‹ Origines et raison de la liturgie catholique en forme de dictionnaireChapitre 320 sur 519 · MAT · texte numérisé non relu

MAT

nait à nn jeûne qui est supprimé depuis le concordat de 1802.

Nous puisons dans Guillanme Durand les notions qui suivent et qui noub font connaître dans quel esprit le treizième siècle solennisait celle féte. En certaines Eglises on célébrait une Messe, le malin, parce que celte Nativité fut une aurore. A l'heure de Tierce, il y avait une autre Messe cl c'était )a plus solennelle. Celle aulre Messe était celle d'un marlyr, dont l'Introït est: Justus ui palma florebil. Le jeûne de la veille était observé en mémoire de la vie pénitente de saint Jean dans le désert. En celle féle on ne chantait pas fréquemment i4//«/uia,commo en celle des saints apôtres Pierre et Paul. L,a raison en est. dit Durand, que cette naissance eut lieu avant la Résurrection de Jésus- Chrisl et avant le temps de ioîc. « Quelques- « uns, conlinue-t-il, (ont l Office sans Alle- « luia au commencement de la nuit, puis ils « le répètent avec Alléluia, itérant, au mi- « lieu de la nuit, et le terminent au point du « jour. » Il raconte ensuite les pratiques observées la veille de celle féte, rl que nous croyons devoir reproduire pour donner une idée des opinions singulières qui venaient se mêler au Culte religieux ; nous traduisons notre auteur : « Eu la veille de cette féte, « dans certains pays, pour se conformer à « l'antique observance , les hommes et les « enfants ramassent des os et d'autres vils « objets, et quœdam a/tu immunda, et les font « brûler ensemble afln qu'il s'en élève une « épaisse fumée ; on y promène aussi dans « les champs des torches ou brandons; enfin « on y fait rouler une roue. Ceux qui brû- « lent des objets impurs pt leur font produire « de la fumée, tiennent cette coutume des « gentils. Anciennement les dragons excités « au plaisir, ad libidinem, a cause de la cha- « leur de la saison, laissaient souvent tom- « ber leur sperme, spermatixabant, en volant * par les airs , sur les puits et les fontaines , ■ ce qui corrompait les eaux : alors l'année « était funeste par sa mortalité , parce que a ceux qui buvaient de ces eaux périssaient « ou étaient attaqués de dangereuses mala- « dies. C'est pour cela que les philosophes « avaient ordonné qu'on ht des feux autour « des fontaines et des puits, el que des ob- « jets impurs fussent brûlés pour en obtenir « une impure fumée. Ils savaient que cette « fumée pouvait mettre en fuite les dragons, « et c'est à cause de cela que certains oba servent cette pratique. Les dragons sont « des animaux ; c'est pourquoi on lit dans le « Psaume : Laudate Dominumde terra draco- « «e«, et non pas tkracones, c'est-à-dire « les fissures de la terre, tncatvs , comme a l'ont interprété quelques-uns. Or ces ani- « maux volent dans l'air, nagent dans les « eaux, parcourent la terre ; ils ne suppor- « tenl rien d'impur cl sont mis en fuite par « la fumée résineuse, comme les éléphants « par leur propre grognement, propter grun- « nitum suum. Il y a une autre raison pour i laquelle on brûle les os des animaux : c'est

• en mémoire Je ce que les os du Jean-Bap- «• liste furent brûlés par les gentils dans la

« ville de Sébaslc On pmrte des bran-

« dons dans les champs, et I on fait des feu* « pour signiGcr que siinl Jean fut la lu-

• mierc, la lampe allumée, le précurseur do

• la vraie lumière, qui éclaire tnul homme

y venant dans ce monde On roule une

i roue, en certains lieux, pour désigner que

• de même que le soleil, lorsqu'il est arrivé

• au plus haut point de sa course, ne peut « s'élever davantage, mais redescend dans « son cercle, de même ausài la renommée « de saint Jean , qui était regardé comme le

• Christ, diminua quand celui-ci eut paru, « selon ce qu'il dit lui-même, me oportet « minui, illum aulem creserre. Quelques-uns « disent que c'est parce que, en ce temps, a les jours décroissent et qu'ils croissent de

« nouveau à la Nativité de Jésus-Christ

« Disons encore que c'est parce que Jésus- « Christ fut élevé sur la croix tandis que le « corps de saint Jean fut décapité, capite mi- « noratum. »

Le lecteur judicieux appréciera ces explications. Nous allons encore laisser raconter par Durand un trait curieux: « Paul, diacre, « historiographe de l'Eglise romaiue, moine « du Monl-Cassin , voulant un jour remplir « son ministère en bénissant le cierge pas- « cal, fut tellement enroué que sa voix, au- « paravanl si claire, ne pouvait plus se faire

• entendre. Afin d'obtenir la guérison de celte

• infirmité, il composa en l'honneur de saint « Jean-Baptiste PHymme : Ut queant Iaxis rc- « sonore jilris.elc., afin que vos serviteurs, ô « saint Jean, puissent chanter les merveille ux « faits de votre vie a\cc une voix pleine ■ et sonore ; dégagez leur bouche coupable « des liens qui la captivent. Le diacre obtint « ce qu'il demandait, de même que par les « mérites de saint Jean la parole Tut restituée « à Zaeharic son père. » D'après ce récit, l'Hymne célèbre qui a fourni à Guy d'Arczzo les noms des notes de la gamme, aurait été faite pour obtenir, par les mérites «le saint Jean, la guérison de son auteur. Le Bréviaire romain a conservé celle Hymne, que la réforme du Bit de Paris a jugé opportun de remplacer par l'Hymme moderne de Coffin: Quia moras neclis, etc. Quelques Eglises ont retenu la coutume de bénir un bûcher au* quel on met le feu la veille de celle féte, en chantant des Hymnes. Depuis le commencement de ce siècle elle tend à disparaître entièrement, tandis qu'auparavant cette coutume était à peu près générale en France.

On aurait lieu de s'élonner que les infidè.cs Orientaux solennisenl à leur manière la féte de Jean-Baptiste par de grandes démonstrations religieuses. Sans doute c'est un reste de la pompe que déployaient les ancicunes populations de ces contrées, qui avaient été évangélisées. D'ailleurs, les mahomélans honorent la mémoire des patriarches et des prophètes.

La réle de la Nativité de saint Jean-Baptiste n'a point de Credo à la Messe, quoiqu'elle soit du Rit solennel à i'aris, cl double

de première classe à Rome. On en donne pourraison liturgique que saint Jean, comme

ftrécurscur du Messie, n'appartient point à a loi nouvelle. Néanmoins le Rit romain, dit le Credo, en celte féte, lorsqu'elle est célébrée, 1* dans une église qui lui est dédiée, 2* quand c'est un dimanche, 3* quand elle tombe pendant l'Octave de la Fête-Dieu, ou le jour même de l'Octave des Apôtres. Celle règle est généralement observée en tous lieux.

Les deux fêles dont nous venons de parler ont été supprimées en France par le concordat de 1802. Celle de saint Jean-Baptiste a une Octave dans le Rit romain. L'Eglise Orientale célèbre ces deux fêtes les mêmes jours que nous, la dernière y est très-solennelle.

VARIÉTÉS

Quelques cathédrales, placées sous le vocable de Notre-Dame, solennisenl la Nativité de la sainte Vierge comme leur féte patronale. En France nous avons les Eglises d'Auch cl de Chartres, toutes deux célèbres par la magnificence de leur architecture. Durand dit que c'est Fulbert, évéque de Chartres, qui a composé les trois Répons : Slirps Jesse. Soient iustiliœ. Chorus nota Hier usaient, qui sont dans l'Office de la féte. Nous insérons les deux premiers dans l'article répons.

Le même lilurgislc explique pourquoi l'Eglise solennise les trois Nativités : c'est que Jean fut Lucifer qui annonce le jour, Marie l'aurore, le Christ le soleil naissant. Ces trois naissances furent pures de la lâche originelle , et ce sont les seules douées de celle magnifique prérogative.

11 csl digne d'observation que la premiers Eglise du inonde catholique est sous l'invocation de saint Jean-Baptiste. L'empereur Constantin l'édifia en l'honneur du Sauveur des hommes, et en commémoration de son saint précurseur, sur l'emplacement d'un palais dit Latcranum, Lalran, à cause des briques ou tuiles qu'on y fabriquait auparavant, ou bien à cause du sénateur Lateranus auquel ce palais appartenait, et qui, dit-on, fui mis à mort par Néron. De même la prima— tiale des Gaules , la métropole de Lyon , est, placée sous le titre patronal de saint Jean- Baptiste. C

Outre la Nativité de saint Jean, l'Eglise célèbre encore la Décollation de ce saint précurseur, le 29 d'août. Durand dit que sainte Thèclc, ayant recueilli le doigt dont saint Jean montra le Messie , et qui n'avait pu être brûlé à Sébaste, Gt élever une église où elle plaça celle relique , le 29 du mois d'août, et que c'est à cause do celte dédicace que la féle a été fixée à ce jour. On pourrait donc lui donner le nom de dédicace, ou bien de révélation ou invention, parce que le lieu où la téle de saint Jean était cachée fut rctélé au prêtre Marcel.

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