XII
Collections des canons et ouvrages canoniques de CEglisc grecque et de l'Eglise latine (1).
Dans les premiers temps , l'Église ne fut pas gouvernée d'après des lois écrites, mais d'après la tradition des Apôtres et de ceux qui , parmi leurs successeurs immédiats , jouissaient de plus de considération. Le plus ancien ouvrage renfermant les lois, les coutumes et les institutions de l'Église, ce sont les six premiers livres des Constitutions Apostoliques, dont l'auteur (probablement un évêque ou un prêtre syrien de la fin du IIIe siècle) expose, sous la forme d'épîtres apostoliques, les devoirs des prêtres et des laïques, les cérémonies du culte, les fêles et la doctrine religieuse en opposition avec les hérésies de cette époque. Elles sont vraisemblablement identiques avec la M*x* apostolique qu'on lisait, comme nous l'apprend Àthanase, aux catéchumènes et aux néophytes. Un peu plus tard , toutefois avant le concile de ÎNicée , un autre auteur paraît avoir recueilli le septième livre , lequel renferme à peu prés la même chose que les autres et contient de plus des formules particulières de li-
(1) Livres consultes: Vœlli et Jnstclli Bibliotheca juris canonici vcteris, Paris, 1661 ; Beveregii Synodieon sen Pandectce canonum ab ecclesiu gra?carcceptoruin,()xomi, 1672; Jos. Sim. Asseuiani Bibliotheca juris orientalis canonici et civilis, Bornai, 1762-66; Syllogc de vetustis canonum collectionibus, collegit Andr. Gallandius, Venet., 1778.
(urgie. Dans le principe , c'était sans doute un ouvrage à part; enfin l'on y ajouta, au IVe siècle, le huitième livre ou rituel episcopal.
Les plus anciens synodes dont les canons se trouvent dans les collections faites ultérieurement, sont ceux d'Ancyre et de JNéocésarée (314). Les canons du concile de Wicée , et ensuite ceux du concile d'Antioche de l'an 332 ou 341. jouirent tout d'abord de la plus grande considération en Orient et en Occident. Il faut y ajouter les décrets d'un concile tenu à une époque incertaine à Gangra, en Paphlagonie. Du temps du concile de Chalcédoine, une collection qui réunissait tous ces matériaux était généralement répandue, et l'on y puisa , dans ce concile même , les canons auxquels on se léférail. On confirma en même temps les canons des synodes précédents, et de cette manière, le code dont plusieurs évêques avaient des copies à ce concile, fut regardé comme un recueil authentique des lois de l'Église. La première collection des cinquante canons apostoliques paraît avoir été faite vers l'époque du concile de Chalcédoine. L'auteur (probablement syrien de nation) l'a composée en grande partie avec les Constitutions Apostoliques et les décrets du concile d'Antioche. Or, pour donner plus d'autorité à ces canons, il attribue aux Apôtres eux-mêmes bien des choses appartenant aux temps apostoliques , d'autres qui portent le cachet du IIe et du IIIe siècle, d'autres enfin et en grand nombre qui ne datent que du IV0. Dans la suite on s'enrichit encore de trente-cinq canons provenant d'une autre source, et la collection entière s'éleva ainsi à quatre-vingtcinq canons. Dans les collections faites depuis 451 , on réunit, outre les canons du concile de Chalcédoine, les décisions de celui de Laodicée, de l'an 372 , lesquelles, du reste, ne sont que l'abrégé d'anciens décrets, et celles des conciles de Constantinople , d'Éphèse et de Sardique. Jean-le-Scolastique, d'abord prêtre à Anlioche et ensuite patriarche à Constantinople (565) , inséra toutes ces pièces , conjointe-
ment avec les soixante-huit canons de saint Basile et les quatre-vingt-cinq canons apostoliques , dans sa collection qu'il distribua par ordre de matières. Les lois impériales concernant les affaires ecclésiastiques étaient renfermées dans le code publié par Justinien en 534. Dans une collection divisée en quatre-vingt-sept chapitres , le même Jean donna des extraits des Novelles de Justinien qui parurent plus tard. Indépendamment de cette collection, on en fit, au VIIe siècle , une autre plus considérable , comprenant les Novelles de Justinien et d'Héraclius relatives aux affaires de l'Église. Le concile in Trullo* tenu, en 692 , pour compléter les deux derniers conciles œcuméniques qui ne s'étaient point occupés de la discipline de l'Église , énuméra les canons auxquels on devait reconnaître force de loi dans l'Église grecque. Ce sont , outre les canons des Apôtres et des synodes précités, les canons du concile de Constantinople de 394 , ceux de l'Église d'Afrique , tels qu'ils furent promulgués , en 419 , par le concile de Carthage renouvelant les décrets des conciles antérieurs, les épîtres canoniques de Denys et de Pierre d'Alexandrie , de Grégoire le- Thaumaturge, d'Athanase, de Basile, de Grégoire de Nysse, de Grégoire deNazianze, d'Amphiloque, de Timothée,de Théophile, de Cyrille, et de Gennade, patriarche de Constantinople. On y ajouta encore les cent deux canons de ce concile même, lesquels devinrent une des principales sources du droit canon de l'Église grecque.
L'Église romaine fut longtemps sans avoir une collection de canons reconnue pour authentique. Le pape Innocent Ier déclara que le Siège apostolique n'attribuait une autorité légale qu'aux seuls décrets du concile de Wicée ; toutefois il faut y comprendre ceux du concile de Sardique, regardé comme une suite de celui de Wicée et qu'on désignait sous le même nom. Les papes promulguaient leurs décrets dans les synodes , ou bien ils les adressaient aux métropolitains, et par là ils les faisaient connaître sufûsam-
ment; les archives de Rome, où on les conservait, suppléaient à un code authentique. Depuis le Ve siècle, oq possédait des traductions latines des canons des conciles orientaux faites par des particuliers; aussitôt que l'on commença à s'en servir comme d'un code de lois canoniques , on y introduisit aussi des décrétales des papes. Trois collections renfermant de semblables décrétales ont été faites avant Denys-le-Petit, mais celle qui porte le nom de Prisca, et qui parut probablement en Italie vers le milieu du Ve siècle , ne se composait que des canons des conciles orientaux , y compris ceux du concile de Sardique. L'ouvrage le plus important de ce genre pour l'Occident est la collection de Denys-le-Petit , moine scythe, qui , à la prière d'Etienne, évèque de Salone, recueillit d'abord, vers l'année 525, cinquante canons apostoliques, ensuite les décrets des conciles orientaux jusqu'à celui de Chalcédoine, avec une nouvelle traduction , ainsi que ceux des conciles de Sardique et d'Afrique. Dans une seconde partie publiée plus tard , on joignit les décrétales de quelques papes depuis Sirice jusqu'à Anaslase II, qui mourut en 498.
L'Église d'Espagne possédait une collection plus ancienne, dans laquelle il n'y avait pas de canons apostoliques , mais qui renfermait les décrets de quelques conciles de la Gaule. En 010 , elle reçut une nouvelle collection considérable, peut-être par les soins de saint Isidore de Seville. Cette collection comprenait , outre les canons de l'Orient et de l'Afrique, les décrets de dix-sept conciles de la Gaule et de quinze de l'Espagne, ainsi que quelques décrétales des papes depuis Damase; elle s'enrichit insensiblement , dans la suite , des ordonnances des conciles et des papes d'une époque postérieure. L'Église gallicane ne possédait, jusqu'au VIIIe siècle, aucune collection de canons authentiques. L'Africain Fulgence Fcrrand fut le premier, en Gaule, vers 5ï0, qui rédigea, d'une manière systématique, sous le nom de Brevi all a canonum , une collection abrégée des canons orieulaux et
africains. Les canons orientaux se trouvent aussi en abrégé dans la collection de Martin , évèque de Brague , laquelle date de l'année 570. Enfin Cresconius, évèque d'Afrique, inséra , en 690 , dans sa Concordia canonum et dans son Brcviarium, la substance de la collection de Denys le-Petit disposée par ordre de matières.