‹ Origines du ChristianismeChapitre 55 sur 69 · II · texte numérisé non relu

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des églises qui prolongèrent avec peine leur existence et con tinuèrent dénommer leurs évêques, ne purent toutefois sauver leur histoire de l'oubli : et les annales chrétiennes de la Germanie d'alors ne se retrouvent plus que par fragments, dispersés dans les légendes des Saints et les signatures des conciles. Au VIIe siècle seulement, l'histoire commence à devenir plus claire, et laisse voir d'une manière plus précise la marche et le progrès de la conversion des diverses tribus allemandes.

Yindonissa, en Helvétie, était le siège d'un diocèse qui s'étendait sur une grande partie de l'Allemannie , encore païenne. Les contins de ce vaste diocèse , du côté d'Augsbourg, de Bâle (Augst), de Strasbourg, de Lausanne et de Chur, sont tracés, en 630, par le roi Dagobert Ier, dont le diplôme, qui a été perdu, est mentionné plus tard par l'empereur Frédéric Ier. Bubulcus, qui assistait, en 517, au concile d'Epaona, est le premier évêque connu de Vindonissa; son successeur, Maxime, transféra, de 553 à 561, son siège sur le lac de Constance, dans la ville de ce nom, soit à cause de l'augmentation des chrétiens allemands, soit parce que Vindonissa, détruite, n'était plus habitable. L'évêché d'Aventicum (Avenche, près de Berne) paraît avoir été fondé plus tard; son évêque, Superius, prit part en 535, au synode de Clermont. L'auteur d'une chronique de cette époque, Marius, l'un des prélats assistants, en 584, au synode de Mâcon, semble avoir établi le premier son siège à Lausanne, car d'anciens monuments le nomment évêque d'Avenche et de Lausanne. Les signatures du concile d'Epaona (517), parmi lesquelles se trouve un Maxime de Genève (Genava ou Gebenna) , sont la seule preuve qu'il y avait alors dans cette ville un siège episcopal. Une des plus anciennes églises était celle d'Octorum, dans le Valais, dontl'évêque Théodore siégeait déjà, en 381, au concile d'Aquilée; mais depuis 584 ces prélats prenaient leur titre de Silten et non plus d'Octodurum. La Rhétie avait aussi, au milieu du Ve siècle, un évêque à Chur; et au concile de Chalcedoine,

Abundantius, évèque de Como, signa au nom de l'évêque de Chur, Asimon.

Sous la domination des Francs, l'idolâtrie disparut peu à peu du sein de l'Allemagne; des missionnaires d'Irlande y venaient avec intrépidité prêcher la foi. L'un d'eux, Fridolin, après de longs travaux apostoliques en France, avait fondé vers l'an 511, dans une île du Rhin, au-dessus de Bàle, le couvent de nonnes de Seckingen, et prêché l'Évangile sur les deux rives du ûeuve. Cent ans plus tard, saint Colomban et ses disciples parurent chez les Allemands du lac de Constance , en grande partie idolâtres.

Colomban, d'abord moine au grand couvent irlandais de Bangor, sous la direction de saint Ccmgall, passa, en 590, avec douze frères dans les Gaules, qui avaient alors un pressant besoin de missionnaires éclairés et actifs pour obvier aux progrès croissants de la barbarie parmi le peuple, et préserver le clergé indigène de la chute dans l'indifférence et l'immobilité intellectuelle. Une quantité de personnes venant se mettre sous sa direction , il fonda dans une solitude des Vosges le couvent de Luxeu , et se vit bientôt forcé d'en élever dans le voisinage un second, plus tard appelé Fontaines. Quoique demeurant parmi les Francs, il célébrait la pâque à l'irlandaise, ce qui lui attira des reproches de la part des évêques du pays et le décida à écrire au pape Grégoire Ier une défense de son cycle pascal. En 602, il écrivit de même à un concile d'évêques francs, qui s'étaient réunis à son sujet, et leur déclara sa résolution de conserver le cycle que lui avaient légué les Saints de l'Église d'Irlande; il invoqua de nouveau l'appui de Rome, et demanda à l'un des successeurs du pape Grégoire la permission de garder ses usages, qui n'étaient point contraires à la Foi, priant qu'on ne le troublât pas plus qu'il ne troublait les autres : « nous désirons, disait-il , la paix et une union comme celle » qui liait entr'eux Polycarpe et le pape Anicet. »

Bientôt Colomban fut persécuté par Bruuehaud, grand'mère du jeune roi burgonde, Théoderic. Cette femme am-

bilieuse avait jeté son petit-fils dans des débauches précoces pour pouvoir plus aisément le conduire et gouverner en son nom. Mais le jeune roi, qui vénérait Colomban, ému de ses reproches, lui ayant promis de se corriger, la reine i fi enlever par des soldats, en 6 10. le saint personnage du couvent de Luxeu , et le bannit avec tous ses Irlandais et ses Bretons. Ils furent conduits vers la côle ouest de France, pour y être embarqués; cependant le navire fut rejeté par les vagues sur la rive du continent, où le maître du vaisseau les laissa libres. Ils vécurent quelque temps à Nantes; puis après s'être arrêté dans les états de Clotaire, Colomban se rendit près du roi d'Austrasie, Théodebert, qui l'invitait à se choisir une demeure dans son royaume. Il remonta le Rhin, la Limât et le lac de Zurich ; et près des bouches de la Limât, à Wangen, non loin de Tuggen, il s'établit avec ses disciples au milieu des païens. Un de ses moines, Gall , ayant jeté dans le lac des objets destinés en sacrifice à Wodan, et ayant mis le feu au temple de cette idole, le peuple irrité voulut tuer le téméraire et flageller Colomban. Ils fuirent de ce lieu vers Àrbon, sur le lac de Constance, où un prêtre, Willimar, leur donna l'hospitalité et leur indiqua , comme le meilleur point pour leur établissement, les environs de la v le détruite de Bregenz. Là, Colomban se mita travailler àlaconversiondesSouabes; il s'enhardit bientôt jusqu'à faire briser par Gall trois idoles d'airain, très-vénérées du peuple, et changea en église le temple qui les contenait. Un couvent s'éleva près de l'église, et l'apôtre et ses compagnons y vivaient du travail de leurs mains. Cependant Brunehaud et Théodoric, ayant vaincu Théodebert, en 612, devinrent puissants en Allemagne ; et les païens ayant tué à Colomban deux disciples, il quitta cette contrée pour passer en Italie. C'est alors qu'il écrivit de Milan sa lettre, déjà mentionnée, au pape Boniface IV, au sujet des trois chapitres; il fonda dans les Apennins, en 613, le couvent de Bobbio, où il mourut deux années après, âgé de soixante-douze ans.

Son disciple, Gall, qu'une maladie avait retenu en arrière,

se choisit un ermitage dans un vallon, sur le torrent de Steinach, guérit la filledu duc allemand Geuzo, et, sur l'invitation de celui-ci , alla assister dans la ville de Constance à l'élection de l'évèque, pour laquelle se trouvaient réunis les prélats Flavien d'Autun, Hermanfrid de Verdun, Athanase de Spire. Tous proclamèrent comme le plus digne Gall , qui refusa cet honneur, sous prétexte qu'il était étranger, et recommanda son élève, le diacre Jean, né dans le pays. Ce dernier, qui s'était caché, fut donc amené et sacré; à sa première messe, Gall prononça un sermon, qui nous est resté. Il se retira ensuite dans sa solitude; et lorsque, en 625, les moines de Luxeu lui députèrent six Irlandais de leur couvent pour le prier de devenir leur ahbô, il refusa cette dignité, afin de ne point abandonner ses Allemands païens ou seulement à moitié convertis. Il mourut, occupé d'eux, à Arbon, âgé de quatre-vingt-quinze ans, en 645. Son tombeau devint bientôt un lieu de pèlerinage très-fréquenté. Ses disciples continuèrent à vivre suivant la règle sévère de saint Colomban, dans le cloître nommé aujourd'hui Sankt-Gallenzelle. Deux d'entre eux s'en allèrent prêcher les païens : l'un , Théodore , à Kempten, où il fonda un nouveau couvent; l'autre, Mang, à Fiïszen, sur le Lech, où il mourut, en 666.

Dans cette partie de la Pannonic, appelée maintenant la Styrie, subsistait, depuis la fin du IIIe siècle, l'évêché de Petau, dont le prélat, Marcus, en 380, fut chassé par l'évèque arien Julianus Valens, appuyé des Golhs; mais le peuple catholique ne pouvant le souffrir, l'arien dut bientôt faire retraite vers Milan. On ignore l'origine de l'évêché de Cilly (Celeja), dont l'évoque Jean, en 558, parut au concile d'Aquilée. Dans la deuxième moitié du Vs siècle, Paulinus était évêque a Tiburnia,en Carinthie, ville que d'autres prennent pour Ratisbonne. Par leur liaison avee la métropole Aquilée, plusieurs prélats de ces contrées furent entraînés dans le schisme de celte époque. Les rois d'Auslrasie ayant alors subjugué une partie de l'Italie et les districts

allemands voisins, l'épiscopat frane se permit d'arracher trois de ces diocèses au schisme, en y plaçant des évêques de son choix, acte dont se plaignirent, en 590, les évêques de la province d'Aquilée auprès de l'empereur grec , Maurice. Ils nomment ces trois églises violentées par les Francs, Beconensis, Tiburniensis et Augustana. Sur la première, on n'a que des conjectures ; Augusta peut avoir été Cilly, mais aussi Augsbourg. Toutefois on ignore si Augsbourg avait alors un évêque ; la liste des prélats de cette ville, jusqu'au VIIIe siècle , ne se lie à aucun événement. Obscure rivale d'Aquilée, s'élevait aussi l'antique métropole de Laureacum (Lorch) , d'où la haute et la basse Pannonie avaient reçu les lumières de la Foi , comme l'attestent les bulles des papes Symmaque et Agapet II. Petau en Styrie et Sciscia (Sissek) en Croatie étaient probablement dépendantes de Lorch. Un évêque de Sciscia, Marcus, assistait, en 347, au synode deSardique; de Lorch, on ne connaît que deux évêques, Constance, mentionné dans la vie de Sévérin, et Théodore, à qui le pape Symmaque donna, l'an 50O, le pallium en termes qui prouvent que plusieurs de ses prédécesseurs avaient déjà reçu ce signe de dignité.

Bans la partie de la Rhétie qui forme le Tyrol actuel , Trente et Brixen étaient sièges épiscopaux depuis le IVe siècle, où l'on cite déjà Abundantius et Vigilius de Trente, Philastrius et Gaudentius de Brixen. L'évêché de Sabiona ou Seben en Tyrol est postérieur; son premier évêque connu, Ingenuinus, vers la fin du VIe siècle, prit, comme son contemporain l'évêque de Trente , Agnellus , part au schisme d'Aquilée. Plus ancienne, l'église d'jEmona (Laibach) avait son évêque Maxime présent aussi à Aquilée en 381.

Natif de Belgique , saint Valentin parut en 440 dans ie castel romain de Castra-Batava (Passau) , au confluent de l'Inns et du Danube, et se mit à prêcher tant aux païens qu'aux ariens, la doctrine orthodoxe. Sentant bientôt qu'il avait besoin d'être confirmé dans cette mission par le siège apostolique, il partit pour Rome, où le pape Léon lui donna

pleins pouvoirs et le renvoya à Caslra-Balava. La haine des païens et des ariens le força de s'en aller de nouveau à Rome. Là le pape le sacra évêque et lui permit , s'il était chassé une troisième fois, de se tourner vers d'autres peuplades. A son retour sur le Danube, ayant été maltraité par les païens et les ariens et renvoyé de la ville , il gagna la haute Rhélie (Alpes tyroliennes) , où il réussit à baptiser beaucoup d'indigènes et mourut enfin d'une sainte mort.

Peu de temps après, vers l'an 454, parut en Pannonie et en INorique , saint Sévérin , que l'on croit né en Afrique. Apportant des secours physiques et spirituels aux chrétiens dispersés et malheureux de ces contrées , il sut se faire craindre et vénérer par les chefs barbares des Germains et employa son ascendant sur eux à défendre les Romains tombés en leur pouvoir. Il résidait principalement dans le district de Fabiana (Vienne) et dans celui de Passau ; il avait une cellule près de Vienne, aux environs de laquelle s'éleva un monastère dont les pieux habitants contribuèrent par leurs prédications à étendre la foi en Pannonie et en INorique ; il avait aussi fondé un petit couvent près de Passau , mais prévoyant bientôt la ruine de cette ville, il persuada aux habitants de se retirer avec lui à Lorch, et réellement ceux qui ne le suivirent pas , surpris par les Thuringiens, furent ou massacrés ou emmeués comme esclaves.

A sa mort, arrivée en 482, dans son couvent, près de Vienne, Sévérin prophétisa que tous les chrétiens romains évacueraieni la INorique, qui serait complètement ravagée. Cette évacuation s'accomplit au bout de six ans; Juvavia (Salzbourg), Reginum (Ratisbonne), Quintana (Osterhofen) et Custra-Batava étaient déjà changés, par les Allemands, lesHéruIes, les ïhuringiens, en amas de décombres; les chrétiens fugitifs du haut Danube s'étaient réunis à Lorch, d'où il leur fallut se diriger vers l'Italie, sous la protection d'Odoacre. Toutes les villes et les caslels romains étant dé- Iruits, Lorch même ayant été rasée par les Slaves, le pays resta désert jusqu'en 520. et le christianisme paraît en avoir

disparu entièrement. Trois peuplades germaines, les Allemands, les Bavarois, les Thuringiens, s'étaient partagé la Germanie méridionale. On ne connaît pas les origines des premières églises fondées parmi les Bavarois, émigrés en Norique et en Vindelicie : leur union avec les Francs, dont ils étaient tributaires , dut aplanir le chemin aux missionnaires; et vers la fin du VIe siècle un de leurs ducs, Garibald, père de Théodelinde, était chrétien. Son parent, le duc Théodo, qui gouvernait une autre partie de la Bavière, quoique païen, comme tout son peuple, invita près de lui saint Rupert, évêque de Worms : sans doute il voyait dans l'adoption du christianisme un moyen de se lier plus étroitement avec la cour d'Austrasie, comme Garibald s'était lié avec la cour des Lombards. Rupert vint à Ratisbone en 580 ,' instruisit le duc et le baptisa avec beaucoup de ses sujets, nobles et plébéiens; puis il descendit le Danube jusqu'aux confins de la basse Pannonie. Sur le lac nommé Wallersée, près de Salzbourg, il bâtit une église, appelée depuis l'église du lac (Seekirchen) , et se choisit pour résidence l'ancien emplacement de Juvavia, dont Théodo lui fit présent, ainsi que des terres environnantes. Rupert y construisit une église en l'honneur de saint Pierre, puis un couvent à l'ombre duquel beaucoup de colons vinrent se fixer, de sorte que Juvavia sortit enfin de ses ruines sous le nom de Salzbourg. Ayant fait un voyage en France , Rupert en ramena sa nièce, Ehrentrud, et douze prêtres ou moines missionnaires. Salzbourg devint le premier évêché Bavarois et la mère de beaucoup d'églises en Bavière , Autriche , Styrie et Carinthie. Son monastère devint une école pour les ecclésiastiques, et le couvent de femmes qu'Ehrentrud fonda sur le Wonnberg, ouvrit également une école pour le sexe féminin. Après quarante ans de pieux travaux, Rupert mourut eu 623; c'est l'apôtre de la Bavière. Peu avant sa mort, Eustase, élève de saint Colomban, était arrivé dans ce pays avec son ami Agilis sur l'invitation du roi franc Clotaire II ; mais bientôt , découragés par les difficultés, ils re-

vinrent dans leur couvent de Luxeu , où Eustase mourut en 625.

L'évêque franc Emmeran vint, en 652 , à Ratisbone, séjour du duc Théodo , avec la résolution d'aller évangéliser les Avares de Pannonie. Mais le duc bavarois retint de force l'évêque en Bavière pour qu'il y acbevàt l'instruction de son peuple nouvellement converti et éclairât ceux qui étaient encore païens. Emmeran travailla trois ans avec succès à cette œuvre, puis il partit pour Rome, ayant auparavant autorisé la fille du duc, qui était enceinle, à le désigner comme son séducteur, afin de la sauver elle et le coupable par ce sacrifice de sa propre réputation. Cependant le fils du duc, Landpert, courut après l'évêque, et le fit périr cruellement en lui coupant les membres les uns après les autres.

Si maintenant l'on se tourne vers le Rhin, on y trouve au IVe siècle, à Argentoratum ou Strasbourg, une église dont le premier évêque , Amandus , assista au synode de Sardique. Interrompue au Ve siècle, la succession des évoques est rétablie au VIe, mais n'offre qu'une liste sans faits jusqu'à saint Amandus II, qui de Strasbourg passa à Maèstricbt, en 646. Rothar,à qui Amandus avait cédé le siège de Strasbourg, eut pour successeurs deux Irlandais, Arbogaste et Florenlius (673-693); ils étaient probablement venus avec le roi Dagobert, qui, dans sa jeunesse, avait trouvé un refuge en Irlande.

Spire (Augusta-Nemetum) avait pour évêque, au IVe siècle, Jessé, envoyé du siège romain, dont le nom se trouve parmi les signatures du synode de Sardique. La province Germania prima embrassait alors la métropole de Mayence et les diocèses sulîragants de Strasbourg, Spire et Worms (Civitas-Vangionum). Hilaire de Poitiers nomme les évêques de ces sièges les premiersdanssa lettre sur les conciles adressée, en 358, au corps episcopal des Gaules. L'église de Spire disparut , comme tant d'autres, pour un long espace de temps, dans le tourbillon des invasions barbares; entre Jessé et Alhanase, qui vivait au milieu du VIIe siècle, on ne cite plus d'évê-

ques à Spire. Les commencements de l'église de Mayence sont ténébreux; on n'a qu'une liste vague de ses évêques jusqu'à l'an 546. Pourtant on range parmi eux saint Aureus, qui, d'après le martyrologe romain, fut, en 451 , massacré par les Huns, avec sa sœur et beaucoup de chrétiens, dans l'église de celte ville. Le souvenir de l'évèque Sidonius a été conservé par l'éloge que lui donne, en 547, le poète Ve uanliusForlunatus.

A la fin du III6 ou au commencement du IVe siècle , Maternus, Eucharius et Valerius fondèrent l'église de Trêves; ils étaient sans doute venus de Rome ; de là la tradition que saint Pierre lui-même les avait envoyés. Maternus quitta Trêves pour aller prêcher les Ubiens et les Eburons; il fonda ainsi l'évêché deTongres, et mourut enfin évêque de Cologne. Le premier évêque en titre de Trêves paraît avoir été Agrœcius, qui parut au concile d'Arles en 314. Il fut suivi par saint Maximin, qu'on voit au synode de Sardique, puis par Paulinus, que Constance condamna à l'exil pour son opposition courageuse à l'arianisme. L'évèque Félix reçut, en 386, l'ordination de la main des Ithaciens qui se trouvaient à Trêves, par suite des troubles priscillianistes, et il fut pour cela excommunié, en 398, au synode de Turin. Durant les migrations barbares, Trêves fut ravagée quatre fois, et quoique le Ve siècle offre treize noms d'évêques de Trêves, il est réellement douteux que la succession se soit maintenue dans cette église. Elle se releva peu à peu depuis la conversion de Clovis et retrouva sa première splendeur grâce au mérite de plusieurs de ses évêques. Parmi eux se distingue saint INicetius de Limoges, qui, n'étant encore qu'abbé, réprimanda le roi Théoderic si librement et l'excita au repentir avec tant de zèle, que celui-ci, après la mort de saint Aprunculus, crut devoir le faire élire évêque de Trêves (527).

Une antique tradition donne à l'église de Metz pour fondateur et premier évêque Clément, venu probablement de Rome au commencement du IV* siècle. Parmi ses succès-

seurs, Sperus ou Hesperius, présent au concile de Clermont, en 535, est le seul connu historiquement., jusqu'à saint Arnoulf, ancêtre de Charlemagne, et la gloire de celte église. D'abord, au service du roi d'Austrasie,Théoilebert II, Arnoulf avait engendré deux fils; puis, de conceit avec sa femme, s'élait voué à la conlinence: en 611, le peuple et le clergé de Metz le demandèrent pour évoque à la mort de Pappolus; quoiqu'il fût encore laïque, la réputation de ses vertus fit passer par-dessus les lois de l'Église, et on lui donna la consécration épiscopale. Devenu , en 623 , premier ministre du jeune roi d'Austrasie , Dagobert , il exécuta , au bout de trois ans, en dépit des efforts et même des menaces du roi, sa résolution de renoncer entièrement au monde. Il fit élire saint Goerich pour son successeur, et se relira dans les Vosges, où il soigna plusieurs lépreux de ses mains. Enfin, il s'enferma dans une cellule, où il mourut, en 640. Un de ses deux fils, saint Chlodulf, devint également, en 650,évêque de Metz. — L'église de Verdun honore comme son fondaleursaint Sanktius,disciplede saint Denis, premier évoque de Paris, qui l'avait d'abord sacré pour l'évêché de Meaux ; de là il passa, en 332, à Verdun dont il fut le premier pasleur durant vingt-un ans. De ses successeurs on n'a conservé que les noms ou d'incertaines légendes; l'histoire ne commence pour eux qu'aux VIe et VU siècles. — A Toul , la ville des Lcuciens, le premier missionnaire paraît avoir été saint Mansuetus, prélenlu disciple de saint Pierre, et qui vivait au IVe siècle. L'évèque de Toul, Auspicius, qui mourut en 478 , est connu par les louanges de Sidoine Apollinaire et par son poème sur le comte Arbogaste. En 680, l'évèque Adeodatus assistait, comme envoyé des prélats francs, au concile tenu à Home contre les monolhélites.

Le premier évêque connu qu'ait possédé Cologne est saint Malcrnus, que l'on trouve, en 314, au synode 'd'Arles. Son successeur, Euphratas, fut un illustre et ferme défenseur de la Foi contre les ariens, et fut comme tel envoyé à l'empereur, en 3 Ï7, par le concile de Sanlique. Toutefois il paraît

avoir renié plus tard l'orthodoxie , et pour cela un synode de Cologne le déposa, en 346 , mais les actes de ce synode sont très-suspects. L'évêque Evergistus périt, l'an 439, en évangélisant les païens , près de Tongres. Des évêques de Cologne, du temps de la domination franque, on ne connaît que Domitien , qui souscrivit, en 535, les décisions du synode Je Clermont, puis Charenlinus, que Venantius Fortunatus mentionne en 570. Saint Cunibert, d'abord archidiacre de Trêves, puis évêque de Cologne, en 623, fut choisi par le roi Dagobert pour tuteur de son fils, Siegbert, et gouverna, pendant cette minorité, l'Austrasie avec son ami le majordome Pépin, jusqu'en 656. Il n'est point authentique que Cologne ait déjà été métropole, ni que Cunibert soit son premier archevêque.

La Belgique possédait déjà plusieurs sièges êpiscopaux au commencement du IVe siècle, comme le prouve le livre de saint Hilaire sur les conciles, lequel est adressé aux évêques de la première et de la deuxième Belgique, aussi bien qu'à ceux de la première et de la deuxième Germanie. Le plus ancien évêché belge semble être celui de Tongres, dont l'évêque Servatius assista aux synodes de Sardique et d'Ariminum. Plus tard Victricius, de Rouen, évangélisa avec succès le pays des JNerviens et des Morins , la Flandre actuelle. Seulement les invasions destructrices des Huns, des Vandales, des Alains, et enfin des Francs, anéantirent les églises du Hennegau , du Brabant, de la plus grande partie des Flandres ; et le paganisme y dominait encore cent cinquante ans après la conversion de Clovis. Quelques évêques y paraissent pourtant aux Ve et VIe siècles. Celui de Tongres, Arvatius, transporta , en 452, son siège à Maëstricht, quoique ses successeurs soient encore nommés parfois évêques de Tongres. Théodore fut, en 487, le premier évêque des chrétiens de Tournay, chassés de leur ville par les païens; son successeur, Eleuthère, après le baptême de Clovis, rentra avec ses ouailles dans la cité, et convertit beaucoup de païens. En 532, saint Médard. qui était déjà

évêque deNoyon, le devint en même temps de Tournay, et les deux églises restèrent ainsi unies sous un seul prélat jusqu'en 1146. — Saint Remy donna, l'an 500, à Arras , pour premier évêque, saint Vedaste, qui joignit à ce siège celui de Cambray, et les deux églises continuèrent de former un même diocèse jusqu'en 1093. L'évêque Vedoulf quitta, eu 545, Arras pour s'établir à Cambray, qui donna depuis lors son nom à tout le diocèse.

Saint Atuand , qu'on a déjà vu évêque de Strasbourg , entreprit , en 630, de convertir les païens de Belgique; mais s'apercevant bientôt qu'il ne produisait aucun effet sur ces grossiers et abrutis idolâtres , il obtint du roi Dagobert une ordonnance en vertu de laquelle tous sans exception devaient se faire baptiser. Amand ne voulait par ce moyen que se faciliter l'accès auprès d'eux, car il avait assez l'esprit évangélique pour dédaigner dans sa mission l'emploi de la force. Aussi n'usa-t-il point de cette ordonnance; ce ne fut qu'à force de persévérante patience , après avoir supporté les plus durs traitements et même avoir été abandonné de tous ses compagnons , qu'il parvint enfin à convertir les habitants du pays de Tournay et de Gand; il fonda un couvent dans cette dernière ville et une église dans Anvers; il accepta ensuite du roi Siegbert II Pévêché de Maëstricht en 646. Découragé par la résistance d'une partie de sou clergé aux réformes de discipline qu'il avait projetées , il présenta au pape Martin sa démission en 649. Loin de l'accepter, le pape l'excita à persévérer dans sa voie ; enfin Amand se rendit en personne auprès du pape et obtint de lui la retraite qu'il désirait. Il mourut dans l'abbaye d'EInones eu 684.

Contemporain d'Amand, saint Audemer ou Orner, allemand de naissance et élève du couvent de Luxeu, évangélisa les païens Morins, établis le long de la mer, de Boulogne à l'embouchure de l'Escaut ; il détruisit leurs idoles et leurs bois sacrés, en baptisa un grand nombre; il pourvut à la conversion des autres par la fondation du cloître et de l'école de saint Berlin. Un Irlandais , saint Livin , parut

aussi alors comme missionnaire parmi les Brabançons, qui le reçurent avec des insultes et des mauvais traitements, comme il le raconte lui-même dans son épître en vers à l'abbé Floribert de Gand (1). L'espérance du martyre, qu'il exprimait dans celte épître, ne tarda pas à se réaliser ; il périt sous les coups des païens de Hautbem en 656. Saint Eloi travailla avec plus de succès à la destruction du paganisme dans l'ouest des Flandres. D'abord orfèvre, il s'était distingué par sa piété et sa charité à un tel point qu'encore laïc il fut sacré évêque de Noyou et de Tournay en 646. Son biographe mentionne surtout ses missions d'Anvers et la conversion opérée par lui des Suèves établis dans cette contrée depuis le temps des grandes migrations.

(1) Cette épître. et l'épitaphe de saint Bavon sont peut-être les meilleures productions poétiques de l'époque; elles donnent, l'une et l'autre, une haute idée de la Culture intellectuelle qui régnait alors en Irlande. Voici un passage de l'épître de saint Livin à Floribert :

Hos postquàm populos conspexi luce serenâ ,

Sol milii non luxit, non fuit una mini. Impia barbarico gens exngitata tumultu

Hic brabenta furit , meque cruenta petit. Quid tibi peccavi , qui pacis nuncia porto?

Pax est quod porto ; cur mihi bella moves? Sedquâ luspiras feritassors laeta triumphi,

Atque dabit palmam gloria marlyrii.

Cui credam novi , neespe frustrabor inani :

Quid spondet Densest, quis dubitare potest?

(Usser. epist, hibern. sylloge n" 8.)

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