I.ITL'KGIE
tin certain sens, cl évitant d'entonner nn simple mol ou des mots qui formeraient un sens ridicule. A Saint-Jean de Lyon, selon l'ancienne règle de celte célèbre Eglise, un chanoine eût été expulsé du chœur pour une pareille négligence.
Selon quelques Rites particuliers, on trions plie les Antiennes en certaines fétes solennelles, cela se Tait surtout aux cantiques Benedictus et Magnificat, où, après chaque verset, lMnf imne est chantée absolument de la même manière que celle Lumen est répétée après chaque versel du Nunc dimittis , ainsi que nous l'avons observé.
Le nom d' Antienne est donné dans la Liturgie, non-seulcmcnt aux courts passages qu'on chante ou qu'on récite après les Psaumes, mais encore à des pièces de chant plus ou moins longues en l'honneur des mystères de Noire-Seigneur, on en celui de la sainte Vierge et des saints. Ces Antiennes sont chantées aux stations de diverses processions. Les plus célèbres et les plus longues sont les quatre Antiennes en l'honneur de la sainte Vierge, et qu'on chante ou récite à dévolion Après les Compiles, selon les divers temps de Tannée ecclésiastique, telles que celles qui commencent par les mots : Aima; Ace, Begina; Begina cœli; cl Salve, Begina (Voyei ce dernier mot). Chacune de ces Antiennes est suivie d'un Verset et d'une Oraison propres. On pourrait mcltre au rang de ces grandes Antiennes la Prose Intiolata en l'honneur de la sainte Vierge ; elle y est même comptée en certains Rites, comme celui de Châlons-sur- Marne, où on chante VInviolata après Compiles depuis Noël jusqu'à la Purification. On ne saurait se figurer de combien de changements cette Prose de la Liturgie romaine proprement dite a été l'objet, et chacune de ces variantes, sous le prétexte de la corriger ou de l'embellir, n'en est jamais qu'une plate altération. Ainsi, par exemple, la dernière de ces paroles : Tua per precata dulcisona. « O « Vierge, par vos prières dont le son est si « doux, par ces prières dont la mélodie est si « suave 1 > celle délicieuse expression a pu paraître barbare. A Blois et ailleurs on Va remplacée par assidu; ce qui présente l'accord euphonique suivant : Per precata assidual L'invocation romaine: O benigna! o Mariai o virgo pial a été tronquée a Châlons-sur-Marnc, où il ne reste plus que : O benigna! A Paris, on répèle celle dernière trois fois; ce qui pourtant ne manque pas de beauté, mais le texte normal n'en est pas moins altéré. Nous ne parlons pas des autres changements inspirés par la crainte de supposer à Marie une puissance trop directe pour nous rendre participants des grâces célestes : ils ont été provoqués, croyons-nous, par une prudence irréprochable dans sou principe.
Nous consacrons un article spécial aux grandes Antiennes del'Avenl (Voyer O).
VARIÉTÉS
Le cardinal Bona trouve une image de l'An-
tienne dans le chant alternatif de ces deux séraphins qui, selon le prophète Isaïe, chantaient : Clamabant aller ad alterutrum : Sanctus, sanctus, sanctus.
Amalaire, dans son Iraité des Offices, dit : « Autant l'âme l'emporte sur le corps, antanl • le chant de l'âme est plus excellent que ce- « lui de la bouche. Voyons donc ce que c'est « que V Antienne de l'âme. Elle nous semble « une vertu d'amour qni réunit les actions « de deux frères : les Psaumes représentent « ces actions, et V Antienne cet amour par le- « quel chacun présente à son frère son œn- « vrc. L'Antienne se chante à deux choeurs, « car la charité ne peut s'exercer qu'entre « deux personnes au moins. »
Le pieux cardinal que nous avons cité dit qu'un chantre entonne seul une Antienne, qui est ensuite chantée par tous ensemble , soit parce que la charité, découlant de Jésus* Christ, s'étend ensuite jusqu'à ses membres, soit parce que le grand amour de Dieu prévient le nôtre et qu'il nous a aimés lui-même le premier.
Nous parlons dans les articles Bréviaire et Missel, et dans d'autres, des paroles dont les Antiennes se composent. Le Rit romain en a un certain nombre qui ne sont point tirées des Livres inspirés. Plusieurs Rites diocésains, en France, ont élagué ces compositions humaines. On pourrait contester la légitimité du principe qui ne veut admettre que des textes de la sainte Ecriture. Mais ce principe, suivi avec rigueur, ferait aussi expulser de la Liturgie les Homélies des Pères, les Légendes, les Oraisons, les Hymnes, les Proses, ci même, en le poussant à l'excès, l'ordinaire du saint Sacrifice. Celle méthode pourrait être accusée de tendance vers le protestantisme, ou du moins de condescendance inopportune faite aux sectaires. Ce serait bien pire si le choix des Antiennes en quelques Offices avait élé fait dans des intentions peu catholiques , quoique leur adoption ait été sanctionnée par l'autorité épiscopale. Nous ne voulons pas néanmoins accuser celle-ci d'une coupable connivence, mais seulement de surprise et de captation, comme cela peut arriver en d'autres circonstances.
Dans les Rilcs nouveaux on s'est exposé, en tirant tous les textes de l'Ecriture sainte, à un grave inconvénient sous le rapport du chant. Qui ne sait que tous les textes de l'Ecriture ne sont pas également favorables à l'euphonie? Selon les principes de la Liturgie romaine, plusieurs Antiennes sont formées de paroles pieuses , composées par les Pères ou d'autres graves auteurs ecclésiastiques. Très-évidemment ces paroles ont élé choisies, cl, pour ainsi parler, compassées et symétrisecs, afin de produire un chant noble et harmonieux. Quelquefois même les paroles textuelles des Livres saints ont élé modifiées dans ce but. Il ne nous est pas permis, à coup sûr, d'y voir une altération répréhensible, puisque l'Eçlise les a adoptées; mais le chant en est infiniment plus facile et plus euphonique. Nous nous contenions de soumettre à celle épreuve les Antiennes des se-