BÉNÉDICTIONS PONTIFICALES
C'est un fait historique non contesté que eVnuis l'origine du christianisme, les papes, à limitation du divin Sauveur dont ils «ont
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les vicaires sur la terre , ont béni les fidèles. On croit que sainl Ciel, troisième pape, établit la formule que les souverains pontifes ont constamment employée dans leurs lettres: Salutem et apostolicam Benedictionem, Néanmoins on ne peut le prouver par une lettre quelconque do ce pape . car nous n'en avons, pour les trois premiers siècles, qu'une de saint Clément el trois de saint Corneille. Mais les lettres de Jean VI en 685 et de Scrgius 1" en 687 contiennent la susdite formule, et il est très-probable qu'en ceci ils ne faisaient que suivre l'exemple de leurs prédécesseurs. Mais il s'agit ici principalement de la Bénédiction donnée par un signe de croix. De très-anciennes images représentent les pontifes bénissant de la main droite avec les deux ou trois doigts levés ; c'est en en effet le mode de celle Bénédiction. Les trois doigts, savoir, le pouce, l'index et celui du milieu, sont levés, tandis que l'annulaire et l'auriculaire sont repliés sur la paume do la main. Chez les Orientaux, l'évéque joint le pooee avec le doigt auriculaire et lève les trois autres doigts ; chex les uns et les autres, c'est pour représenter la sainte Trinité; mais en Orient la jooelion du pouce avec l'auriculaire figure un oméga et même un alpha, en mémoire de Jésus-Christ qui est le eommencernent el la fin. Lorsque le pape Etienne VI, élu en 896, fit déterrer le corps du pape Formose , son prédécesseur, il lui fit couper les trois doigts avec lesquels il avait donné sa Bénédiction. Ceci prouve qu'au neuvième siècle la Bénédiction pontificale se donnait de celle manière. Néanmoins il est à pou près démontré que si dans les premiers siècles les ponlifes donnaient la Bénédiction , ce n'était point en faisant le signe de la croix, mais en imposant ou étendant les mains, ou bien la seule main droite.
Les évéques, à l'imitation du pape, bénissent de la main, et nous lisons dans on acte du Concile de Ravenne en 131», qu'il est enjoint do sonner les cloches, lorsque l'évéque ira verse une ville ou un villa ge , aOn que le peuple averti puisse sortir et se mettre à genoux pourrccevoir/aA/n/dicJton. Or.ce ne pouvait être une institution nouvelle , mais une confirmation de l'usage qui existait antécédemment. Depuis plusieurs siècles , les évéques ont coutume de bénir de la main les fidèles qui se trouvent sur leur passage, lorsqu'ils marchent pontiiiralement. Lors même qu'ils ne sont point en cérémonie , ils bénissent du la même manière ceux qui leur demandent leur Bénédiction. Le cérémonial romain le dit formellement : Quando episcopus ambulai vel equitat per suam civitatem vel diœcesim. manu aperla singulit benedicit, et si est archie-
(ùteoput, crucem etiam ont* te deferri facit. ci on voit que l'évéque ne donne pas cette Bénédiction avec les trois doigts levés, comme le pape, mais de la main toute entière, rnoni» aperta. de la main ouverte.
Nous pensons que le Rit solennel de la Bénédiction papale, aux jours des grandes fêtes à Home, pourra présenter beaucoup d'intérêt.
d'autant miens qu'il
France , de rencontrer un ouvrage qui en donne la description. La source où nous avons puisé est un livre composé dans la cour pontificale de Grégoire Xvl, et sous les yeux de cet auguste Pontife. Cette Bénédiction, à laquelle est attachée une indulgence plénière, se donne les quatre jours de fêle suivants : le Jeudi saint et le jour de Pâques, à Saint-Pierre; l'Ascension, à Saint-Jean de Latran; et l'Assomption, à Sainte-Marie-Majeure. Quelquefois celle de l'Ascension est transférée au jourde la Pentecôte. Les Bénédictions extraordinaires de ce genre sont données à Saint-Pierre le jonr du couronnement d'un pape, et à Saint-Jean de Latran le jour de la prise de possession. Pendant l'année sainte du Jubile, le pape la donne aux principales festivités et dans tous les basiliques qu'il lui plaît de choisir pour satisfaire aux vœux des pieux pèlerins . Voyez le cérémonial de celle Bénédiction. Le pape, revêtu des ornements dont il était paré pour la Messe etavant la téte couverte de la tiare, ce place sur la sedia gestatoria. précédé de la crois papale , sous un baldaquin , et ayant à côté de lui les officiers qui portent les deux éventails de plumes de paon ; il est précédé par la cour romaine, comme dans toutes les autres grandes circonstances. Lorsqu'il est arrivé sur la loge du haut de laquelle doit être donnée la Bénédiction, le premier maître des cérémonies fait signe aux tambours de la troupe stationnée surla place de cesser leurs roulements. Le pape reste assis sur la sedia, et un patriarche ou évéque assistant tient devant lui le livre, tandis qu'un autre prélat porte le bougeoir allumé. Alors il lit en chantant, Cantando legge, la formule suivante : Sancti apottoli Petrus et Paulus, de quorum potestateet auctoritate confidimus, ipsi intercédant pro nobis ad Dominum ; les chantres répondent : Amen. « Que les saints Apôtres « Pierre et Paul, sur la puissanceet l'autorité « desquels nous nous appuyons, intercèdent « pour nous auprès du Seigneur. » Le pape reprend : Precibus et mentis beatœ Mariœ semper Virginie, beati Michaelis archangeli , beati Joannis Baptistœetsanctorumapostolorum Pétri et Pauli et omnium sanctorum,misereatur vestri omnipotens Deus, et dimissis omnibus peccatis ttstris, perducat vos Jésus Chrislus ad vitam atemam; les chantres:
Amen. « Que par les prières de la bienheureuse Marie toujours vierge, du bien- « heureux Michel Archange, du bienheureux « Jean-Baptiste et des saints apôtres Pierre
■ et Paul et de tous les Saints , le Dieu tout- « puissant ait pitié de vous, et qu'après vous
■ avoir pardonné tous vos péchés , Jésus- « Christ vous conduise à la vie éternelle. » Le pape poursuit : Indulgent iam , absolutionem omnium peccatorum testrorum, spatium verœ et frucluota posnuentiae, cor semper panitens et emendationem vitœ, gratiam et consolalionem Sancti Spiritus et finalem perseverantiam in bonis op tribut tribuat vobis omnipotens et misericors Dominus; les chantres: Amen.
« Que le Dieu tout-puissant et miséricordieux
est bien difficile en « vous accorde l'indulgence cl l'absolution de
« tous vos péchés, le temps de faire- une vé - « ri table et fructueuse pénitence* un cœur « toujours contrit, l'amendement de votre vie, « la grâec et la consolation de l'Esprit-Saint « et Ta persévérance finale dans les bonnes • œuvres. » Alors le pape se lève et portant ses regards vers le ciel pour invoquer la Bénédiction du Tout-Puissant, il étend les bras, élève les mains et dit, en faisant sur le peuple immense qui couvre la place trois signes de croix : Et Benedictio Det omnipotentis Putris et Filii et Spiritus Sancti descendat super vos et maneat semper; les chantres répondent: Amen. « Que la Bénédiction du Dieu tout- ■ puissant Père, Fils et Saint-Esprit, descende « sur vous et y demeure a jamais. » Le papo se rassied; les deux cardinaux-diacres lisent, l'un en latin et l'autre en italien, la formule de l'indulgence plénière concédée aux personnes qui ont reçu la Bénédiction , et aprèsla lecture jettent sur la place ces deux papiers que la foule se dispute avec une pieuse avidité. Aussitôt les cloches de la basilique sont mises en branle , les tambours roulent et les canons résonnent. Avant de se retirer» le pape se relève encore de sa sedia pour donner au peuple une simple Bénédiction. Le cortège redescend de la loge dans le mémo appareil.
Le pape officiant pontificalement, les jours de grande solennité, donne au peuple, à la fin de la Messe, la Bénédiction selon le Rit observé par tous les évéques , en disant d'abord: SU nomen Domini,eic. Adjutorium nostrum. etc. Quoiqu'il soit tourné vers le cruciûx qui est au milieu de l'autel , l'auditeur de Rote va se placer vis-à-vis de lui avec la croix papale. Nous disons dans Varlicle Autel qu'à celui des basiliques de Rome qu'on nomme l'autel papal, le pontife célèbre ayant la face tournée vers le peuple ; c'est ce qui rend raison de ce cérémonial.
Outre la Bénédiction ordinaire qne donnent les évéques à la fin de la Messe, et dont nous venons de rappeler la formule qui du reste est fort connue, il y a encore une Bénédiction plus solennelle qu'ils donnent dans les grandes solennités, après la fraction de l'Hostie et avant l'Agnut Dei. Le cardinal Bona parle de cette Bénédiction que les liturgistes anciens appellent , dit-il , episcopale, parce qu'elle appartenait à l'évéque seul. Il ajoute que ces Bénédictions se trouvent dans les anciens Sacramenlaires ainsi nue dans le Pontifical romain publié sous Léon X. Ce serait donc à tort qne l'on regarderait ce Rit comme dérivant exclusivement de Tanliquecérémonial de l'Eglise gallicane. Toutefois le père Lebrun semble démontrer que si celte Bénédiction se trouve dans plusieurs Sacramentaires romains, ce n'est point dans ceux qui reproduisent fidèlement le Sacramcnta i re grégorien, tel qu'il a été donné par Grimol dus, abbé de Saint-Gai, en Suisse. Ainsi, en France, on aurait ajouté ce Rit aux livres de saint Grégoire, et pourtant Bons affirme <iu« ces Bénédictions existent dans les man*