ANNEAU
En certaines cérémonies, Vanneau est considéré comme urr symbole. 11 est béni et livré à la personne qui doit le porter. Nous parlerons d'abord de celui que portent les prélats. Dès les temps les plus reculés, Vanneau fut pour les ecclésiastiques un symbole de dignité. On peut lairc remonter au quatrième siècle l'usage de la tradition de l'anneau aux évéques dans la cérémonie de leur consécration. Quand le quatrième Concile de Tolède ordonna qu'on restituerait Vanneau au prélat réintégré, après une injuste déposition , il ne fit que confirmer un cérémonial déjà ancien dans le Sacre épiscopal. La formule de la Bénédiction de Vanneau destiné à l'cvéque , l'y envisage comme le sceau de la foi et le signe de la
{notection céleste. Les paroles que prononce e consécraleur en mettant Vanneau au quatrième doigt de la main du consacré lui assignent la même signification , et montrent l'Eglise comme l'épouse de Dieu, sponsam Dei. Cette tradition a lieu après celle de la crosse. Anciennement les évéques portaient cet anneau au doigt index de la main droite; mais comme pour la célébration des Saints mystères on était obligé de le mettre au quatrième doigt, l'usage s'établit de l'y porter constamment. Grégoire IV, dès le neuvième siècle, dit que Vanneau pontifical ne se porte pas à la main gauche, mais à la droite, parce que celle-ci est plus noble et que c'est d'ailleurs de celle main que se donne la Hénédiclion.
L'anneau épiscopal doit être d'or et enrichi de quelque pierre précieuse, mais on ne doit y graver aucune figure. C'est une prescription du pape Innocent III, mais elle n'a pas élé constamment observée. Les Evéques grecs ne portent point d'anneau, tandis que les Arméniens en usent. Néanmoins, quand ceux-ci sont arrivés au Canon de la Consécration, ilr déposent Vanneau ainsi que le pallium pour monlrer que le Sacrifice offert par un évéque ne diffère point de celui offert par un simple prélro et n'a pas une plus grande valeur.
Le pape a deux sortes d'anneaux. Le commun dont il use habituellement, et celui qu'on nomme pontifical. Il porte celui-ci dam les grandes cérémonies dites chapelles pontificales. Ces anneaux ont leur pierre prérieuse gravée de quelques figures. Ainsi Pie VII en portail un orné d'un camée sur lequel était
LITURGIE C\T!IOLIQUE
représentée la sainte Vierge. Celui de Léon XII représentait Nojrc-Scigncur, et le camée était environné de brillant»- Nous ne pouvons entrer ici dans des détails au sujet du cérémonial qui se pratique relativement à Vanneau, lorsque le pape, officie ponlifiealcinent.
L'anneau des" cardinaux consiste en une bague d'or enrichie d'un saphir, et au-dessous de sa ligature, est figure en émail l'écusson des armes du pape qui a conféré la dignité. Cet anneau est donué au cardinal par le souverain pondit*, lorsqu'il lui assigne le titre de son Eglise. Celte coutume ne remonte guère au delà du treizième siècle. ,
Les abbés réguliers portent aussi l'anneau, en signe de leur dignité. On croit que saint Léon IX, en 10")0, visitant le fameux monastère du Monl-Cassin , accorda l'anneau à l'abbé, et que depuis ce temps on concéda celle prérogative à plusieurs autres abbés, en sorte que tous , par la suite, l'ont reçue de droit commun. Saint Bernard, dans sa lettre quarante-deuxième à l'archevêque de Sens , a réclamé contre cette prérogative qu'il regardait comme contraire à l'humilité dont les moines font profession. Cet anneau est remis à l'abbé dans la cérémonie de sa Bénédiction, avec la même formule que celle qui est usitée pour lesévèques.
Le pontifical romain ne fait aucune mention de l'anneau pour les abbesscs. D. Cl. de Vert fait néanmoins observer qu'il y a des abbesscs qui étendent le cérémonial et se font donner pareillement par te prélat la croix , la crosse et l'anneau. On sait qu'aujourd hui en France il n'existe plus d'abbayes de femmes. Nous ignorons si cela se pratique encore ailleurs. L'anneau donné à l'épouse, en signe de l'union qu'elle contracte, est un emblème de la plus haute antiquité. Tertullien en parle comme d'un usage observé dans son temps ( V. mahuge ) On sait que les hébreux l'observaient pareillement, et on le retrouve môme chez les païens. Cet anneau fut primitivement de fer, puis on le fit d'or, selon le témoignage du même Terlullicn; Plusieurs anciens rituels marquent qu'il doit être d'argent uni , mais sans aucune pierre précieuse ou gravure. Aujourd'hui il estasse/ habituellement d'or, sans pierre et tout uni.
Enfin les docteurs des Universités avaient le droit de l'anneau. Cela résulte d'un bref d'Eugène 111 , qui le confère à ceux qui sont
f parvenus à ce grade. Il existe un décret de a congrégation des évéques et des réguliers, ainsi conçu : « L'Ordinaire ne peut défendre « a un prêtre docteur, même eu philosophie, a de porter l'anneau hors du temps de la « Messe. » Chez les Arméniens , l'anneau est conféré aux docteurs ou varlabicds du premier ordre. En Italie, les chanoines et les curés des églises collégiales ont le droit de porter l'anneau, mais sans pierre, ot hors le temps de la Messe. On cite plusieurs décrets pontificaux. sur cette matière.
Nous devons ajouter quelques mots sur Vanneau du pécheur. Cet anneau appartient exclusivement au pape et il est ainsi nomuK', parce qu'il représente saint Pierre, dans une
barque, jetant ses filets dans Va mer. Tuuto grâce qui est accordée en forme de bref, est scellée de cet anneau. De là la formule. Dation Romee sub annuio ptscatoiis. L'origine de celle coutume est inconnue. Le premier pape qui en ail parlé est Clément IV qui , en 12G3, écrivant à son neveu, en parle ainsi : « Nous ne vous écrivons pas ainsi « qu'à nos parents, sous le sceau de la bulle, « mais sous l'anneau du pécheur dont les « papes se servent dans leurs lettres parli- « culières. » Cet anneau est rompu après la mort de chaque pape ainsi que le sceau de
fdomb des bulles. Ciacconius croit que cela ut pratiqué pour la première fois, après la mort de Léon X, le 1" décembre 1521. Un nouvel anneau du pfcJteur est remis au nouveau pape , dès la .première adoration que lui font les cardinaux.
VARIÉTÉS
Lorsque les abbés mitrés donnent la communion aux personnes de leur monastère, celles-ci doivent baiser Vanneau, mais tout autre communiant ne le baise qu'aux évéques.
On pourrait croire qu'anciennement les évêques avaient plusieurs anneaux , d'après ce qui est rapporté au sujet d'un archevêque de Narbonuc, nui fut déposé par un Concile de NI me, en 880. Ses habits furent déchirés et on lui arracha les anneaux qu'il avail aux doigts : annulis cum dedecore a digilis avulsis.
Innocent III, dans la lettre qu'il adressai Richard, Cuur de Lion , roi d'Angleterre, en lui envoyant qualrc anneaux, lui explique ce que signifient les couleurs des pierres prérieuses dont ils étaient enrichis. Le vert de leineraudc est le symbole de ce que nous devons croire, le bleu du saphir celui de ce que nous devons espérer, le rouge du grenat est l'emblème de ce que nous devons aimer, et la couleur brillante de la topaze celui de nos actions vertueuses.
On croit posséder à Pérouse, en Italie , Vanneau que saint Joseph mit au doigt de la sainte Vierge lorsqu'il l'épousa. Les habitants de la ville de Chiusi pi étendaient à leur tour en être possesseurs. Après plusieurs contestations , le pape Innocent Vlll se prononça en faveur de Pérouse. On l'y conserve avec un grand respect dans un tabernacle , suspendu au-dessus de l'autel , de telle sorte qu'on puisse le faire descendre pour montrer l'anneau aux personnes pieuses qui désirent le considérer. Cette bague est ronde* à 1 intérieur et offre une surface plane à l'extérieur; en dedans , elle est garnie d'un petit cercle. La matière dont elle est faite res- N semble à du marbre ou à de l'albâtre, mais c'est plutôt un amélhrslc de Syrie. On montre aussi à Cologne un anneau de sainte Anne et un de sainte Ursule.