DE L'ISLAMISME ET DE MAHOMET
Pendant qu'aux extrémités de l'Occident le christianisme développait sa force triomphante et que de florissantes églises s'élevaient parmi des peuples, naguère encore engourdis et comme ensevelis sans vie dans la nuit du paganisme , les secrets desseins de Dieu s'accomplissaient en Orient d'une manière bien différente. Un puissant rival de la vraie religion , d'une force bientôt gigantesque, s'éleva de la presqu'île arabique et marcha rapidement à la double destinée que lui avait marquée la Providence, à savoir de châtier les églises perverties et schismatiques de l'Orient et de servir d'école préparatoire pour le christianisme à tous les peuples non encore mûrs de l'Est et du Sud.
(I) Livres consultes : Le Coran. Abulfeda , de vit;! et reb. gcst. Mohamedis, Oxon., 1723. Gagnicr, la vie de Mahomet, A HIS ter d., 1732, 2 vol. Forster, Mahometanism unveiled., Lond., 1829,2 vol. Heinaud, descrij). des moiium. musnltn. du cabinet de M. le duc de Blacas., Paris , 1828 , 2 vol.
Eloignés du théâtre des grands événements, les Arabes furent, jusqu'au commencement du VIIe siècle, une nation peu connue, en apparence insignifiante , libre à la vérité, mais sans influence au-dehors, cachée au fond des plaines presque inaccessibles de sa péninsule et dépensant ses forces en petites guerres interminables entre ses diverses tribus. Toutà-coup ce peuple inobservé sortit de ses déserts de sable , devenu terrible par son union dans une seule foi et sous un seul gouvernement monarchique, déclarant la guerre à tous les peuples qui n'acceptaient pas sa croyance; il fonda un empire plus étendu que celui des Romains et qui ne le cède qu'à celui-ci en durée et en solidité.
La religion qui inspira subitement à ce peuple une si irrésistible énergie commença obscure et cachée. Son fondateur fut un Arabe illettré, appartenant, il est vrai à une tribu puissante , mais qui, loin de trouver dans sa tribu un appui pour son entreprise , fut au contraire traité d'imposteur et comme tel longtemps persécuté par les siens. Ce nouveau culte que rien n'avait préparé, dont le fondateur, sans prétendre au don des miracles, n'apportait pour preuve de sa mission et de sa véracité que la simple assurance que Dieu s'était révélé à lui ; ce culte, dans le court espace de vingt ans, changea une population désunie, morcelée par les luttes et les haines héréditaires de tribu à tribu , en une grande nation de frères , unie comme une famille , animée d'un même esprit et dont le paganisme enraciné , d'abord si ardemment défendu, céda rapidement la place à la croyance en un seul Dieu. Ce premier triomphe de l'islamisme fut suivi par d'autres non moins merveilleux. Il vainquit et détruisit, au point d'en laisser à peine quelques fragments, l'antique magisme des Perses; il subjugua les pays les plus anciennement et universellement chrétiens, la Syrie, la Mésopotamie , la Palestine , l'Egypte , le nord de l'Afrique. Après plusieurs siècles , il conservait encore une telle force d'attraction , que les peuples païens qui assaillirent l'empire des kalifes, non seulement adoptèrent le mahomélisme, mais
en devinrent les plus zélés propagateurs. Privée de la pompe poétique et brillante du polythéisme grec et de la solenuité divine du christianisme , qui saisit L'homme entier, ne parlant ni aux sens, ni au sentiment par son culte, théisme nu et abstrait, aux cérémonies arides et vagues, cette religion sans Sauveur, sans sacrements, sans sacerdoce et sans sacrilices, a pourtant exercé sur l'esprit et le cœur de ses fidèles une domination extraordinaire ; après douze siècles , elle est encore, dans tous ses traits essentiels, ce qu'elle était à son origine; quoiqu'elle se soit longtemps répandue par le glaive et l'exaltation conquérante , elle a aussi marché par des moyens plus doux, et des peuples entiers sont entrés dans son sein , attirés par la conviction et des prédications paisibles.
La Bible contient de remarquables prophéties sur le rôle historique réservé au peuple arabe en vertu de sa descendance d'Ismaël, fils d'Abraham. Elles sont contenues dans les promesses faites à ce patriarche et à Agar. Dieu avait annoncé à Abraham que de lui sortirait un grand peuple et qu'en lui seraient bénies toutes les nations de la terre ; ces paroles se réalisèrent de deux manières par la postérité des deux fils d'Abraham : le fils légitime Isaac , enfant de la promesse, obtint l'héritage spirituel et divin, base de l'alliance éternelle entre les cieux et la terre; le fils illégitime, Ismaël, cul l'héritage inférieur et terrestre, base aussi d'une promesse, celle de la puissance et du régne temporel pour ses descendants. Les deux promesses faites aux deux frères et leurs deux héritages ont été conservés d'une manière remarquablement fidèle par les deux peuples, Juif et Arabe, qui en montrent l'accomplissement dans tout le cours de leur histoire. Comme Isaac engendra par Jacob douze patriarches, souches des douze tribus d'Israël, de même Ismael, d'après la promesse divine, eut douze enfants, d'où sortirent douze peuplades. Gomme les douze tribus hébraïques entrèrent en possession de la terre promise de Chanaan , ainsi les douze peuples ismaélites d'Arabie, conforii. 15
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moment à colle parole qu'Ismaël habiterait en présence de ses frères, s'étendirent lout le long de la frontière du pays de Clianaan.de l'Eupbrate à la mer Rouge. Les deux races conservèrent, sauf quelques modifications dues à l'idolâtrie, la croyance patriarcale au Dieu unique d'Abraham (1); l'une et l'autre gardèrent la circoncision, sceau de l'alliance faite avec leur père commun; comme les Juifs, à l'exemple de leur patriarche Isaac , sont circoncis le huitième jour après leur naissance . de même les Arabes le sont dans leur treizième année, à l'exemple d'Ismaël qui n'avait reçu la circoncision qu'à treize ans. Enfin comme les privilèges de l'alliance conclue avec Abraham devaient se concentrer sur le plus jeune fils de Jacob , sur Juda et sa tribu , à laquelle toutes les autres tribus dissoutes devaient aboutir, ainsi il était réservé à la tribu de Kedar, le plus jeune fils d'Ismaël , d'absorber peu ta peu les douze tribus issues de leur commun père.
Toutefois la complète réalisation des promesses faites à Ismaël , ne commença que quand naquit , de la race de Kedar et de la famille royale des Hachemites, le faux messie, Mahomet, comme le vrai messie, Jésus-Christ . était né de la race de Juda et de la souche royale de David. Alors en face de la religion pure , fondée par le descendant d'Isaac , tils de la femme libre et légitime, fils des promesses célestes, s'éleva une religion fausse et chargée d'erreurs, fondée par un rejeton du fils de l'esclave Agar. Alors se réalisa pour les
(1) An -dessus de leurs idoles, les Arabes, du temps de Mahomet, plaçaient un dieu suprême qu'ils invoquaient dans le danger. L'adage : « Il ■> n'y a d'autre dieu que Dieu, » était populaire chez les Arabes avant leur réformateur. Les statues d'Abraham et d'Ismaël étaient vénérées dans la Caaba de la Mecque. La pierre noire y avait été apportée par les descendants immédiats d'Ismaël. Ce culte des pierres sacrées est aussi reproché par Isaïe aux Hébreux (Isaie LVII, 6). C'était une corruption de l'antique usage de placer des pierres dans certains endroits en l'honneur du vrai Dieu.
descendants de celui-ci la prédiction qu'ils formeraient un grand peuple, habitant en face de leurs frères, que leur main serait levée contre tous et que tous lèveraient la main contre eux. Le kalifat. en quatre-vingts ans. conquit plus d'étals que Rome n'en avait soumis en huit siècles. Les Ismaélites s'élançaient pour la première fois de leurs déserts; triomphants et armés contre toute l'espèce humaine, la main levée sur chacun et chacun levant la main contieeux, ils inondèrent le globe de leurs essaims comme avaient fait les Juifs, avec celte différence qu'au lieu de s'y répandre en vaincus opprimés , ils ie parcoururent en conquérants et en maîtres. Ils s'établirent d'une manière plus stable dans les pays où les Israélites habitaient en plus grand nombre ; Ismaël tyrannisa de nouveau Isaac, les Ismaélites persécutèrent leurs frères renégats; ils furent aux mains de Dieu la verge vengeresse.
Avant d'étudier lislamismc et son auteur, jetons un regard sur l'état où se trouvait alors L'Arabie. Sa population était morcelée en une foule de tribus, formant des confédérations plus ou moins considérables, sous l'autorité de leurs chefs respectifs. Au sud, l'ancien Yemen (royaume des Homérites) dépendait alors de la Perse ; au nord-est se trouvaient les petits états de Gassan et de Hira. Bans le Hedjaz avait régné et fleuri, dès les premiers temps, la race des Djorhamiles, issus de Djorham, fils d'Ioklau; les tribus, spécialement appelées Ismaélites, étaient alliées à celle race. La Mecque, capitale du Hedjaz, possédait le plus antique sanctuaire national, la Cabaa, temple carré, où l'on vénérait la pierre noire, et le puits de Zemzen. Les Djorhamiles étaient les gardiens de ce saint lieu, et comme tels régnaient sur le Hedjaz, jusqu'à ce que les Kliozaïlcs, quatre cents ans avant Mahomet, réussirent a s'emparer des clefs de la Caaba, et de la prépondérance qui y était attachée. Mais, en 464, ils furent chassés à leur lour et remplacés par la race ismaélite de Jvhorèïch. Si l'on excepte les habitants juifs el chrétiens, la population d'Arabie était alors tombée dans un culte
grossier des étoiles et des idoles. Chaque tribu, chaque famille avait son dieu protecteur. Dans l'intérieur et autour de la Caaba se trouvaient trois cent soixante idoles, introduites et installées par les Khozaïtes. Le Koran mentionne surtout trois divinités femelles, Allât, Al-Uzza et Manah, que les Arabes nommaient les filles de Dieu. Quelques-unes de ces idoles n'étaient que de grosses pierres informes, autrefois emportées par les tribus sorties de la Mecque.Quoique ce pagaDisme fût adouci par la foi en un être suprême, il n'en corrompait pas moins les mœurs; on sacrifiait aux idoles des êtres humains; et l'exposition , même l'immolation des enfants, surtout du sexe féminin, était un usage journalier. Répandus en grand nombre dans ces contrées, depuis la destruction de Jérusalem, les Juifs habitaient, tantôt mêlés aux païens, tantôt réunis, sous leurs propres chefs, dans des villes et châteaux qui leur appartenaient ; ils étaient principalement puissants dans le Midi. Il y avait aussi des chrétiens. Enfin, le parsisme avait conquis à ses dogmes plusieurs tribus arabes, notamment celle de Tamim.
Ce fut en 569 que naquit Mahomet (littéralement le précieux, le désiré) , dans la tribu des Koréïchites, et de la famille des Hachemites. Quand il vit le jour, son père, Abdallah, n'existait plus, et à l'âge de six ans il perdit également sa mère: son grand-père, Abdelmoutalleb, le premier personnage de la Mecque, chef de sa tribu et intendant de la Caaba, se chargea d'élever l'enfant, qu'il laissa, au bout de deux ans, aux soins de son fils, Abou-Taleb, oncle de Mahomet. Formé pour la profession la plus honorée au Hedjaz, celle de marchand , Mahomet accompagna son oncle dans ses voyages de commerce en Syrie, et fut par lui recommandé à la riche veuve Kadidcha, comme capable de conduire ses affaires commerciales. Le jeune homme qui, dans une guerre contre deux tribus ennemies, s'était déjà acquis le surnom de fidèle, après un nouveau voyage de commerce en Syrie, devint, à l'âge de 25 ans, époux de celle opulente veuve, qui le rendit un des plus riches habi-
— 2S9 — lants de la Mecque. De nombreux voyages étendirent son intelligence, augmentèrent sa connaissance des hommes, et lui firent connaître les différents cultes de l'Arabie et des pays voisins. Peu à peu se développa en lui l'amour de la solitude; tous les ans il passait un mois dans une caverne du mont Héra, près de la Mecque. Enfin, il se retira du commerce, et à l'âge de quarante ans, il commença sa carrière de prophète, en 609. Il raconte lui-même qu'étant dans sa caverne, la nuit du 23 au 24 ramadban (nommée la nuit du conseil divin, Elkadar), l'archange Gabriel le visita, et lui annonça qu'il était choisi pour détruire, comme apôtre de Dieu, le culte des idoles et réformer à la fois le judaïsme et le christianisme, en les ramenant à l'islam ou à la vraie et primitive religion d'Abraham et de tous les prophètes de Dieu: en même temps Gabriel lui déroula tout lekoran,dont les chapitres ne furent ensuite publiés que peu à peu, durant l'espace de vingt-trois ans, il lui remit ce livre, et par le simple loucher lui communiqua la faculté de lire, qui lui manquait jusqu'alors. Mahomet ne raconta ce prétendu événement qu'à ses plus proches parents et amis: sa femme fut la première qui crut à sa mission; puis il gagna sou cousin, le jeune Ali, son esclave Séid, Abou-Bekre, Othman, et quelques autres, parmi lesquels des premiers citoyens de la Mecque. Il attendit cependant encore trois ans pour proclamer sa doctrine et sa mission ; il se dévoila d'abord à sa tribu dans un grand festin, préparé par Ali, mais sans succès. Il prêcha le peuple qu'il trouva également incrédule. Alors il se déchaîna en critiques amères contre l'idolâtrie et les superstitions de ses compatriotes, les menaçant de l'enfer, ce qui les aigrit et les rendit ses ennemis. Toutefois son oncle, le puissant Ahou-Taleb, prit sa défense, mais sans adopter sa doctrine; loin de là, sur les représentations pressantes des principaux Koréïchites, il conseilla à son neveu de renoncera ses plans; n'ayant pu réussir même à l'ébranler, il lui promit et lui garda sa protection. Cet appui n'empêcha pas les partisans du nouveau prophète de subir à la Mecque
tant d'avanies, qu'avec la permission de leur chef, seize d'entre eux se réfugièrent en Abyssinie. Le roi chrétien de ce pays, IXegousch, les ayant reçus favorablement, d'autres les rejoignirent , jusqu'à ce que le nombre de ces réfugiés s'éleva à quatre-vingt-trois hommes et à dix-huit femmes. Pendant ce temps, retiré dans la maison d'Orkam avec ceux de ses fidèles qui ne voulaient pas l'abandonner, Mahomet augmentait son parti par la conversion de son oncle Hamsa et d'Omar. Ce dernier, qui jusque là haïssait le prophète au point de chercher à le tuer, fut tout-à-coup changé en son plus zélé disciple par un passage du Koran qu'il entendit réciter. Enfin les Koréïchites ayant résolu la mort de l'ennemi de leurs dieux, la septième année de sa mission (616), Mahomet, protégé par Abou-Taleb, les Hachemites et les enfants de Moutalleb, s'enfuit de la Mecque dans un châteaufort de son oncle. Une sentence des Koréïchites , déposée dans la Caaba, le déclara proscrit, ainsi que les Hachemites. Deux ans après (618), un puissant chef arabe, Habib, fils de Malek, d'abord Juif, puis chrétien et enfin adorateur d'Ormuzd, fut appelé par le peuple de la Mecque pour servir de médiateur. Mahomet sut se le rendre favorable. Une légende arabe prétend que, sommé par ce chef de prouver sa mission par des miracles, il guérit la fille de Habib, puis fit descendre la lune du ciel et d'un mouvement de la main la coupa en deux, ce qui convertit aussitôt à l'islamisme Habib et quatre cent soixante-dix citoyens de la Mecque; les autres ne virentdans ce prodige qu'un tour de magie. Néanmoins les Koréïchites révoquèrent l'arrêt d'exil lancé contre lui et sa famille , lorsqu'ils eurent constaté la réalisation de la prophétie de Mahomet, qui avait dit qu'un ver rongerait, dans la Caaba , le diplôme de cette proscription , jusqu'aux lettres initiales signifiant : Au nom de Dieu. Mais cet avantage fut bien contrebalancé huit mois après par la mort de son oncle et protecteur Abou-Taleb et de son épouse Khadidcha. Banni de nouveau par les Koréïchites, à l'entrée de la onzième année de sa mission (620) , Mahomet alla faire une
— 2:u — vaiue tentative [tour convertir les Thékililes à Taycf; en retour, il gagna six homines de Yalhreb et de la tribu des
Khosredchites , lesquels lui procurèrent bientôt dans leur ville un fort parti.
Le prophète avait jusqu'alors prétendu recevoir ses révélations de l'auge Gabriel; niais, entré dans la douzième année de sa religion, il annonça hardiment avoir été jugé digne, comme Moïse sur le Sinaï, d'un entrelien avec Dieu même. Il le raconta d'abord à ses amis, puis à tous les Koréïchiles rassemblés aux portes de la Caaba : « Une » nuit, leur dit-il (la nuit dite de l'Ascension par les Mu- » sulmans) , éveillé par l'ange Gabriel , je chevauchai , » à travers les airs, sur le coursier céleste Elborak, de » la Mecque à l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, » d'où, traversant les sept deux , je fus conduit jusqu'à » deux portées de tlèche du trône de l'Être suprême. Là » je pus contempler tous les êtres et le mystère de l'unir » vers, saluer les prophètes et les saints des sept deux , » leur parler et jouir de la vue la plus intime et des com- »> municalions les plus ineffables de Dieu, sur le trône du » quel je lus ces mots: Nul autre dieu que Dieu! et Mahomet » est son prophète. » Or, un si long voyage avait duré si peu d'instants, qu'on n'aurait pu remarquer son absence. Par ce récit, Mahomet s'attira les améres railleries de ses ennemis, de la part d'un grand nombre le reproche de mensonge, et ne trouva de la foi que parmi ses plus ardents et dévoués disciples, grâce encore à Abou-liekre. Quelquesuns concilièrent leur incrédulité à l'égard de ce voyage, nocturne et leur confiance dans le prophète, en regardant tout le récit comme l'effet d'un rêve. Quoique Mahomet prétendit bien que son voyage avait été un fait réel, après sa mort son épouse Ayecha et son gendre, le kalife Bfoaviab , le présentèrent comme une vision de l'esprit, à laquelle le corps n'avait point participé. Toutefois, les Sunnites, qui forment la majorité des Musulmans , considèrent celte ascension du prophète comme avant été réelle;
ils en solennisent lous les ans le souvenir, et y voient une preuve capitale de la divinité de sa mission.
L'islamisme s'étendait dans l'intérieur de la Péninsule. Douze députés d'Yathreb vinrent à la Mecque et s'engagèrent par serment, entre les mains de Mahomet, à n'adorer qu'un seul dieu , à s'abstenir du vol , de l'adultère et de l'immolation païenne des enfants. Un disciple du prophète, Mozab, accompagna cette ambassade, retournant à Yathreb; et il prêcha dans cette ville avec tant de succès, qu'il n'y eut bientôt plus une seule maison où ne se trouvât un fidèle. L'ancienne jalousie et antipathie d'Yathreb contre la Mecque, et de la tribu des Khasredchites contre celle des Koréïchiles, ne contribua pas peu à ce rapide succès. Soixante-quinze convertis Khasredchites et Aussites reconduisirent, en 622, Mozab à la Mecque, où Mahomet changea subitement ses principes de morale. Jusqu'alors il avait dit : « Pardonnez à vos ennemis, abstenez-vous jusqu'à ce que » Dieu ordonne. » (II, 109.) Devenu plus fort, il commença à dire : « Les fidèles peuvent combattre ceux qui leur nuisent, >» ilsseroutsecourusde Dieu. » (XXII, 41.) Dans une réunion nocturne et secrète sur la colline d'Akaba, les Yathrebites lui jurèrent de le défendre lui et les siens, comme ils défendraient leurs femmes et leurs enfants; et Mahomet leur promit que lous ceux qui périraient pour lui trouveraient le paradis ouvert. Les guerriers d'Yathreb, ayant prêté leur serinent, reçurent le nom d'Ansars (auxiliaires), par opposition auxMohadchers (fugitifs), nom des habitants de la Mecque qui avaient été les premiers partisans de l'islamisme. Les Ansars durent se choisir douze chefs, qui représentèrent les Apôtres du Christ. Pour échapper à la guerre qui les menaçait, les Koréïchiles essayèrent encore de tuer Mahomet, mais il leur échappa par ruse, et s'enfuit avec Abou- Bekre à Yathreb, où il avait d'avance envoyé ses disciples. Celle fuile ou hégire, arrivée le 15 juillet 622, dans la cinquanle-qualriéme année de son âge et la quatorzième de sa mission , est le point de départ de l'ère mahomélanc. Son
entrée à Yalhreb fui un triomphe, et celle ville, dès-lors, fut appelée ville du prophète (Medinat-al-]Nabi) ou Mediae. Aussitôt il bâtit une mosquée pour les prières communes, ordonna des purifications et des aumônes légales, ainsi que le jeûne sévère du mois de ramadban ; sans doute, pour plaire aux Juifs et aux chrétiens, il décida qu'on se tournerait pendant la prière vers Jérusalem, direction qu'il changea dix-huit mois après pour celle de la Caaba de la Mecque. L'islamisme avait alors promulgué ses dogmes fondamentaux; Mahomet était reconnu par ses croyants comme chef religieux et civil ; dans sa profonde habileté , il établit une union sacrée et indissoluble entre les Mabadchers et les Ansars, une association par couples toujours composés d'un Arabe de la Mecque et d'un Arabe de Medine.
Durant cinq années , il fit aux Koréïchites une guerre de détail , qui s'étendait toujours et consistait principalement dans le pillage des caravanes de l'ennemi et l'enlèvement de ses troupeaux. Sûrs d'un riche butin, ou du paradis, s'ils mouraient, beaucoup d'aventuriers sans ressource accoururent sous ses étendards, et, en 624, avec trois cent treize guerriers, il vainquit, à Bedre, neuf cent cinquante Koréïcbites, commandés parson principal ennemi , Abou- Sofian, un des dix magistrats de la Mecque. Pendant le combat, Mahomet avait prié avec une inquiétude portée jusqu'à la défaillance; il déclara aux siens que la victoire était l'œuvre, non d'eux, mais de Dieu, et qu'il avait vu une troupe d'anges, conduits par Gabriel , mettre en déroute les ennemis. L'argent, pour ses entreprises, lui était fourni moitié par la cinquième partie qu'il se réservait dans toute espèce de butin et moitié par les aumônes faites à la cause de Dieu, espèce de contribution libre, qu'il demandait, au nom d'Allab, à ses partisans, comme impôt de la guerre sainte. Sous un prétexte frivole, il chassa de Medine les Juifs qui l'incommodaient. Mais bientôt il essuya au mont Ohod une rude défaite, où son oncle Hamza périt et où lui-même fut blessé; les vainqueurs cependant retournêrenl à la Mecque.
sans profiter de leur victoire. Mahomet déclara martyrs tousles morls; il apprit de l'ange Gabriel que son oncle Hamza avait été élevé au septième siècle, et que cette défaite était un châtiment pour la bienveillance que les siens avaient témoignée aux ennemis pris àBedre.
La guerre contre les infidèles se développa avec une irritation et une cruauté croissante; des deux côtés on se permettait les trahisons, les assassinats contre le parti opposé; mais l'avantage de la concorde, des mouvements bien combinés, de l'enthousiasme dans sa première ardeur et du mépris de la mort étaient entièrement du côté des nouveaux croyants. Toute l'Arabie centrale était devenue le théâtre de leurs sanglants ravages. La terreur même et le récit des atroces vengeances exercées contre tous ceux qui résistaient servaient la cause du prophète; ceux que la conviction et la libre volonté n'auraient pas amenés sous ses drapeaux s'y rendaient par crainte. En 627, ameutés par les Juifs, les Koréïchites et plusieurs autres tribus dirigèrent contre Medine une grande attaque, appelée la guerre des nations, qui échoua complètement. Alors Mahomet commença à songer sérieusement à la conquête de sa ville natale. « La » Mecque, dit-il, a droit aux respects du genre humain, a la Caaba a été consacrée par la présence d'Abraham et » d'Ismaël; le devoir des Musulmans est d'y aller en péle- » rinage adorer l'Éternel. » A la tête de quatorze cents guerriers , avec soixante-dix chameaux destinés au sacrifice et une escorte nombreuse de nomades indisciplinés, il partit donc pour ce lieu saint. Les Koréïchites lui ayant fermé le passage, il conclut avec eux un traité de paix, stipulant que l'année suivante il reviendrait et serait introduit dans la Mecque.
Le prophète avait peu à peu élargi son système, au point de ne plus se borner à en faire une religion nationale adaptée à la race arabe, mais de prétendre l'ériger en religion universelle. Il fil graver sur son sceau : Mahomet, apôtre de Dieu, et invita les rois voisins à le reconnaître comme
tel. Le roi de Perse Khosrou-Parviz, auquel il écrivit d'abord, ayant déchiré sa lettre, « de même, s'écria le prophète » à cette nouvelle, son empire sera mis en pièces.» L'empereur Heraclius, alors en Syrie et en guerre contre les Perses, reçut mieux sa missive, sans toutefois y satisfaire. Mais le gouverneur grec d'Egypte lui envoya , en retour de sa lettre, de riches présents; et un roi d'Àbyssinie, suivant les auteurs arabes, alla jusqu'à accepter l'islamisme d'aprèseette simple invitation : c'était sans doute un petit chef, sur la côte ouest de la Mer Rouge, car les rois d'Abyssinie demeurèrent toujours chrétiens. Quant aux chefs et princes juifs, chrétiens et païens, tant d'Arabie que des districts environnants, les uns adoptèrent le koran , les autres se soumirent au tribut; ceux qui renvoyèrent ses députés avec mépris éprouvèrent bientôt la vengeance du terrible prophète. Les Juifs de Khaïbar furent soumis avec tous leurs châteaux forts; mais alors la juive Zeynab, dont Ali avait tué le frère dans un combat singulier, empoisonna Mahomet au milieu d'un festin, en 628. Il resta depuis lors languissant et ne survécut que quatre ans. Amenée devant lui , la juive dit avoir voulu éprouver sa mission prophétique, et, au cas qu'il ne reconnût pas la présence du poison, délivrer le pays d'un tyran.
Au temps fixé, Mahomet avait fait en grande pompe son pèlerinage (Elkadha, accomplissement) au temple national de la Gaaba. Les cérémonies avaient duré quatre jours et soixante-dix chameaux avaient été sacrifiés. Cet événement augmenta beaucoup son influence sur les Arabes païens, dont des tribus entières s'unirent à lui; parmi elles se trouvaient Khaled, que Mahomet appela plus tard l'épée de Dieu, puis le sage Amrou et Othman, intendant et gardien des clefs de la Gaaba. Dès 629, pour venger l'assassinat d'un de ses envoyés, Mahomet lança sur la frontière syrienne une petite armée d'élite, qui , après un sanglant combat avec les Grecs, revint sans être vaincue. Une violation du traité de paix , de la part des Koréïchites, lui procura enfin le prétexte
désiré pour réduire la Mecque sous sa puissance. Avec une armée composée de dix mille Ansars, Mohadchers, Khosaïles et de Musulmans d'autres tribus , il assaillit à l 'improviste les Koréïchites et prit la Mecque presque sans résistance. Le chef des vaincus, Abou-Sofian, se convertit en tremblant à l'islamisme, et Mahomet fut assez sage pour se montrer? contre sa coutume, généreux à son égard. Il accorda la vie à tous les Koréïchites, excepté à quelques-uns des plus signalés, et encore plusieurs de ces derniers se sauvèrent-ils en embrassant l'islamisme. A son entrée dans la ville sainte, Mahomet revêtit l'habit de pèlerin et récita les premiers versets de la quarante-huitième soure(t), où Dieu lui assure la rémission de tous ses péchés passés et futurs. Après que tous les habitants lui eurent juré fidélité sur la colline El- Zafa, il visita la Caaba, dont il fit sept fois le tour à cheval, il toucha et baisa la pierre noire, mais fit briser les trois cent soixante idoles qui entouraient le sanctuaire, sans en excepter les statues d'Abraham et d'Ismaël. Il resta quinze jours dans la ville, en changea la constitution, donna un caractère religieux aux trois seules magistratures qui devaient la régir désormais, et envoya ses officiers de divers côtés pour renverser les idoles des tribus voisines. II marcha en personne contre les Thékifiteset lesHavasenites. Dans la bataille de la vallée de Honein , ses guerriers prirent la fuite, et les païens de la Mecque, qui avaient dû le suivre, en témoignaient déjà leur joie, lorsqu'il réussit à rallier ses troupes et vainquit. Il attribua ensuite sa victoire à une légion d'anges invisibles qui avaient repoussé l'ennemi. Il dut cependant lever le siège de Tayef. Une grande partie du riche butin fait dans cette campagne fut distribuée aux nouveaux convertis d'entre les Koréïchites, dans l'intention d'affermir leur foi encore très-faible; et le prophète sut apaiser par de flatteuses paroles la jalousie qu'en ressen-
(1) Chapitre du Koran.
laient les Ansars. À Medine, le peuple le reçut avec d'autant plus de joie qu'il avait craint davantage de le voir transférer son siège à la Mecque. La soumission de cette capitale convainquit toutes les tribus qu'elles ne pouvaient résister à la puissance du nouveau prophète, et de toutes parts elles envoyèrent des députés et des félicitations à Medine. C'était la neuvième année de l'hégire (631). A. la vérité quelques tribus, déjà converties, trouvant trop pesant l'impôt qu'elles devaient payer à titre d'aumône, se révoltèrent; mais elles furent bientôt remises sous le joug. Même le prince chrétien de la tribu de Tay embrassa l'islamisme. La dernière guerre sainte, que Mahomet dirigea en personne, et où marchèrent trente mille Arabes, avait pour but de chasser les Romains de la Syrie. Mais comme ces derniers se tinrent concentrés dans l'intérieur du pays, il n'y eut point de bataille, et le prophète se contenta d'assujélir au tribut les princes chrétiens de ces contrées. Enfin les païens de Tayef se soumirent aussi; leur demande de conserver encore une année leur culte sans être astreint aux prières du Koran , fut rejetée. Comme il n'y avait plus dès-!ors en Arabie de tribu païenne considérable, Mahomet , pour achever d'anéantir l'idolâtrie , fil publier que dans un délai de quatre mois tous les païens encore non convertis devraient passer à l'islamisme ou seraient condamnés à mort. Alors parut la IXe soure, qu'Ali lut à la Mecque devant tout le peuple rassemblé, où il est dit : « Quand les mois saints (où » l'on ne doit pas verser de sang) seront passés, exterminez » tous les esclaves des idoles, poursuivez-les partout, assié- » gez-les et faites-les prisonniers. Mais sitôt qu'ils se con- » verlissent , font la prière et donnent l'aumône fixée, ne » les considérez plus que comme des frères. » En même temps, le pèlerinage à la Mecque fut interdit à tous les infidèles.
Les plus lointaines tribttS de l'Arabie étaient soumises ; Cinq rois de l'Yemen , de la souche des Ilamiares. avec tous leur» sujets, embrassèrent de plein gré la religion nouvelle:
le reste des païens de 1 'Yemen fut converti par le glaive d'Ali. Mahomet, qui ne quittait plus Medine , était sans cesse occupé à recevoir ou à expédier des deputations. En 632, il fit un nouveau pèlerinage à la Mecque, entouré de toute sa famille et de quatre-vingt-dix mille pèlerins, venus de toute la Péninsule. Après avoir accompli , dans les sanctuaires de la Mecque , toutes les cérémonies prescrites , et avant l'immolation des animaux, il laissa tomber du haut du ciel ces paroles qui sont considérées comme la conclusion de tout le Koran : « Aujourd'hui, j'ai complété votre reli- » gion et ma miséricorde pour vous s'est manifestée dans sa » plénitude par la promulgation de l'islamisme. » Après cela, il abolit l'observation des quatre mois sacrés , qui étaient une sorte de trêve de Dieu et déclara que tous les mois étaient également bons pour combattre les ennemis du Koran; puis il réforma le calendrier arabe. Ce fut là son pèlerinage d'adieu, comme les Arabes le nommèrent; il ne lui fut pas donné de jouir plus longtemps de la domination absolue qu'il avait acquise sur toute l'Arabie. A peine arrivé à Medine, il sentit avec plus de violence les effets du poison reçu dans la campagne de Khaïbar, effets qui, au bout de quinze jours, amenèrent sa mort. Les souffrances et la vue de sa fin prochaine ne rébranlèrent point, il garda une grande égalité d'âme, prépara une nouvelle expédition contre la Syrie et disposa tout pour abattre deux rivaux dangereux qui venaient de s'élever dans la Péninsule. L'un, El-Asved , renégat de l'islamisme, s'appuyant sur les révélations de deux anges , parcourait l'Yemen en prophète ; son éloquence et de prétendus prodiges lui attachaient le peuple; il avait déjà soumis tout l'Yemen, lorsque, par suite d'ordres secrets envoyés à des musulmans de cette province , le prophète rival fut égorgé dans son propre palais , la nuit môme d'avant le jour où mourut Mahomet. L'autre compétiteur était Moseilama , chef de la tribu de Honeifa , dans l'Ycmama , qui, l'année précédente, à la tète d'une deputation des siens, avait embrassé l'islamisme à Medine, mais qui se prétendit bientôt
aussi lui inspiré de Dieu et envoyé contre les idolâtres. Il écrivit des révélations à la manière de celles du Koran . trouva beaucoup d'adeptes, surtout daus sa tribu, et expédia à Mahomet la lettre suivante : « Moseilama , apôtre de » Dieu, à Mahomet, apôtre de Dieu ! Partageons la terre, » une moitié à toi et l'autre à moi ! » La réponse fut : « Mahomet, apôtre de Dieu, à Moseilama. l'imposteur! » La terre est à Dieu; il la donne à qui il veut d'entre ses » serviteurs, et ceux qui le craignent sont heureux. » Mais les progrés de Moseilama devinrent si menaçants, que le kalife Abou-Bekre dut envoyer contre lui Khaled avec une grande armée ; Moseilama périt dans la bataille avec dix mille des siens; les autres retournèrent à l'islamisme.
Mahomet, à ses derniers moments, ne fit et ne dit rien qui manifestât un doute sur sa mission ou du repentir sur les moyens employés pour atteindre son but ; il était calme, parlait sans cesse de Dieu et de la vie éternelle , et , s'élant fait porter à la mosquée, devant tout le peuple réuni, il pria ceux auxquels il aurait pu avoir fait du tort de lui pardonner et promit réparation de tout dommage. Aux Ansars , ses plus dévoués fidèles, il recommanda, comme sa dernière volonté, trois choses : de chasser de l'Arabie tous les idolâtres, d'accorder des droits égaux à tous les prosélytes , sans faire de différence entre ancien et nouveau croyant , et d'accomplir les prières avec le plus grand soin. Puis il maudit les Juifs et affranchit ses esclaves. Avant son dernier soupir, il demandait encore une plume pour écrire certaines règles , qui devaient empêcher toute erreur après sa mort; mais Omar lui représenta qu'ilsavaient déjà le Koran. Il expira dans les bras de son épouse Ayecha, seule témoin de son agonie , le 8 juin 632 , à l'âge de soixante-trois ans.
N. B. D'après la tradition arabe, il faut distinguer trois branches dans l'ancienne population de la Péninsule, à savoir : la branche éteinte , ou celle des descendants de Sem , (ils de Noc; les Arabes purs, issus de
Joktan, lils d'IIeber, et les Arabes naturalisés ou provenant d'Ismaël. Ces derniers se mêlèrent aux Joktanides par le mariage d'Ismaël avec la ii lie de Modad le Jorhamite. Dans tous les cas, les Ismaélites devinrent bientôt en Arabie la tribu prépondérante, comme l'attestent plusieurs passages de récriture sainte et les auteurs arabes eux-mêmes. Dans l'ancien Testament, ismaélite et arabe sont synonymes, et comme la prépondérance des Ismaélites se concentra peu à peu dans la tribu de Cédar (Kedar), ce dernier nom est généralement employé dans les livres saints pour désigner la population arabe. (Voir les passages rassemblés par Forster, Mahoinetanism unveiled, t. II, p. 388.) Les Ismaélites proprement dits habitaient l'Arabie pétrée et certaines parties de l'Arabie heureuse, notamment l'Hcdjaz, dont la Mecque était l'ancienne capitale. Dans la Caaba , à la Mecque, se trouvaient les statues d'Abraham et d'Ismaël, auxquelles les Arabes du temps de Mahomet rendaient les honneurs divins. La haute idée que les Arabes avaient de leur dignité nationale et de leur destination , en qualité d'enfants d'Ismaël, se manifeste dans la formule prononcée par Abou-Taleb au mariage de son neveu Mahomet avec Khadidcha : « Loué soit Dieu qui nous a fait naître de la » race d'Abraham et d'Ismaël , qui nous a donné la terre sainte pour hé- » ritage, et qui nous a constitués à la fois gardiens de la maison de pèle- » rinage et juges des hommes! » Le passage suivant de Scherestani, traduit et cité par Pocock (specim., p. 54) , montre aussi la manière de voir des Arabes mahométans sur la part qu'ont eue les Ismaélites à la révélation divine : « Postquàm divisa est lux, quœ ab Adamo ad Abra- » hamum, deiudè ab eo ad posteros derivata est, in duas partes, quarum » una apud lilios Israelis mansit , altera apud (ilios Ismaelis ; fuitque lux » qua1 in posteros Israelis descendit, manifesta, quœ ad posteros Ismaelis » pervenit, occulta ; lucis illius clarioris indicium factum est multarum » personarum apparitione, et prophétise in multis ex ipsis manifesta- » tione ; at lucis obscurioris , declaratione rituum et signorum , et inter » paucos conclusus est rei status. Kebloh autem sectae prima? fuit tem- » plum Hierosolymitanum, secundae verù, tempi uni Meccanum : Lex » prioris judicii manifestis constabat, posterions , observatione signo- » rum sacrorum. Inimici prioris fuerunt infidèles, ut Pharaoh et Haman, » posterions autem idolorum et slatuarum cultores. » C'est une chose singulière que des mahométans reconnaissent eux-mêmes la supériorité du judaïsme, et par conséquent du christianisme , sur la religion ismaélite.