STATION
Les avis des liturgistcs sont partagés sur l'origine de ce ternie. Bocquiilot prétend que tes assemblées des Odèies, aux jours de mercredi et vendredi consacrés aux jeûnes, a la prière , au sacrifice, s'appelaient stations ; « par une métaphore prise de ce qui se fal- « sait à la guerre, où l'on disait des soldats « mis dans un lieu pour le garder et le dé- « fendre qu'tYs étaient en tlatxon. » Nous pensons qu'une étymologie de celle nature n'est pas satisfaisante. Bcrgicr lire ce nom de stare, se tenir debout. et rappelle l'usage anciennement observé de se tenir debout pour prier, pendant toul le temps pascal. II dit que par analogie on n nommé station, dans l'Eglise de Rome. l'Office que le pape allait célébrer dans différentes basiliques du la ville. Mais il est vrai aussi que ces stations avaient lieu dans les jours de jeûne où, certes, l'on ne priait pas en se tenant debout. U suffit de savoir que le verbe latin stare signiGe s'arrêter, aussi bien quête tenir debout, et on ne sera pas surpris que le nom de station fût donné à la messe que Ton célébrait dans l'église où l'on s'était rendu processionncllement et dans laquelle nécessairement on s'arrêtait pour en repartir après l'Office terminé.
D. Mabillon, dans son excellent Commentaire sur l'Ordre romain , entre dans des détails fort judicieux sur les stations. Nous ail >ns le prendre pour guide. Selon un Rit très-ancien dans la ville de Rome , le clergé se rendait tantôt dans une église, tantôt dans une autre, pour y prier, y célébrer la Messe et y faire d'autres Offices. On allait dans l'église indiquée, ou individuellement ou en corps. Danscc dernier cas, le clergé so fermait en procession pendant laquelle on chaulait des Litanies ou des Psaumes. Lorsqu'on était arrivé, l'Office cominei;çail . et puis on revenait processionnellcincnl au lieu d'où l'on était parti. Avant saint Grégoire le Grand le lieu de la station était vague et indéterminé : il n'y avait rien de fixe cl d'écrit sur ce point. C'est ce pape qui détermina dans son Sacramcnlaire les basiliques cl les martyres ou confessions qu'on devrait visiter : Jlasilicas vel beatorum marlyrum came- - leria. C'était principalement aux jours des féles do ces saints que l'on visitait ainsi les temples ou les oratoires placés sous leur invocation. Pour ces stations, il n'était pas né* cessa iro d'indiquer précisément le jour où l'ou devait les faire, car la solennité était bien connue ; mais parce qu'on faisait des stations eu d'autres jours, comme le Carême, les Qualro-Temps , l'A vent , Noël , Pâques , etc. , il fallait bien désigner l'église où l'on devait se rendre. Alors saint Grégoire marqua dans le Sacramentaire ces basiliques ou oratoires. 11 iudiqua les diverses églises patriarcales, titulaires, diaconalos et même simples chapelles. Néanmoins, comme il UI-
STA fiM
lait que le peuple fût instruit du jour de la station , on le publiait dans la Messe solennelle qui précédait. L'archidiacre, après la Communion, se plaçait A la carne de l'autel et annonçait la station. Quelquefois celle fonction était remplie par le notaire de la sainte Eglise romaine. On portait de l'église
Satriarcale de Saint-Jean de Litran au lieu e la station le* vases sacrés. La procession était précédée de la croix slalionnale. et le pape était porté tn sella gestntoria. Cependant il y allait quelquefois achevai. Ces processions sont assez fréquemment appelées Litanies, dans les anciens auteurs. Nous croyons que telle est l'origine du nom et de la chose. Le Missel romain porte en tête des Messes des jours de station . le nom de l'église. Nous avons sous les yeux celui de 1781, où chacune de ces églises est indiquée. Il y a des stations pour tous les dimanches de l'Avent , pour ceux dos Quatre-Temps ,
[>our les dimanches et fériés du Carême, pour a semaine de Pâques, les fêtes de l'Ascension, et des trois jours précédents, la veille de la Pentecôte, la fêle et l'Octave, les trois messes de Noël et les trois fêtes suivantes. Nous ne croyons pas devoir doouer la nomenclature des églises qui sont désignées pour ces stations, on les trouve dans tous les Missels du Rit romain.
Le Missel de Paris, imprimé eu 173S. n'indique des stations que pour le temps du Carême, et encore seulement pour trois jours de chacune des cinq premières semaines.
Comme dans les nouveaux Missels, on a retranché ce souvenir précieux d'un Rit vénérable, nous croyons devoir ici reproduire les noms des églises stationnâtes de celle ville, selon leur ordre, à partir du lundi de la première semaine jusqu'au vendredi de celle de la Passion. C'étaient Saint-Denis de la Chaire, in careere, Saint-Eloi , Saint- Barlhélemi . Sainl-Benoit, Saint Etiennr-des- Grés , Grecs ou des Degrés, de Gressihus , Saintc-Marie-des-Champs, a Campis, Sainte* Gcncviève-du-.Mont . Saint-Victor , Saint- Marcel. Saint-Germain -l'Auxcrrois, Sainte- Opportune , Sainl-Médéric, par corruption Saiut'Mcrry, Saiiit-Magloire-dans-la-Yilic, in urbe, Sainl-Martin-des-Champs, a Campis.
Sainte-Marie de Montmartre, in monte Martyrum. De ces quinze églises, deux seulement subsistcnldans Paris, cl aucune station n'a plus lieu depuis longues années.
Nous venons de dire que la Liturgie n'admet plus de stations comme celles dont il a été parlé. Nous nous associons, néanmoins, aux regrets qu'exprime Bergicr en parlant de cet ancien usage : « Lorsque, dans une « grande ville, il y avait des églises éloi- « gnées les unes des autres, il était de la cha- « rite des évéques d'y aller faire les stations « ou les Offices divins , afin de donner aux « divers membres de leur troupeau la com- « modilé de se rassembler, pour ainsi dire, « sous la houlette du pasteur. A présent . si t cela est moins nécessaire qu'autrefois, il « est encore utile de conserver lej anciens
Ilfi7 mincir, c:
u usages, parce qu'ils nous rappeUenl tou- « jours les mêmes vérités, et parce que les « dévolions particulières, qui n'ont point « d'autre règle que le goût et le caprice, ne
■ manquent jamais d'entraîner dea abus cl
■ des erreurs. »
Un veslige des stations anciennes subsiste encore dans un grand nombre d'Eglises, pendant les trois jours des Rogations. La procession pnrt de l'église- principale et s'arrête à une chapelle érigée dans les champs ou quelque hameau dépendant de la paroisse. La on chaule la Messe et puis on repart pour revenir à l'église : cette chapelle esi que!que:ois celle d'un château. Il est très-louable d'ob«erver une semblableprali-
3ue : on voit combien elle entre dans l'esprit e l'Eglise. La Rubrique elle-même indique ces stations. Nous connaissons des paroisses de petite ville qui ont dans leur territoire trois ou quatre oratoires, où il sérail si facile de chanter la Messe de la station , cl néanmoins on parait n'y avoir conservé aucun souvenir de ce qui "se pratiquait anciennement. Un curé instruit el rélé pourrait très-facilement inaugurer une coutume aussi édifiante dans ces localités. Nous ne parlons pas des villes considérables qui ont plusieurs paroisse* et où cela pourrait encore avoir lieu. En quelques villes épisropales la procession part de In cathédrale et va chanter la Messe dans difleren les églises paroissiales ou chapelles. Lorsque l'évéque y préside, ce Rit nous reporte aux stations, dont nous avons fait connaître l'origine.
Quand il n'est point possible de faire des stations de ce genre, comme à Paris, le clergé part du chœur processionnellemenl en chantant des Psaumes, et après avoir parcocru les nefs collatérales, s'arrête à une chapelle pour y chanter la Messe. La procession repart en circulant encore autour de la nef, et rentre enfin dans le chœur. Pour chacun des trois jours des Rogations il y a une chapelle uouvellc, {Voyez rogations .
On donne aussi le nom de stations aux rcposoirs élevés pour recevoir le saint Sarrement pendant les processions solennelles de la Féto-Dien et de son Oclave. On s'y arrête en effet pour y chauler une Antienne ou un Motel, un Verset ou une Oraison , puis le célébrant donne la Bénédiction.
Pendant le temps du Jubilé on indique les églises qui devront être visitées pour y faire les prières ordonnées, afin de gagner l'Indulgence qui y est attachée. Ces visites portent le nom de stations. Enfin tout le monde connaît les stations du chemin de la croix, pour honorer la Passion de Nolrc-Seigneur ( Yoy. croix ).
C'est improprement qu'on appelle station une suite de sermons donnés par un prédicateur pendant le Carême, l'Avenlou l'Octate du saint Sacrement, mais le terme est cousacré par l'usage.
VARIÉTÉS
Le premier Ordre romaiu, qui est ccrlai-
TUOI.IQU& r<-<
nemenl antérieur au neuvième siècle, décru longuement les stations des Jours solennels et surtout celle qui a lieu le jour de Pâques. Le préambule nous apprend que la ville dr Rome, à celte époque, était divisée en sep; régions ecclésiastiques, el que cbacuuc de ces régions avait son diacre régionnaire. Ainsi, dans Celle grande solennité, tous les arolvtcs de la troisième région, ainsi que les défenseurs, defensorts, de toutes les ré-
f;ions, se réunissaient de grand malin dans v patrinrehium de Sainl-Jean de Latran pour précéder à pied le pape qui se rendait à la station. Le pontife élail à cheval el environné à droile el à gauche d ceuyers chargés do veillera la sécurité du pape, ne aiicuui titubrl. Devant lui s'avançaient à cheval les diacres, aiacones , le primicier, les deux notaires régionnaircs et les sous-diacres régionnaircs. Derrière le pape venaient à cheval les officiers désignés sous les noms de vice-dominus , vestararius, nomenculator et sacecitarius. D. Mabillon nous dil que le nommculator était chargé des invitations , el qu'il écrivait sur un registre les noms des personnes invitées. Le saccetlarius élail le trésorier; son nom lui tenait du sac, iciccr/iuin, où il déposait les espèces. Un acolyte stationnant marchait à pied devant le cheval du pape et portail le saint Chrême dans une ampoule enveloppée d'un lmge. Il v a ici une particularité très-intéressante : l'Ordre romain dit que pendant celle marche, processus, si quelqu'un veut faire juger une cause par le pape. Il devra se présenter devant lui . demander d'abord sa bénédiction el exposer son affaire. Le nomenculator el le ïaccellarius la discutenl, font leur rapport, el le pape prononce. Quelques savants ont pense que le nom de procès, \m\ osé à ce que les Latins appellent fit, lire son origine de celle circonstance. Si notre avis pouvait être de quelque poids, nous dirions que cette étymologie lions parait très-probable.
La procession stationnait, processus, arrivait enfin à la basilique de Sainte Marie- Majeure, el l'on y célébrait la Messe solennelle. Aujourd'hui encore l'Introït du jour de Pâques est précédé de la Rubriquo Siatio ad Sanctam Mariam Majores*, dans le Missel romain. Les basiliques étaient, dans ces temps anciens, les églises stationnâtes par extellence; celles qui portent ce nom sont les suivantes : Saint Jean de Latran . église cathédrale el patriarcale de Rome, Saint-Pierre au Vatican, Sai nie-Marie-Majeure , Sainl- Paul.eTira muros, Sainte-Croix-en -Jérusalem. Sainl-Lauri ni, extra muros, et Saint-Sébastien. Le Missel romain présente comme églises de stations un grand nombre d'aulres temples, mais encore aujourd'hui les basiliques jouissent du privilège de station pour les Jubilés.
J)urand de Mendc pense que les stations tirent leur origine de l'ancienne loi , parce qu'alors le peuple juif el même plusieurs geulils. se réunissaient à l'époque des grand** fcoleuuilés, lelles que la Pàqnc et la pentecote, pour venir au temple de Jérusalem 11
sr.\
ajoute que cet usage est encore obîcrvé rn Italie, où pendant les semaines de Pâques et de la Pentecôte les peuples des villages circonvoisins viennent se réunir dans l'église éjjiscopale