‹ Origins de tous les cultes; ou Religion universelle [microform]Chapitre 54 sur 64 · CHANT XLVII · texte numérisé non relu

CHANT XLVII

Pour bien entendre les chants suivants, il faut se souvenir qu'il reste encore trois mois au Soleil pour arriver au point d'où il est primitivement parti. A' ces trois mois répondent une suite de constellations, qui montent successivement le soir sur l'horizon, et qui se développent chaque mois au levant, au commencement de la nuit, à mesure que le Soleil gagne les signes du verseau, des poissons et du bélier auxquels ces constellations sont opposées. Parmi les plus remarquables, on distingue le bouvier et la vierge céleste, suivis de la couronne d'Ariadne et du dragon du pôle, qui fournit ses attributs aux géants. Le bouvier est connu sous le nom d'Icare, cultivateur de l'Attique, qui avait pour .fille Érigone, nom de la vierge céleste. Ge sont là les aspects célestes, qui traçaient la marche du temps et. la succession des mois, depuis le solstice d'hiver où Bacchus tue le Deuil ou Penthée, jusqu'à, son retour au premier des signes. Ge sera aussi la base des fictions du poëme dans les chants suivants.

Bacchus quitte Thèbes et s'avance vers Athènes, où son arrivée répand la joie. Il va loger chez Icare qui Taccueille avec transport ainsi qu'Érigone sa fille, qui lui prodigue tous ses soins. Bacchus, en reconnaissance de ce service, leur fait présent d'une coupe pleine de vin, liqueur jusqu'alors inconnue. Icare en boit et finit par s'enivrer. On remarquera que le bouvier ou Icare est l'astre des vendanges, ainsi que la vierge, dont une des étoiles porte le nom de vendangeuse. Elle a au-dessous d'elle la coupe céleste, qu'on nomme en astronomie coupe de Bacchus et à' Icare. Yoilà tout le fondement de cette allégorie.

Bacchus enseigne k Icare l'art de cultiver l'arbuste qui donne ce jus délicieux. Gelui-ci communique à d'au-

très cette découverte. Bientôt tous les paysans du voisinage sont enivrés. Dans leur délire, ils tournent leurs mains contre celui qui leur a donné ce breuvage si étonnant dans ses effets. Ils le tuent, et ils enterrent son corps dans un lieu écarté. Son ombre apparaît en songe à Érigone, et lui demande vengeance. Gelle-ci tout effrayée court sur les montagnes et dans les forêts pour chercher le cadavre de son père. Elle le trouve, et son chien fidèle expire de douleur sur le tombeau de son maître. Erigone elle-même finit par se pendre de désespoir. Jupiter touché de leurs malheurs les place dans les cieux. Icare devient le bouvier céleste ; Érigone la vierge des signes; et leur chien devient le chien céleste, qui se lève devant eux. A la suite de cet événement, Bacchus passe dans l'île de Naxe, où il aperçoit Ariadne que Thésée venait d'abandonner pendant son sommeil. Bacchus la trouve encore endormie ; il admire ses charmes et en devient amoureux.

L'infortunée princesse se réveille, et reconnaît qu'elle est délaissée. Elle prononce en pleurant le nom de Thésée, et regrette les illusions du sommeil, qui lui avait fait voir son amant en songe. Elle fait retentir l'île de ses plaintes et de ses douloureux regrets. Bacchus l'écoute avec intérêt; il reconnaît bientôt l'amante de Thésée. Il s'approche d'elle et cherche à la consoler. Il lui offre sa foi et lui promet de la placer aux cieux avec une superbe couronne d'étoiles, qui perpétuera le souvenir de ses amours avec Bacchus. On remarquera que cette constellation se lève le matin avec le Soleil, au temps des vendanges, et que c'est là ce qui a donné lieu d'en faire une des amantes de Bacchus.

Ce discours et les promesses du dieu calment la douleur d' Ariadne et lui font oublier son lâche ravisseur. Toutes les nymphes s'empressent de célébrer son union avec le dieu des raisins.

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