plus de corporations religieuses et les plus zélées. Les Irlandais gardaient la doctrine catholique intacte et pure; chez eux point de schismes ou d'hérésies ; honorant dans le pontife romain le chef de l'Église, ils se trouvaient par lui en rapports continuels avec les autres églises de la catholicité. L'Occident n'avait point alors de meilleures écoles que celles des couvents d'Irlande, celle par exemple de saint Finnian de Clonard, fondée en 530, et celle de Lismore , qu'établit , en 640, saint Gataldus. Pendant que toute l'Europe était livrée au pillage et à la misère par des armées de barbares, cette île, encore en paix, défendue par la mer, offrait asile à tous les amis de la science et de la vie ascétique. Les étrangers qui , non seulement de la Bretagne, mais encore des régions continentales, émigraient chez les Irlandais, recevaient d'eux une hospitalité empressée et gratuite, pouvaient s'instruire et étaient même pourvus des livres nécessaires. Cinquante moines du continent débarquèrent ainsi à Cork, vers l'an 536, au temps de saint Senanus , les uns mus par le désir de commencer une vie plus austère sous la conduite de directeurs irlandais, les autres par la soif de s'instruire à fond des saintes écritures. A partir de 650 , des Anglo-Saxons commencèrent aussi à émigrer en grand nombre et dans le même but vers l'Irlande. De leur côté , de pieux Irlandais , savants pour leur époque , s'en allaient en missionnaires loin de leur patrie , fonder ou réformer des cloîtres et devenaient les civilisateurs de la plupart des pays de l'Europe.
Très-important pour l'histoire primitive de l'Église irlandaise est un catalogue des saints de cette Église, conservé par Usher, et qui semble remonter à l'époque où les querelles du cycle pascal et de la tonsure n'étaient pas encore finies, c'est-à-dire vers la fin du Vile ou le commencement du
VIIIe siècle. Les Saints irlandais y sont chronologiquement partagés en trois classes: La première, au temps de saint Patrick, de 432 à 542, contient trois cent cinquante évèques et fondateurs d'églises, « car tous les évoques d'Irlande » étaient alors Saints, et pleins de l'esprit de Dieu. » Sous la conduite du Christ, tous observaient la même discipline, introduite par saint Patrick, avaient même liturgie, même tonsure, même cycle pascal; et ce qu'une église rejetait, toutes le rejetaient. Ils ne se séparaient pas avec trop de rigueur du sexe; mais forts dans le Christ, ils soutenaient la présence et la société des femmes, en acceptaient le service, sans céder aux tentations que leur vue fait naître(l). Ils étaient Romains,c'est-à-dire habitants des anciennes provinces romaines, comme Patrick lui-mêmeel IescompagnonsdePalladius restés en Irlande, ou bien ils étaient Francs, Bretons et Scots. La deuxième classe, de 540 a 598, renferme trois cents Saints, dont la plupart ne sont plus des évoques, mais des prêtres, tant abbés que moines, les couvents ayant pris alors une grande extension. Ils avaient un même cycle pascal, une même tonsure, mais diverses liturgies et règles monastiques; ils tenaient une de ces liturgies des Bretons David. Gildas et Caduc. Ils interdisaient le service et l'entrée de leurs cloîtres aux femmes. Parmi eux, on compte Finnian, chef de l'école de Clonard, et Finnian, évêque et abbé de Maghbile , Bredan . fondateur du grand couvent de Clonfcrt, Iarlath, premier évêque de Tuam, Kieran, qui bâtit le couvent de Clonmacnois; ce dernier est un des pères de l'Église irlandaise, et sa règle fut admise par un grand nombre de communautés religieuses. Citons encore Comgall. qui éleva, en 559, le célèbre couvent de Banchor. aux environs de la baie de Carrikfergus, et qui avait sous lui
(1) Ceci prouve contre ceux qui prétendent quo 1rs prêtres et évoques d'Irlande étaient alors mariés. Ils ont été, au contraire, toujours tenus au célibat.