CHANT XX
Ces jeux finis, Bacchus, an commencement de ce chant, paraît occupé à consoler Methé et toute la maison du roi Staphylus. La nuit arrive et l'on va se coucher. Le lit de Bacchus est préparé par Eupetale, ou Belle feuille, nourrice de Bacchus. Pendant son sommeil, la Discorde, sous la forme de Cybèle, vient reprocher à Bacchus son oîsivité, et l'exhorte k aller combattre Bériade. Bacchus se réveille et se dispose à marcher, Le prince la Grappe et Tonneau se joignent à la troupe des satyres et des bacchantes, pour une expédition qu'il serait bien difficile de ranger au nombre des événements historiques, quoiqu'on ait cru jusqu'ici à la réalité des conquêtes de Bacchus.
Ge dieu prend sa route par Tyr et par Byblos, le long des rives du fleuve Adonis, et des fertiles coteaux de Nyse en Arabie. Dans ces lieux régnait Lycurgue, descendant de Mars ; c'était im prince féroce, qui attachait aux portes de son palais les têtes des malheureuses victimes qu'il égorgeait : il avait pour père Dryas ou le Chêne roi d'Arabie. Junion dépêche Iris vers ce prince pour l'armer contre Bacchus. La messagère perfide prend la forme de Mars, et adresse à Lycurgue un discours dans lequel elle lui promet la victoire. Elle se rend ensuite près de Bacchus, sous la forme de Mercure, et elle l'engage à traiter le roi d'Arabie avec amitié, et à se présenter à lui sans armes. Bacchus séduit par ces insinuations astucieuses, arrive désarmé au palais de ce prince féroce,
qui le reçoit avec un sourire moqueur. Puis il le menace, poursuit les Hyades ses nourrices, et le force lui-même, pour se sauver, de se précipiter dans la mer, où il est reçu par Tliétis, et consolé par le vieux Nérée. Ici le poète met un discours insolent et menaçant dans la bouche du tyran qui gourmande la mer de ce quelle a reçu Bacchus dans son sein.
Troisième saison.
Nous sommes arrivés à l'époque où le Soleil franchit le passage vers les signes inférieurs, à l'équinoxe d'automne près duquel est le loup céleste, animal consacré à Mars et hôte des forêts. C'est lui qui est ici désigné sous le nom d'un prince féroce, fils des Chênes, descendant de Mars, et dont le nom est composé du mot Lycos, ou loup. C'est alors que le taureau céleste, opposé au loup, et accompagné des Hyades ses nourrices, descend le matin au sein des flots, au lever du loup. C'est ce taureau qui donne ses attributs au Soleil du printemps, ou ses cornes à Bacchus. Voilà le phénomène qui se renouvelle tous les ans à la fin des vendanges, et que le poëte a chanté dans l'allégorie de la guerre de Lycurgue contre Bacchus, qui se précipite au fond des eaux, et contre ses nourrices, que le tyran attaque.
CHANT XXÏ.
Le chant vingt-unième nous présente la suite de cette aventure, et le combat d'Ambroisie, une des Hyades, contre Lycurgue, qui la fait prisonnière ; mais la terre vient k son secours, et la métamorphose en vigne. Sous cette nouvelle forme, elle enchaîne son vainqueur dans ses replis tortueux. 11 fait de vains efforts pour se débarrasser. Neptune soulève les mers, déchaîne les tempêtes et ébranle la terre ; mais rien n'intimide le roi féroce, qui
brave les efforts desbacchantes et le pouvoir des dieux protecteurs de Bacchus. Il ordonne que Ton coupe toutes les vignes, et menace et Nére'e et Bacchus. Jupiter frappe d'aveuglement le tyran, qui déjà ne peut plus reconnaître sa route.
Cependant les néréides et les nymphes de la mer Rouge prodiguaient leurs soins à Bacchus et s'empressaient de le fêter, tandis que les pans et les satyres le pleuraient et le cherchaient sur la terre. Cette circonstance est à remarquer; cardans la fable d'Osiris ou du Bacchus égyptien, on suppose qu'il fut jeté dans lé Nil par Typhon, génie des ténèbres et de l'hiver, et que les pans et les satyres le pleurèrent et le cherchèrent. Mais bientôt un de leurs compagnons, Scelmus ou le sec, vient les consoler et leur annoncer le retour de leur chef. Déjà ils se livrent à, la joie que leur inspire cette heureuse nouvelle. Bacchus revient, se met à la tête de son armée et marche contre le général indien, qui avait renvoyé avec mépris son héraut.