‹ Origines et raison de la liturgie catholique en forme de dictionnaireChapitre 255 sur 519 · HYMNE · texte numérisé non relu

HYMNE

Les Grecs ont imposé ce nom aux compositions poétiques qu'ils chantaient en l'honneur de leurs dieux. Chez les Romains ce terme exprime la même chose. Ainsi nous lisons que Numa Pompilius composa des Hymnes que chantaient les saliens, prêtres de Mars, en l'houncur de leur divinité. Au sein du christianisme, sans imiter pour cela les Biles idolâtriques, on chanta des Hymnes au vrai Dieu. Ce terme est dans l'Evangile, el nous savons que Jésus-Christ après nnstilution de l'Eucharistie, chanta un Hymne d'action de grâces. Les premiers chrétiens chantaient des Hymnes, selon le témoignage de saint Augustin. Ils n'obéissaient du reste, en cela, qu'à la prescription de l'Apôtre, qui veut que Dieu soit loué par des Psaumes, des Hymnes, des cantiques. Mais il n'est poiul ici question du sens général de V Hymne comme manifestation du culte intérieur. En ce sens la Liturgie tout entière est V Hymne d'adoration.

Nous voulons donc parler de ce qu'on appelle Hymne dans l'Office divin. On donne ce nom à des pièces de poésie régulier ement distribuées en strophes. Celle poésie n'est pas toujours disposée d'une manière rhy Ihmique cl conforme aux règles de facture adoptées par les anciens. Dans celte dernière catégorie sont placées diverses pièces de saint Thomas d'Aquin, etc. Nous croyons qu'il peut y avoir en latin de la poésie indépendante des règles prosodiques : telles que le Pange lingtia... pralium certaminis de saint Fortunat. VAdoro te supplex de saiul Thomas, et une foule d'autres Hymnes de ce genre. Les unes sout rimées, les autres ne sont pas même soumises â celle contrainte, mais toutes sont astreintes à un nombre déterminé de syllabes pour « liaqu;- vers.

L'Olficc divin des premiers siècles n'avait point d' Hymnes, selon le sens que nous attachons à ce mol. On pense que c est seulement du temps de saint Ambroisc que l'on chanta régulièrement, dans diverses parties de l'Office, plusieurs pièces de celte nature qu'il avait lui-même composées, et qu'en même temps il s'y en introduisit quelques-uucs. dont on l'a l'ait gratuitement l'auteur. Ce ne fut pas néanmoins de sitôt que les Hymnes s'établirent universellement dans les Heures liturgiques. En 563 le Concile de Braguc décréta qu'on se bornerait aux Psaumes et cantiques extraits des livres saints.C'étailpour arrêter l'invasion de plusieurs Hymnes doni l'orthodoxie élail suspecte, et que la subtile hérésie savait déjà, dès ce temps, adroitement inaugurer dans l'Office public. On se rcmil â l'œuvic pour composer des Hym nés dont la doctrine fût en parfaite harmonie avec celle de l'Eglise, et un siècle après le Concile de Brague, celui de Tolède les adopta; mais la Liturgie Homainc n'avait pas encore admis les Hymnes dans l'Ollice public, au dixième siècle. La Semaine sainte et la fête de Pâquev sont des monuments de cette ancienne dis-

position de l'Office sans Hymnes, que l'innovation d'ailleurs très-canonique, n'a pu atteindre. Quelques Rites particuliers s'étaient maintenus dans une constante exclusion «les Hymnes, entre autres celui de Lyon, qui a fini par adopter, au dix-huitième siècle, les Hymnes du Bréviaire de Paris. La Liturgie Ambrosiennc, depuis le quatrième siècle, a chantédes Hymnes, sans en excepter les trois derniers jours de la Semaine sainte. Ceci confirme ce que nous venons de dire au sujet de l'absence des Hymne*, en ces trois murs, dans la Liturgie Romaine. La Liturgie Mozarabe, a dans chacune doses Heures, Y Hymne qui lui est propre.

Les Liturgies d'Orient ont aussi leurs chants poétiques. Il y a même uncimroense richesse sous ce rapport, si l'on classe sous le nom d'Hymnes l'Odaire grec, qui en contient neuf, elles Tropaires, ainsi que lesTrisagions. Les Arméniens n'ont d'Hymnes qu'à Matines, à Laudes et à Compiles. L'Heure de Prime n'en h qu'aux jours de jeûne ainsi que les Compiles du chœur. Nous en parlons plus amplement dans l'article DEunes.

Avant de passer outre, il convient de fixer le genre grammatical du mot Hymne. Dans le sens emphatique, c'est un chant de triomphe, et alors il est masculin. Ainsi le Gloria tn excelris, le Te Deum, la Préface sont de beaux Hymnes. La pièce poétique chantée à Matines , Laudes est une Hymne , cl c'est en ce sens qu'ici nous en parlons.

La Liturgie Romaine a pour son Office diurnal autant d'Hymnes que d'Heures, mais elles y sont placées dans un ordre qui n'est pas le même pour toutes. Ainsi à Malincs, l'Hymne suit l'invitaloire et précède les Psaumes ; é Laudes, ainsi qu'à Vêpres et à Compiles l'Hymne vient après les Psaumes, tandis que les Petites Heures sont précédées de l'Hymne, te n'est point sans raison que ces Hymnes occupent différentes places. Durand nous en donne le symbolisme. Après l'Invilatoirc l'Eglise entonne un chant de jubilation auquel elle vient d'être conviée : Audirit et latataest Sion. Le cardinal Bona donne une raison équivalente, et il ajoute : que si Laudes. Vêpres et Corn plies ont leurs Hymnes placées après les Psaumes, c'est que ces Heures devant nous trouver moins assoupis pour les louanges de Dieu, il est convenable que nous commencions par les Psaumes, afin d'ailleurs d accomplir plus exactement ce qui est écrit: Jn Psalmis, Hymnis et Canticis. Cel ordre est en cfiet bien observé dans ces Heures : les Psaumes d'abord, puis l'Hymne, puis le Cantique. « Mais dans les Heures diurnales, « dit Bona. l'Hymne précède les Psaumes, « parce que le Chœur, préoccupé de sollici- « ludes journalières, doitélro rappelé par le « concert de l'Hymne à la douceur de l'amour « divin... . Or, pourquoi l'Hymne précède- « t-elle quelquefois ? afin que notre bouche se « remplisse de la louange de Dieu. Pourquoi

• suit-elle? afin que nous rendions des actions ■ de grâces au suprême Bienfaiteur qui nous

* a comblés de ses dons. »

Ouirc l Officc diurnal, plusieurs actes de la

Liturgie sont accompagnés d'Hymnes, tels , que les Processions, certaines Bénédictions. La Consécration des saintes huiles, au Jeudi saint, a une Hymne qu'on attribue quelquefois à saint Ambroise, mais qui est de saint Fortunat, de Poitiers. C'est celte qui commence par les mots: 0 Redemptor, sume carmen temet concinentium.

Les (rois plus anciens el plus féconds auleurs d'Hymnes, sont saint Hilairc de Poitiers, saint Ambroise do Milan , cl le prince des poètes chrétiens, Prudence. Nous avons à regretter la perte de l'Hymnaire du premier. L'Orient cite avec orgueil saint Ephrero, diacre, qui composa en syriaque une immense quantité d'Hymne*. Après eux saint Paulin, evéque de Noie, saint Fortunat, ont enrichie la Liturgie Occidentale de plusicures Hymnes Irès-rcmar^uablcs. Pour l'Orient Joseph Siculus ou de Sicile, surnommé avec raison l'hyinnographe, a dolé la Liturgie Grecque de très-belles odes. Saint Grégoire le Grand a composé aussi plusieurs Hymnes. Nous n'aurions pas besoin de cilcr les Hymnes libres de saint Thomasd'Aquin pour fa fêle du saint Sacrement, le titre d* Angélique qu'on a donné à l'immortel docteur , lui convient encore en sa qualité d'Hymnographe. Le vénérable Bède, saint Bernard, Abaitard rt quelques autres moins connus, ont réussi dans ce genre de composition. Nous nous glorifions de trouver dans ce catalogue, deux de nos rois. Charlemagne et Robert. Le premier, à ce qu'on croit est l'auteur du Vrni Creator, le second, outre plusieurs Répons dont nous parlous ailleurs , a composé l'Hymne 0 Constantin martyrum, el quelques autres, ainsi que plusieurs Cantates en l'honneur de la sainte Vierge. Nous pouvons dire avec un juste orgueil que la France seule a produit un plus grand nombre d'hymnograpbcs que toutes les régions de la catholicité,et que la Liturgie Romaine s'est enrichie de ces pièces très-remarquables. Elle a donc bien justifié par celle fécondité liturgique, sa qualité de Gilc aînée de l'Eglise.

11 existe une collection d' Hymnes composées par Zacharie Ferreri, devicence, évêque delaGuardia. Elles étaient destinées au fameux Bréviaire, ditdcQuignonez, qui parut sous Clément VII, en 1535, cl qui n'eut qu'une existence éphémère. L'auteur annonçait dans le recueil qui avait été publié en 1525 que ces Hymnes étaient composées iuxta veram met ri et latinilulis normam. Quelques Bréviaires de France en ont adopté un certain nombre. On croyait alors qu'il était expédient de réformer l'Hymnaire ancien, et cela ne doit pas surprendre. L'engouement de la Renaissance, pour l'art païen du siècle d'Auguste, s'emparait de tous les esprits, et les siècles suivants devaient être témoins, en France, de plusieurs tentatives de ce genre. Le saint pape Pie V, avait conservé dans le Bréviaire reformé par ses ordres, les anciennes Hymnes, mais le pape Urbain VIII. qui réussissait dans ce genre de compositions goûtait médiocrement Ii sfylc de ces Hymnes,

UTLKGIi: CATHOLIQII..

conservées par son dixième prédécesseur.

Toutefois il ne fut pas question de les remplacer, mais de les rendre plus poétiques. Trois jésuites italiens se mirent à l'œuvre

Rar les ordres d'Urbain VIII. Les Hymne* irent retouchées, mais il ne Tut pas aussi faeile de le» faire admettre. Néanmoins l'Italie et quelques Eglises d'Allemagne, d'Espagne, etc., les accueillirent. La France conserva les anciennes. Il se fil en celle circonstance une scission qui, croyons-nous, contribua beaucoup à l'émancipation liturgique, dont le dix-septième siècle donna le signal. Le Bréviaire romain présente encore aujourd'hui sous ce rapport, une disparate dans son Hvmnairc. Les anciennes éditions offrent les ifymnes du Bréviaire de saint Pie V. les nouvelles adoptent la correction des troisjésuiles. Le temps approche, où, en France, l'ancien Hymnaire,avcc, ou sans correction, va disparaître de la très- grande majorité des diocèses.

Nous n'avons pas besoin de raconter à quelle occasion les Hymnes romaines disparurent. Le fameux Bréviaire de Charles de Vintimille, archevêque de Paris, dont la publication eut lieu en 173G, après avoir rejeté presqu'en entier le Responsorial et l'Ami phonaire romains, dans des vues d'amélioration, ne pouvait admettre l'ancien Hymnaire. Jean -Baptiste de Santeul (et non pas Sanleuill, né à Paris en 1630, et chanoine régulier de Saint-Victor, dans la même ville, s'était distingué par un beau talent en poésie latine, et surtout eu Hymnes. Le cardinal de Bouillon, instauraleur du nouveau Bréviaire de l'Ordre de Cluny, y en avait inséré un certain nombre des plus belles. Charles de Vintimille suivit cet exemple. Quelques Hymnes du frère de Jean-Baptiste reçurent le même honneur. Celui-ci, Claude de Santcul, avait longtemps habité au séminaire de Saint- Magloire, à Paris. Charles Coffin, né en 1676, recteur de l'Université de Paris, avait, comme les précédenis, cultivé avec succès la poésie sacrée. Ses Hymnes reçurent l'honneur de leur inauguration dans l'Office hebdomadaire et plusieurs solennités. 11 mourut on 1749, après avoir pris beaucoup de part à la rédaction du nouveau Bréviaire. Malheureusement pour sa mémoire il vécut et mourut attaché à la cause des jansénistes. A part quelques rares Hymnes anciennes et quelques autres d'Iiymnographes moins connus, Jean-Baptiste dé Santcul et ColBn ont fourni au Bréviaire de Paris les Hymnes dont il se compose. A l'imitation de Paris, presque tous les autres diocèses de France adoptèrent les nom elles Hymnes ou en firent composer scion le même goût. Il ne peut entrer dans noire plan Je nous étendre plus longuement sur la partie historique des Hymnes, mais ou nous fait pcul-élre l'honneur d'attendre une apprécialiou.

Nous avons élé nourri dans une espèce de eu Ile pour la littérature sacrée île nos Bréviaires modernes. Né dans un diocèse où h> Rit parisien fut adopté dès le milieu du dixuuilièmc siècle, nous élaut méuic exercé dans

ce genre de composition, et une de nos Hymnes ayant été approuvée par un vénérable évéque pour l'Office particulier d'une célèbre maison d'éducation, on pourra peut-être trouverdans ces antécédents nne présomption favorable de compétence. Nous laissons de côté la question grave de l'innovation, et nous nous occupons seulement du mérite intrinsèque sous divers rapports. Nous avons déjà énoncé le fait que le pape Urbain VIII ne professait point une grande eslime pour les Hymnes anciennes, et qu'il s'occupa activement de les réformer. Ainsi donc le juge suprême de la Liturgie pensait qu'une amélioration de cette partie de l'Office devait s'effectuer. Quelques-uns de ses prédécesseurs, mais surtout Léon X et Paul V, avaient partagé ce sentiment. On vient de voir qu une réforme littéraire avait été exécutée, et que ce n'était point la faute d'Urbain VIII si elle n'avait pas élé universellement admise. Romo donnait en même temps l'exemple du progrès des arts dans la construction delà basilique de Saint-Pierre. Les artistes de la nouvelle école couvraient ses parois sacrées de leurs productions tant de fois préconisées. La France avait suivi cette impulsion. Lo Val-de-Grâce, l'église des Invalides étaient le fruit de celte impulsion partie des bords du Tibre. Commire, Santcul et quelques autres poêles moins connus cultivèrent la poésie sacrée, et en un moment où l'on ressuscitait l'architecture d'Auguste, ces littérateurs faisaient revivrcle style d'Hoi ace dans leurs odes religieuses. Plus lard Coffin se livra à ce genre de travail, cl ne se montra pas indigne de ses devanciers. De toutes parts on battit des mains, et la France catholique devinl (1ère de pou voir harmoniser les créations architecturales de ses nouveaux temples avec des chants sacrés dignes d'eux. C'est une vérité banale que lorsqu on veut juger une époque, U faut considérer avant tout les idées qui la dominèrent . Pendant le dix-septième, le dix-huitième et le premier quart du dix-neuvième siècle ces idées ont prévalu. Nous connaissons assez le clergé français pour affirmer, en nous bornant à noire sujet, que les Hymnes du Brévhire parisien et autres analogues ont excité son enthousiasme admirateur, cl que l'hymnologic romaine, même retouchée, lui a semblé très-inférieure à la première.

Une réaction vient de s'opérer et se développe tous les jours en faveur de l'art chrétien du moyen âge. Ce que par mépris on appelait gothique est aujourd'hui exalté. Celle esthétique qui s'éloigne si fort des règles de l'antique Rome, ravivées par la Renaissance, est redevenue un objet d'admiration. Kn est-il de même, en doit-il êlrc de même à l'égard du goût qui a inspiré les anciennes Hymnes? La question est là. Nous prions le lecteur de se rappeler l'aveu que nous avons fait au commencement de ce paragraphe. L'immense majorité du clergé fi rinçais, familiarisée avec les Hymnes de ses nouveaux Bréviaires, ne peut en faire la comparaison avec celles du Bréviaire romain. On ne connaît celles-ci que par leur réputation

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do simplicité naïre. Il n'en est pas de rcs monuments de littérature sacrée comme des cathédrales du moyen âge. Les premiers ont disparu pour celte immense majorité dont nous avons par'é, les seconds sont debout rl on peut les étudier, les apprécier, tes estimer. Pour ceux-là même qui récitent tous les jours les Hymnes romaines, il y a présomption contre elles, et il en est de cette minorité comme de toutes les autres. Combien de fois n'avons-nous pas entendu des prêtres, des diocèses de Bordeaux, de Marscille.de Rodez, de Cambrai, envier au clergé de Paris, de Lyon, de Tours, de Mende, etc., les Hymnes des dix-septième et dix-huitième siècles? Ces nombreux prêtres, élevés au sein des nouveaux Rites diocésains, se prennent aujourd'hui d'admiration pour leurs vieilles cathédrales, qu'il n'était pas aussi facile d'effacer et de remplacer que les Hymnes anciennes. Mais tant qu'ils ne verront, ne réciteront, ne méditeront que la nouvelle poésie de leurs Bréviaires modernes, il ne leur sera point possible de porter un jugement.

La seconde partie de la question posée est difficile à résoudre. Nous essayerons pourtant de le faire en peu de mots. Les auteurs des nymnes nouvelles, nourris de l'étude des bons poètes lyriques du siècle d'Auguste, et doués d'un rare talent en poésie latine, pensèrent qu'il était digne de Dieu, duquel découle tout don parfait, de le louer en un style aussi riche que celui des poètes, qui accordaient quelquefois leur lyre pour chanter les f tusses divinités. Ils crurent que le Dieu du christianisme méritait bien qu'on lui fil hommage de ces beaux talents qu'il leur avait départis. Aussi Sanl'-ul de Saint-Victor, répudiant la culture de la poésie profane, s'écriait :

Dux mihi Cliristm i r;i, fons rerum el lucis origo, Hoc uno vaiL-s i^ne cak-re vo!o.

Les Hymnes de ce poète sont jugées sous le rapport de la valeur littéraire, et les ennemis du christianisme sont forcés d'avouer que s'il n'a point surpassé Horace, il l'a du moins égalé. Nous croyons que cet aveu est glorieux pour notre foi, que l'on voulait considérer comme incapable d'inspirer une poésie, même médiocre. Sous le rapport liturgique le mérite de Sanleul a été contesté. Puisqu'il s'agissait d'inaugurer une poésie exclusivement chrétienne, aucune réminiscence mythologique ne pouvait y trouver place. Or les expressions numen, flamen. tonans, en parlant de Dieu ; les mots Olympus et Tartarum, en parlant du ciel et de l'enfer, ont paru impropres. II en est de même de Orcus, Erebus, Avernus, etc., trop fréquemment employés comme les premiers. On lui reproche en général peu d'onction, l'absence de ce mens divinior qui devait pardessus tout animer un hymnographe chrétien. Nous nous associons à cette critique qu'il nous serait facile d'étendre; mais comme il faut être juste, nous demandons si l'hymne de saint Etienne : Miris probat sese modis, est dépourvue de grâce cl d'onction. Quant aux erreurs jansénistes

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de l'époque, on accuse Santeul el Coffin d'en avoir souillé leurs compositions. Comment donc des prélats catholiques auraient-ils accepté pour leurs Bréviaires des Hymnes hétérodoxes?

Le Bréviaire de Paris a accueilli un grand nombre à' Hymnes de Charles Colfin, dont nous avons parlé. Tout l'Office hebdomadaire, nvons-nousdit, offrant dix-neuf Hymnes, est de ce poëtc, sans y comprendre un grand nombre de ses compositions adoptées pour diverses solennités. Coffin est donc par excellence l'hymnographe du Rit parisien :

nous n'hésitons pas à lui donner la palme sous tous les rapports. Quelques Hymnes du père Commire, de Robinet, etc., se font remarquer dans le même Bréviaire de Paris. Celui de Rouen en contient beaucoup du dernier. Onconçoit que nous ne pouvons donner ici une histoire complète de l'hymnologie moderne. Ce que nous avons, avant tout, à constater, c'est que ces productions sont en général d'un beau style ; reste maintenant à savoir si le mot qu'on prête à un jésuite est empreint de vérité : Accessit latinitai,rcces$it pie tas.

L'aveu que nous avons fait pourrait faire présumer que nous abondons complètement dans le sens des Hymnes modernes et qu'à l'exemple de tant d'autres nous allons impitoyablement censurer l'ancienne hymnologie. Si pour nous le nombre, la cadence rhytmique el la richesse du style constituaient tout le mérite de Y Hymne catholique, nons pourrions nous arrêter, et la discussion serait terminée; mais nous nous faisons gloire de professer hautement que, quoique élevé dans un dédain systématique pour les Hymnes romaines, nous avons, même dès nos premiers pas dans la cléricalure . senti ce qu'il y a d'onction et de piété dans ces pièces trop peu connues. Au moment où une rumeur, peut-être non fondée, a fait soupçonner que certaines Eglises où le Rit romain est en vigueur voulaient adopter le Rit parisien, nqus croyons devoir citer une circonstance de notre vie, d'ailleurs fort indifférente sous tout autre point de vue : c'est à Bordeaux que pour la première fois il nous fut donné d'entendre le chant romain ; c'est sous l'antique voûte de Sainl-Andié que résonnèrent à nos oreilles, rebattues de Sanleul et de Coffin, tes premières strophes romaines dont elles aient été frappées. Une élude sérieuse de ces Hymnes a dissipé nos préjugés d'éducation, et il est telles de ces pièces que nous plaçons même, sous l'aspect littéraire, à côté de celles de Santeul, de CofGn. deCommirc , etc. ; nous y trouvons surtout cette facture ecclésiastique dont la tradition, partant des premiers siècles de l'Eglise, s'tM perj étuée d'une manière continue dans l'Eglise universelle, et que certains esprits ont crti rompue partout où la moderne hymnograj'liie s'est introduite. L'Hymne romaine est presque toujours l'invocation, la prière ; presque toutes les Hymnes de l'Office hebdomadaire, des Propres du temps el des saints, dans le Bréviaire de Borne, sont de ce geurc.

er. i;\y

Eu général les Hymnes modo ni es n'onl point telle onclion, crlle suante native. Mais quelle peut en lire la ranse ? Elle provient de la difliculté d'allier le nombre, l'élégance, la sublimité du style avec celle douce piélé qui est le premier élan du cœur; celui-ci ne met pas la richesse dans les mois, mais dans les sentiments. Nous ne sommes donc pas du nombre de ceux qui, pour soutenir l'excellence des Hymnes modernes sur celles du Hit romain, ne se font point faute de sacriDer impitoyablement les dernières à une critique dédaigneuse. Nous respectons en elles la mère de toutes les Eglises qui les chante et les récite, et nous ne pouvons ignorer que ces Hymnes sont journellement dans la bouche du pape, des membres du sacré Collège, de l'immense majorité des évéques et des prêtres de l'Eglise latine, tandis que nos Hymnes modernes ne peuvent se glorifier d'une aussi universelle acceptation. Estimons les nôtres et ne déprécions pas l'hymnologie romaine : nous croyons que c'est tout a la fois le conseil de la couveuanec et de la prudence.

Le Rît parisien a conservé néanmoins quelques Hymnes anciennes, outre relies si connues de saint Thomas d'Aquin pour la Fête-Dieu. Il y en a surtout une de saint Bernard pour la fête de la Transfiguration de Noire-Seigneur; celle de la Dédicace, l'Hymne Jesu , nostraredemptio, pour l'Ascension ; quelques-unes de Guiéli , de Muret, etc. Nous regrettons sincèrement que les Hymnes de saint Jean-Baptiste du Bréviaire romain n'ayant pas été conservées, surtout celle Ut queant Iaxis (voyez chant et nativité db saint jean), celles de Coffin pour cet Office ne consolent pas de la suppression. Mais nous préférons encore l'introduction du nouvel Hymnairc aux ridicules remaniements qu'on a fait subir, dans certains Bréviaires, aux anciennes Hymnes, tcîles que le VexiUa régit, le Veni. Creator, etc. Les diocèses qui se sont distingués dans ce vandalisme sont ceux de Toul, de Châions-sur- Marne, d'Orléans, et quelques autres. Du moins Paris, qui les a conservées, n'y a point touché, tandis que certains Bréviaires romains, en les modifiant, y ont porté une grave atteinte. Nous riions le Bréviaire romain imprimé à Venise en 1780.

VAWtTÉS.

Quelques Biles particuliers présentent une abondante fécondité d'JJy.i.ncs. 11$ eu oui pour chacun des dimanches de l'Avcnl, de l'Kpipbanie, du Carême , du temps pascal. Il a même été question de doter, pour chaque jour de la semaine, les Heures canoniales «l'une Hymne propre. Nous pourrions citer an projet de nouveau Bréviaire pour toutes les Eglises de France, qui était prêt à paraître en 1810, t-i dans lequel l'Heure diurnale de chaque jour avait son Hymne. La mort subite de l'auteur, ancien bénédictin du diocèse d'Orléans, arrêta la publication , ce «lui n'est pas sihn nous un grand malheur.

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Nous ne devons pas oublier de rectifier un fait, il est vrai peu important en lui-même; mais il s'agit de restituer à son véritable auteur la gloire de son travail. Le Bréviaire de Paris a pour le Commun d> s saints quelques Hymnes toul à la fois pleines de poésie et d'ouclion. Elles sont indiquées sous le litro G. ep. S. Un journal religieux en faisait l'honneur, il y a quelques années, à Grégoire évéque de Syracuse. Celui-ci n'en est pas l'auteur à beaucoup près, mais bien Guillaume de la Brunelière évéque de Saintes, sous Louis XIV, Guillelmus episcopus Santonensis.

Quoique nous ayions reconnu dans les anciennes Hymnes l'onction et la piélé qui les caractérisent , nous ne sommes pas de ceux qui voudraient trouver dans leur facture une harmonie avec l'art architectural de l'époque qui les vit naître. Certes, si la simplicité de leur composition est un mérite , ce n'est point parce qu'elle serait en rapport avec la simplicité esthétique des temples où ou les chantait. On sait bien en effet qu'il n'y a rien de moins simple et de plus compliqué que le style gothique et même les dernières phases du style roman. Ce n'est donc point cette considération qui itou» y ferait trouver du mérite. La phrase martyrisée de la poésie des Santeul , des Coffin, s'accommoderait, à notre avis , beaucoup mieux avec la pierre martyrisée du style ogival de la Sainte-Chapelle de Paris ou de Notre-Dame de Hcims.

Une aulrc considération sur ces Hymnes anciennes ne doit pas élre omise. Elles sont trop souvent hérissées d'hiatus qui nuisent beaucoup a l'euphonie quand on les chante. Il arrive même qu'en France, à cause de la prononciation adoptée, quelques-unes de ces Hymnes ont des strophes qui ne peuvent se chauler. Nous citerons la 2* strophe de l'Hymne Aies diei nuntius du mardi à Laudes :

AnfertP clamai lecli'lns /Ëgro s >pore Uesûles Civique reeti at sol.r.i Vig laïc : jaui sutu pruxiiiiu».

Lî? dernier vers, eu Italie, en Espaguc, etc., est très-chantant, à cause de la prononciation du mot jam qui dans ces contrées se prononce ïorn. On y dit donc Yigilat iam, en élidanl la voyelle e contre ». En France, cette éiision est impossible. On pourrait citer quelques autres exemples de celle nature. Les modernes hymnographes ont évité les hiatus et les élisions. Ces dernières sout nombreuses , comme on sait , dans les odes d'Horace, et l'on peut dire que sous ce rapport du moins, les odes sacrées de Santeul, de Coffin, etc., sonl très-supérieures à celles du poète latin.

Les siècles de Louis XIV et de Louis XV ne pouvaient guère s'accommoder des anciennes Hymnes. Pourquoi, disail-on, ne pas faire servir le génie à la gloire de Dieu ? On emploie les diamants et les perles pour enrichir les vases et ornements sacrés, pourquoi rejetterait-on les perles delà poésie? On voulait se soustraire au reproche d'ignorance

UIÎKti.t CATIKH.KjU.-

rt de simplicité que Ion adressait aux anriens compositeurs ecclésiastiques : on faisait un pas vers les censeurs. Mais est-ce à l'Eglise à aller au-dovanl de ses ennemis? Doit-elle faire des concessions à l'esprit du siècle? Et l'on répondait que le divin Sauveur était bien venu à nous, et que l'A poire se faisait tout à tous pour gagner des âmes a la foi. On objecte que les anciens hymnopraphes étaient des papes, des évoques, des prêtres, des docteurs ecclésiastiques, tandis que les modernes étaient des hommes sans mission. On répond que Charlemagnc et Robert ont fait des Hymnes et des Répons adoptés par l'Egl:se, que les femmes rlle*-mémcs, telles que Elpis, épouse deBoece, ont eu la gloire de voir admettre par l'Eglise leurs compositions poétiques. Nous laissons au lecteur le soin d'apprécier ces considérations.

On a récemment découvert un manuscrit qui renferme, avec une lettre adressée à Héloïse, plusieurs Hymnes qui n'ont jamais élé publiées, et que le célèbre Abailard, qui en est l'auteur, envoie à l'abbesse du Paraclet. Nous en avons sous les yeux cinq qui commencent ainsi : la première Unioersorutn conditor, la deuxième Deus qui tuos trudis, la troisième In ortum mundi sensilis, la quatrième in coœterno Dominas, la cinquième Ad Laudes die leriia. Pour en donner une idée, nous citons les deux premières strophes de 1" Hymne Universorum.

Uuivrrsortim Conditor CoiMliinrum iiispo«tlor L"mv< rsi le lauJ:iol roinJili, (.lorilu-eiil cuiictaUiH|M»iu

lus! ruiiM'iitn aon imligon* N<*qu«' llit'iiailiscuiirirt Sulo eoiicla comi h-* impi-rio Die:» : Fiant, el li'.m illico.

M. Alexandre Lenoble a publié, en 1842, dans la Bibliothèque de l'école royale des chartes, la lettre inédite d'Abailard, et nous fait espérer que les Hymnes qui sont au nombre de cent environ, pourront être un jour aussi publiées. L'hymnologie pourra ainsi s'enrichir, el le nom du compositeur, fameux à plusieurs titres, appelle sur elles un puissant intérêt. La découverte de ces Hymnes a été faite par H. OEhler de Bruxelles, dans la bibliothèque de cette ville.

Un dernier mot sur les Hymnes du Bréviaire de Paris et de plusieurs autres diocèses qui les ont adoptées ne sera peut-être point jugé inopportun. Nous avons toujours soin d éviter dans ce livre les questions irritantes, el nous tenons à ne jamais froisser les opinions sur des objets qui peuvent être débattus librement. Néanmoins, malgré notre penchant non équivoque vers l'unité liturgique, el notre amour filial pour la mère de toutes les Eglises, nous nous permettrons d'interroger la bonne foi cl l'impartialité publiques. On a reproché à certaines de ces Hymnes une doctrine hétérodoxe. Deux strophes de deux Hymnes surtout ont subi ce teproche. La première est la strophe doxologique de l'Hymne : O luce qui mortatibus, à Vêpres des Dimanches, per annitm. Elle commence diusi ;

Ad ouute ;ios a|it* l.tiuuin t'a-cuuda do;iis Triait».

Les EucoJoges parisiens la traduisent comme il suit :

• Rendez-nous propres à toul bien , A « Trinité féconde en faveurs, ou, en dons! • Le premier vers est le lexte de saint Paul disposé poétiquement. Que l'intention de l'auteur ail élé hétérodoxe en terminant son œuvre par ces paroles, c'est ce qui est possible, mais c'est ce qu'on ne pourra jamais démontrer. Le bon catholique répète ces paroles sans arrière-pensée, et prie comme priait le grand Apôtre : il ne va pas s'enquérir si l'auteur lui tendait un piège en versifiant le passage textuel du livre inspiré. Christophe de Bcaumont, la terreur du jansénisme, chantait et récitait la même strophe, en refusant les derniers sacremeuls a l'auteur. Le grand archevêque mentail-il à sa conscience dans l'un ou l'autre de ces cas? Non. sans aucun doute. Il était catholique dans les deux : nous noua associons à son catholicisme.

La seconde appartient à l'Hymne des Evangélistcs : Sinœsub alto, etc. Celle-ci n'est pas de Cofûn. mais de Santeuil. Celle strophe, qui esl la troisième, présente celle contexture :

Inscripta sa\o Ift vuliis l'ratei ta, non virr* daUal.

Inacripti «mil W.% nova QuidquM jubot dal ctequi.

La traduction approuvée par Charles de Vinlimille, archevêque de Paris, est la suivante : « L'anricnne loi, gravée surles labiés, irnpo- « sait des préceptes, mais ne donnait pas la « force de les accomplir; la loi nouvelle gra- « vec dans le cœur donne la force d'accom- « plir tout ce qu'elle ordonne. • Sans nul doute, la loi de Moïse imprimé • sur le marbre ne fournissait aucun secours aux Israélites. Cela veut-il dire que Dieu fil des préceptes dont l'accomplissement était impossible? Dieu ne serait pasjusl c. et Dieu injuste ne peut exister. En ce sens, la strophe serait athée. Ces paroles ne disent pas que les Israélites ne recevaient aucune grâce en vertu des mérites du Messie à venir; mais, comme l'expriment les deux vers suivants, la loi de grâce écrite dans les cœurs l'emportant sur la première, comme la réalité remporte sur la figure, ordonne, et procure la grâce de faire ce oui est ordonné. C'est pour cela qu'elle esl admirablement nommée la loi de grâce. Ce n'est donc ici qu'une antithèse. On y voit d'un côté la loi impuissante par elle-même, celle de Moïse ; de 1 autre, la •loi vivante et vivifiante, scripta non atra- •mento, sed Spitilu Dei n'ef, non in tabulis Hvpideis, sed in tabulis cordis. La strophe entière n'est autre chose que ce passage de l'Apôtre traduit en vers latins. Sj l'hérésie janséniste était ici formulée, est-il croyable que depuis un siècle la chaire pontilicale, gardienne suprême de la foi, ne l'eût pas foudroyée, comme elle l'a fait pour les propositions dont on prétendrait que la strophe continu ?Nous n'accusons les ir.lcn-

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tion* tic personne; mais n uis croyons que infaillible, et qu'il peut quelquefois se futirle zèle toujours louable n est pas toujours voyer.

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