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VULTURIDÉES, VULTURIDEÆ, Zigors.
G. CATHARTE, CATHARTES, Hg.
CATHARTE AURA, CATHARTES AURA, Hg.
Aura tiñosa, À CUBA.
Urubu brasiliensibus , Marcgrav. Aist. nai. Prasiliæ, Gb.2; p- 207.
Vultur aura, Linn. Syst. nat. Éd. 10,T. I, p. 86, n° 4. id Or pete
Vuliur aura, Lath. Gen. syn. 1, p. 9.
Vuliur aura, Vieill. 4m. sept. T. 1, p. 2.
Vultur jota, Molina. Chili, p. 245 (1).
Carrion crow, Sloane. Jam. , 2, p. 294, T. 254.
Le Vautour (Buitre) du Brésil, Briss. 1, p. 468.
Turkey buzzard, Catesby. 1, p. 6.
American Vulture, Shaw. Gen. zool. T, p. 36.
(1) Cette espèce, rapportée à l'Urubu, par les auteurs de l'Amérique du nord, est décrite par Molina comme ayant la tête rousse (p. 246); ainsi ce ne peut être l'Urubu, mais bien /’Aura.
OISEAUX . D Vultur aura, Turkey vulture or Turkey busard, Wiks. BuD, D: 202, Doi Cathartista aura, Viaill. Galer. PI. 4.
Cathartes aura, Princ. Max. Peitrage, etc. T. E, p. 64. Cathartes aura, d'Orb. Foy. dans l'Amér. mér., pl. 1, fig. 2, p. 98.
Tribu acabiray, Azar, Apuntam. de los paxar., n° 3, p. 24.
Cathartes totus nigro-brunneus, trunco remigium nigro, capite , collo nudis, purpureis ; rostro roseo ; cauda elongata , gradata ; tarsis subroseis.
Dimensions. Longueur totale de l'extrémité du bec au bout de RIqUEUCS--e encens li cisreistatne te 73 cent. AR OR CE PR ER A ee CPC OS D 1 M. 70
L’Aura est entièrement noirâtre, les tectrices des rémiges sont bordées de brun; les rémiges sont noires à reflets, leurs tiges blanchâtres. Parties inférieures du corps noir; dessous des ailes grisâtre ; tête nue, d’un rouge plus ou moins teinté de violet, munie de rides en arrière du col et sur l’occiput ; bec rosé, jaunâtre à la base; yeux rouges carmin, avec une bordure bleue autour de la prunelle ; pieds rosés.
Cette espèce a été longtemps confondue avec le Cathartes urubu : elle s’en distingue, néanmoins, par une queue étagée, par le plus de grosseur de son bec, par sa couleur moins foncée, par le rouge de sa tête, que l’autre a noire, par la forme de ses ailes, qui lui donne un vol tout à fait différent et qui la rapproche des Aqui- Jéides.
L’Aura habite de toutes les latitudes de la zone torride aux régions glacées du pôle sud ; et, dans les pays de montagnes, on le voit s'élever des rivages brülants de la mer, sous la ligne, à deux mille toises au dessus, jusque près des sommets neigeux des Andes. Il est également répandu sur tout le sol de l'Amérique méridionale, depuis le détroit de Magellan jusqu’en Colombie. On le retrouve aux Antilles et dans une grande partie de l'Amérique septentrionale. Sur toute cette surface du Nouveau-Monde, il est disséminé par petites familles, sédentaires dans tous les lieux où elles
se sont fixées. Il n’est pas rare de parcourir quelques degrés au sud de la ligne sans apercevoir l’Aura et de le trouver , ensuite, sur de grandes étendues de terrain. On peut s’étonner que l'Urubu, bien plus commun que l’Aura sur le continent des deux Amériques, ne se soil pas hasardé à traverser les mers, pour aller habiter les îles, tandis qu’au contraire l'oiseau qui nous occupe semble s’être également réparti sur la terre ferme et sur les îles. On le trouve aux Malouines et dans presque toutes les Antilles, tandis que VUrubu reste seulement sur les continents.
Il est moins sociable que l’Urubu; cependant on le voit dans les campagnes et autour des villes , des villages ou des simples fermes. Ilse couche, quelquefois, sur les rochers, mais, plus ordinairement, le soir, il gagne la campagne, y choisit un arbre isolé et là s’établit avec ses compagnons, sur les branches basses, y formant de nombreuses réunions nommées, à Cuba, Auwrero. Au Pérou, il ne craint pas de dormir même sur les maisons des villes ou dans les ports, sur les vergues des petits bateaux. Il est matinal, part dès le crépuscule du matin, se met à parcourir, d’un vol majestueux , tous les environs du lieu où il s’est établi, planant à la manière des Buses, pour chercher sa pâture, sans paraître agiter ses ailes. À peine une légère oscillation annonce-t-elle qu’il les remue : elles ont, dans cet exercice, les six rémiges extérieures écartées les unes des autres. Des heures entières, avec aisance, il se montre décrivant des cercles, sans s’élever à de grandes hauteurs, et toujours prêt, en apparence, à se poser à terre. Son inspection terminée ou lorsqu'il est repu, il vient s'établir près des habitations , se perche soit sur les barrières, soit sur les arbres voisins ; mais il reprend bientôt son vol. Sa vue perçante lui fait apercevoir, de loin, les animaux morts ou les immondices des lieux habités. Dès qu’il a vu une pâture, il se pose dessus. Bientôt ses congénères viennent l’y accompagner ; et, dans un instant, une troupe entière dépèce le cadavre du cheval, de la mule ou de tel autre animal que ce soit, de manière à laisser, en peu de jours, le squelette assez propre pour que l'air ne soit pas infecté de sa putréfaction , ce en quoi ils rendent un service éminent à l’incurie des habitants, en les débarrassant de tous les corps abandonnés par ces derniers. Au Pérou, une amende de cinquante piastres fortes est payée par celui qui tue un Gallinazo, nom sous lequel on connait notre oïseau, tandis qu’à Cuba l’on va jusqu’à excommunier celui qui détruit cet agent de la police sanitaire du pays. Au reste,
comme sa chair est dégoûtante, que son odeur et son genre de vie inspirent de la répugnance, on le laisse vivre tranquillement, sans jamais l’inquiéter. On a fait l'expérience de tuer un Aura, pour s'assurer si les autres viendraient le dévorer, comme ils l’auraient fait de toute autre espèce; mais aucun ne voulut se poser aux environs, et même ils disparurent tous pour longtemps.
L’Aura commence à s’accoupler vers le mois de septembre ou d'octobre; il cherche plus particulièrement, alors, le voisinage des bois; il construit quelquefois, au milieu d’un fourré, un nid composé de büchettes, et les Indiens du Paraguay prétendent qu’il bouche l'entrée du buisson, tandis que sa compagne couve. Le plus souvent, il se contente de pondre, au milieu des broussailles sèches, sur le sol, ou même entre les pierres, deux œufs oblongs, acuminés à l’une de leurs extrémités, et longs de 83 millimètres sur 54 de diamètre. Ces œufs sont d’un blanc bleuâtre, agréablement marqués de larges taches rouge brun, plus ou moins foncées, très distantes les unes des autres et bien plus rapprochées du gros bout que de l'extrémité opposée ; de plus, toute la surface en est couverte de taches peu apparentes d’un beau violet. Tant que dure VPincubation , le mâle et la femelle couvent alternativement et s’éloignent peu de leur nichée. Les jeunes naissent couverts d’un duvet blanc et sont près d’un mois avant de sortir du nid, après quoi ils suivent leurs parents, quelque temps encore avant de se hasarder à vivre seuls. Cet oiseau peut facilement se plier à la domesticité. Nous en avons vu plusieurs dans la province de Corrientes (république Argentine); mais, comme il est généralement méprisé par les habitants, peu d’entre eux se donnent la peine de l’élever. Il est, même à cet état, toujours plus sauvage que PUrubu.
Notre voyage dans l’Amérique méridionale nous a mis à portée de réunir une synonymie étendue du nom de lAura, dans les diverses langues américaines et parmi les colons espagnols; ainsi nous avons pu reconnaître que les naturels, meilleurs observateurs que les historiens, avaient, de tout temps, distingué l’Aura de l’Urubu par une dénomination distincte. Nous reproduisons ici cette synonymie, empruntée à la relation de notre
voyage (1).
(1) Voyage dans l'Amérique méridionale (Oiseaux), p. 41.
Les Patagons ou Téhuelches, les Puelches et les Aueas ou Araucanos l’appellent Tebel-tebel, ces derniers lui donnant aussi le nom de Canin et de Joté, selon Molina (1). La nation guarani, qui a consacré le nom d’Zribu comme nom générique, donne, à cette espèce, celui d’Fribu acapirai, qui veut dire téte pelée par la lèpre, ou seulement Acapirai, lépreux, à cause de sa tête rouge (2). Les Guarayos, qui habitent l’intérieur de la Bolivia, au 16° degré de latitude sud, le nomment, dans leur guarani corrompu, Urubu bébuë. Nous lui trouvons une grande variété de noms chez les nations du Grand-Chaco : par exemple, la nation Bocobis, au 31° degré, le nomme Oùc; les Tobas du 27° degré, Ndatéésa. Si nous pénétrons dans l’immense province de Chiquitos, à lest de la république de Bolivia (centre de l'Amérique méridionale), nous trouvons aussi que les Chiquitos l’appellent Okéchoropés ; les Guarañocas, Suñaëño ; les Samucus, Sonaano ; ces deux derniers noms évidemment corrompus du même. Les Otukès, de l'est de Chiquitos, le nomment Chokétoné émésèra; les Sarabécas du centre de la province, Maripihuré; les nations du nord-ouest, comme la Quitémoca , Chétu ; la Cucikia, Manunakich ; la Paunaca, Isichéh; la Paiconéca, Isovi. Au milieu des immenses plaines de la province de Moxos, nous retrouvons encore l’Aura avec un nom propre chez toutes les nations : par exemple, les Muchojéones et les Baures du nord-est de la province le connaissent sous le nom de Jochére; les Itonamas, du centre nord, sous celui d’Oock; les Cayuvavas du nord-est le nomment Dakéébado ; les Itès, du centre nord, Chakiyé; les Paraguaras, des rives du Rio de Madeiras, Canapoïco ; les Movimas, du centre ouest, T'alatalo ; les Canichanas, du centre, Niketso; les Moxos, du sud, Ojoro.
A Corrientes, les colons espagnols le confondent avec l’Urubu sous le nom de Cuervo (Corbeau), sans doute à cause de sa couleur, ou l’appellent Cabeza pelada (tête pelée). Au Pérou, on le nomme Gallinazo ; au Chili, Joté. Le nom d’Aura vient des nations indiennes de la Guiane; il est passé à Cuba, et l’on y a ajouté l'adjectif ñosa , ou teigneux.
(1) Æssai sur l'histoire naturelle du Chili, p. 245. (2) 1 est curieux de rencontrer dans le nom espagnol de l’Aura, à Cuba, Aura tiñosa, la même pensée qu’en Guarani.
FALCONIDÉES, FALCONIDEÆ, Nob.
we sous-Fam. CARACARIDÉES, CARACARIDÆ, No.
cexre CARACARA, POLYBORUS, Z'ieill.
CARACARA COMMUN, Polyborus vulgaris, Vieill.
Caraira, A CUBA.
Caracara brasiliensibus, Marcgrave. Hist. nat. Brasiliæ, HE; pe 211:
Falco brasiliensis, Lin. Gmel. Syst. nat. Éd. 13, p- 262, n° CA.
Falco brasiliensis , Lath. Gen. hist. 1, p. 274, n° 218.
Milvus brasiliensis, Ray. Syn. meth. av. p. 17.
Falco brasiliensis, Princ. Max. Bettrage, t. WE, p. 190.
Polyborus vulgaris, Vieill. Gal., pl. 7.
—— — d’Orb. Foy. dans l'Amér. meér.,
t. IV, p. 55. |
Polyborus Caracara, Spix. 4v. t. IL.
Polyborus brasiliensis, Vigors. Zool. jour., 1827, t. I, p. 43/4.
Caracarà, Azara. Apuntamientos de los Paxaros, t. 1, p. 42, n° 4.
Brasilian kite, called caracara, Willughby. Orn., pto,'t. DC
Falco cheriway, Jacq. Lin. Gmel. Dand. Lichtenstein. n° 627, 628.
Vultur cheriway, Vath.
Falco tharus, Molina. Chili, p. 245. Buffon, Sonnini, breoTeil, D. (1.
Polyborus adultus. Pileo nigro-brunneo; genis nudis,
rubris ; gutture albicante; pectore dorsoque nigro et squalido-albo transverse lineatis ; ventre hypocondriüsque nigricantibus ; cauda albida, griseo-radiata , extrema nigra; remigium basi albo variata.
Junior. Pectore abdomineque fuscis , sordide albo strialis.
Dimensions. Hongueur'totale. . 4... 0 NN. 55 cent. SQUVOL- + eu Lt sé bre en PALAMÈRNS 1 m. 36
Adulte. Dessus de la tête noir, pouvant se relever en huppe ; espace entre le bec, l’œil et les joues nu, d’un beau rouge ; Yeux jaunes; bec bleuâtre; pieds jaune foncé. La gorge et les côtés du cou presque blancs; dessus rayé transversalement de brun et de blanc ; le devant du cou et la poitrine rayés, également, en travers, des mêmes teintes; du brun noir au bout de la queue et sur les iectrices supérieures des ailes ; les rémiges blanchâtres, rayées et pointillées de brun, terminées de noirâtre.
Jeune. Teintes plus faibles; les lignes transversales de la poitrine remplacées par des plumes brunes, au milieu de chacune desquelles s'étend, en longueur, une tache longitudinale blanchâtre ; queue plus longue ; teintes des parties nues plus pâles.
Le Caracara est le plus commun de tous les Falconidées, sur le continent de l’Amérique méridionale, et nous pouvons même assurer que, dans cette partie du monde, il l’est autant à lui seul que tous les autres ensemble. Nous l'avons rencontré dans toutes les parties froides, tempérées et chaudes de l'Amérique du sud, sur les montagnes peu élevées, comme au sein des plaines. Nous l'avons aperçu, tour à tour, sur les collines de la Banda orientale de la Plata, au milieu des pampas de Buenos-Ayres et des marais de la frontière du Paraguay; sur les côtes arides de la Patagonie, qu’il suit jusqu’au détroit de Magellan; dans toutes les parties montagneuses et buissonneuses du Chili; dans les déserts de la côte du Pérou, sur les montagnes de second ordre de la Bolivia, ainsi qu’au centre de l'Amérique. Il est commun dans tout le Brésil, à la Guiane, dans la Colombie; il a été recueilli à Mexico par M. Bullock (1); enfin il a suivi, sans doute, les anciennes migrations de l’homme jusqu'aux Antilles, en même temps, peut-être, que les Caraïbes, et
(3) Vigors, Zool. journal, t. WE, 1827, p. 434.
se trouve, à ses limites plus septentrionales, jusque dans Pile de, Cuba. Sur les Andes, il ne s’élève jamais à la hauteur de #,000 mètres au dessus du niveau de la mer et nous ne l’avons jamais rencontré dans les forêts chaudes et humides au milieu desquelles on ne voit plus de plaines; encore vit-il, quelquefois, sur les bords des rivières qui les traversent, si déjà le bord en est habité par l’homme sauvage. En effet, le Caracara suit l’homme, soit dans la civilisation des villes, soit dans la simplicité de la vie pastorale, au sein des plaines; il le suit quand, parcourant, en hordes dévastatrices, les immenses pampas du sud, il se fixe, enfin, et commence à cultiver le sol si fécond des contrées chaudes. Comme le Catharte, le Caracara ne trouverait pas assez de nourriture s’il ne s’associait pas à l’homme, dont il partage, alternativement, les privations et l'abondance, souffrant, comme lui, la faim, sans se plaindre, ou consommant, en un seul jour, les provisions d’une quinzaine. Sobre ou vorace tour à tour, il sait se faire à tout, sans jamais abandonner l’homme, qui devient, quelquefois, malgré lui, son protecteur, mais, bien plus souvent, son persécuteur volontaire; aussi le Caracara n’a-t-il, à proprement parler, aucun lieu de prédilection ; comme le chien chez les mammifères, et la poule chez les oiseaux , il accompagne l’homme dans tous les endroits où celui-ci peut habiter, sans lui rendre aucun service ; il est son parasite obligé, vivant aux dépens de ceux-là mêmes qu’il craint le plus et qui ne cessent de le poursuivre.
Cet oiseau vit par couples, se couche au crépuscule, sur les branches inférieures des arbres isolés et morts, souvent dans les plaines dépourvues de bois. Il va, tous les soirs, dormir à une distance de plus de six lieues; et, le lendemain matin, revient à son domicile de jour, auprès d’une ferme ou dans les environs d’un village. Dès le matin , avant le lever du soleil, il s’éveille ; et, dès que ses premiers rayons paraissent, il abandonne son gite, se dirige, à tire-d’aile, vers les lieux habités, regardant, avec soin, sur sa route, s’il n’aperçoit pas quelque animal mort. Il se pose sur les toits, les barrières, descend de suite à terre, et dispute aux chiens les os rejetés des maisons, en parcourant, à pas lents, tous les alentours, et retournant les restes des parties animales, dont il cherche à tirer quelques lambeaux. Si la pâture est plus abondante (dans l'Amérique méridionale), il se mêle, en troupes, aux autres espèces de Caracaras et aux Cathartes ; à Cuba, il n’a pour concurrent que lAura, le seul oiseau de proie qui s’abaisse à se re-
paître de charogne , et alors ils se querellent constamment ; car ces réunions sont fortuites et non déterminées par un esprit de société; c’est, au contraire, l’égoïsme qui y préside, et chacun est pour soi tout le temps de la curée. Les couples ne se reconnaissent que lorsqu'il s’agit de regagner le lieu où ils doivent passer la nuit. C’est surtout près des établissements où l’on sale la viande qu’on rencontre des centaines de ces oiseaux dispersés et cherchant fortune ailleurs, dès que le motif de la réunion vient à cesser. Ce sont des oiseaux si familiers , qu’ils se dérangent à peine lorsqu'on passe et ne s’envolent point, se contentant de s’éloigner de quelques pas. Entre eux, ils sont querelleurs au dessus de toute expression et ne le sont pas moins à l’égard de tous les autres oiseaux de proie; ils poussent même l’acharnement jusqu’à remplacer les Stercoraires auprès des Mouettes qui abondent en hiver près des saloirs de Buenos-Ayres, en les forçant de dégorger les aliments qu’elles ont pris, pour les dévorer à leur tour. Les Caracaras, fiers de l’espèce de despotisme qu’ils font peser sur toute la gent ailée, marchent lentement, avec majesté, la tête droite, le corps horizontal, regardant avec hauteur tout ce qui les entoure. Quand ils ont peur, ils relèvent les plumes de l’occiput; mais, dans ce repos, leur attitude est stupide, la tête rentrée entre les épaules, les ailes basses ; leur vol est horizontal, rapide. Jamaisils ne planent à la manière des Buses.
Comme tous les autres oiseaux de proie, le Caracara jouit de la vue la plus perçante. Il a deux cris bien différents : celui qu’il fait entendre en poursuivant les autres oiseaux n’est qu’une expression de rage; mais, dans le repos, il en a un second que traduit son nom de Caracara, et beaucoup de ceux que lui ont donnés les naturels américains. Ce cri est presque toujours un chant d'amour; car il le répète dans cette saison plus que dans toute autre. Ce n’est qu’à terre qu’il le jette, tout en renversant la tête, de manière à ramener le sinciput sur le dos; il le répète à plusieurs reprises, et alors tous ses congénères des environs se croient obligés de le reproduire à l’envi.
Essentiellement omnivore, le Caracara se nourrit indistinctement de substances animales, vivantes ou putréfiées. Il chasse aux ras, aux reptiles, aux jeunes oiseaux même, faisant, sous ce rapport, le désespoir des fermiers, dont il enlève, avec une effronterie sans pareille, les jeunes poulets au milieu des basses-cours et jusque sous l'aile de leur pauvre mère. Il chasse aux insectes et même
aux limaçons, quand les ressources lui manquent ; mais sa nourriture de prédilection, et, en même temps, celle qu’il lui est le plus facile de se procurer, ce sont les animaux morts dans les campagnes, et qu’il dispute aux Auras et aux Urubus, ainsi que des restes d’aliments, autour des maisons des fermiers. Il suit aussi, sans que celuici s’en doute, le chasseur qui, s’il abat un oiseau en négligeant de le ramasser de suite, court risque de se le voir enlever. Dans le cas où l'oiseau n’est que blessé, le Caracara le poursuit et ne tarde pas à en faire sa proie; mais ce lâche ravisseur , qui poursuit ainsi un oiseau sans défense, n’a jamais le courage d’attaquer le moindre petit oiseau valide, tandis que ceux-ci le poursuivent dans la campagne et le forcent de se sauver au loin , comme sont obligées de le faire les Chouettes de notre Europe. Il est aussi la terreur des bergers; car, lorsque ces derniers ne sont pas attentifs, dès qu’une brebis met bas, le Caracara vient déchirer, de son bec tranchant, le cordon ombilical de P’agneau, qui bientôt serait mis lui-même en pièces, si le chien, fidèle appui du berger américain, n’avait un soin extrême de ne jamais le laisser approcher. Le voyageur a pu se croire entièrement seul, au sein des vastes solitudes..….; erreur! des hôtes cachés Py accompagnent. Qu'il suspende sa marche; et, soudain, il verra plusieurs Caracaras paraître aux environs, se percher sur les arbres voisins ou attendre, auprès, les restes de son repas. Eux repus et le voyageur endormi, plus de Caracaras jusqu’au lendemain... mais ils partent avec lui, le suivent toujours , sans se montrer , et ne paraissent, de nouveau, qu’à la halte prochaine. C’est ainsi que chaque expédition militaire est accompagnée par beaucoup de ces oiseaux, et qu’il est facile de s’expliquer leur présence aux Antilles. Peut-étre ont-ils escorté les migrations des Caraïbes du continent vers les îles; et, s'ils ne sont pas répandus dans l’Amérique septentrionale, comme ils le sont dans celle du sud , c’est qu'avant la conquête il n’y avait aucune communication entre les grandes nations; car il est certain que le Caracara n’a passé au Mexique que depuis peu de temps, puisque les anciens écrivains n’en font pas mention; mais ses habitudes voyageuses le porteront bientôt aux États-Unis, où il s’étendra probablement autant que dans l'Amérique méridionale.
À demi domestique, le Caracara se distingue par des mœurs qu’on ne retrouve que parmi les oiseaux qui ont subi l'influence de la domesticité. Quoiqu'il ait une saison pour sa nichée, il s’accouple toute l’année, ce que ne font jamais les autres oiseaux sauvages. Il
construit son nid en août et en septembre, le place sur les arbres touffus ou dans les halliers, le compose à Pextérieur de branchages et en tapisse de crins l’intérieur. Il y dépose deux œufs rouge violet, couverts de taches plus foncées de la même couleur et plus rapprochées vers le gros bout que vers l’autre. Ces œufs ont 46 et 74 millimètres dans le sens de leur diamètre; la forme n’en est pas acuminée ; à peine les extrémités différent-elles l’une de autre. Les jeunes naissent avec un long duvet blanchâtre ; ils reçoivent, des parents, les soins les plus tendres, tant qw’ils sont dans le nid ; mais ils deviennent étrangers les uns aux autres dès qu’ils peuvent voler et se suffire à eux-mêmes ; leur voracité est extrême dans les premiers mois, et c’est alors qu’ils tombent facilement dans tous les piéges qu’on leur tend.
Le nom de Caräcarà appartient à la langue guarani. On le retrouve chez toutes les tribus de cette nation; peut-être celui de Caraira, en usage à Cuba, n’en est-il qu’une corruption; mais, comme Pun et l’autre sont l’expression de son chant d’amour, il est d’autant plus inutile d’en chercher d’autre étymologie, quenous trouvons des rapports semblables dans beaucoup des langues indigènes de l’Amérique méridionale (1), comme on pourra le voir dans la synonymie que nous en donnons; par exemple, dans le Chuctara, des Chapacuras du sud et de la province de Moxos (Bolivia), le Catavora des Baures, leurs voisins ; le Chara des Cayuvavas, du nord-ouest de la même province; le Palapala des Iténès; le Tayra des Pacaguaras, du nord du pays; le Taruba des Movimas, etle Huaya des Moxos. A Chiquitos, nous constaterons également l’influence du chant du Caracara dans les noms que lui ont appliqués les diverses nations de cette province, dans celui de Kira-kira des Morotocas, dans celui d’Achacacha des Saravécas. Pour toutes les autres dénominations, elles ont, sans doute, une autre origine : ainsi c’est le Kejru des Patagons, le Chamcham des Puelches et le Traru ou Taru des Aucas des pampas ; l’/riartaïc des Bocobis et l’Anéarade des Tobas du Grand Chaco; le Nutuiché des Chiquitos, l’Alor des Samucus, l’Aravo des Otukès, le Tipan des Kitémocas, le Naconé des Kucikias, le Silla des Paunacas, et enfin le Ketséco des Paiconécas de la province de Chiquitos; le Cataro des Muchojéones, le Catavora des Baures, l’Uhuéké des Itonamas, et le Neucharari
(1) Dans cet article comme dans le précédent, nous avons reproduit nos observations personnelles, (Voyez d’Orbigny, foyage dans l'Amérique méridionale, Oiseaux, p. 59.)
OISEAUX. 15 des Canichanas, de la province de Moxos , l’Ajuckag des Ma- {acos.
Les Espagnols du Rio de la Plata le connaissent sous le nom de Carancho (pelé ou sans plumes), mot qui paraît dérivé de la langue des Incas; les Chiliens sous celui de Taru, et ceux de * Santa-Cruz de la Sierra en Bolivia, sous le nom de Tu.