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BÉNÉDICTION

Le sens de ce ternie varie considérablement. Son origine, qui est le verbe btntdicert. présente deux significations. Bénir Dieu, c'est chanter ses louanges, publier sa miséricorde, le remercier de ses bienfaits ; cette expression est très-fréquente daus les livres »acrés. Benedicere, bénir une personne ou une chose, c'est prier l'Auteur de tout bien de répandre ses dons sur la créature qui est l'objet de celte Bénédiction. C'est sous ce dernier aspect que nous envisageons ce terme, qui est fort souvent employé dans la Liturgie.

L'ancienne loi avait ses Bénédictions liturgiques où l'on pourrait dire que se retrouve même le signe de la croix, car celui qui les donnait, selon ce que nous lisons dans les meilleurs interprètes, croisait les mains sur la personne ou sur l'objet bénit elélevait les yeux vers te ciel. Les Bénédiction» chrétiennes remontent jusqu'à Jésus-Christ luimême, qui, pendant son passage sur la terre, a béni les personnes el les choses inanimées. Ainsi nous lisons qu'il bénit les pains dans le désert, le pain qu'il changea en son corps, les enfants qu'il accueillait, ses disciples avant de s'élever dans les cieux. A son exemple, les apôtres et leurs successeurs sanctifièrent par des Bénédictions les personnes et 1rs choses, selon la parole de saint Paul :

Omnis creatura Dei bona ut sanclifica-

tur enim per verbum Dei et orationem. « Toute

• chose rtéée de Dieu est bonne, car elle est

• sanctifiée par sa parole el l'oraison.» Il n'est point d'objet qui ne puisse être bénit. Disous un mot de la différence qui existe entre les participes béni et ft^nif; elle est grande : ainsi Dieu est béni de ses bienfaits, un roi est cent par ses peuples quand il les gouverne paternellement ; le riche est béni par le pauvre auquel il fait part de son bien, etc. ; mais, selon les Rites de l'Eglise, le pain, l'eau, les éléments, sont bénits, la cloche est bénite, la chapelle est bénite, etc . : l'on dit donc le pain bénit, et jamais le pain béni.

On comprendra qu'il nous est impossible d'entrer ici dans le détail de toutes les Bénédictions de l'Eglise. Nous constaterons néanmoins encore ici une autre différence entre ces Bénédictions. Les plus solennelles portent aussi le nom de Consécration : telles sont la Bénédiction des saintes huiles, celle des vases sacrés, celle d'un monarque, à laquelle on donne particulièrement le nom de Sacre, celle des religieuses, etc. Le Pontifical romain nomme cette dernière Bene~ dictio, Consecratio. Les Bénédictions simples ont lieuavec l'eau bénite, un ou plusieurs signes de croix, une ou plusieurs prières. Un auteur, que nous ne voulons pas nommer, appelle Consécration toute Bénédiction où les saintes huiles sont employées, et sim-

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pie ment Bénédiction eclle où l'on ne se sert que d'eau bénite. Cette classification est défectueuse, cardans ce qu'on appelle vulgairement le Baptême d'une cloche il y a des onctions d'huiles saintes, et cependant ce cérémonial ne s'est jamais appelé Consécration, mais seulement Bénédiction. Dans la prise solennelle de l'habit religieux, il n'y a jamais eu d'onction, el néanmoins , comme on l'a déjà vu , l'Eglise donne à cette cérémonie le nom de Consécration. Celte sorlo de catégorie ne saurait donc être admise.

Parmi les Bénédictions proprement dites , il en est qui sont réservées a l'évéqne , et qu'un simple prêtre ne peut faire qu'avec son autorisation ; les autres peuvent être faites par le prêtre, sans une autorisation spéciale. Les prières qui accompagnent ces Bénédictions sont, pour la plupart, d'une très-haute antiquité. Il n'est pas besoin de dire que celles qui n'ont pas pour elles la sanction de plusieurs siècles doivent être expressément autorisées par les Ordinaires des lieux , el qu'il n'est jamais permis d'employer des Oraisons qui ne se trouveraient pas dans les Rituels diocésains , quoiqu'elles soient composées dans un esprit très-catholique. Nous parlons en son lieu de chacune des Bénédictions principales , et nous devons ici nous occuper exclusivement de celle parlie du Rit de la Messe, qui est nommée par excellence bénédiction.

La Liturgie des quatre premiers siècles, extraite du septième livre des Constitutions apostoliques , dont on attribue la rédaction au pape saint Clément , contient une formule de Bénédiction que l'évéqne donnait à l'assemblée lorsque le sainl Sacrifice était terminé. Le diacre disait: « Inclinez-vous à « Dieu par Jésus-Christ, et recevez la Béné~> « diction. » L'évéqne faisait cette prière ; « Dieu tout-puissant à qui rien ne peut être « comparé, qui êtes présent partout sans a qu'aucun lieu puisse vous contenir, qui ■ êtes sans commencement et sans du, « éternel, immuable, qui habilex une lu- « mière inaccessible, mais qui vous faites t connaître aux hommes raisonnables qui « vous cherchent de tout leur cœur; Dieu « d'Israël votre peuple , le vrai voyant « qui croit en Jésus-Christ, soyez-nous pro- « pice, exaucer-moi en l'honneur de votre « nom, et bénissez ceux qui se tiennent « abaissés devant vous ; écoutez les désirs « de leurs cœurs qui peuvent leur être utiles, « et ne rejetez aucun d'eux de votre règne, « Sanctifiez-les, gardez-les, secourez-les, <• « délivrex-les du malin esprit el de tout en- « nemi ; conservez leurs maisons et prolégrz- « les dans toutes leurs démarches, parce « que la gloire, la louange, la majesté, l'a- « doralion vous appartiennent à votre Fils « Jésus-Christ notre Seigneur Dieu el Roi, et « au Saint-Esprit, maintenant, toujours et « dans tous les siècles. Amen. » Le diacre dit : « Allez en paix. » Nous avons pensé que cette formule, tirée du tome III du P. Lebrun, méritait d'être insérée ici dans sa to-

tnlitc. C'est le monument le plus ancien que nous possédions de la Bénédiction par laquelle se terminait la Messe ; mais il faut ne pas ignorer qu'à l'évéque seul il appartient de bénir les Adèle*. Jusqu'au onzième siècle, nous ne voyons nulle part que le simple prêtre ait béni les fidèles, lorsque la Messe était terminée.

Il est important d'observer que nous par- Ions ici de la Bénédiction de la fin de la Messe, car il y a une autre Bénédiction trèsancienne que le célébrant donnait entre le Pater ot la Communion. Saint Augustin en parle, et c'est celle qui s'est conservée jusqu'à nos jours, à Paris et dans plusieurs diérèses de France. L'évéquc la donne après le Pater, selon la formule propre à La Tête. Celte Bénédiction est un reste de l'ancien Rit gallican [Voy. Bénédictions pontificales). Celle-ci qui étui t, il est vrai, la plus solennelle, n'empêchait pas la dernière dont nous voulons parler, et qui était constamment donnée par l'évéque.

Selon un Canon du premier Concile d'Orléans, il semblait que le prêtre donnait une Bénédiction avant de quitter l'autel. Le mot tacerdos qui y est employé a été appliqué à I évéque aussi bien qu au prêtre, durant les six ou sept premiers siècles. Au commencement du onzième siècle, on interpréta mal ce terme, et on conclut que le pré ire devait donner la Bénédiction après que la Messe était terminée. Néanmoins cet usage ne s'élalilitpas universellement pendant deux siècles ; il y eut encore moins d'uniformité dans la manière de donner cette Bénédiction. Durand parle fort longuement de la Bénédiction par laquelle se termine la Messe, mais il ne fait connaître aucune formule : il dit seulement que le prêtre ne doit pas bénir comme l'évéque , en disant d'abord : SU nomen Domini , etc. Il semble aussi ressortir des paroles de cet auteur, que le simple prêtre ne doit pas bénir avec la main , et que cela confient exclusivement aux évéques. Aussi, dans les Missels du quatorzième siècle , nous » oyons que cette Bénédiction du prêtre à la fin de la Messe avait lieu toujours avec une croix , ou avec le calice , ou enfin avec la patène : le Missel de Paris, imprimé en 1605, marque la patène.

Il est très-probable que c'est entre le quatorzième et le dix-septième siècle que s observa la coutume de Taire précéder la Bénédiction de la fin de la Messe par les versets Adjutorium nostrutn , etc., et SU nomen Domini. Presque tous les Missels manuscrits on imprimés de ces trois siècles présentent ce Kit. En ce qui concerne le diocèse de Paris , cette Bénédiction a été constamment pratiquée par tous les prêtres, pendant tout ce temps, Le prêtre , après ces deux versots , se tournant vers le peuple , disait : Benedicat ro*, etc.. et faisait un signe de croix avec la patène à chaque invocation des trois Personnes divines. Le Missel de Paris , imprimé en 1615, supprima les deux versets, la patène et le triple signe de croix , et statua que désormais le prêtre bénirait par les

THOLlQUE. fR

seules paroles Benedicat ro«, avec la main et par un seul signe le croix. Le Rit parisien se mit , sous ce rapport, en harmonie parfaite avec le Rit romain.

Quoique le Rit parisien ne soit pas l'objet exclusif de nos recherches, nous avons cru devoir placer ici les observations suivantes qui intéresseront les ecclésiastiques étrangers à ce diocèse, et qui expliqueront peut-être aussi à plusieurs prêtres de la capitale un Rit exceptionnel, rela ti vemcnl à cciXeBénédiction.

VARIÉTÉS

Lorsque le Missel de 1615 eul paru, un grand nombre de prêtres obtempérèrent aa nouveau cérémonial de la Bénédiction, ou plutôt à la restauration du cérémonial du treizième siècle. Plusieurs curés maintinrent personnellement le Rit qui avait été observé jusqu'à 1615; ceux qui d'abord s'étaient conformes à la nouvelle prescription reprirent Y Adjutorium. Quelques curés se montrèrent cependant exacts à suivre le nouveau Missel, et jusqu'à la révolution de 1789 ne donnèrent point cette Bénédiction autrement que les autres prêtres. Depuis le concordat de 1802, tous les curés de Paris ont adopté unanimement la Bénédiction avec V Adjutorium, quoique tous les Missels, imprimés depuis celte époque, prescrivent indistinctement, pour la Bénédiction de la fin de la Messe, les seule* paroles Benedicat vos, etc. Nous avons entendu nous-méme dire, par quelques curés de Paris, que ce mode de Bénédiction était un privilège accordé aux pasteurs par l'autorité archiépiscopale Nous n'admettons aucunement ce fait, et nous soutenons que la différence singulière qui se remarque aujourd'hui entre les curés de Paris et les autres prêtres, n'a d'autre origine que celle que nous lui assignons.

Au surplus, cette Bénédiction n'est donnée en chantant, par les curés de Paris, qu'aux Messes hautes où le saint Sacrement n'est point exposé. A la métropole, l'archevêque seul chante cette Bénédiction ; les dignitaires du chœur, l'archiprétre ou curé de Notre- Dame, les chanoines donnent cette dernièro Bénédiction toujours à voix basse et sans Adjutorium, comme tous les autres prêtres. On peut lire, dans le P. Lebrun, la nomenclature des paroisses de Paris, au sujet des usages relatifs à cette Bénédiction, édition de 1 716. La Liturgie de saint Jacques offre une formule de Bénédiction donnée après l.i Me* se par le prêtre : « Grand Dieu, regardez « favorablement vos serviteurs qui se tien- « nent inclinés devant vous ; étendez sur eux « votre main puissante et généreuse, et les « bénissez; conservez votre héritage, afin • que sans cesse nous puissions vous glori- « fier, vous qui êtes le seul Dieu vivant et « véritable. Trinité sainte et consubstan- « tielle, Père, Fils et Saint-Esprit, mainte- « nanl et dans tous les siècles. A Amen » Il en est de même dans la Liturgie arménienne et dans tout l'Orient.

Les Missels romains, antérieurs à la ré-

forme du saint pape Pie V, contiennent celte formule de Bénédiction pour la fin de la .Messe : In unitate Sancti Spiritus benedicat %7ê Pater et Filius : « Que dans l'unité du

• Saint-Esprit nous bénisse le Père et le m Fils. • Plusieurs anciens Missels d'Allemagne et de France nous offrent la suivante : Oremui. Calesti bénédiction* benedicat no* et rot ditina maj estai et una deitas Pater et Fi' lias et Spiritus Sonet ut. « Prions. Que par sa « bénédiction céleste tous bénisse ainsi que « nous la Majesté dirine et la Divinité uni- « que. Père, Fils et Saint-Esprit. » A chaque invocation des personnes le prêtre faisait un signe de croix..

Les Messes des morts n'admettent point de £eWdtc/ion finale, parce qu'on en a toujours retranché tout ce qui est de joie et de solennité. On n'en trouve dans aucun ancien Sacramentaire; il y en a pourtant une dans l'ancien Missel de Clermont en Auvergne: Deus vita vivorum et resurrectio mortuorum benedicat vos in Macula tœculorum. « Que Dieu, qui est « la vie des vivants et la résurrection Jes

• morts, vous bénisse dans les siècles des

• siècles. »

Les anciens Misselsambrosiens avaient des Bénédictions spéciales pour le temps et les fêles. Aux Messes des dimanches ordinaires et aux jours de férié, la Bénédiction commune était : Benedicat vos divina majestas. Pater et Fitius et Spiritus Sanctus. On faisait trois signes de croix. « Que la divine Majesté vous < bénisse, Père et Fils et Saint-Esprit. \ Depuis saint Charles, le Missel de Milan n'a d'autre Bénédiction que celle de la Liturgie romaine, avec un seul signe de croix.

La Messe moiarabe se termine sans Bénédiction sur le peuple.

Le cardinal Bona fait une observation importante sur le nom de Bénédiction, que l'on troure dans plusieurs auteurs liturgisles, tels que Amalaire, Raban Maur, Walafride Slrabon, etc. On pourrait croire qu'ils ont voulu

Carier de la Bénédiction donnée par le céléranl au peuple, comme nous l'entendons aujourd'hui. Il est pourtant vrai que ces Bénédictions ne sont autre chose que l'Oraison dite Postcommunion ; c'est ce qui fait dire à Raban Maur : Post communionem, data bénédiction* ad plebem, diaconus pradicat Mitsœ offidum esse peractum, dantlicentiam abeundi. « Après la Communion, lorsqu on a donné « la Bénédiction au peuple, le diacre anm nonce que la Messe est terminée et donne « la permission de se retirer. » Si celle Bénédiction élail celle qui est usitée de nos jours, elle aurait été donnée avant Vite Hissa est. Or les monuments antérieurs au Ireir ème siècle ne parlent aucunement de la Bénédiction finale qui se donne aujourd'hui. (Voy. le mot eucharistie pour la Bénédiction du sainl Sacrement.)

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