LE HAVRE DE GRACE PORT DE COMMERCE
Un nouveau port de commerce. — Les officiers de l'amirauté armateurs pour leur compte personnel. — Actes de piraterie exercés par ordre de M. du Ghillou. Arrestation d'un navire génois, confiscation des marchandises, emprisonnement de l'armateur dans la grosse tour. — Arrêt de la Cour déclarant la prise nulle. — M. du Ghillou est condamné à restituer la valeur des marchandises. — Il expédie des navires aux Indes et au Brésil. — Représailles contre les Portugais. — Dangers que courait la marine marchande. — Réunion en flotte des navires de commerce pour combattre les corsaires. — Armements de Verrazano et de J. Ango à Dieppe, Fécamp et au havre de Grâce. — Voyage aux Indes. — La marine marchande au Havre en i53o. — Obstacles qu'elle rencontre. — Prétentions des Portugais. — Gomplaisances de l'amiral f -ançais. — Interdiction des voyages au Brésil. — Navigation le long des côtes de France, d'Espagne et d'Italie. — Reprise d'armements pour le Brésil. — Navires vénitiens amenés au Havre.
[E Roi François P'', en faisant creuser le nouveau havre de Grâce, ne s'était pas proposé d'en faire un port exclusivement militaire -, il voulait en même temps y établir un refuge pour les navires de commerce de tout le royaume, et il exprime ce désir dans sa charte donnée au port de Grâce, en août i52o, où nous lisons ce passage :
« En ayant par semblablement regard aux (c grans proufits et richesses qui proviendront à « notre royaume, des deniers et marchandises (f qui illec pourront venir et entrer seurement et « sans dangier, charger et décharger leurs mar- (c chandises icelles conduire et mener ou faire « conduire et mener par les bonnes villes et cités w de nostre royaume ; au moyen de quoy les « marchands de nostre royaume se pourront (C grandement enrichir (ce) qui sera un bien ines- « timable et perpétuel tant pour nous que pour <f eux (i). »
Les premiers navires de commerce qui ont fréquenté le nouveau port sont probablement ceux de M. de Chillou et de l'amiral Bonnivet, car, en même temps qu'ils commençaient rérection du havre de Grâce, au mois de février |4{|, ils négociaient l'achat de deux bâtiments appartenant à un marchand résidant à Honfleur, nommé Jehan Le Bailly (2). Celui-ci ayant refusé les offres de M. du Chillou, vendit ses deux navires à Michel Ferey et à Jean Foucher.
Mais M. du Chillou fît de nouvelles propositions à ces derniers et il réussit à obtenir, le 19 mars {—, par contrat passé devant les tabellions d'Honfîeur, la cession « de la nef nommée Saint- (( François^ ayant appartenu à Jean Le Bailly
« marchand à Angiers, et achetée de lui par a Michel Feray, marchand bourgeois d'Honefleu.»
Et, suivant un autre contrat reçu par deux tabellions de Rouen, le 20 octobre lôiy, Pamiral Bonnivet se rendit acquéreur de la nef le Saint- Laurent^ vendue par Jehan Foucher, qui Pavait acquise de Jean Le Bailly (3).
Le sieur du Chillou employait sa nef, et sans doute celle de Pamiral Bonnivet, non seulement au commerce d'outre-mer, mais encore à la course maritime, contre les ennemis de la France, ou supposés tels, tout en occasionnant ainsi de nombreuses entraves à la marine marchande.
La course maritime venait d'être réglementée par un édit donné à Abbeville, organisant la juridiction de Pamiral, afin d'éviter le retour de plusieurs abus qui avaient été commis par les corsaires, « car, dit le Roi, nous avons été avertis a que plusieurs maux, pilleries, larcins et meur- « très se sont par ci-devant commis et se commette tent sur mer par nos sujets, qui, sous ombre « de guerre, mettent sus quelques navires, sans « congé de notre amiral et détroussent les marée chands de notre royaume (4). »
D'après cet édit, les maîtres de navires
corsaires, après avoir prêté serment, devaient se
munir d'un congé de Pamiral ou de son lieutenant *,
- ils étaient obligés de ramener leurs prises dans
un port français, afin que ce fonctionnaire puisse percevoir le dixième de ces prises.
L'application de cet édit laissait beaucoup à désirer, les amiraux et leurs officiers étant quelquefois les premiers à enfreindre ces dispositions dans leur intérêt personnel.
Dans ces circonstances, le développement du commerce maritime du Havre était aussi lent que la construction de la ville Françoise ; de plus, régoïsme de M. du Chillou était loin d'encourager les marins et marchands à trafiquer dans ce port. Voici un exemple de la façon dont ce fonctionnaire, maître souverain de la ville, entendait la liberté du commerce -, c'est encore M. Gosselin, le consciencieux compulseur des archives judiciaires de Normandie, qui va nous dévoiler les abus de pouvoir de M. du Chillou.
Il paraît, écrit M. Gosselin (5), que M. du Chillou était fort âpre à s'enrichir aux dépens d'autrui et que, non content des avantages qu'il s'adjugeait sur les terres, en abusant des pouvoirs qu'il tenait du Roi, comme directeur des travaux du port, il exploitait aussi son titre de vice-amiral, en exerçant sur mer le métier de pirate.
Propriétaire de deux navires armés et équipés en guerre, il les envoyait en mer « pour faire (c (disait-il) la chasse aux ennemis du Roi» *, mais en réalité, pour courir sus aux navires étrangers et s'enrichir de leurs dépouilles.
Ainsi fit-il en 1622 : Vers la fin de juillet, un nommé Gaspard Centurion, citoyen de Gênes, avait chargé son navire, le Saint-Anthoine^ d'une grande quantité de marchandises pour transporter aux Indes et en trafiquer avec les naturels.
Parvenu à la hauteur du havre de Grâce, m.ais encore à une assez grande distance, il fut accosté, le soir^ « par une barque armée et équipée « en guerre qui le somma, au nom du sieur vicei< amiral Le Roy du Chillou, d'amener et de « le suivre jusqu'au havre pour y justifier de sa « nationalité. ))
Bien qu'il eût i5o hommes avec lui, Centurion n'essaya aucune résistance et s'en alla avec la barque nommée «barque du sieur du Chillou». Mai lui en prit d'avoir été si confiant, car, à peine arrivé au havre, en vertu d'une sentence rendue sur rheure par Le Roy du Chillou, lui-même, on le constitua prisonnier dans «■ une tour, en lieu « obscur et ténébreux » et on lui déclara que, par la même sentence^ le dit sieur vice-amiral, assisté du sieur Jacques d^Estimauville et de Guillaume d'Esmalleville, son greffier, avait confisqué à son profit le navire Saint-Anthoine et tous les biens et marchandises qu'il contenait.
Centurion demeura prisonnier jusqu'au 27 mars de Tannée suivante, époque à laquelle ayant pu saisir le Parlement de l'appel formé par lui contre Le Roy du Chillou, cette cour prescrivit
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sa mise en liberté immédiate et de plus, ordonna d'instruire le procès et de dresser un inventaire des biens et marchandises que le vice-amiral s^était appropriés.
Aux dates des 22 mai et 10 juillet, les parties revinrent devant le Parlement, et enfin, par un dernier arrêt du 7 août i523, l'affaire fut définitivement jugée au profit de Centurion, malgré les longs plaidoyers du sieur du Chillou et les divers incidents de procédure qu'il souleva au cours du procès.
Sans parler des dommages-intérêts auxquels M. du Chillou fut condamné, et qui s'élevaient à plus de 8.000 livres, avec intérêts à dix pour cent, à compter du jour de l'emprisonnement de Centurion, jusqu'au paiement intégral, il fut encore condamné sous des contraintes déterminées par l'arrêt du 10 juillet, à restituer toutes les marchandises, telles que vin blanc, savon blanc, huile d'olive, draps de Londres et de Rouen, blé, diamants, faux, haches de fer, poissons secs, habillements, toiles, etc. Enfin, la moitié de la valeur du navire, ce qui s'élevait au total à 7.81 3 livres 17 sols 10 deniers.
Centurion avait en outre demandé des dommages-intérêts a pour Temprisonnement de « sa personne en la tour du havre de Grâce où « il avait été fort mal traité » *, mais la Cour repoussa sa demande.
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L'armateur génois fut également éconduit pour sa réclamation de 3.ooo livres de dommages intérêts , basée sur ce que^ par son emprisonnement, il n'avait pu continuer son voyage aux Indes ni recueillir les biens et marchandises délaissés par Mathieu Centurion, son frère, décédé aux Indes.
En condamnant Guyon Le Roy du Chillou à payer toutes ces sommes, la Cour dit qu'il y serait contraint par la prise et la vente de tous ses biens, jneubles et immeubles et par toutes autres voies dues et raisonnables. Centurion, une fois rendu à la liberté, s'empressa de retourner à ses opérations sur la mer. De son côté. Le Roy du Chillou envoya plusieurs de ses Jtamres au Bî^ésil et aux Indes pour y trafiquer. Dans une transaction homologuée par la Cour, seulement le 14 février 1 526 (1527), ce dernier s^'obligea.^ pour le cas où ses navires reviendraient au havre avant un an, à solder entièrement Centurion, de la moitié qu'il restait lui devoir sur le montant des condamnations que nous venons d'énumérer.
Cet acte de piraterie n'est pas le seul que l'on ait reproché à M. du Chillou. Dans cette même année 1622, il s'était associé avec Jacques de Civille, bourgeois et marchand de Rouen, et tous deux avaient fait piller en mer le navire Sainte-Marie-de-la-Conception avec toutes les marchandises qu'il contenait. L'affaire fut portée devant le Parlement, par Bastien Alphonse, por-
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tugais, propriétaire du navire et des marchandises ; les conseillers de Cormeilles et Jubert, chargés d^examiner Taffaire, amenèrent les parties à transiger (6).
Cet exemple, venant de haut, était, comme on le pense, suivi par les seigneurs et fonctionnaires voisins *, car, écrit encore M. Gosselin : En i522, un sieur Charles de Quérigny avait fait venir de Venise deux navires chargés de coton filé. Rencontrés en mer par deux nefs dont Tune était appelée la Fleur de Lys et Tautre la Cigogne dont était maître Cardin d^Esqueville, seigneur de Bléville, les deux navires de Quérigny furent assaillis et les seize balles de coton filé passèrent aux mains du seigneur de Bléville qui, sans doute, ne crut pas déroger en commettant cet acte de piraterie.
Il est vrai que des actes semblables étaient quelquefois exercés à titre de représailles pour les excès que les navigateurs français avaient à souffrir de la part des marins et fonctionnaires étrangers et du concours que prêtaient ceux-ci aux nations avec lesquelles la France était en guerre ; en voici quelques exemples :
Au mois de mars ^^h, pendant la guerre avec TEspagne, un bourgeois de Dieppe ayant obtenu un congé ou permission de l'amiral pour armer en course un gallion de ce port, avait pris une barque venant des Antilles et chargée de
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riches marchandises appartenant aux marchands de Séville.
Confiant dans les traités de paix entre le Roi de France et le Roi de Portugal, le capitaine du corsaire conduisît sa prise et ses prisonniers en Portugal ; mais ceux-ci furent mis en liberté, et les marins dieppois restèrent en prison pendant cinq mois, sans pouvoir obtenir justice.
En présence de cette violation du traité de paix, Tamiral Bonnivet donna Tordre aux sergents de Pamirauté en Normandie, de saisir et arrêter tous les portugais, leurs biens et marchandises, et de mettre le tout sous la main de justice (7).
Deux ans après, c'est-à-dire le 8 août 1624, le même amiral adressait à M. du Chillou des ordres semblables à Pégard des vénitiens qui avaient contrevenu aux promesses et aux traités passés avec le Roi de France. Il lui prescrivait : « que par la mer en son endroit (le havre de « Grâce et environs) soit conduit sus aux dicts (( vénitiens et leur faire dommage que Pon pourra « et semblablement aux Romains, Espagnols, « Flamands et autres subjects du Roi catholique, « Milanais et Genevois, Florentins^ Sennois et « Pisans et pareillement aux Anglais. »
L'amiral Bonnivet ajoutait : « Il y a en Anglece terre, au havre de Porsemout, trois galères « vénitiennes que le Roi d'Angleterre avait
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(( pieça arrestées pour son service à la guerre et « que Ton doit ramener à Venise ^ il est besoin cr que vous y fassiez bon guet afin de les prendre, c( car il y aurait grant valeur (8). w
C'est peut-être en exécution de ces ordres que, le 2 mai i525, M. du Chillou fît capturer un navire génois, en vue de Calais, ainsi que le constate le procès-verbal de prise, conservé aux archives du château d^Azay-le-Rideau.
Plus tard, les marins français, loin de pouvoir armer en course, étaient, au contraire, obligés de se protéger contre les corsaires ennemis sans oser s'aventurer isolément sur mer pour entreprendre leurs voyages. Voici un fait cité par M. Gosselin (9) qui prouve combien le commerce et la marine marchande avaient à lutter pendant ces guerres continuelles. s
En i525, dit-il, pendant la guerre entre la France et PEspagne, les navires espagnols couraient la mer le long des côtes de Normandie et de Bretagne à tel point qu'il n'était plus possible à un navire normand, si bien armé qu'il fut, de s'aventurer pour le plus court voyage. Ainsi, pour aller à Brouage, en Bretagne, les armateurs de navires étaient obligés de se réunir et de composer une flotte. ^
C^est dans cette circonstance que trente-cinq navires, qui devaient aller en Bretagne, chercher
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du sel, s^étaient réunis en vue du havre de Grâce pour partir tous ensemble et se prêter assistance.
Parmi ces navires se trouvait la Pensée^ de qo tonneaux, bien armé et bien équipé en guerre avec une bonne artillerie *, il appartenait à Pierre Durand et à Guilbert Guerey. Deux autres navires, la P/e, appartenant à Jean Chefdhotel, et la Catherine^ dont le maître était Pierre Chefdhotel, faisaient partie de cette flotte.
Le 10 décembre 1 525, après avoir obtenu la permission du vice-amiral du Chillou, la flotte leva Pancre et fit voiles vers la Bretagne. Pour mieux conduire leurs affaires et assurer l'ensemble de leurs manœuvres, tous les navires constituèrent pour leur amiral, le navire la Pensée^ comme étant le plus grand et le mieux équipé, mais ils rencontrèrent treize forts vaisseaux espagnols qui fondirent sur la flotte normande, et après un combat sérieux, le navire la Pensée^ fut pris par les Espagnols, tandis que les autres bâtiments se retiraient dans un port breton -, quant aux navires la Pie et la Catherine^ ils avaient disparu sans prendre part au combat.
Dès que les maîtres de la Pensée eurent recouvré leur liberté, ils intentèrent un procès aux sieurs Jehan et Pierre Chefdhotel, pour obtenir des dommages-intérêts à cause de leur lâche abandon. Une indemnité leur fut accordée par
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arrêt du Parlement de Rouen, rendu le 17 juilet i526.
On était alors à Pépoque des entreprises lointaines. De Dieppe, Rouen et Honfleur, partaient fréquemment des navires chargés de marchandises pour aller trafiquer aux Indes ; la ville de Rouen était alors le grand comptoir où les négociants normands venaient s'approvisionner de vivres, de munitions de guerre et de marchandises. Son port était continuellement encombré de navires en charge, 'dont plusieurs appartenaient aux divers autres ports de la Normandie (10).
Quoique le havre de Grâce ne fut guère en état de prendre une grande part à ce mouvement commercial et que Ton s'y occupait surtout de l'achèvement du port et de la construction ou réparation des navires de guerre, on peut cependant citer quelques faits, permettant d'apprécier le concours apporté par le nouveau port à ce développement de nos relations extérieures.
Indépendamment des navires armés pour le Brésil et les Indes, par M. du Chillou, on retrouve d'autres armements plus importants, organisés par Jehan Ango, Jehan Verazzano et l'amiral Chabot, dans les ports du Havre de Grâce et de Dieppe, tellement unis d'intérêts, que l'histoire maritime de ces deux villes est étroitement liée à cette époque.
On a déjà vu que Jean Ango avait équipé, à
Ronfleur, les navires à l'aide desquels le duc d'Albany était retourné en Ecosse, à la fin de i52i. Outre ses fonctions de grenetierde Dieppe, Ango était encore officier-receveur de Tarchevêché de Rouen et, enfin, armateur dès Tannée i5i4, époque où il avait équipé partiellement le navire la Normande^ de Dieppe {i i).
Ce dieppois, suivant les traces de son père, qui avait expédié un navire à Terre-Neuve dès Tannée i5o8, était un riche armateur qui n'hésitait pas à seconder, par son argent, les hardis navigateurs de cette époque, lancés dans cette route encore peu connue du Nouveau-Monde. Il était un de ces français qui, suivant M. Margry (12), n'ont pas été plus indifférents à la découverte des Indes méridionales, comme on appelait alors TAmérique du Sud, qu'ils ne sont demeurés étrangers à la recherche d^un passage à la Chine, par le nord-ouest, nonobstant les assertions des Anglais.
Et de fait, lorsque l'entreprise de Magellan eut démontré la longueur du chemin vers les régions orientales par le sud-ouest, Jean Verrazano reprenait, sous le pavillon de la France, avant Tespagnol Estevan Gomez, Tidée de la route vers le nord-ouest *, il découvrait ainsi les côtes orientales de TAmérique du Nord, jusqu'à 5o'' de latitude.
En effet, François P'' ayant accueilli la proposition du pilote florentin Verrazano, d'aller chercher, au nord, un détroit qui ouvrit une route de la Chine plus courte que celle trouvée par Magellan, ce pilote partait, en i523, avec quatre bâtiments, pour faire ses découvertes (i3).
Deux de ces navires au moins appartenaient au port de Dieppe ; c'était la Normande, que Jean Ango avait déjà armé en 1614, et la barque la Dauphine^ appartenant au Roi et commandée, auparavant, par Antoine de Conflans.
Une tempête ayant assailli la petite flotte, Verrazano fut contraint de chercher un abri dans un port de Bretagne, avec deux navires seulement, la Dauphine et la Normande. Après quelques réparations, et abandonnant un moment son projet, il s'en alla sur les côtes d'Espagne, avec deux navires armés en guerre.
Là, ayant reçu de nouveaux ordres, le pilote florentin partit de Madère, le 17 janvier 1624, avec la Dauphine seule, montée par 5o hommes et approvisionnée pour huit mois ; mais Verrazano était déjà revenu à Dieppe, vers le milieu de Tannée 1524. Dans une lettre ainsi datée : Nella nave Delfina in Normandia in porto di Dieppa a di S ditjuglio 1524.^ il écrivit à François P*" le résultat de son voyage, pendant lequel il s'était montré d'abord à la hauteur de Wilmington, port de la Caroline du Nord \ il avait longé le
Continent et remarqué le beau havre de New- York, en passant devant le New-Jersey, etc. (14).
Jean de Verrazano ou Verrasene resta à Dieppe, pour le règlement de ses affaires, pendant le reste de Tannée 1 5 24 et en 1 5 2 5 . On le voit, en effet, soutenir un procès au sujet duquel un marchand de Rouen le cautionne, le 29 septembre i525 (i5). Puis, en 1626, il prépare à Dieppe, à Fécamp et au havre de Grâce, de concert avec Jean Ango, de nouveaux armements pour les Indes.
Avant de partir pour ce nouveau vo3^age, Verrazano songea aux afïaires qu'il laissait en France, en constituant son frère pour son mandataire : « Par acte daté des 1 1 et 1 2 mai 1 526, où « Jehan de Verraseine, prend le titre de capitaine « des navires équipés pour faire le voyage des (( Indes, il avait établi pour ses procureurs, i< Jerosme de Verraseine, son frère, et Zamothée « de Rousselay, afin de pouvoir recueillir tout « ce qui pouvait estre dû pour ce voyage (16).
Et par acte spécial, le même Jean de Verraseine donnait encore procuration « pour un « autre navire, la barque de Fecamp, du port de « 90 tonneaux, dont estait maistre Pierre Caunay, « pour aller aux Indes avec ce navire, y négocier, « trafiquer et rendre compte fidèle au dit Verra- « seine, qui devait payer, lors du retour de
« voyage , 5oo livres au propriétaire du « navire (17). »
On vient de voir qu^au mois de mai i526, Jehan de Verraseine prenait la qualité de « capi- « taine des navires équipés pour les Indes » ; cet armement avait été exécuté en partie au havre de Grâce, à frais communs entre lui, Philippe Chabot, baron d'Apremont, chevalier de Tordre du Roi, gouverneur et lieutenant général de Bourgogne, amiral de France et de Bretagne, et Jean Ango, dans les conditions suivantes (i 8) :
L'amiral Chabot avait « délibéré de pour le « bien, profit et utilité de la chose publique du (( royaume de France, mettre sus deux de ses <c gallions, estant de présent au havre de Grace^ « avec une nef appartenant à Jehan Ango, de « Dieppe, du port de 70 tonneaux et pour iceux, « trois veseaulx, équiper, avitailler et convenir « pour faire le voyage des épiceries aux Indes, « dont pour iceluy voyage faire, Pamiral accorde « avec les personnes ci-dessous nommées et « signées. »
Cette association avait pour but de fournir les vingt mille livres tournois ou 200,000 francs nécessaires aux marchandises, victuailles et avances de compagnons des trois navires \ cet apport était réparti dans les proportions suivantes :
Par ramiral, 4.000 livres -, par Guillaume Preudhomme (receveur) général de Normandie*, Jean Ango, Jacques Bourcier et Messire Jehan de Veresam (sic)^ principal pilote, pour chacun 2.000 livres ; quant au surplus, il devait être fourni par d'autres personnes que le contrat d'association ne nomme pas.
L'amiral et Jean Ango promettaient « bailler « les gallions et nef, bien et dûment radoubés et « acoustrés, tant de calfadages, cables, ancres « doubles, appareils, cordages, artillerie, poudres <( boulets et tout ce qui était requis à tels navires « pour faire un si long voyage que cestoy, pour « estre prêts à appareiller dans un délai de deux « mois. ))
Bien que l'amiral Chabot eût déclaré apporter son concours à cette entreprise pour le profit et utilité de la chose publique, il n'avait pas oublié ses intérêts particuliers -, car il stipulait que lui et Ango n prendraient sans payer, au retour « du voyage, pour le fret et noleage des gallions « et nef, un quart de toutes les marchandises « qui reviendraient ou seraient rapportées.
« Et pour le loyer de Messire Jehan de « Veresam, principal pilote, lequel s'est soumis « et obligé de fournir deux autres pilotes pour « conduire les deux autres navires, il prendra w pour ses gages et ceux des deux autres pilotes
« le sixième de tout ce qui reviendra de marchani< dises. Le quart pour noleage, les frais et mises (( de marchandises et loyers des compagnons au a préalable pris et levés avant de prendre le c( dit sixième. »
Les pertes comme les bénéfices devaient être répartis proportionnellement entre les associés. « Et si, par fortune de mer, aucun des dicts gal- « lions et nef fussent perdus ou que Pun, par « quelqu^inconvenient, ne partit et les deux autres « fissent leur voyage, la marchandise qui revien- (f drait se partagerait comme dessus et y partice ciperaient, le dict navire non partant et les « marchands chacun au marc la livre, car tout « va au commun profit. »
Philippe Chabot n'oubliait pas non plus le prélèvement qui lui était réservé sur les prises, à cause de ses fonctions d'amiral : « Et si aucun « butin se fait à la mer sur les Maures tués ou « autres ennemis de la Foy ou du Roy, Monsei- « gneur Tamiral prendra au préalable sur icelui (( butin son dixième et le reste à partager. »
Nous ignorons le résultat précis de cette association maritime, si curieuse à plusieurs points de vue, puisqu'elle révèle notamment Tun des premiers armements qui aient été faits au havre de Grâce par Tillustre navigateur Verrazano.
On objectera peut-être qu'il n'y a pas une parfaite similitude de noms entre celui-ci et Jehan de Veresam, indiqué dans le contrat anatysé ici. Mais il ne peut y avoir de doute sur ridentité de ce personnage.
En effet, on a vu que Jehan de Varrasene avait un frère portant le prénom de Jérôme ou Hiérosme, qu'il avait établi son mandataire^ suivant acte passé devant les tabellions de Rouen, les 1 1 et 12 mai i526.0r,JehanVerrazanoou Verrazini avait aussi un frère, Hiérosme Verrazano, qui avait probablement navigué quelquefois avec lui, et s'était occupé d'études cosmographiques. On connaît de lui une planisphère, datée de i529, conservée parmi les cartes de la Propagande, à Rome, portant cette inscription : Hieronymus de Veraiiano faciebat \ puis sous ces mots : Nova Gallia sive Yiicatanet^ cette phrase : Veranano sive nova Gallia qiiale discopri 5 anni Giovanni de Verawartojlorentinoper ordine e commendamento del re cristianissimo di F ranci a {i g).
Nous avons fixé l'époque de ce contrat, non daté, à l'année 1626, en le rapprochant des actes passés au tabellionnage de Rouen, les 1 1 et 12 mai i526. Plusieurs circonstances confirment cette opinion et fournissent quelques indications sur les suites de cette entreprise et les résultats qu'elle aurait acquis.
D'abord, cette convention ne pourrait être
antérieure à i526 ni postérieure à i53o, car Philippe Chabot, négociateur de la délivrance du Roi, avait été récompensé de ses services au commencement de cette année par la charge d'amiral et de lieutenant général au gouvernement de Bourgogne, fonctions qu'il a exercées jusqu'en 1 53 1 , époque où il fut nommé lieutenant général du gouvernement de Normandie.
En outre, à la date du 23 décembre 1627, l'ambassadeur de Portugal en France annonçait à son maître, que Tamiral de France avait envo3^é cinq vaisseaux au fleuve découvert par Christophe Jacques, sur la côte du Brésil (20). Etait-ce là un nouvel armement de Ph. Chabot, ou bien s'agissait-il des trois navires de Dieppe et du Havre auxquels s'étaient joints les deux bâtiments que M. du Chillou avait expédiés en même temps au Brésil et aux Indes.
Enfin, Thistorien de l'Asie-Mineure, J. Barrow, cité par M. Margry (21), mentionne à la date de 1627, la présence de trois navires français dans les mers de l'Inde, assurément partis des ports de France en i526. A sa connaissance, un premier vaisseau arrivait cette année (1527) à l'île Saint-Laurent ou Madagascar; un deuxième, armé dans le port de Dieppe^ touchait au port de Diu, au commencement de juillet -, son équipage était de quarante hommes environ, commandés par un capitaine portugais, Etienne Diaz. Le
troisième était commandé par un autre capitaine portugais, O'Rozzado ; ce dernier navire se perdit dans une baie de Pile de Sumatra.
Ces exemples d'armements commerciaux faits au havre de Grâce nous indiquent déjà la nature du commerce et de la navigation qu'il renfermait ; mais ils sont insuffisants pour que nous puissions apprécier l'importance du trafic opéré dans ce port par les armateurs normands. Toutefois, on peut suppléer à ces lacunes au moyen des témoignages de plusieurs habitants du Havre et des environs, recueillis dans l'enquête de 1 532 (22), quoique ces témoins se bornent à déposer d'une manière générale et sans fournir de chiffres.
Il ne résulte pas moins de la réunion de tous ces renseignements que, vers l'année i53o, le commerce du havre de Grâce commençait à se développer et que l'on ne se bornait pas à la pêche côtière ou lointaine, comme on pourrait le supposer d'après M. Borély. A l'appui de cette thèse, nous citerons quelques passages de l'enquête de i532 sur la valeur des droits perçus par le seigneur de Graville -, passages ayant rapport au commerce et à la marine du havre de Grâce.
Jehan de Marcelles, receveur du seigneur de Graville, déclare: a Le havre de Grâce est si « bon que de tous pays on y vient à présent (c apporter marchandises. -»
Jean Fournier dépose : « Il y a 40 ou 5o (( ans, toutes les droitures du seigneur de Graville a ne valaient pas 5o sols par an -, mais depuis « dix ans ou environ (elles) ont bien pu valoir « huit à dix livres tournois (200 fr.) ; laquelle (c augmentation vaudrait et procéderait de la « bonté du dit havre qui est tel que de tous pays i( et contrées chacun y vient apporter marchan- (( dises (ce) qui est un bien inestimable. »
J. Noël affirme : « que les grands navires « chargés en diverses marchandises, venant de « tous pays arrivent à présent en la dicte ville
« Françoise et havre de Grâce, w
Pierre Roullant pense : « que les droits du a seigneur de Graville augmenteront à cause de « la communication et multiplication du peuple, (c navires et gens étrangers qui, de tous pays, c( viennent et affluent en la dite ville. »
Colin Auberge est d'avis : « que les droitures « du seigneur de Graville ont bien augmenté à (C raison du nouveau havre, par Paffluence de (( grand nombre de navires chargés de marchan- « dises de tous pays et contrées, ce qui ne se « faisait auparavant. »
M. de la Mazure, lieutenant du bailliage de Montivilliers et de Tamirauté rapporte : « que u grands navires de divers pays, chargés de plucc sieurs sortes de marchandises pour la bonté du
« havre, y viennent ordinairement (ce) qui est le « bien de la dicte ville et du pays. »
Ce même fonctionnaire précise encore mieux en disant : « que les coutumes (droits) sur mar- « chandises et poissons se sont montées à 400 « livres tournois en i53i, et qu^il y en aura plus « encore en i532. »
Et Jehan de Harcelles rappelle : « que le (c seigneur de Graville a droit à quatre deniers « sur chaque baril de harenc ; si ce droit était « cueilli paisiblement de présent, il vaudrait (c chaque an plus de 5oo livres tournois. Et depuis « que la ville s'est augmentée, le peuple s'est « accoutumé d'y apporter du bois par la mer ; « le fermier du seigneur de Graville a essayé de « cueillir une bûche sur cent, mais les bourgeois « en murmuraient, prétendant que c'était exaction « et novalité et Ton a renoncé à percevoir cette (( redevance. »
Il faut supposer que le commerce et la navigation du havre de Grâce auront encore augmenté par suite de la suppression des droits des prévôtés de Leure et d'Harfleur dans retendue du nouveau port, qui avaient fait disparaître un certain nombre de taxes de douane évaluées à 200 livres ou 4.000 fr. par an.
Mais cette suppression n'était qu'une demimesure, puisque les fermiers du seigneur de Graville continuaient à percevoir sur les navires
t5o description historique
et les marchandises certaines redevances, dont ils profitèrent pendant dix ans encore, c'est-à-dire jusqu'en 1541.
D'un autre côté, la marine marchande française n'était guère protégée contre la concurrence étrangère et spécialement celle des portugais, qui prétendaient, grâce à la complaisance des amiraux français, lesquels auraient dû plutôt protéger leurs nationaux, à un droit de préemption sur les terres nouvellement découvertes.
L'ambassadeur vénitien, Marino Giustiniano (24), rapporte à ce sujet, en i535 : «On sait « bien que dans les Indes, qui appartiennent au <c Roy de Portugal, ex veteri occupatione^ celui- <c ci, non seulement ne voudrait pas de rivaux, « mais ne veut pas même que ces rivages soient « abordés par des sujets d'une puissance etran- « gère.
(( Les Normands, les Bretons, les Picards, « qui étaient allés au Brésil, ont esté fort mal- « traités, ce qui donna lieu à des plaintes amères « de la France contre les Portugais.
cf Cependant, les Français qui sont là, et « d'autres qui y arrivent, tiennent à conserver « leur droit ; c'est pourquoi une négociation est <c depuis longtemps entamée. L'amiral traite pour « la France, l'ambassadeur de Portugal pour son <c Roy, mais les riches présents que celui-ci donne « à l'amiral font traîner l'affaire en longueur... et
« le Roy tres-chretien n'y met pas beaucoup « d'intérêt. »
Un autre ambassadeur vénitien, Marino Cavalli (26), déclare en i538 : « qu'avec le Force tugal il ne peut y avoir bonne intelligence, « puisqu'une guerre sourde dure toujours entre « les deux pays. Les Français prétendent pouvoir « naviguer vers la Guinée et le Brésil, ce que les « Portugais n'entendent pas du tout ; s'ils se (c rencontrent en mer, ils se battent. »
La connivence de l'amiral Chabot avec les Portugais, relativement aux obstacles apportés à la marine française, dont parle Giustiniano, est confirmée par l'instruction du procès et la condamnation de cet amiral, convaincu, en 1641, d'avoir reçu, des ambassadeurs du Roi de Portugal, 25.000 écus, et de l'armateur Ango, une somme aussi considérable en argent, diamants et tapisserie ; d'avoir délivré des congés et permissions pour aller aux terres de l'Afrique, à des marchands qui s'obligeaient à lui payer le dixième des marchandises qu'ils rapporteraient.
Ce même procès avait révélé l'usage pratiqué par l'amiral Chabot, en i536 et i537, d'exiger 3o et 20 sols des pêcheurs de Normandie allant à la harengaison et droguerie, et six livres sur les bateaux allant à la pêche aux maquereaux (26).
A ces entraves de toutes sortes se joignit la défense expresse, faite par le Roi de France,
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d'entreprendre aucun commerce et navigation de nature à compromettre Palliance de celui-ci avec le Roi de Portugal. Cette prohibition, insérée dans les lettres patentes des 3o mai et 23 août iSSy, fut renouvelée au Parlement de Rouen, le 22 décembre i538, parce que, malgré la défense faite aux Français d'aller au Brésil et à Malaguette, plusieurs y étaient cependant allés.
En conséquence, le Roi invitait le Parlement de Rouen à publier de nouveau la défense d'aller « au Brésil, Malaguette ni aux terres découvertes « par les Roysde Portugal, sous peine deconfisca- <f tion et d'emprisonnement. » Il lui prescrivait aussi de rechercher les noms de ceux qui avaient voyagé au Brésil depuis les lettres patentes de 1 537 et de leur appliquer les peines qu'ils avaient encourrues (27).
Il ne faudrait pas croire toutefois que, devant ces obstacles, les armateurs normands et les marins havrais aient renoncé à tout commerce maritime ; ils se bornèrent toutefois à restreindre leurs voyages autour de l'ancien continent, c'està-dire le long des ports du Portugal, de Provence et d'Italie, en Irlande et en Angleterre. Ils n'abandonnèrent pas non plus les pays où les Portugais ne réclamaient pas une propriété exclusive, notamment à Terre-Neuve.
En effet, le navire la Catherine^ que nous avons déjà cité en i525, au milieu de la flotte
des navires chargés de sel, partait, en i536, pour la pêche à Terre-Neuve, sur Tordre de M. de la Mailleraye, capitaine du havre de Grâce, et sous le commandement de Jacques Frasel et de Nicolas Le Rollet (28).
D'un autre côté, les actes du tabellionnage de Rouen renferment pour cette époque plusieurs contrats d'affrètements passés entre divers marchands normands et des marins du havre de Grâce, avec ce dernier port pour point d'attache ou de relâche (29).
C'est d'abord Jehan Domelin dit Genevois, qui, le 2 octobre i535, affrète sa ntî Françoise ^ du port de i35 tonneaux, à Olivier de Pardé, de Rouen, pour prendre partie de sa charge au havre de Grâce et l'autre partie en Angleterre, afin de cingler vers Marseille , Villefranche , Livourne, Naples, Messine et Palerme, puis rapporter des marchandises au havre de Grâce, à Londres et à Anvers.
Jacques Malo, de Dieppe, maître de la nef La-Fleur-de-Lys y de 80 tonneaux, montée par 26 hommes d'équipage, affrète cette nef, le 22 avril t536, à André de Malvande, marchand de Rouen, pour faire voyage à Cadix, Livourne, Civiteviege et revenir décharger au port du havre de Grâce, à Londres, Anvers et Rouen.
Alain Gobin, marchand à Harfîeur, avait affrété à Rouen la nef la Trinité^ pour aller en
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Irlande et rapporter des cuirs et autres marchandises au havre de Grâce.
Sosthène Levallois, d'Honfleur, maître de \3i nd là Barbe ^ de 140 tonneaux, affrète cette nef, le 3i juillet i54i,àdeux marchands de Rouen pour faire le même voyage que la Fleurde-Lys et rapporter des marchandises au havre de Grâce.
Guillaume Delisle, maître de la nef Jacques^ de 65 tonneaux, l'affrète, le 22 novembre 1642, à trois marchands de Rouen pour partir du havre de Grâce avec plein chargement et aller à Portugalette, la Rochelle, Anvers et Rouen.
Thomas Le Blond, maître de la nef la Louise^ entreprend aussi un voyage pour revenir au havre de Grâce et à Rouen. Pierre Baignares, à son retour de Mailloque, vend un quart et un seizième lui appartenant dans le navire le Jacques, flottant au havre de Grâce.
Citons encore A. Dehors, maître de la nef la Julienne^ de 80 tonneaux, qui, le 5 décembre 1 545, part du havre de Grâce pour aller charger des vins à Bordeaux et les rapporter à Rouen.
Dès que la prohibition d'armer pour le Brésil fut levée ou tomba en désuétude, on vit apparaître au havre de Grâce de nouveaux navires qui retournèrent dans ces parages en même temps qu'un grand nombre d'autres bâtiments allaient à la pêche de Terre-Neuve.
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Comme nous l'avons vu, en 1541 (3o), le navire la Madeleine^ de 120 tonneaux, appartenant à Ricard Buisson, demeurant à la Bouille, partit de ce petit port, armé et équipé en guerre, sous le commandement de Richard Simon, pour les terres du Brésil et les côtes de Guinée. Ce navire effectua son retour par le havre de Grâce à la fin de juin 1542, et après être rentré à la Bouille, il repartit presque immédiatement pour les Indes.
Le 5 juin lôôy, Jacques de Caugvigny, contrôleur de Fécamp, capitaine de marine pour le Roi, bourgeois du navire \di Serpente^ de 200 tonneaux, donnait procuration à Geotïroy Dupuys d'affréter ce navire à Guillaume Berry, marchand du havre de Grâce, pour faire le voyage du Brésil aux conditions à déterminer par le mandataire (3i).
A la date du 27 février 1664, le même G. Berry était intéressé dans les navires la Marie ^ de 90 tonneaux, et le Saumon^ de 80 tonneaux, appareillés pour le Brésil à Tamont et côte des Canniballes (32).
Indépendamment de ces navires, qui abordaient librement au havre de Grâce, on y voyait arriver d'autres bâtiments amenis par les corsaires français, armis dans ce port tout à la fois militaire et commercial. Sans entrer ici dans les ditails, nous nous bornerons à citer la prise de
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deux navires espagnols, effectuée le i o avril 1 643, par François Legrin, de Saint-Denis du Chef de Caux, capitaine de la Marie^ du port de Françoise de Grâce, prise annulée par arrêt du Parlement de Rouen (33).
Vers la même époque, les marins havrais avaient capturé deux nefs vénitiennes, la Contarina et la Foscarina^ prises presque sur les côtes et amenées au havre nouveau [avra nova)^ dit l'ambassadeur Marino Cavallo, en 1546 (34).
Cet ambassadeur avait réclamé la mise en liberté de ces navires vénitiens, parce qu'ils ne pouvaient être pris pour des vaisseaux ragusiens, ainsi qu'on le prétendait.