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CHAPITRE XL

CONVERSION DE CLOV1S ET DES FRANCS. — LE CHRISTIA- NISME PARMI LES LOMBARDS EN ITALIE (1).

Nommés pour la première fois en 238, les Francs, confédération de plusieurs tribus allemandes, habitaient le nordouest de la Germanie , entre le Rhin et le Weser et en remontant jusqu'au Mein. Peu à peu ils s'étaient divisés en deux branches, celle des Saliens qui avaient envahi la Ratavie et la Relgique , et celle des Ripu aires restés fidèlement dans leurs anciennes demeures. Le jeune chef d'une partie desFrancs saliens, Glovis, s'empara d'abord de la portion des Gaules située entre la Somme et la Seine, puis ayant anéanti, en 485 , à la bataille de Soissons , les derniers restes de la puissance romaine dans ce pays, il occupa tout le territoire de la Seine à la Loire et au Rhône et fonda en Gaule le royaume des Francs. Son mariage avec une chrétienne, Clolilde, fille

(1) Livres consultes : Grégoire de Tours, dans Bouquet, historiens des Gaules, t. II ; Paul Warnfrid, degest. longobard. libri VI, dans Muratori, Script, ital. 1. 1; S. Gregorii magni epistolae, e'd. de Paris, 1703.

du roi des Burgondes et très-zélée catholique , prépara sa conversion. Clotildc put déjà baptiser son premier né , qui mourut malheureusement bientôt après ; le père s'imagina que si, au lieu du baptême romain , il avait reçu le baptême païen , le baptême des dieux de Germanie , il aurait vécu. Cependant son second fils fut encore baptisé et Clovis luimême prêta enfin l'oreille aux représentations de son épouse. En 496, ayant, de concert avec son allié Siegberl, autre roi franc, attaqué les Allemands à Tolbiac et ses troupes commençant déjà à plier, Clovis dans le péril, après avoir vainement invoqué ses dieux , fit vœu de croire à Jésus-Christ et de se faire baptiser s'il remportait la victoire. Soudain par un changement de fortune les Allemands prirent la fuite. Le vainqueur ne tarda pas à accomplir son vœu; il se fit instruire par saint RcmideRheims,qui était universellement vénéré, et un grand nombre de Francs se déclarèrent prêts «à reconnaître avec lui le Dieu que 1 evêque annonçait. Il reçut le baptême catholique avec trois mille d'entre eux précisément à une époque où tous les princes des tribus germaines , établies dans l'empire romain , étaient ariens. Dès les premiers temps de l'invasion franque, les Gaulois catholiques se montraient déjà enclins à préférer le joug des Francs , quoique païens , à celui des Ariens Burgondes et Visigoths (1) , à plus forte raison tous les yeux se tournèrent-ils avec amour vers Clovis converti. On vit en lui le héros qui devait délivrer l'Occident de l'oppression arienne ; en se soumettant aux Francs , les Gallo-Romains sentaient que la parité de religion les unissait et les reconciliait avec leurs maîtres. Le pape Anastase II ne cacha point sa joie, et son espérance que Dieu donnera à Clovis la victoire sur les ennemis Goths et Burgondes, qui l'entouraient, se trouve exprimée dans une lettre de félicitations du pontife à ce prince ; saint Avitus de Vienne , quoique sujet des Bur-

(1) Grégoire de Tours, II. 23.

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gondes, lui écrivit pareillement que les catholiques regardaient ses triomphes comme les leurs. Les Bretons chrétiens de l'Armorique furent ainsi amenés sans peine à conclure un traité où ils reconnaissaient la suzeraineté des Francs ; dèslors la Gaule se trouva partagée en deux moitiés , l'une sous Clovis , l'autre sous les Visigoths et les Burgondes. Appuyé par les populations catholiques, impatientes de secouer le joug arien, Clovis ne tarda pas à attaquer les Burgondes , puis les Visigoths qu'il s'assujétit et auxquels il enleva la plus grande partie de leurs possessions gauloises.

Conformément aux ordres de leur prince , les Francs , dans leurs expéditions, épargnaient les églises, les couvents et tous les bieus ecclésiastiques; les individus faits prisonniers étaient aussitôt relâchés si un évêque les reconnaissait comme étant du corps des lévites; les évêques pouvaient même , en vertu d'une ordonnance royale , accorder aux prisonniers laïcs des lettres de protection qui leur valaient au moinsun traitement plus doux de la part de leurs maîtres. Clovis promit en outre d'élargir, sur la remontrance écrite d'un évoque, tous les captifs faits contrairement au droit des gens. Les Burgondes , au contraire , avaient voulu massacrer l'évêque de Langres , Aprunkulus , qu'ils croyaient d'intelligence avec les Francs; il n'avait échappé que par une fuite nocturne. Trois autres évoques , Théodore , Proculus et Dinisius, dont les églises se trouvaient dans le territoire burgonde, avaient dû se retirer chez les Francs. Le roi visigolh Alaric exila de même, sur des soupçons politiques, l'évêque de Tours, Volusien, son successeur Verus et l'évêque d'Arles, Cesarius, qu'il alla plus tard jusqu'à faire mettre en prison. Clovis sentait bien qu'il devait une grande partie de ses triomphes à sa conversion au catholicisme et à la confiante faveur du clergé et du peuple; il avouait luimême quels avantages politiques il attendait de l'appui des évêques. Quant à la religion , elle lui parut toujours quelque chose d'extérieur , il n'y vit guère qu'un instrument ,

ses sentiments et ses actes restèrent païens ; pour atteindre son but ambitieux, l'unité d'un grand empire, il fit égorger l'un après l'autre tous les chefs de tribu , Saliens et Ripuaires. Quand il mourut , en 51 1 , à peine âgé de quarante six ans, il put laisser à ses quatre fils toutes les conquêtes anciennes et nouvelles de sa nation.

Dans l'Àrmorique , depuis la fin du IVe siècle , il s'était formé, par des colonies de Bretons, émigrés de leur île, une église gallo-bretonne en communication continuelle avec les églises de la Grande-Bretagne et qui répugna longtemps à laisser mettre ses nouveaux évêchés sous l'obédience de la métropole de Tours. Il parait que cette province n'avait eu , avant l'arrivée des Bretons, que deux évêques, à Hennés et à Nantes, mais aux Ve et VI6 siècles, les prélats et prêtres venus de Tile britannique en fondèrent plusieurs nouveaux. Ainsi Paul Aurélien érigea , en 520 , celui de Léon ; ceux de Dol , Quimper et Vannes s'élevèrent aussi et saint Malo devint le premier évêque d'AIcth. Saint Samson , qui avait déjà occupé une métropole en Grande-Bretagne, étant devenu plus tard simple évêque de Dol, n'était pas naturellement porté à se soumettre à l'archevêque de Tours. Les rois de l'Armorique, ou petite Bretagne, semblent aussi, de leur côté, avoir mis obstacle à des communications intimes avec la métropole franque, dans la crainte que les rois francs n'usassent du droit , une fois reconnu , de la métropole de Tours , pour influencer l'Armorique. Les évêques francs combattirent ces résistances au second synode de Tours, en 566. par leur neuvième canon, défendant à tout évêque d'Armoriquc d'en ordonner un autre , soit Breton , soit Romain (Armoricain) , sans l'approbation de la métropole et sans le consentement des évêques de la province. La menace de séparer les contrevenants de toute communion aussi bien avec l'église des Gaules, qu'avec la leur, montre qu'il y avait alors une différence reconnue entre les chrétiens francs elles chrétiens bretons, quoique la séparation ne fût pas formelle, lussi

les évêques bretons prenaient-ils de temps en temps, mais très-irrégulièrement, part aux synodes des Francs (t).

La dernière nation allemande qui vint s'établir sur le sol romain fut celle des Lombards. Renforcés par des Saxons et d'autres peuplades septentrionales , ils partirent de la Pannonie, en 568, conduits par Alboin et conquirent peu à peu la majeure partie de l'Italie. A leur arrivée dans ce pays, ils étaient déjà chrétiens, mais généralement attachés à l'arianisme ; beaucoup d'autres tribus, venues avec eux du Nord, étaient encore païennes. Les Lombards traitèrent les vaincus avec beaucoup plus de dureté que n'avaient fait les Goths, ce qui produisit chez les Italiens une si profonde aversion que pendant très-longtemps il ne put y avoir aucun rapprochement, aucun mélange entre les deux peuples. Notamment sous le règne anarchique des trente-six ducs , de 574 à 584, les églises furent pillées et les prêtres massacrés; les païens confédérés avec les ariens allèrent jusqu'à faire périr des chrétiens qui refusaient d'adorer une tête de chèvre ou de manger de la viande offertes aux idoles. Le roi Autharis (584-590) rétablit , il est vrai , la paix et la sécurité, mais, arien zélé, il défendit qu'aucun enfant lombard ne reçût le baptême catholique. Cependant sa veuve, Théodelinde , fille du duc de Bavière , ayant épousé en secondes noces le roi Agilulf , parvint à le faire entrer dans la religion catholique; beaucoup de Lombards suivirent l'exemple de leur prince. Les églises et évêchés catholiques recouvrèrent leurs biens qui avaient été en partie confisqués par le clergé arien. Rotharis, au contraire, (636-652) favorisa de nouveau l'arianisme. Sous son règne, presque chaque ville

(1) A celui de Paris, en 557, souscrivit Samson II, e'vêque de Dol ; à celui de Rouen, en 689, parut Cadocanam, éveque d'Aleth. La seule difference entre les deux églises, purement disciplinaire, consistait dans la tonsure que quelques couvents d'Armorique conservaient selon l'ancien mode d'Irlande.

des étais lombards avait un évoque arien , installé prés de l'évêque catholique ; toutefois cette hérésie ne fit aucun progrès parmi les Italiens, elle resta bornée aux Lombards, et lorsque le neveu de Théodelinde, Aripert, issu de sang bavarois, monta sur le trône (652-661) toutes les faveurs furent rendues aux catholiques (1). L'évêque arien Anastase, que Itotharis avait mis sur le siège de Pavie, embrassa même le catholicisme, et, après la mort de saint Magnus, fut élu évoque par le peuple et le clergé de cette capitale en

Le culte des Lombards resta longtemps souillé de superstitions païennes. Dans le duché de Bénévenl, ils honoraient encore, eu 680, un dr.igon doré et un arbre auquel était appendue une peau de bête (2). Cette idolâtrie était pratiquée même par le duc Romuald, fils du roi Grimoald. Ce dernier roi (663 671), grâce à son épouse Theodora, sœur de Berlarid, inclinait tellement au catholicisme, qu'il bâtit et consacra lui-même à Pavie une église en l'honneur de saint Ambroise, le grand antagoniste des ariens. L'hérésie se perdit donc peu à peu parmi les Lombards: le clergé arien disparut ou se convertit; et à l'entrée de la période suivante, on ne trouvait plus en Italie que de rares vestiges de l'arianisme.

(l)Paul dacre n'envisage point ainsi Aripert; mais un chant religieux contemporain, édité par OItrocchi, ceclesiœ mediolan. historia ligustica. Milan, 1793, in-4°, p. 53G cl 57!), dit : « Sublimis ortus in finilms Euro- » pae Langibardoram regale prosapiii rex Haribertus pius et catholicus ■ Arrianorum abolevit hanesem et cbristianain (idem fecit crescere. » Cet italien plaçait, comme l'on voit, la Bavière infinibus Europœ.

(2) Acta S. Barbati in Act. SS., febr. III, 137. Le duc Ariulf de Spoleto fut longtemps tout à fait païen.

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