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CHAPITRE XIV

QUERELLES EN BRETAGNE ET EN IRLANDE POUR LE JOUR DE LA CÉLÉBRATION DE PAQUES ET LA FORME DE LA

TONSURE (i).

Le concile de Nicée avait mis fin à l'ancien débal pascal , en réglant que dans toute la chrétienté Pâques serait célébré le môme jour, à savoir le dimanche d'après le quatorze de la première lune du mois. Une nouvelle difficulté s'était élevée pour fixer quand commençait la lune pascale. Les premiers chrétiens s'étaient dans ce but servi du cycle hébraïque de quatre-vingt-quatre ans; ensuite le concile deWicée avait chargé l'église d'Alexandrie de calculer le jour pascal et de communiquer au pape le résultat de ses recherches, pour qu'il le fit proclamer dans toutes les églises: depuis lors lecycle juif était remplacé enOricnt par le cycle de dix-neuf ans, d'Anatolius, corrigé parEusèbe.MaisRome et les Latins

(I) Livres consultes : Beda , Hist. ceci. Ciimniiaiius Inborn. Epist. «le coritrov. pascalidansUsser(Sylloge), p. 17.

tenaient encore au cycle vicieux de quatre-vingt-quatre ans, dans lequel le cours des lunes était retardé de deux minutes et quelques secondes , de sorte que les jours du mois où devait se rencontrer la nouvelle lune pascale flottaient chez les Occidentaux du 5 mars au 2 avril, pendant que chez les Alexandrins ils étaient renfermés entre le 8 mars et le 5 avril. De cette manière, le quatorzième jour, ou le dimanche de Pâque?, pouvait arriver en Occident dès le 18 mars, et jamais plus tard que le 15 avril; en Orient, au contraire, il ne pouvait tomber que le 21 mars, et souvent était reculé jusqu'au 18 avril. Enfin, les Latins fixèrent que la Pâque n'arriverait plus avant le 16 du mois, et les Alexandrins qu'ils ne la célébreraient pas avant le 15. Mais de ces différences il résulta que dès Tan 387 Rome célébrait déjà Pâques le 1 8 avril, pendant que cette fête n'était solennisée que le 25 à Milan et à Alexandrie. En 444, il y avait presque un mois entre les deux Pâques alexandrine et romaine, ce qui détermina le pape Léon à reporter le jour pascal au 23 avril, adopté par les Alexandrins. Après la mort de ce pape, Rome adopta le cycle de cinq cent trentedeux ans, inventé par Victorius d'Aquitaine , et qui se rapprochait davantage du calcul d'Alexandrie. Complètement d'accord avec ce calcul, le cycle de Denis- le-Petit fut enfin adopté vers le milieu du VIe siècle et rétablit l'unité dans la célébration du jour de Pâques pour Rome et pour Alexandrie.

Dès son origine , l'Eglise de Bretagne avait adopté le cycle pascal romain. Quand Augustin et ses compagnons romains abordèrent dans cette île, ils y trouvèrent l'ancien cycle de quatre-vingt-quatre ans et le même calcul que pratiquait Rome avant l'adoption du cycle de Denis, avec celte seule particularité que les Bretons célébraient la Pâque dès le quatorzième jour du mois, s'il se trouvait être un dimanche, pendant que les Romains, dans ce cas, attendaient au seizième jour.

Le pape Grégoire ayant donné à saiut Augustin juridic-

lion sur tous les évoques bretons, celui-ci employa son aulorilé pour réformer les églises bretonnes , encombrées d'abus, et notamment pour rétablir l'harmonie dans la célébration du jour pascal. Mais la conscience même des vices introduits dans leur discipline ecclésiastique, et le pencbant de l'évéque Augustin pour les Saxons, leurs irréconciliables ennemis, éloigna les Bretons de l'obéissance à ce prélat. Plusieurs de leurs évêques se laissèrent, il est vrai, attirer, par l'influence du roi Etbelbert, à une conférence avec Augustin; mais toutes ses raisons et ses prières ne purent les déterminer à abjurer les usages tombés cbez les Latins en désuétude, et que les Bretons regardaient toujours comme un pieux béritage de leurs ancêtres. Augustin proposa enfin de remettre la décision de celte querelle au jugement de Dieu, manifesté par un miracle. Les Bretons y consentirent quoiqu'à regret; un Anglo-Saxon aveugle fut introduit, et les évèques bretons n'ayant pu le guérir, Augustin lui rendit la vue par ses prières. Toutefois les Bretons demandèrent qu'on assemblât un second synode plus nombreux, vu qu'ils ne pouvaient, sans l'approbation des leurs, abolir d'antiques usages. A la seconde assemblée parurent sept évèques bretons et plusieurs savants moines du couvent de Bangor. Ils avaient d'abord interrogé un ermite jouissant d'une réputation de sainteté et qui leur avait dit de se conformer aux désirs d'Augustin, s'il leur parlait avec douceur et modération, mais de le repousser avec dédain dans le cas contraire; que s'il se levait à leur approebe, ils devaient le prendre pour un homme humble et doux ; que s'il restait assis, c'était un orgueilleux qui ne méritait pas d'être écouté. Il arriva par hasard qu'Augustin , à l'arrivée des Bretons, resta assis; en conséquence, ils décidèrent de lui refuser toutes ses demandes. Il en exposa trois : qu'ils célébrassent la Pàque le même jour que Rome, qu'ils administrassent le baptême suivant le rite romain, qu'ils se missent en communication plus intime avec lui et avec ses frères, pour qu'ils pussent ensuite de concert porter I'Kvangile

chez les Anglo-Saxons (I). Les Brelons ne lui accordèrent aucun de ces trois points; ils déclarèrent déplus ne pas le reconnaître pour leur archevêque; car, disaient-ils entr'eux, si maintenant il ne se lève pas même pour nous saluer, combien ne nous mépriserait-il pas encore davantage si nous nous soumettions à lui, Irrité de leur entêtement, Augustin iinit par leur prédire que, puisqu'ils ne voulaient rien faire pour la conversion des Anglo-Saxons, ils en seraient punis par ce peuple même. Cette prédiction, comme le dit Bède , s'accomplit; huit ans après la mort d'Augustin , le roi païen deNorthumbric, Edilfrid, pénétra avec une armée chez les Bretons, qui marchèrent au-devant de lui, accompagnés d'un grand nombre d'ecclésiastiques, surtout de moines de Bangor. Gomme ces derniers, pendant la bataille, réunis dans un lieu à part, levaient les mains au ciel en priant, Edilfrid s'écria: puisqu'ils invoquent leur Dieu, ces hommes, quoique sans armes, combattent de fait contre nous; et il les fil charger si violemment que douze cents d'entr'eux périrent , et il n'en échappa que cinquante.

Depuis sa fondation par saint Patrik, l'Église irlandaise employait aussi le cycle de quatre-vingt-quatre ans, mais tel que Sulpice Sévère l'avait corrigé dans les Gaules, c'està-dire en admettant que le dimanche pascal pouvait tomber le quatorzième jour de la lune , vu qu'en réalité le seizième jour, terme le plus avancé où, dans le système romain, Pâques pût arriver, n'était que le quatorzième jour de l'ancien cycle. Ce calcul corrigé avail été introduit par Patrik en Irlande, d'où Colomban et ses disciples l'avaient porté dans le

(1) Le clergé breton parait avoir été alors assez déréglé. Il différait de Rome en baptisant sans l'addition de l'huile , en trouvant canonique la consécration épiscopale par un seul évêque et en employant pour l'Eucharistie du pain azyme , tandis que Rome et tout l'Occident se servaient de pain fer meute. Quant aux dogmes, il les avait conserves purs.

nord et le sud de la Bretagne. Pendant ce temps les Romains avaient adopté la méthode alexandrine, et dans le calcul breton et irlandais, qui admet que le dimanche pascal peut arriver même le quatorzième jour de la lune, ils croyaient retrouver l'ancienne erreur des quarlodécimants, ne remarquant pas que ce quatorzième jour était le même qu'ils avaient auparavant nommé le seizième, et que du reste la Bretagne, comme l'Irlande, ne fêtait Pâques le 14 que s'il se trouvait être un dimanche. Les Irlandais ne furent avertis de ces différences qu'en 609, par une lettre de l'archevêque de Cantorbéry, Laureutius,et des évêques Mellitus et Justus. Mais on n'en conserva pas moins l'ancien calcul jusqu'à ce que, en 630, le pape Honoriusl" écrivit à ce sujet à l'église d'Irlande. Les évêques et abbés du midi de celte île se réunirent il Old-Leighlin. Là les principaux prélats déclarèrent que, conformément à la tradition reçue de leurs prédécesseurs, ils se croyaient ternis à observer les ordonnances des successeurs des Apôtres, et qu'en conséquence ils étaient décidés à célébrer désormais Pâques le même jour que l'Église universelle. Des obstacles inattendus venant s'opposer à l'exécution de ces résolutions, on envoya des députés à Rome, comme à la mère commune; ces envoyés, à leur retour, décrivirent comment ils avaient vu à Rome des représentants de tous les pays chrétiens les plus éloignés et les plus différents , s'accorder sur le jour pascal. Dès-lors, c'esl-à dire depuis l'an 633, le nouveau cycle pascal romain régna dans le sud de l'Irlande, dans le Munster, une portion du Connaught et la plus grande partie du Leinsler. Le moine Cummian composait alors son traité sur la Pàque, dédié à l'abbé Segienus de Hy, dont les moines, zélés partisans du cycle irlandais, murmuraient contre Cummian, qui avait adopté le nouveau cycle romain. Cummian, pour sa défense, disait entraulres choses: « Y a-t-il rien de plus dé- » raisonnable que de prétendre que Rome, Alexandrie, Jé- » rusalem . Anlioche et le monde entier se trompent . que o seuls les Scots et les Bretons ont raison! »

Le nord de l'Irlande commença aussi à s'agiter au sujet du jour pascal; l'archevêque d' Armagh, Thomian, plusieurs évêques et nombre d'ecclésiastiques en écrivirent au pape : mais leur lettre étant arrivée au moment de la mort du pape Sévérin , resta quelque temps sans être ouverte. Il y fut répondu en 640, pendant la vacance du Saint-Siège, par les chefs du clergé romain. Celte réponse prouve que l'on se faisait , même à Rome, une fausse idée des causes et de la nature du débat; car on y reproche aux partisans du calcul irlandais de renouveler l'ancienne hérésie des Quartodécimants et de fêter la Pàque comme les Juifs. De pareils malentendus, joints à l'influence des moines de Hy dans tout le nord de l'île, firent naturellement rester les choses dans l'ancien état. Le vieux cycle fit même des prosélytes; saint Aïdan, évoque de Lindisfarne, l'introduisit en Northumbrie; et, comme sous son successeur Finan, ancien moine de Hy, des ecclésiastiques de Kent et de France vinrent aussi en missionnaires dans la Bretagne septentrionale, ce pays, qui est aujourd'hui le Northumberland et le sud de l'Ecosse, devint le théâtre des querelles pour le jour pascal. Un Irlandais, Nonan, qui avait appris sur le continent le calcul le plus exact, et le diacre Jacob, que Paulinus avait laissé à York, étaient à la tête de ceux des North umbres qui fêtaient Pâques à la romaine; avec eux tenait la reine Eanûeda; le roi Oswio, au contraire, soutenait avec î'évêque Finan l'ancien cycle irlaudais. Il en résultait que pendant que les uns étaient dans la joie pascale, les autres se trouvaient encore dans les jeûnes préparatoires. Cette diversité devait introduire un dérangement funeste dans la discipline, parce que toutes les fêtes mobiles se réglaient sur celle de Pâques. L'Irlandais Colman, également moine de l'ordre colombanique, ayant succédé à Finan. en 66 1, sur le siège de Lindisfarne, la querelle pascale se renouvela et s'étendit cette fois à une autre question, bien moins importante, celle de la forme des tonsures. Rome paraît n'avoir fait aucune attention à ce dernier point; mais nouveaux convertis, les

Anglo-Saxons dont plusieurs, comme Wilfrid el son parti, étaient plus zélés pour Rome que les Romains eux-mêmes, ne voulaient rien faire qu'à la romaine, et attachaient un grand prix à des choses indifférentes. A Rome, on se rasait le haut de la tète, laissant à fentour une couronne de cheveux; en Irlande et en Bretagne, on ne se rasait que le devant de la tète, en forme de demi-lune, et on laissait les cheveux croître par derrière, sorte de tonsure que certains moines du continent avaient portée d'ahord (1). Wilfrid et les siens prétendaient que la tonsure romaine venait de l'apôtre saint Pierre, mais que la tonsure irlandaise avait pour auteur Simon le magicien; on ignore sur quels faits s'appuyait cette étrange polémique, dont le hut était de faire rejeter la tonsure nationale, comme venant du père des hérétiques.

Après avoir passé une partie de sa jeunesse parmi des Irlandais, au couvent de Lindisfarne, Wilfrid était allé à Rome, où l'archidiacre Roniface lui avait enseigné le calcul pascal romain; et, de retour dans sa patrie, il avait gagné la confiance et l'amitié de son élève Alchfrid, qui régnait en Northumbrie , de concert avec son père Oswio. Il en reçut le couvent de Rippon, dont les moines avaient mieux aimé l'ahandouner que de renoncer au cycle et à la tonsure d'Irlande. En 664, les troubles, causés par ces différences, provoquèrent enfin, pour rétablir l'uniformité, uue conférence au couvent de religieuses de Slrcnœshaleh (Whithy), era furent présents les deux rois Oswio et Alchfrid. L'évêque Colman avec son clergé scot, l'abbesse Hilda et l'évoque Gedd parurent comme défenseurs des usages irlandais; Wilfrid, l'évêque Agilbertet son ami le prêtre Agathon , enfin Nonan et Jacob, plaidèrent pour le rite romain. Colman parla le premier, s'appuya de la tradition des ancêtres et de l'apôtre saint Jean qui. avec toutes les églises soumises à

( i ) \ oir Paulin de Noie, pp.

sa direction, avait fêté Pâques de la même manière. Wilfrid répondit très-sensément que Jean fêtait lapâqueavec les Juifs le quatorzième jour du mois , sans égard au jour de la semaine, tandis que les Irlandais ne célébrant cette fête qu'un dimanche, ne pouvaient s'appuyer de l'Apôtre. Mais Wilfrid^ cette observation juste, joignit une erreur, celle que le cycle romain d'alors datait de saint Pierre, et était toujours resté le même. La vraie raison de l'attachementjobstiné des Irlandais à leur cycle pascal se trouve dans celte question de Golman : peut-on admettre que le vénérable Coloniban et ses saints successeurs, hommes éprouvés par le don des miracles, se soient trompés et aient agi contrairement à l'Écriture? Wilfrid répliquait que, même en admettant que ces saints hommes aient suivi par ignorance un cycle pascal inexact, le culte qui leur est dû n'en reçoit aucun échec ; mais que leurs descendants , mieux instruits , pécheraient s'ils n'acceptaient pas les décisions connues du siège apostolique et de l'Église universelle, le véritable sens des Écritures. Ici Wilfrid allait trop loin. Dans cette querelle, purement astronomique, l'Écriture ne pouvait être invoquée ni pour, ni contre, et l'Église universelle n'avait pris aucun parti : les seuls quartodécimants judaïsantsavaient été rejetés de l'Église, et on ne pouvait leur comparer les Irlandais, qu'en dénaturant tout à fait l'état de la question.

Mais ce qui produisit sur l'assemblée et sur Oswio, l'ami des Irlandais, une impression décisive, ce fut l'autorité de saint Pierre et de ses successeurs que Wilfrid opposa à celle de saint Colomban , invoquée par l'autre parti. Colman dut avouer que Pierre seul et non pas Colomban avait reçu du Christ les promesses et la puissance; et sur cet aveu, le roi Oswio se déclara en faveur du rite romain. La forme de la tonsure ne fut point discutée; elle était tellement subordonnée à la question pascale, que ceux qui abandonnaient le cycle irlandais pour le romain adoptaient en même temps la tonsure romaine, dite corona.

Fermement résolu à défendre la pàque irlandaise, Col-

man donna, en 66<i, sa demission de J'évèché de Lindisfarne, et avec les moines irlandais de son couvent et une partie de ses disciples anglais, il quitta le pays. Il eut pour successeur sur son siège Tuda , qui, formé et ordonné dans l'Irlande du Sud, adhérait au rite romain; mais celui-ci mourut bientôt. York reçut alors pour évèque un élève de saint Àïdan, Céadda : et un autre élève du même maître, nommé Eata, d'abord abbé de ceux des moines anglais qui étaient restés au couvent de Lindisfarne , monta sur le siège episcopal de cette ville. Quant à Golman et aux moines scots et anglais qui l'avaient suivi, ils allèrent fonder, sur la côte ouest d'Irlande, un couvent dans l'ile d'Innisboffin. Là, les moines des deux nations s'étaut querellés, les Anglais furent transférés à Mayo, où ne tarda pas à se former un grand monastère, qui, au VIIIe siècle, était encore exclusivement peuplé d'Anglais. Ces derniers moines acceptèrent le rite romain, et Bède dit qu'ils vivaient sous leur abbé du travail de leurs mains et dans une grande pureté de mœurs.

Adamnan , abbé de Hy depuis 679 et général de tout l'ordre colombanique, étant allé, en 701, comme député des Irlandais, à la cour du roi Alfred de JNortliuinbiïe, se convainquit des avantages religieux que produiraient l'acceptation du cycle romain at le rétablissement de l'unité de rites. De retour parmi les moines de Hy, il s'efforça de répandre sa conviction dans tous les couvents de son ordre. IN'y ayant pas réussi , il passa . l'an 703 , en Irlande , où ses efforts furent tels qu'il détermina presque toutes les églises du nord de l'île , excepté celles qui dépendaient de Hy, à prendre le cycle pascal de Rome. L'année suivante, Adamnan mourut à Hy. Ce qu'il n'avait pu accomplir fut enfin consommé par le prêtre anglais Egbert, qui, après un long séjour en Irlande, aborda à Hy en 716 et parvint à persuader aux habitants de ce monastère d'adopter le cycle de Home et la tonsure romaine. La longue querelle fut ainsi terminée et l'uniformité fut rétablie partout , jusque dans les districts bretons de l'ouest.

L'histoire de ces débats nous moutre des deux côtés une grande exagération et des accusations injustes , le siège romain seul fait preuve de libéralité et de modération ; loin de voir dans l'attachement au cycle irlandais un penchant au schisme ou à l'hérésie , il canonisa comme saints, même durant la querelle , les deux hommes qui avaient le plus ardemment défendu l'ancien cycle, Aïdan et Colomban de Luxeu , dont les noms furent inscrits au martyrologe romain. Mais Wilfrid et même Bède donnaient à cette question une importance presque dogmatique. Wilfrid voyait dans les évêques, ses antagonistes, des quartodécimants, des schismatiques séparés de Rome, et pour cela ne voulait recevoir l'onction épiscopale ni d'eux, ni de ceux qu'ils avaient consacrés ; ce qui ne l'empêcha pas d'être convaincu de l'orthodoxie des églises bretonne , irlandaise et picte , au point de prononcer, au nom de ces églises , une profession de foi solennelle dans un concile romain de cent vingt-cinq évêques.

Quant aux Bretons , ils apportaient dans le débat une amertume et une hostilité dirigées surtout contre les Anglo- Saxons, leurs oppresseurs, dont la question pascale n'était que le prétexte. Aussi les églises irlandaises des deux îles avaient déjà toutes accueilli le rite romain , que les Bretons traitaient encore les Anglo-Saxons comme s'ils eussent été des païens. Dans son aversion , le clergé de Demetia allait jusqu'à regarder comme souillés les vases dont un prêtre anglais s'était servi et les faisait soigneusement purifier avec du sable ou de la cendre. Tout Anglo-Saxon obligé d'établir son domicile parmi des Bretons n'était reçu à la participation des sacrements qu'après une pénitence publique de quarante jours.

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