CLERC, CLERGÉ
Dans la langue grecque k>^.; signifie sort, ce qui est échu par le sort, héritage, Isidore, dans son livre des Origines, assigne au mot clerc pour élymologie le sort auquel on eut recours pour trouver un successeur à Judas Iscariole, et sors cecidit super Matthiam. Dans la première Epitre de saint Pierre, nous trouvons le nom de clerus donné à ceux qui sont employés dans le ministère sacré. La tribu de Lévi, dévouée au Sacerdoce de l'ancienne loi, est appelée le sort, l'héritage, le partage du Seigneur, ce qui nous fait pencher pour la première élymologie, malgré notre respect pour Isidore. Le cérémonial de la tonsure, qui est l'initiation cléricale, fait réciter par le nouveau clerc les paroles . Dominas pars H«rbditatis meœ. L'Eglise admet donc l'origine que nous assignons à ce lerme.
Nous vovons , dès les lemps apostoliques, une hiérarchie composéede prêtres, d'évéques et de diacres. Au point culminant de l'épisiopat, nous trouvons un évèquc vicaire de Jésus-Christ En effet , Pierre nous apparaît après la Pentecôte et l'Ascension , tenant le premier rang dans le collège hiérarchique, comme nous le voyons, avant la résurrection, chef de l'apostolat. Nous ne faisons point un livre de controverse; mais nous pensons» qu'il est utile, en tout temps et en tout lieu. opportune et importune, de rappeler eu peli
3tt CLE
de mots les preuves de celle primait** Klles sont claires et précises dans l'Ecriture sainte et les écrits des Pères des premiers siècles. La première preuve, qui seule nous paraîtrait décisive, est tirée du premier chapitre des Actes des apôtres ; il s'agit, après l'ascension, d'élire un apôlro à la place de l'iscariole. Pierre prend la parole au milieu d'une assemblée de cent vingt disciples, et provoque cette nomination dont nous parlons plus haut. Après avoir reçu le Saint-Esprit, c'est Pierre qui prêche le premier. C'est lui qui, traduit devant un conseil composé d'Annas, prince des prêtres, de Caïpne, de Jean, d'Alexandre et de tout le sanhédrin juif, répond ans interpellations qui sont adressées au collège apostolique. C'est Pierre qui, au Concile de Jérusalem, porte le premier la parole et le premier émet son opinion. C'est à Pierre que saint Paul, devenu apôtre, va s'adresser en arrivant à Jérusalem. Pourquoi toujours Pierre ligure- t-il au premier rang? 11 faut demander A Jésus-Christ lui-même pourquoi c'est A cet apôtre, et non point à un autre, qu'il donne les clefs du royaume des deux et qu'il cooûe le pouvoir de lier et de délier. Refuser à Pierre la suprématie, c'est torturer les passages les plus clairs de l'Ecriture sainte, que le protestantisme regarde comme l'unique règle, la seule boussole de la foi; c'est vouloir, par une malice aussi profonde qu'absurde , fermer les yeux A la clarté du soleil pour en nier l'éclat. Nous renvoyons les dissidents au magnifique sermon de l'Unité par l'immortel Bossuct. Nous plaignons de tout notre cœur quiconque n'y verra pas un invincible argument en faveur de I» suprématie de saint Pierre, et nous lui conseillons de lire encore plutôt avec les yeux du cœur qu'avec ceux de l'esprit.
Nous trouvons donc, dans le berceau même du christianisme, un clergé ainsi composé : le pape dans saint Pierre, des évéques. des prêtres, des diacres et plusieurs ministres inférieurs. Nous y voyons deux catégories parfaitement distinctes , l'épiscopat ou le haut clergé, présidant et gouvernant; la prêtrise et les ordres inférieurs , présidés et gouvernés, c'est-A-dire le clergé intérieur. Lorsque l'Eglise eut pris son développement, la discipline établit plusieurs degrés de juridiction ou d'honneur dans les rangs de la hiérarchie d'institution divine, et alors se forma Il seconde hiérarchie à laquelle on peut donner le nom d'ecclésiastique pour la distinguer de la première. De la, dans te haut clergé, les patriarches, les primats, les métropolitains, les archevêques, les évéques, et, dans le clergé inférieur, les chanoines, les grands vicaires, les doyens, les recteurs ou curés, les vicaires, les simples prêtres.
La hiérarchie d'Ordre, selon l'étal présent de l'Eglise romaine, se divise en deux catégories. La première se compose des trois Ordres majeurs, le sacerdoce, le diaconat et le sousdiaconat. Dans le sacerdoce 0.1 distingue l'épiscopat et la préirise. La seconde
catégorie comprend les Ordres mineurs, qui sont ceux d'acolyte, d'exorciste, de lecteur et de portier. Nous entrons dans des détails étendus sur chacun de ces Ordres dans l'ar-
Lcle OBDIIfATIOEf.
On range sous la dénomination de clergé régulier les religieux qui vivent en communauté et qui ont A leur tête des supérieurs tels que les abbés, les prieurs, les gardiens, etc. {voyez abbé). Le nom de clergé séculier est donné aux ecclésiastiques qui vivent dans le monde. Il est cependant essentiel d'observer que, dans les premiers siècles , cette différence ne fut pas aussi grande qu'elle l'esl devenue par la suite des temps. Il est certain que l'évéque et son presbytère vivaient en communauté. On peut consulter l'aiticle cbanoixb. Au moyen âge, le nom de mouslitr, monatterium, était donné à l'église cathédrale et même aux églises paroissiales qui avaient un clergé un peu nombreux ; mais on conviendra que celte vie conventuelle était impossible pour les pasteurs ruraux dont chacun était isolé dans la paroisse qui lui était assignée. Néanmoins, par analogie, on appelait pareillement moustter l'église du village qui n'avait qu'un seul prêtre. Ceci prouve une l'on considéra, pendant plusieurs siècles, le clergé comme un corps régulier. Un vestige de cette communauté cléricale existait encore dans les grandes églises de Paris, de Rouen, de Lyon, etc., avant la On du dix-huitième siècle. Le nombreux cierge de ces paroisses habitait dans une seule maison qui portait le nom de presbytère ou do communauté. Il est A regretter que cet usugo soit tombé en désuétude. Néanmoins il ne faut pas oublier que les communautés dont nous parlons, n'étant point composées de religieux proprement dits , ne pouvaient point s'appeler du nom de régulières comme les couvents, dont les membres sont liés par des vœux particuliers. Nous avons dû seulement constater le fait que le clergé, est, par sa nature intrinsèque, un corps plutôt destiné à une vie de congrégation, de communauté, qu'à une vie isolée. Ne dirait-on pas que Jésus-Christ lui-même, vivant constamment avec ses apôtres, avait voulu tracer ce plan de vie commune au clergé, qui devait perpétuer son ministère parmi les hommes ?
Le plan de ce livre nom détend tTcnvîsaçcr la question du clergé sous le rapportdelajurisprudenec canonique. D'ailleurs, par les immenses changements qui sont le résultat de nos troubles civils de 1789, lu clergé ue forme plus un corps ; ses biens, ses prérogatives lui ont clé ravis. Il n'y a plus que des évéques régissant l'Eglise de Dieu et des
Eirétres travaillant sous leurs ordres. Les ois elles-mêmes, qui proclament l'égalité des citoyens , violent ce principe , et ceux d'entre ces derniers qui appartiennent au clergé, sont privés de certains droits même importants. Nous ne pouvons donc pas trop comprendre ce que Von entend encore aujourd'hui par l'Eglise Gallicane et ce qu'on nomme ses libertés. Nous ne pouvons voir dans les évéques et les autres membres de
LITURCIE CATHOLIQUE.
la caricature, que des clercs faisant profession de croire et d'enseigner les dogmes et la morale de la foi catholique, apostolique et romaine , comme les clercs de l'Espagne, du Portugal, de l'Irlande et de l'Allemagne. Le droit canonique du clergé français se restreint donc uniquement à quelques points d'ancienne jurisprudence, que les événements ont forcément respectes, parce qu'ils tiennent à l'organisation intime de l'Eglise, et aux relations légales des membres du clergé avec l'autorité civile qui a proclamé la liberté des cultes.
ni.
Guillaume Durand établit une affinité administrative du clergé arec les fonctions de l'ancien gouvernement romain. Nous n'y attachons pas plus d'intérêt qu'elle n'en mérite ; cependant nous croyons devoir présenter ici ce rapprochement, qui nous fait connaître l'organisation du clergé du treizième siècle. Selon Durand, le pape représente l'ancien souverain pontife ; on sait que César fut décoré de cette dignité. Les sénateurs et les patriciens sont reproduits par les quatre patriarches et les cardinaux de l'E-
J;lise romaine; les primats, qui ont sous cur juridiction trois archevêques, retracent les rois qui commandent à trois ducs. On peut comparer les métropolitains aux ducs, qui ont sous eux plusieurs comtes ; les évéques sont ces comtes. Les chorévéques, uand ils existaient, rappelaient les présients cl les préfets; les prévois, prœpositi, ou tous autres ecclésiastiques d'une autorité supérieure, représentent les tribuns des soldats. Il voit, dans les archiprélrcs, les tribuns du peuple, dans 1rs chanceliers les préteurs, dans les archidiacres les centurions, dans les doyens les décurions, dans les prêtres et curés les avocats, défenseurs ou protecteurs du peuple, advoentos. Les personnes initiées dans les Ordres tirent aussi leur origine, dit Durand, des anciennes fonctions de l'empire romain. Dans les prêtres il voit des édiles, dans les diacres des quaternions, dans les sous-diacres des déceravirs, dans les exorcistes les questeurs, dans les portiers lesyVinitores du palais, dans les lecteurs les récitateurs des oracles, carminum; enfin dans les acolytes les scribes qui étaient chargés de mettre par écrit ces oracles.
Sans doute ces applications ne sont point d'une justesse rigoureuse; mais il faut bien convenir que l'Eglise n'a point créé les noms des fonctions remplies par plusieurs membres du clergé. On n'ignore pas que le pontifes, le prœsul, Vepiscopus, le par o chus, le diaconus, etc., étaient les litres de diverses personnes remplissant des charges. Les noms diacesis, meiropolis. ecctesia, etc., étaient connus avant la religion chrétienne. Pour-
3uoi le christianisme aurait-il répudié ces énominations consacrées? Mais il en est surtout une qui exprime une idée qui fui toujours inconnue au paganisme, et dont le sens allégorique s'identifie avec l'esprit de charité, <f humilité , de douceur, de la vraie religion, c'est celle de pattor, pasteur, qui
désigne spécialement tout membre de l'Eglise enseignante : c'est ce litre que Jésus-Christ se complaisait à prendre, et qui est un admirable symbole de son tendre amour ; la religion chrétienne se résume dans le seul litre que nous donnons à celui qui sur la terre est le chef de l'Eglise, il en est le pape, c'csl-kdire le Père, «««««ç, Pater, prononcé dans une expansion de tendresse filiale. Il y aurait un rapprochement fort intéressant à faire entre les noms par lesquels on désigne les titulaires des fonctions civiles et ceux qui sont employés pour indiquer les diverses fonctions du clergé ;on verrait, dans les premiers. IVsprit de suprématie et de domination qui les a dictés, et dans les seconds la douceur et l'humilité chrétienne dont ces noms sont l'emblème. Cette observation n'est pas à dédaigner. Tandis que l'autorité civile se revêt des litres d'empereur, de roi, de duc, de préfet, de président, de maire, qui tous expriment dans leur élymologie le commandement, la supériorité, l'Eglise se sert des noms de pape ou père, pasteur, évéque ou surveillant, abbé ou père, curé ou homme de sollicitude pastorale, etc. Ainsi, dans le simple village, pendant que le dépositaire du pouvoir administratif prend le litre de maire , c'est-à-dire major, celui qui est plus grand que les autres, c'est l'origine du nom de maire, le ministre des saints autels porte le nom de curé, curatus, curator, homme livré aux soins spirituels, ou de desservant, c'est à dire celui qui sert , serwu. On a vu plus haut nue le clergé lui-même n'est autre chose que 1 héritage ou le partage de Dieu. Il est vrai que ce titre est bien auguste, mais qu'il n'offre rien de fastueux dans le sens de l'orgueil mondain.
VARIÉTÉS
Nous avons cru devoir présenter ici un tableau de l'Eglise de France, telle qu'elle était organisée en 1789; il esl utile, plus qu'on ne pourrait le croire, de conserver et de propager la tradition i cet égard. Aujourd huî même, et seulement après un demi-siècle, 11 est assez difficile de trouver ces documents, et le jeune ccclésiastiqnc désireux de s'instruire, esl souvent embarrassé pour se lus procurer. Nous les puisons dans l'Almanach royal de 1789, et nous y joignons le nombre des cures dont chaque diocèse se composait, ainsi que les noms talinsdes villes épiscopales; les archevêchés sont en lettres majuscules.
PAltlS. Parisii, cures V79. Chartres, Carnuiitm, 810. Meaux, Mcldcr, 231. Orléans, Aurtlianum, 265. Blois, Blesœ, 200.
LYON, Lugdunum, cures 706. Aotun, Au- (jttttodunum, 610. Langrt-s, Lingonœ, 470, Maçon, Matisco , 260. Châlons-surSaone . Vubillo, 212. Dijon, Divio. 156.
riOUKN, Rholomagus. cures 1388. Baveux, Bajocœ, 617. Avranches , Abrincœ, 177. Evreux, Ebroica, 550, Seez, Sagium, W7. Lisieux, Lexovium, kS. Coulanccs, Constantin, W3.
SENS, Senones, cures 77V. Troycs, Trccet,